‹ Histoire de la GrèceChapitre 2 sur 21 · THÈSES · texte numérisé non relu

THÈSES

Baviguer librement, interdisait distinctement à chacune de

prendre ou de retenir des navires appartenant à une autre. Néanmoins les Macédoniens avaient saisi, dans THellespont, tons les bâtiments marchands venant du Pont-Ëuxin avec des cargaisons, et ils les avaient menés à Tenedos, où Os étaient retenus, sons divers prétextes fraadnleax, en dépit des remontrances des propriétaires et des cités dont la provision de blé étût interceptée ainsi. Parmi ces villes, Àthènes fat celle qui souffrit le plus; vu que les consommateurs de blé importé, les propriétaires de navires et les marchands y ét^ent plus nombreux qu'ailleurs. Les Athéniens, dont les plsdntes et les remontrances n'étaient pas écoutées, finirent par être tellement excités, et peut-être inquiets au sujet de leurs approvisionnements, qu'ils rendirent un décret à Tefiet d'équiper et d'envoyer cent trirèmes, et nommèrent amiral Menestheus (fils d'Iphikratès). Cette manifestation énergique amena les Macédoniens à relâcher les navires retenus. Si cette détention eût été prolongée, la flotte athénienne aurait fait voile pour obtenir réparation par la force, de sorte que, comme Athènes était supérieure aux Macédoniens sur mer, l'empire maritime de ces derniers aurait été renversé, tan-dis que, mémo sur terre, un grand encouragement eût été donné aux mécontents contre eux (1). Il s'était présenté un autre incident, moins grave que celui-là, sur lequel toutefois Forateur insiste encore comme étant une violation de la convention, et une insulte pour les Athéniens. Bien qu'un article .exprès de la convention défendit que des vaisseaux

(1) Dëmosth. ib. p. 217. Et; toOto yàp 07C£po<};i'a; rjXOov, w<ite eî; TévEûov &7ïavTa XX iy. to-j IIôvtou nXoîa xaxftfiefWj ta\ «xeuupoviuvoi icipl aOrà

où -pô-epov à;pet9Qcv, upiv Ojteî; i^^i'

Gxtjbs, TptinpEi; êxatov 7t).rjpoûv xaî xa- 6é}.xeiv eùôù; tôtê — ô irap' iXdxKTcov

TYjv xarà Oâ^aTiav yiYEjjLOviav. .. P. 218.

'J£w; yàp àv è^fj t(Ôv y.arà 6ocXa<7(jav xal |iôvoi; dyatiL^ia^r^Tr^Tc»; EÎvai xupioi; 0«s Athéniens), toT; ye xarà ifijv «pà«

>.àc iripnc toxvpotfpac eOpfvOat, etc.

Nous savons qu'Alexandre orclonna qa'une escadre de vaisseaux allât d« Bynuitîon au Danube et renumtftt ce , fleuve (Ârrien, I, 3, 3), pour le rencontrer quand il s'y serait rendu par terre, eu partant du la cOte luéridio»

nale de Thraca. H n'est pas improbable que les navires uth-'nicns retenus soient venus chargés d'une provision de blé, et que la détention des navires ée blé ait éU destinée à faciliter cette opération.

22 HISTOUB DS LA. OSftOI

armés d'une ville enirnsent dans le port d'une autre, cependant ane trirème macédonienne avait été envoyée an Pei«rfseus pour demander la permission que des navires pluspetits pussent y être construits pour le compte des Macédoniens. Cette démardie était blessftnto pour un nombre considérable d*Athénietui> non-seulement en ce qu'elle violait la conTention, mais en ce qu'elle était un pas manifeste fiait en vue d*employer les équipements nautiques et les marina d'Athènes ponr raugmentation de la flotte macédonienna (1).

