Histoire de la Grèce
État de la Grèce à ravénemeut d'Alexandre; elle dépend dei lois mMédonieni - Soumiwion forcée des Grecs; influence de l'intelligence ^^recquTgurTÏÏÎ: :fï.'~T?îî d'Alexandre. - «ou hellLqSe. - EnftnS •
et éducation d'Alexandre. ~ Il reçoit 1« leoona d*Ariatote ~ Pr^mii^^î!!! politique et maturité d'Alexandr^ ses qZîL ^T^' père^S^^S famiUe - IncerUtude de la position d'Alexandre pendant la dernicTr^néÎ de PMipj» - Impre«Km p«)dmte par la mort soudaine de Philippe. - mZ nement d Alexandre; «on énergie et «m jagwnent.- Le. complices de Pausanms sont mis à mort par Alexandre; Amyntas et autres le sont égalemwfc
ditpoeitionsà réneter jUaUMédoine, mais sans commencement d'exécution. - Mécontentement en Grtœ, - mais aucun moavement positif. - ,Wh«
dAlexandre en Grèce; soumission d'Athènes. - Alexaiîdre est élu «foM
il'^i"^* T ^^P^'^^ <=0"tinue à .efusor de donner
«m oonooan. — Conditions du vota rendu ainsi : privUéues n&rmtw .uZ
- Autorité réclamée par Alexand^ en vertu ^^Z^Z^aé^^^t des principaux r.tats grecs. - Empiétements et tyrannie des officie» nacédo" mens en Grèce ; plaintes des orateurs à Athènes.- Violations de la conv^on emr nwr jfmt de. offieier. ««^édonieii^ ^ Langage des AthénieTq^ ,ë plaignent; Ils insistent seuleiiMiit sur la rîgonwwwi ol»er«tioii de la conïen! Uon; hardiesse de eur langage. - Encouragement offert aux Grecs ï rerse. — Correspondance de Démosthène avec la Perse — iimtifi.ihiA JTLv
- Sa votoir. .ur Triblla. H traverse 1» D«»b., iMtU^T,^ «toune Amlns^do de» Gaulois k Alexandre; sa suZÎ> " ™ *Al««dre ..r Kleito. et 1« myti,n,. - Le. Thëbw» d^tont iJi, ^
T. XVI il
2 HISTOIBB DB LA GRftOB
pendancu contre la Macédoine. — Ils sont cucourugés par la longue absence d'Alexandre es Thrao© et par des rapports de sa mort. — Les exilés tbèlMiins
venus (l'Atliônes prennent pos5;es^i<m Je TliT-bes. — Ils assiègent les Macédoniens dnns la Kadmeia, — et demandent du secours nnx antres Grecs; on leur ' témoigne des sympathies favorables, sans leur donner d'aide positive. — • • Chances de Thêbes et de délivrance, non défavorables* — Marolie rapide et arrlvL L' inopiiK-p d'Alexandre avec son année devant Thr-bes; sa bonne fortune quant au moment où il apprit la nouvelle. — Siège de TliObes; proclamation d'Alexandre; les Thébaii» sont décidés à résister. — Prise do Thébes par un assaut; massacra delà popolation. — Thêbes est rasée; les captif^ thébains sont vendus comme esclaves; le territoire distribué entre les cités voisines. — La Kadmeia est occupée comme poste militaire macédonien ; Orchomenos et Platée vengées de Thêhesw — Sentiments d'AleoEandre av moment et dans la suite, relativement à la destruction de Thêbes. — Extrême terreur répandue l dans toute la Grèce; sympathie des Athéniens :i l'égard des exilés tlirdiains. — Alexandre demande qu'on lui livre les principaux chefs autimacédouieuâ a Athènes; mémorable débat dans cette ville; la demande est reAisée. — Ambassade des Athéniens il Alexandre; on le persuade d'acquiescer au refus et de se contenter du bannissement <Ic ClmridPmos et d'Kpliialtês. — Influence de riiokiôn pour obtenir ces conditions plus douces; progrès de son ascendant à Athènes. — Alexandra à Corinthe; obéissance dn congrès des Gracs; entrevue avec le philosophe Dio|;enés. — nétablisspmpnt d'Orchomenos et de Platée : retour d'Alexandre à Pella. — Opérations militaires de Parmaniâa eu Asie îMineure contre Memnôn.
Le précédent chapitre a fini avec l'assassinat de Philippe de Macédoine et ravénement de son Û1& Alexandre le Grand» alors âgé de vingt ans.
Ce qui démontre le changement de caractère de l'histoire grecque, c'est que nous sommes obligé actuellement de chercher des événements marquants dans la succession :i la conronne macédonienne ou dans les ordonnances de rois macédoniens. En fait le monde hellénique a cessé d'être autonome. En Sicile» il est yrai, la marche libre et constitutionnelle, remise en "vigneur par Timoledn, est destinée encore à durer pendant quelques années; mais toutes les cités grecques au sud du mont Oljmpos sont descendues au rang de dépendances de la Macédoine. Cet état de dépendance» établie comme fait par la bataille de Chisroneia et par la marche lictorieuse subséquente de Philippe dans le Péloponèse, fat reconnue en forme par le vote du congrès des Grecs réunis à Corinthe. Tandis que les Athéniens euxmêmes avaient été forcés de se soumettre comme les autres. Sparte seule, bravant toutes les conséquences, resta inflexible
ALEXANDRE LB OBAMD — THÉBES 3
dans son refus. La fidélité de Thèbes ne fut pas laissée à la parole des Thêbains ; mais elle fut assurée par la garnison macédonienne établie dans sa citadelle, appelée la Kadmeia. Chaque cité hellénique, — petite et grande, — maritime, continentale et inanlaire — (à rexception de Sparte seulement), fut ainsi inscrite comme unité séparée dans la liste des alliés sujets attachés à la suprématie souyeraine de Philippe.
Dans ces circonstances, Thistoire de la Grèce conquise perd son courant séparé et se confond avec celle de la Macédoine conquérante. Néanmoins, il y a des raisons particulières qui obligent Thistorien de la Grèce à continuer les deux ensemble pendant quelques années encore. D*abord la Grèce Taincue exerça une action puissante sur son vainqueur : « Grœcia capta ferum Tictorem cepit. » Les Macédoniens» bien qu ils parlassent une langue à eux, n'aTaient ni langue pour communiquer avec les autres, ni littérature, ni philosophie, » ce n'est celles des Grecs et qu'ils tenaient d'eux. Philippe, en se fusant nommer chef de la Hellas, était non-seulement hellénisé en partie, mais encore il aspirait ardemment à Tadmiratiou hellénique. Il demanda le commandement sous le prétexte déclaré de satisfaire Tan^ cienne antipathie de la Grèce contre la Perse. Ensuite les conquêtes d'Alexandre» bien qu'essentiellement macédoniennes, agirent indirectement comme premier degré d'une série d'événements qui répandirent la langue hellénique (avec quelque teinture de la littérature hellénique) sur une partie considérable de l'Asie, — ouvrirent ce territoire à une observation meilleure, et à quelques égards même à la surveillance de Grecs iut^illigents , — et produisirent ainsi des conséquences importantes sous beaucoup de rapports pour l'histoire de l'humanité. En dernier lieu, la génération de Grecs libres que frappa la bataille de Chaeroneia n'était pas disposée à rester tranquille s'il s'oflraitune occasion de se débarrasser de ses maîtres macédoniens. Les chapitres suivants présenteront le récit des efforts inutiles faits pour y parvenir, efforts dans lesquels périrent Démosthène et la plupart des autres chefs.
Alexandre (né en juillet 356 av. J.-C), comme son père Philippe, n'était pas Grec; il était Macédonien et Ëpirote, imbu partiellement de sentiment et d'intelligence grecs. II est Trai que ses ancêtres, quelques siècles auparavant, avaient émigré d' Argos ; mais les rois de Macédoine avaient depuis longtemps perdu les traces de toute particularité semblable qui aurait pu les distinguer de leurs sujets. La base du caractère de Philippe était macédonienne et non grecque : c'était Tesprit volontaire d'un prince barhare, non le ingeniim cwÛe ou sentiment d'obligations et de droits réciproques eu société avec d'autres, qui marquait plus on moins même les membres les plus puissants d'une cité grecque , qu'ils fussent oligarchiques ou démocratiques. Si cela était vrai de Philippe, ce l'était plus encore d'Alexandre, qui hérita du tempérament violent et de la volonté opiniâtre de la furieuse Oljmpias, sa mère, née en Épire.
Un parent d'Olympias, nommé Léonidas, et un Akamanien, appelé Lysimachos, sqnt nommés comme les principaux maîtres auxquels fut confiée Tenfance d'Alexandre (1). Naturellement l'Iliade d'Homère fut au nombre des premières choses qu'il apprit comme enfant* Pendant la plus grande partie de sa vie, il conserva un vif intérêt pour ce poëme, dont il portait avee lui dans ses campagnes militaires un exemplaire, qui, dit-on, avait été corrigé par Aristote. On ne nous dit pas, et il n*est pas non plus probable, ' qu*il eût un goût semblable pour le poëme moins guerrier de rOdyssée. Même comme enfant, il apprit à sldentifier en sympathie avec Achille, — son ancêtre du côté de sa mère, suivant la généalogie iEakide. Son maître Lysimachos gagna son cœur en se donnant à lui-même le nom de Phœnix, — à Alexandre, celui d*Àchille, et à Philippe, celui de Pèleus. Quant aux récitations poétiques d'Alexandre pendant son enfànce, il reste une anecdote à la fois curieuse et d*une incontestable authenticité. U avait dix ans lorsque Tambas-
(1) PlntarquD, Alex. e. ^ 6.
ALBXAMOBB LB GRAND — - THÊBBS
sade athénienne, dont faisaient partie ^scliine et Démos- . thène, \int à Pella pour traiter de la paix. Tandis que Philippe les régalait à table, à sa manière habituelle, agréable et gaie, Alexandre enfant récita pour leur amusement certains passages de poésie qu'il avait appris, et débita alternativement avec un autre enfant un dialogue tiré d'un drame grec (1).
A l'âge de treize ans, Alexandre fut mis sous la direction d'Aristote, que Philippe appela dans ce dessein, et dont le père Nichoraachos avait été et l'ami et le médecin du père de Philippe, Amyntas. Quel cours d'études suivit Alexandre, nous ne pouvons malheureusement pas le dire. Il profita de renseignement d'Aristote pendant au moins trois ans, et on nous dit qu'il s*y consaora avec ardeur et contracta un grand attachement pour son précepteur. Son talent pour parler à un auditoire, quoiqu*il ne soit pas aussi bien attesté que celui de son père, se trouva toi:jours suffire à ce dessein; en outre, il conserva, même au milieu de ses fatigantes campagnes d'Asie, du goût pour la littérature et la poésie grecques.
A quel moment précis, pendant la vie de son p^re, Alexandre prit-il part pour la première fois au service • actif, nous l'ignorons. On dit qu*une fois, étant tout jeune homme, il reçut quelques envoyés persans pendant Tabsence de son père, et qu*il les surprit par la maturité de sa conduite, aussi bien que par la portéé politique et la convenance de ses questions (3). Bien qu'il n*eût que seize ans en 340 avant J.-C, il fut laissé en Macédoine comme r^eut, tandis que Philippe était occupé aux sièges de Byzantion et de Perinthos. Il i^êprima une révolte de la tribu thrace voisine appelée M»di, prit une de leurs villes et la fonda de nouveau sous le nom d'Alexandrie , la première ville qui porta ce nom, donné plus tard à diverses autres villes établies par lui et par ses successeurs. Quand Philippe s*avaiiça en Grèce (338 av. J.-C), Alexandre prit part à l'expédition.
(1) .£achin« oont. Timarch. p. 167. (2) Plntorqiie, Alex. 5.
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commanda une des ailes à la bataille de Chœroneia et remporta, dit-on, le premier avantage de son côté sur le Bataillon Sacré thôbain (1).
Toutefois, nonobstant ces marques de confiance et de coopération, il se présenta d'autres incidents qui suscitèrent une animosité amère entre le père et le fils. De son épouse Olympias, Philippe eut pour enfants Alexandre et Kleopatra; d'une maîtresse thessalienne nommée Philina, il eut un fils nommé Aridœos (appelé ensuite Philippe Aridseos) ; il eut aussi des filles nommées Kynna (ou Kynanê) et Thessalonikê. Olympias, femme d'un naturel sanguinaire et implacable, lui était devenue si odieuse qu'il la répudia et prit une nouvelle épouse nommée Kleopatra. J'ai raconté dans le chapitre précédent l'indignation que ce procédé causa à Alexandre, et la violente altercation qui s'éleva au milieu de la joie du banquet de noces, dans lequel Philippe tira réellement sou épée, menaça la vie de son fils et ne fut empêché d'accomplir sa menace que par une chute causée par l'ivresse. Après cette querelle , Alexandre se retira de Macédoine et conduisit sa mère chez son frère Alexandre, roi d'Épire. Kleopatra donna un fils à Philippe. Son frère ou son oncle Attalos acquit une grande faveur. Ses parents et ses partisans, en général, se virent aussi favorisés, tandis que Ptolemseos, Nearchos et les antres personnes attachées à Alexandre furent bannis (2).