«< Qae oes orateurs qui nous conseillent perpétuellement d'observer la convention (dit l'orateur) décident le chef sou- Terain à donner l'exemple de l'observer de son côté. Je vous recommande anssi la môme observation. Pour une démocra- .tie rien n'est plus essentiel qu'une attention scropuleuse^ apportée k l'équité et à la justice (2). Mais la convention elle-même enjoint à tous ses membres de faire la gnerre anz transgresseurs ; et conformément à cet article, voas deve& &ire la guerre à la Macédoine (3). Soyez assurés qœ tons les Grecs verront que la gnerre n*est ni dirigée contre eux ni amenée par votre fisuite (4). Dans 4seite conjonetnre, une sem- •blable démardie, faite en vue de défendre votre pit>pre li* berté aussi bien que la liberté hellénique en général, sera, non moins opportune et avantageuse qu'elle est juste (5). Le temps approche de seconer la honteuse soumission qui voua asservit à d'autres, et Toubti oà vous êtes de votre dignité passée (6). Si vous m'encourages, je suis prêt à faire une

(1) Démosthine {on Paendo^IMmos-

thène), Orat. De Fœdero Alex. p. 219.

(2) Dcmosth. ib. p. 211. Oijiai yàp

. «rouSdCeiv.

Je donne ici le sens géoénlf sans nNutMiiidn w tmnM «sMls.

(S) Dteflsth. ib. pu 2ia. Kai

îri rpoiryÎYpoïtTai t*?; cuv^rzat;, 7to)iiiiov eivai, xèv sxsîv« Aiccp 'A>i;atv- 8pOC fCOMOvTtt, &ica«t X9ltç Clp^vHC ii0ivc*voû<7i, xat T^jv x^pav adtoii, xxl orpatTtûweai Ik' &ic«vw«. Cf.

p. 214 init.

(4) Démostb. ib. p. 217. OOSeic «t*7v

iyxctkéati ttots twv *E»r,vti)v w; âpa

à)i/a xaî /.Âpiv êÇouortv ou pÂvoi éÇ^- Xéylam «eôc ta&r* icoi*Ovr«;, etc.

(5) Démoith. ib. p. 214. iXvvi 6', ot' ewt TaÙTÀ Sixaiov à|ia xai ô xa:pô; xftl t4 9Vfi^p«v ovvîcSpiaT;x£v, âXXov âpa ttvà yi^ovov àvajjLEvcîTC tt}; iôtî; ^yî-jOeptou; âixot xit -rijç tûï¥ mX}*»V

(6) Démocth. ib. p. SSfO. Et ipa «oti Stî ««vmwBat al<TXP«C éripoi; àxo)oyeoùvraç, àXXô ji^jS' àva[i\fY,(TOïjvai fir,-

ALEXANOU LE GRAND — TiiÉBES 23

motion en forme. — C'tsi qu!«k déclare la gaerre ans violateurs de la ccAventioiit ocunme la conveiitioa eUe-mèma Tordonne (1). •

Vne profiMiMcon focmelle -de déclarer la guerre asiraii attiiTé à 8MI «Mittfnr vue fionrsuite en vertu de la graphê paronomôn. Eu conséq«eBoe, iout en dounant daireroeut à entendre qu'il crejak convenabie la conjoncture actoalle (quelle était-elle, nous rig^oroes), û refusa d*«acourir «ne pareille ratj^Babilité saoe voir à Tavauce use manilastaiioii du sentiment p'ublic anffisante pour lui faire espérer un verdict fayorable dji dikaaterion. La motioft ne fut probaUeaent pas Mtsu Mais un discours si kardi, bien 4u*il ne fût pas suivi d*uiie mstiogit ssdi^ae à Ixà seul Tétat de aestiment en Grèce peséant ies mois qui suivirent immédiateotient la ooMve&tkm ftiieevec Alexandre. OAte harangue est seulement une desnomlireaBes quâ furent prononeées dans rassemblée athénienne, oiiron ee plaignait de la supréinatîe macédonienne telle 'q«*elle était exercée <en Tertu de la ceonrention. H est évident «que les actes des offîciers macédoniens étaient de nature à fournir d*amples motifs de plainte; et la détention de tous les navires de commerce venant ài Pont-Euxin nous montro que même la acdisistaooe d'Athènes et des lies était devenne plus çm noms oompromiae. Bien que ks Athéniens n*eua8fi0t pas recours à une intervention arasée, leur assemblée du moins fournissait un théâtre où une protestation publique pouvnit se faire entendre et la sympathie publique se manifester.