L'avenir d'Alexandre fut ainsi rempli d'incertitude et de péril, jusqu'au jonr même de l'assassinat de Philippe. La succession de la couronne macédonienne, bien que transmise dans la même famille, n'était nnllement assurée à des membres individuels; en outre, dans la maison royale de Macédoine {3} (comme parmi les rois appelés diadochi [suc-
(1) Plutarque, Alex. 9, Justin dit qu' Alexandre accompagna son père pendant me partie de la guerre en Thrace (ÎX, 1).
(2) Plutarque, Alex. 10. Arrien, III, 6, 8.
(3) y. le troiiîème elu^itte de la
vie de Demetrios Poliorkêtês par Plutarque, où l'on trouve nue description animée des eentiments qui régnaient entre les membres des familles royales dans ces temps. Demetrios, revenant de chasser avec ses javelines de chasse k 1» nwiiiy monte cfaei ion pte» Anti-
ALBXANORB LS aiUkMD — THÈBBS
eessears], qai acquirent la dominaiioB aprèf la mort d*A« lexandre le Grand), de Tiolentes qaereUee et ane défiance constante entre le père, les fils et les frères étaient d^ phénomèaee ordinaires, auxifaels la famille des Antigonides formait «ne honorable exception. Bntre Alexandre et Olympias, d*an côté, et Kleopatra avec son fils et Attake, de Tautre, nne latte meurtrière devait nécessairement s^élever. Kleopatra avait Tascendant à ce moment ; Olympias était violente et méchante, et Philippe n'avait que quarantesept ans. Aussi l'avenir ne meuaçait-il Alexandre que de dissensions et de difficultés aggravées. De plus, sa volonté énergique et son caractère im})f!rieux, éminemment convenables pour le commandement suprême , le rendaient peu propre à jouer un rôle subordonné même à l'égard de son père. La prudence de Philippe, quand il fut sur le point de partir pour son expédition d'Asie, l'amena à tenter d'apaiser ces dissensions de famille en donnant sa fille Kleopatra en mariage à son oncle Alexandre d'Épire, frère d' Olympias. Ce fut pendant les fêtes splendides des noces, célébrées ensuite à JEgdSy qu'il fut assassiné, — Olympias, Kleopatra et Alexandre étant tous présents, taudis qu'Attalos était en
l^nos, le salua et t*Meied k ms c$tée sans se désamer. Cette diwnitlaMe
ett vantée conime une prouve sans pareille de la coutiauce et de l'ailèctioa qui existaieDt entre le pire et le 61s.
Dans let familles de tous lee «Btret diadûclii (dit Plutarque), les meurtres de ûli, de mères et d'épouses étaieat fréquents, — les meurtres de frères étaient même oommone; on les regardait comme des précautions nécessaires à la sécurité. Oûxun âpa nâvn] dveXMvefniTov ^ atpx4i«»al yMVtàn àmaxltbi %eà duffve(fl(<, Stcxt iYdOi>S96at TÔv fieyiiTTOv TÛv *A),eÇâv5pov 6iat(iyu>'4 xal i;peaêÛTa-(i)v, Ôti (jly] çoêeîtat Tdv vUv, &XX& ic(w«(tT«i d^v
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).eîa{.
Cf. Tacite^ Ilistor. V, 8, au sujet des querelles de iÀmille chez les rois de «fiidde; et Xénoph. Hieron. HT, 8.
En mentionnant la famille Antigouide comme une favorable exception, nous devons limiter notre assertion au premier aièole de oette famille. La sanglante tragédie dtî Perseiis et de Demetrios précéda de peu la ruine de l'empire.
Asie, commandant la division macédonienne envoyée à rayanoe, conjointement avec Parmenidn. Si Philippe eût échappé à cette catastrophe, il aot^ait sans doute fait la guerre en Asie Mineure avec tout autant d*énergie et d*hahileté qu'elle fîit continuée plus tard par Alexandre, bien que nous puissions douter que le père se fût livré à ces entreprises ultérieures qui, tout étendues et gigantesques qu'elles fussent, restèrent au-dessous de l'ambition insaâable du fils. Mais, quelque heureux que Philippe eût pu être en Asie, il aurait difficilement échappé à de sombres querelles de famille : avec Alexandre comme fils mutin , excité par Olympias, — et avec Kleopatra , d'autre part , sentant que son salut à elle dépendait de Téloignement de compétiteurs royaux ou quasi-royaux.
Ces formidables périls, visibles dans le lointain, s'ils ne menaçaient pas immédiatement , l'épée de Pausanias en garantit à la fois Alexandre et le royaume macédonien. Mais au moment où le coup fut frappé et oii le Lynkestien Alexandre, un des complices, courut pour prévenir toute résistance et pour placer la couronne sur la tète d'Alexandre le Grand (F;, — on ne savait ce qu'on pouvait attendre du jeune prince élevé ainsi subitement au trône à l'âge de vingt ans. La mort soudaine de Philippe, dans la plénitude de la gloire et d'espérances ambitieuses, doit avoir produit la plus forte impression, d'abord sur la foule rassemblée pour la fête; — ensuite dans toute la Macédoine ; — en dernier lieu, sur les étrangers qu'il avait réduits à la dépendance, depuis le Danube jusqu'aux frontières de la Paeonia. Toutes ces dépendances étaient retenues seulement par la crainte de la puissance macédonienne. Il restait à prouver si le jeune fils de Philippe était capable d'abattre une opposition et de soutenir la puissante organisation créée par son père. De plus, Perdikkas, le frère aîné et le prédéces- . seur de Philippe^ avait laissé un fils nommé Amyntas, âgé
(i) Axrien, I, 25, 2; Jnatin, XI, 2. Voir tomeXVII, p. 382.
ALEXANDRE LE GRAND — > TH^BS 9
alors de vingt-quatre ans au moins, que bien des gens regardaient comme le successeur naturel (1).
Mais Alexandre, présent et proclamé immédiatement par ses amis, se montra, tant en paroles qu^en actions, parfaitement à la hauteur de la situation. Il réunit, caressa, se concilia les divisions de l'armée macédonienne et les principaux officiers. Dans ses discours, judicieux et énergiques, il promit que la dignité du royaume serait maintenue intacte (2), et que même les projets asiatiques, déjà annoncés, seraient poursuivis avec autant de vigueur que si Philippe vivait enclore.
Une des premières mesures d'Alexandre fut de célébrer avec des solennités magnifiques les funérailles de son père décédé. Tandis que les préparatifs de la cérémonie se disaient, il commença des recherches pour découvrir et châtier les complices de Pausanias. De ce nombre, à dire vrai, la personne la plus illustre qu*on nous cite, — Olympias, — fut non-seolement garantie d*un ch&timent par sa position ; mais encore elle conserva un' grand ascendimt sur son fils jusqu'à là fin de la vie de ce dernier. On mentionne par leurs noms trois autres personnes comme complices, — des frères, membres d*une bonne famille du district de la Macédoine supérieure, appelé Lynkèstis, — Alexandre, Heromenès et Arrhabasos, fils d*Aeropos. Les deux derniers furent mis à mort; mais le premier des trois fut épargné, et même élevé à des charges importantes en récompense de son empressement utile à saluer instantanément Alexandre roi (3). D'autres aussi furent exécutés, mais nous en ignorons le nombre, et Alexandre semble avoir cru qu'il en restait encore quelques-uns non découverts (4). Le roi de Perse se
(1) Arrien, De Rébus post Alexandrum, Fragm. ap. Photium, cod. 92, p. 220; Plntarque, De Fortanà Alex.
Magn. p. 327. 11â<ra oi unoj),o; r^v t) Maxe8ovîa (après la mnrt de Philippe) npà; iV(jiûvxav ânoê/éTcouaa xai xoù;
(2) Diodore, XVII, 2.
(3) 'Arrien, I, 25, 2; Quinte-Carce»
VII, 1, 6. Alexandre, fils d'Aeropos, était gendre d'Antipater. Le cas de cet Alexandre — et œlni d'Olympias <— fournirent une certaine base a ceux qui dirent (Quinte-Curce , YI, 43) qu'Alexandre avait traité favorablement les oomplioee de Pauanini.
(41 Plutarque, Alex. 10-27; Dio-
dore, XYXI, 51 ; Justin, XI, 11.
«STOmB DS LA. OSÈCB
Tanta dans des lettres publiques (1), nous ne pouvons dire dans quelle mesure il disait vrai, d'avoir été au Bombre des instigateurs de Pausanias.
Parmi les personnes tuées vers cette époque par Alexandre, nous pouvons compter son cousin germain et beaufrère Amyntas, — fils de Perdikkas (frère aîné de Philippe décédé) : Amyntas était enfant quand Perdikkas, son père, mourut. Bien qu'il eût un droit préférable à la succession, suivant Tusage, il avait été écarté par son oncle Philippe, qui allégoa son âge et les efforts énergiques que demandait le commencement d'un nouveau règne. Cependant Philippe ayait donné en mariage à cet Amyntas sa fille (qu'il avait «ne d'une mère illyrienne), Kynna. Néanmoins Alexandre le mit actuellement à mort (^), Taccosanide conspirer; on ne voit pas dans quelles circonstances précises, — mais probablement Âmyntas(qui, outre qu'il était le fils du frère atné de Philippe^ avait au moins vingt-quatre ans, tandis qu'Alexandre n'en avait que vingt) crut lui-même avoir un meilleur droit à la succession, conviction partagée par beaucoup d'autres. Le fils de Kleopatra et de Philippe, tout enfant, ftit, dit-on, tué par Alexandre, comme un rival dans la succession ; Kleopatra elle-même fut plus tard mise à mort par Olympias, pendant l'absence d'Alexandre et à son grand regret. Attalos aussi, oncle de Kleopatra et commandant avec Panneniôn Tannée macédonienne en Asie, fut assassiné, en
(1) Axtiea, II, 14, 10.
(2) Q.-Carce, VI, 9, 17 ; VI, 10, 24.
Arrien mentionnait cet Amyntas, 6ls •de Pwdikkai (aatsi bien que le f«it dft sa mort ordonTHM.» par Alexandre avant l'expédition d'Asie), dans l'ouvrage pwdn «à (mi *AXé^acvSp«v. — Y. Pbo- UUMy ùoA. 92, p. 220. Mais Arrien, (lans son récit de l'expédition d'Alexaudre, ne metUionne pas le £ait; ce qui prouve que wm tOenee m doit pas être admis comme raison concluante pour discréditer le» «Uégatione d'aotrw ■auteurs.
Cf. Polyen, Ym, 60; «t Flatarqne,
De Fortunû Alexandri Jîagni, p. 327.
Ce fut pendant son expédition eu Thrace et eu Illyrie, environ huit moit apvi* son «véneintitt, qtt*A1exaadre promit de donner sa sœur Kynna en mariage à Langaros , prince dc<; Igrianes (Arrien, Ezp. Akoc Mag. i, f, 7). Langarot moarnt de maladie peu après, de sorte que ce mariage ne se fit jamais. Toutefois, quand la pro- ■MMe' flit finta, E711M devait Mve yeuve. Son mari Amyntas doit doao avoir été mis à mort pendant les premiers mois du régna d'Alexandre.
ALEXANDRE LE GRAND — THÊBES
vertu d'ordres secrets d'Alexandre, par Hekatseos et Philotas (1). Un autre Amyiitas, fils d'Antiochos (il semble qa*il y eut plusieurs Macédoniens nommes Amyntas), se réfugia en Asie pour sauver ses jours (2). D'autres probablement, qui se sentirent les objets de soupçons, firent de même, * puisqué» d*après la coutume macédonienne, nonseulement une personne çouTaineue de haute trahison était mise à mort, mais encore tous ses parents avec elle (3).
Grâce à des manifestations non équivoques d^énergie et d'adresse, ainsi qu'en se défaisant des rivaux ou des mécontents dangereux, Alexandre fortifia ainsi promptement'sa position sur le trône à llntérieur. Mais il ne fut pas aussi facile d'obtenir la même reconnaissance des nations étrangères dépendantes de la Macédoine, — Ghrecs, Thraces et Illjriens. La plupart d'entre elles furent disposées à secouer le Joug; tsependant aucune n*osa prendre Tinitiative du mouvement, et la soudaineté de la mort de Philippe ne les trouva nullement prêtes à se coaliser. Cet événement déchargeait les Grecs de tout' engagement, puisque le vote de la confédération Tavait choisi personnellement comme général. Actuellement ils étaient libres, si toutefois il y avait quelque liberté dans l'opératicm de choisir toute autre personne, ou de s'abstenir de faire un nouveau choix, ou même de laisser expirer la confédération. Or c'était seulement sous la contrainte et l'intimidation, comme on le savait bien tant en Grèce qu'en Macédoine, qu'ils avaient conféré cette dignité même à Philippe, qui Tavait cagnée par de brillants exploits, et s'était montré le plus grand capitaine et le politique le plus habile de l'époque. Ils n'étaient nullement disposés à la transférer à un jeune homme tel qu'Alexandre, jusqu'à ce qu'il se fût montré capable d'employer la même coercition et d'arracher la même soumission. Le désir de
(1) V. le dernier cliap. du vol. XVIT; Diodore, XVII, 2; Quinte-Curce, VII, 1. 6{ Jvatànj IX, 7; XI, 2; XU, 6.
Plutarqne, Àlexandrâ, 10; PftQMUittt, VIII, 7, 6.
(2) Arrien, I, 17, 10; Plutarqno, Al«x. 20; Quinte-Curce, III, 28, 18.
(3) Qahtte-Can», VI,42, SO. Cf. vm cette coutame an pasaagii de l'ikjax de Sopbokle, v. 725.
mSTOIBB DE LA GBÈCB
s'affranchir de la Macédoine, largement répandu dans toutes les cités grecques, fut traduit ouvertement par Démosthène et par d'autres dans l'assemblée à Athè:i£S. Cet orateur (si nous devons en croire son rival ^Eschine), ayant reçu la nouvelle secrète de l'assassinat de Philippe, par certains espions de Charidêmos, avant qu'elle fut connue d'autres publiquement, prétendit qu'elle lui avait été révélée par les dieux. Paraissant au milieu de l'assemblée dans son plus beau costume, il félicita ses compatriotes de la mort de leur plus grand ennemi, et accorda les plus grands éloges au courageux tyrannicide de Pausanias, qu'il dut probablement comparer à celui d'Harmodios et d'Aristogeitôn (1). Il déprécia les talents d'Alexandre, l'appelant Margitês (nom d'un sot personnage dans l'un des poëmes homériques), et donna à entendre qu'il devait être trop retenu par des embarras et des devoirs de cérémonie dans son pays pour avoir le temps de s'avancer au dehors (2). Tel fut, suivant yKscliine, le langage de Démosthène à la première nouvelle de la mort de Philippe. Nous ne pouvons douter que le public athénien, aussi bien que l'illustre ora* teur, n'ait ressenti une grande joie d'un événement qui semblait lui ouvrir dé nouvelles chances de liberté, et n'ait adopté volontiers la proposition d'un sacrifice d'action de grâces (3), malgré l'opposition de Phokiôn. Mais bien que la manifestation de sentiment k Athènes fût ainsi antimacédonienne, et témoignât de l'éloignement pour renouveler cette obéissance qui avait été récemment promise à Philippe , Démosthène n'alla pas jusqu'à déclarer d'hostilité positive (4). Il essaya d*ouvrir des communications avec les Perses en Asie Mineure, et aussi, si nous en pouvons croire Diodore, avec le commandant macédonien dans ce pays, Attalos. Mais ni Tune ni l'autre de ces deux missions ne
(1) iEscliine adv. Ktesiph. e. 89, p. 469; c. 78, p. 608$ Plntavqm,
Pemosth. 22.
(2) iËacliiae udv. Ktesiph. p. 547, C. 50.
(3) Pltitarque, Fbokidn, 16.
(4) C'est ce que nous pouvons conclure d'Jilacliine adv. Ktesiph. p. 551, c. 52.
ALEXANDRE LE OBAND — TBÊBE8
furent hearooses. Âttalos envoya sa lettre à Alexandre, tandis qne le roi de Perse (IJ, déliyré probablement par la mort de Philippe d*ane crainte immécUate de la puissance
macédonienne , expédia à Athènes un refus péremptoire, ■donnant à entendre qu'il ne fournirait plus d'argent (2).
Kon-seulement à Athènes, mais dans d'autres Etats grecs aussi, la mort de Philippe excita des désirs de liberté (automne 336 av. J,-C.). Les Lacédaîmoniens qui, bien que sans appui , lui avaient obstinément refusé toute obéissance , cherchèrent alors de nouveaux alliés ; tandis que les Arkadiens, les Argiens et les Eleiens manifestèrent des sentiments contraires à la Macédoine. Les Ambrakiotes chassèrent la garnison mise par Philippe dans leur cité ; les iEtoliens rendirent un vote à l'effet de concourir à rétablir les exilés akarnaniens qu'il avait bannis (3). D'autre part, les Thessaliens témoignèrent une fidélité inébranlable à la Macédoine. Mais la garnison macédonienne à Thôbes, et les Thôbains favorables aux Macédoniens et qui gouvernaient actuellement cette cité (4), furent probablement les principaux obstacles à toute manifestation combinée en faveur de l'autonomie hellénique.
Informé de tous ces mouvements qui se faisaient sentir d'une extrémité à l'autre du monde grec, Alexandre comprit la nécessité de les arrêter par une démonstration immédiate»
(1) DiodoM (XVn, 5) mentionne
cette commonication de Démosthène à Attalos, que, toutefois, je ne ptiis m^empêcher de croire invraisemblable.
P^lMiblenwnt Chuidêmoi fittrovgane des communications.
(2) jEschine aàv. K tes i pli. p. 633, 634, c. 88, fait distiacttiment allusion à cette lettre de Dnrins, et mtaie il en cite une phrase. Nous savons que Darius écrivit dans un langage très-différent peu de temps après, vers le tempe oà Alexandre passa en Asie {Arrien, II, 14, 11). La première lettre s dû être envoyée peu après la mort de Philippe, quand Darius se vantait jpnUiqnenMBt d'jr avoir en part , et
avant qn'il eût eneoro appris à waindre
Alexandre. Cf. Diodore, AVll, 7.
(3) Diodore, XVII, 3.
(4) Diodore (XVII, 3) dit qne les TÙbains rendirent nn vote k reffét de chasser la pirnison macédonienne de la Kadmeia. Mais j'hésito peu k rejeter cette assertion. Nous pouvons être sûrs 4|ve la présence de la garnison
macédonienne se rattachait à la prépondérance dans lu cite d'un parti favorable à la Macédoine. L'année suivante , quand la résistance se fit réellement sentir, elle fut faite par le parti antimacédonien, qui revint alors d'exil.
HIBTOIBB DE LA QBÈCB
aussi bien que propre à intimider (octobre 336 av. J.-C). L*énergie et la rapidité de ses opérations ne tardèrent pas à épouvanter tons cenx qni avaient spéculé snr sa jeunesse, ou aivaient adopté l'épithète que lui avait appliquée Démosthène. Après avcnr surmonté, en moins de temps qu*on ne le supposait possible, les difficultés de sa position nonvellement acquise à Tintérieur, il s*avança en Grèce à la tète d'une armée formidable, vraisemblablement environ deux mois après la mort de Philippe. U fut reçn favorablem^t par les Tbessaliens, qui rendirent un vote constituant Alexandre chef de la Grèce à la place de son père Philippe, vote qui fut promptement confirmé par rassemblée amphiktj onique, convoquée aux Thermopylœ. Alexandre ensuite marcha sur .Thèbes, et de là il franchit Tisthme de Corinthe pour entrer dans le Péloponèse. Lés détails de sa marche nous sont inconnus ; mais ses grandes forces, non inférieures probablement à celles qui avaient vaincu à Chasroneia, répandirent partout la terreur, et réduisirent tous les» Grecs au silence, à Texception de ses partisans. Nulle part Talarme ne fut plus grande qu*à Athènes. Les Athéniens, se rappelant et les discours de leurs orateurs et les votes de leur assemblée, — blessants au moins pour les Macédoniens, sinon hostiles à leur égard, — craignirent que la marche d'Alexandre ne fût dirigée contre leur cité, et^ en conséquence, ils firent des préparatifs pour soutenir un . siège. II fut enjoint à tous les citoyens (ramener dans la ville leurs familles et leurs biens de la campagne, au point que l'espace compris dans l'intérieur des murs fut rempli à la fois de fugitifs et de bétail (1). Kn même temps, rassemblée adopta, sur la proposition do Démade, la résolution de se justifier auprès d'Alexandre et de se soumettre complètement à lui : non-seulement elle le reconnut comme chef de la Grèce, mais elle lui conféra les honneurs divins, dans des termes même plus pompeux que ceux qu'on avait accordés à Philippe (2). L'auteur de la motion, avec d'autres
(1) Domadis Fragm. *ritàp tî|ç Sw- (2) Axn«D, J, 1, 4.
ALBXANOBB LB OBAMO THÈBBS
députés, porta la résolotioii à Alexandre, qu*il8 trouTèrent à Thèbes, et qui accepta leur soamisâion. Un jeaae orateur, nommé Pytheas, s'opposa, dit-on, an vote de rassemblée athénienne (1). Démosthène fit-il de même, — ou bien, voyant ses espérances désappointées et reconnaissant la supériorité écrasante des forces macédoniennes, se condamna- 1- il au silence , — c'est ce que nous ne pouvons dire. Qu'il ne soit pas allé avecv Démade en ambassade auprès d'Alexandre, c'est ce qui semble une chose naturelle, bien qu'on dise qu'il fut désigné par un vote public pour cette mission, et qu'il déclina cette charge. Il accompagna la légation jusqu'au mont Kithairôn, sur la frontière, et ensuite il revint à Athènes (2). Nous lisons avec étonnement quVEschine et ses autres ennemis dénoncèrent cette démarche comme une lâche désertion. Aucun envoyé ne pouvait être aussi odieux à Alexandre, ni aussi fait pour provoquer un refus pour la proposition qu'il apportait, que Démosthène. L'employer dans une pareille mission aurait été absurde ; si ce n'est dans le desisein que méditaient probablement ses ennemis, c'est qu'il fût ou détenu par le vainijueur comme victime expiatoire (3), ou renvoyé comme .prisonnier pardonné et humilié.
Après avoir déployé ses forces dans diverses parties du Péloponèse, Alexandre retourna à Corinthe, où il convoqua des députés des cités grecques en général (automne, 336 av. J.-C). Nous n'avons pas la liste des cités qui obéirent à. Tappel; mais probablement elle eompronaît
(1) Plntaïqae, Beip. Gm. Pnecept.
(2) .£sclune adv. Ktesiph. p. 5(>4, o. 60; Dinarqvft eont. Demosth. p. 57;
Diodore, XVII, 4} Plutarque, Démosth.
c. 23 (Plutarque confond les opt-rations do cette année avec celles de rannée raÎTante). Démade, dans le txûgausnt de aun discours qui nous reste, ne fuit pas allusion à oeUe démarche de Démosthène.
II eit aases vnùiemblaUe que oe
décret, qni nomutait Démosthène au nombre des ambassiulour-,, fut rendu surtout par les votes de sus ennemis, n était totgonn permis k un oitojen d'accepter «m de nftaam nue par^e nomination.
(3) Plusieurs années après, Démade Ini-n^me fttt bbJs à mort par Antipater, ven lequel il avait été envoyé comme ambassadeur pat Athènes (Diodore, XYIU, 48).
16 mSTOIBB DB LA OBàCB
presque toutes les cités de la Grèce centrale. Noos saTons seulement que les Lacëdœmoniens continuèrent de rester à Técart, refusant tout concours. Alexandre demanda aux dé* putés assemblés la même nomination que Philippe yictorienx avait exigée et obtenue deux années auparavant, — Thégémonie on commandement des Grecs collectivement en vue de poursuivre la guerre contre la Perse (1). A la requête faite par un prince à la tête d'une arméa irrésistible, il n'y avait qu'une réponse possible. Il fut nommé général en chef avec pleins pouvoirs sur terre et sur mer. Terrifiés par la présence et le sentiment de la force macédonienne, tous acquiescèrent à ce vote, excepté les Lacédaemoniens.
La convention sanctionnée par Alexandre fut probablement la même que celle qui avait été étal)lie par Philippe et avec lui. Le trait saillant et significatif, c\';tait qu'elle reconnaissait la Hellas en tant que confédération sous le prince macédonien comme général, président, ou tôte et bras exécutifs. Elle le couronnait d'une sanction légale comme gardien de la paix dans l'intérieur de la Grèce, et comme conquérant au dehors au nom de la Grèce. Quant aux autres conditions , des plaintes subséquentes nous en font connaître quelques-unes, conditions équitables et tutélaires à l'égard des membres en général, mais que le chef macédonien trouva incommode d'observer, et qu'il commença bientôt à violer. Chaque cité hellénique fut déclarée, par le premier article de la convention, libre et autonome. Dans chacune, la constitution politique actuelle fut reconnue telle qu'elle était; il fut interdit à toutes les autres cités
(1) Arrien, I, 1, 2. Aiteïv nap' aO-
mçaxtUnt ijvnva ^iXtîrrcw r\5r, ISoottv • xai alxT.cravTa yaêcîv TCOfà itâVTWV, 7cX:^v Aouuôai(iovi(i)V, etc.
Airlen pirle oomme si «ette requête nvait été adressée seulement aux Grecs dans l'intérieur du Péloponèse ; de plus, il ne mentionne pas d'assemblée à Ccnrinthe, réunion qni est ûgnâl^ (bien qn**T«c quelque eonAision) par
Diodore, Justin et Plutarqne. Les oitis an dehors du Pélopouèse, ausri bien que ceUes de l'intéiFienr de la péninsule, ont dû r-tre comprises; h moins que nous ne supposions que la résolution de rassemblée amphikiyonique, qui avait été rendue antérieurement, était considérée comme comprenant toutes les cités extrapéloponésiennes, oe qui ne semble pas probable.
ALEXANDRE LE GRAND — THÊBES
d*y interrenir on de seconder ancnne attaqne de la part de ses exilés hostiles (1). Ancun nouyeau despote ne devait être établi, aucun despote dépossédé ne devait être remis en possession du pouvoir (2). Chaque cité s'engagea à décourager dans les autres, autant que possible, toute violence illégale, — telles qu'exécutions politiques, confiscation, spoliation, nouveau partage de terres ou abolition de dettes, affranchissement factieux d'esclaves, etc. (3). À chaciome était garantie la liberté de la navigation; toute capture sur mer était prohibée, sous peine d'inimitié de la part de toutes (4). Il fut interdit à chacune d'envoyer des vaisseaux armés dans le port d'aucune autre, ou de construire des vaisseaux, ou d'y engager des marins (5). Chacune jura d'observer ces conditions, de déclarer la guerre à tous ceux qui les violeraient, et de les conserver inscrite.^ sur une colonne commémorative. Une disposition parait avoir été prise à l'effet d'admettre toute cité additionnelle (6) qui le demanderait subséquernment, bien qu'elle n'eût pas été partie au contrat primitif. De plus, il parait que des forces militaires permanentes, sous les ordres macédoniens, furent chargées d'imposer l'observation de cette convention, et
(1) Dcmosthène (ou PseudoDémosthène) , Orat. XVII. De Fœdere Alexandrino, p. 213, 214. 'EiciTdTret ii ffiiv- OîixT] eùOù; iv &px9, iXetM^wç elvat xai aÙTovôixouî, toùç 'EX^r^vac — *E<rri yàp -)feYpa|Aiiivov, èây Tive{ xàç noXiTCtocc
KOUC twtç ««pi TÎ); elp^vri; âi|ivu(rav , iuetaXO<r(a)(Ti, i7oXe(i.(ouc thcu nSm tnXç
(2) Dëmostli. Omt. De Foed«r»
Alexand. p. 213.
(3) Démostli. ib. p. 215.
(4) Déniosth. ib. p. 217. *E(jtI yàp iffliw Iv xtdç oifvOi^tCi xif9 0£Xe»T«v
{iviSéva xtoXvuv «ùroùc (irj8è xaTàyetv icXoîov (jiTiSevàc toutuv * èàv ôé ti; «opA TftOTce iroi^ i «oXf|uov tlvott %Sm
T* xvtn
(5) Dëmosth. ib. p. 218, 219. BochneckCj daa» ses commentaires instruc»
ti& sur cette convention (Forscliungei» anf dem Gebiete der Âttiscben Kedner, p. fi23) n considéré la prohibition meutionuée ici comme si c'était mie dé&DBe obligeant apéeialement les Macédoniens à ne pas entrer dans le Peirteens aver des vaisseaux ann^s. ("est là indubitablement le cas sur lequel l'orateur insiste; mais je le considère o(mune ayant éti seulement un cas particulier dans Qtt T^^ement prohibitif général.
Arrien, II, 1, 7; II, 8, 4. Démoeib.' , De Fced. Alex. p. 213. Tenedos, Mity- IPnô, Antissa et Eresos peuvent diflicilemont avoir été membres de la con* Tentt<m quand elle fiit jurée pour la première fbts.
oii'onr regarda conrnie probable que le congrès éea àéfjkté% aê: réunirait périodiqpieBidnt (1).
Telle fut hi convention), autant que nous en coBuaissons lefl termes, &ite par les dépixtés grecs avec Alexandre; meà» avec Alexandre à la tôte d*ttne année irrésistible (aatomne, 336 av. J.-G,). Il la proclama eomme le «• statut publie desi Grecs (2)r » qui constitiLait une obligatioB abeolne qu*il était chargé d'imposer, qui engageait tant le monde, et Tamters* sait à. traiter tons les transgressears comme des rebelles* ËHe fat présentée comme la. contre-partie de la convention di^AntaUcidas, et comme la remplaçant, conveoition qjatr ccMdme nous le verrons bientôt, les oCfîesers de Dariue es* salèrent de faire revivre contre loi, — Thégémonie de la Perse contre celle de la Macédoine. Telle est 'la triste dégradation diL monde grec, q«te ses eités n*ont pas d'antre alternative que de choisir entre ces deux pq^tats étracngers, — ou de solliciter leseconrs.de Dariua, le plus éloigné et le moins dangereux, dont Thégémonie ne pourrait guère être jjIus que nominale, contre un voisin qui, assurément.
(1) Démoath. Orat. De Fœd. Alex.
p. 2\5. *Bfnt T&p iv ToS; evvO^iîxatc ilci[i.£).£?<TOat Toùq rrvi veopeûo vra; xmI toùç in'v "zf^ »otv^ çuXax^ Ttxayyi.ivùv^'r Sinii« toZ^ ko«im»voOirai; izrAtm [xyj yi'Ciwycixi OâvaTOi çu^où Tcoepà toùç X£i(i,évou{ Taîç noiisat '^^6^^x^Mç,.. 01 Toooîïvov déotict toÛTwv Ti xai^tktv> âare xal ou^xa- TOoxEuotCouvtv, etc. (p. 216).
Les penonnes désignées par ol Sî, et déaiOBoées dans tont ce diioo«in.en général, sont les uriicicrs et les soldats macédoniens ou Alexandre.
Un passage de Dinarque cont.
Démosâi. p. 14) amène à supposer qu'une armée macédouienne permanente était tenue à Corintlae, occupant Tisthme. Les l'iiêbains déclarés oontn la Maeédoiue (en, août on septembre 335 av, J.-C), et coir.nienivint à assiéger la gaxnison macédonienne dans la Kadmaia, envoyèrent des d««-
pntés demander le secours des Arka-
dicns. « Les déptités (selon BimTqne} arrivèrent avec diniculté par mf>r jusqu'aux Arkadiens > — ot xotà ûâ/acaav (téXtc àfvwm* icpèc laetvovc.
D'où provenait cette difficulté, ii ce n'est d'une oocupotion de Cedntiie par les Miaoédoiiîena?
i2) Arrien, I, 16, 10. Ilapà rànoiv^ oô^vTa Toï; "K),)-/]-?!'/. Après la mort de Darius, Aluxaudre déclara <^q les Grecs mArdenairee qui avaient aern ions ee prince étaient extrâmament conyaUes pour avoir contrevenu au vote général des Grecs (napà xà Soy* yaxoL rk *EX>i^vesv), excepté ceux avaient pris du service avant que ce vote eût passé, et les Sinopn^ens qu'Alexandre consid«'rait comme sujets de la Perse et non comme partidyaBfteft xoivoO Tûv *£>.>.r,v«(tv (Ai!ri0ii, IH, 28, 15; 111,24, 8,
ALBJIANDRB LB QUAND TBftBES 19
serait domiiMiAeiir et disposé à exprimer, et assez vraisemhiabkmeiit tj^raimique. Des trois États helléniques jadis chefs et compétiteurs puissants, — Sparte, Athènes et Thêbes, — sous chacun desquels le monde grec s'était soutenu comme un agrégat indépendant, se gouvernant luimême, et admettant le libre jeu du sentiment et du caractère indigènes dans des circonstances plus ou moins avantageuses, — les deux derniers sont actuellement confondus comme étant des unités communes (l'un d euK même maintenu par une garnison) au milieu des sujets alliés d'Alexandre; tandis que Sparte conserve seulement la dignité d'une indépendance isolée.
Il paraît ({ue i)endant les neuf mois qui suivirent le moment où la convention fat jurée (hiver-printemps, SLiH-^SS av. J.-C), Alexandre et ses officiers (après son retour en Macédoine) s'occupèrent activement, tant par la force armée que par l'envoi de députés, d'obtenir de nouvelles adhésions et de refondre les gouvernements des diverses cités d'une manièn; conforme à leurs vues. Il s'éleva, au sujet de ces agressions, des plaintes dans l'assemblée publique d'Athènes, seul endroit de la Grèce où survivait encore quelque liberté de discussion. Un discours prononcé par Démosthène, par Hjpéride oa par l'un des politiques contemporains opposés aux Macédoniens (vers le printemps ou le commencement de Tété de 335 av. J.-C.) (1), nous doime quelque idée et des interrentioiis macédoniennes qui continuaient sans cesse, et des remontrances inutiles faites contre elles par des citoyens athéniens individuellement. A l'époque de ce discours, des remontrances semblables avaient déjà été sonvent répétées.
(1) C'est le discours tôv npô; j%>cCav3pov tfUv^xAv floqnel il est . ài^ fait aUnsion plus à*m fint d- (lessns. Bien qu'il se trouve j>armî les œuvres de Démosthène, Libanius et la plupart des eriti^e* moderne» «opposent qu'il ]i*est pM 1» production de cet orateur, — sur des raisons intrinst'quea de style, qui ont ccrtaioement de la finte. Litenh» dit qafil » bfM«
coup de ressemblance avec le style d'Hypéride. En tout eaa, il ne lemble
pas qu'il y ait Htn de douter que co ne soit un discours véritnMe rie Puu (L s orateurs contemporaine. Jo nuis d'accord «fec Boefaneoln (Forsehuogen , p. 629) pour onNM^îl a dft ôtreprouoîK-é peu de mni« nprès la. convention aviic Alexandre , avant la prise do Thêbee.
HISTOIRE DE Lk GRÉOB
Les Athéniens da parti macédonien y répondaient toujours par des' déclarations péremptoires qne la convention devait être observée. Mais à leur tour, les auteurs des remontrances disaient qu*il était injuste de demander à Athènes Tobservation rigoureuse de la convention, tandis que les Macédoniens et leurs partisans dans les diverses cités la violaient perpétuellement à leur profit. Alexandre et ses officiers (affirme Torateur) n'avaient jamais déposé leurs armes depuis que la convention avait été faite. Ils avaient perpétuellement pratiqué les gouvernements des diverses cités, afin de porter leurs partisans au pouvoir (1). A Messènê, à Sikyôn et à Pellênè, ils avaient renversé les constitutions populaires, banni un grand nombre de citoyens, et établi des amis à eux comme despotes. L'armée macédonienne, destinée comme garantie publique à imposer l'observation de la convention, avait été employée seulement à se mettre audessus de ses meilleures conditions, et à armer les mains de partisans factieux (2). Ainsi Alexandre, en sa qualité de général en chef, méprisant toutes les entraves de la convention, agissait comme premier despote pour maintenir des despotes subordonnés dans les cités séparées (3). Même à Athènes, cette autorité souveraine avait annulé des sentences du dikasterion, et imposé l'adoption de mesures contraires aux lois et à la constitution (4).
Sur mer, les agressions injustes d'Alexandre ou de ses officiers n'avaient pas été moins manifestes que sur terre. La convention, en garantissant à toutes les cités le droit de
(1) D«mostliène (ou Psendo-Démos' Uiène), Orat. De Fa-ilere Alex. p. 21G, OuTu> (iiàv Toîvuv pttàitai ônXa ixi^-
TCcônoTc, &XV Ixi xal vOv vtfUçixma, ^ xaû* ôiTov Suvarat, etc.
(2) Démosth. ib. p. 214, 215.
(3) Dénuwtli. (on Pseodo-Démotth.) Orat. De F(Ptlcrc Alex. p. 212, 211, 215, 220, où l'orateur parle d'Alexandre comme da Tupecvvoc de Ift Grèee.
L'orateur soutient (p. 213) qne l«s ^Iftcédonieiu avaient reconnu le despo-
tisme comme contraire à la couvention, au point qu'ils avaietit chassii le»
despotes des villes d'Autissa et d'Kreaoe dans Lesbos. Ibis probablement ces despotes étaient en correspondance avec les Perses sur le continent opposé, ou avec MemnOn.
(4) Démosdi. (ou Piendo-Démosth.) Orat. De Fœdere Alex. p. 215. To j; o' lStou( Ofiàç v6{Jiou; àvayxa^^ou^ri Xûeiv to{»c i&iv xex(}i[iivou; èv toîc Se
TOtavra pia(é{itvoi icapavopelv»..
ALEXANDRE LE GRAND