Il est probable aussi qu'à cette époque Démos chêne et les autres orateurs aotiraacédoniens fui^ent encouragés par des assurances et par des subsides de la Perse. Bien que la mort de Philippe et l'avènement d'un jeune homme de vingt ans non encore éprouvé eussent conduit Darius à croire, pour le momeut, que tout dauger d'une invasion en Asie était passé,

xai TcXeio-cou xal [Léj.iGXix Tcâvzcdv àv- ).eûr,T£, YP^^<*>> xaOa7:ep al ouvâî^iaK

(1) Démoetk (ou Pseudo-DématAu) «te.

Orat. De FndcM Akgu lËàv êb» m-

cependant ses appréhensions furent ranimées actuellement par l'énergie que manifesta Alexandre, et par le renouvellement d'une ligue grecque sous sa suprématie (1). Ce fut apparemment pendant le printemps de 335 avant J.-C. que Darius envoya de l'argent pour soutenir le parti antimacédonien à Athènes et ailleurs, ^schine affirme, et Dinarque répète ensuite j(tous deux orateurs hostiles à Démosthène), — que, vers ce temps, Darius envoya à Athènes trois cents talents qt|e le peuple athénien refusa, mais que prit Démosthène, en réservant toutefois soixante-dix talents de la somme pour sa propre bourse ; qii*une enquête publique fut faite plus tard à ce sujet. Toutefois on ne dit pas que rien ait été établi (2) ; du moins Démosthène ne fut ni condamné, ni même soumis (autant qu*on peut le croire) à aucun jugement formel. De pareilles données nous ne pouvons tirer aucun fait précis. Mais elles autorisent cette conclusion générale que Darius ou les satrapes de TAsie Mineure envoyèrent de l'argent à Athènes dans le printemps de 335 avant J.-C, et des lettres ou des émissaires pour exciter des hostilités contré Alexandre.

Que Démosthène et probablement d'autres orateurs marquants reçussent de .pareilles remises d'argent de la Perse, ce n*ést pas une preuve de cette corruption personnelle que leurs ennemis leur imputent. Il n*est nullement prouvé que Démosthène appliquât cet argent à ses desseins particuliers. Le recevoir et le dépenser en essayant d'organiser des cosr litions pour Taffranchissement de la Grèce était une conduite qu*il devait avouer comme non-seulement légitime , mais patriotique. C*était un secours obtenu d'un prince

(1) Dioaore, XVII, 7.

(2) ^'Ëscbinc, adv. Ktesipli. p. 634 ; IKÎiarqne, »dv. Demostb. s. 11-19, p. 9-11. C'est jEscliine qui affirme que les trois cents talents furent envoyés au peuple athénien et refusés par lui.

Trois ans plus tnril, après la hataille d'Issus, Alexandre, dans sa lettre à Darius, aocoM ce prince d'avoir «n-

voyé en Grèce et des lettres et do l'argent, dans le dessein d'exciter la gnenre contre loi. Alexandre dit qne

les Lacédannoniens acceptèrent l'argent, mais que toutes les autres cités grec(iiies le refusèrent (Arrien, II, 14, 9). Il n'y a pas de raison pour douter de ces faits; niais je ne trouve rien qui identifie le moment précis auquel Alexttodre aUaiion.

ALEXANDRE LE GRAND — THÊBBS 25

étranger pour mettre la Hellas en état de se délivrer de la domination pire d*an autre. A ce moment, Tintérèt politique de la Perse coïncidait avec celui de tous les Grecs qui aspi- .râient à la liberté. Barius n'avait pas de chance pour devenir maître de la Grèce ; mais sa propre sécurité lui prescri- • vait de Fempêcher de devenir une dépendance du royaume macédonien, et ses moyens pour y parvenir étaient abon- •dants alors, s'ils eussent été employés d'une manière efficace. Or le but d'un patriote grec devait être de i)réserver rintégrité et l'autonomie du monde hellénique de toute intervention étranirère. Invoquer le secours de la Perse contre des ennemis helléniques, — comme l'avait fait Sparte et dans la guerre du Péloponèse et lors de la paix d'Antalkidas, et comme Thèbes et Athènes avaient suivi son exemple en le faisant plus taixl, — c'était une conduite inexcusable ; mais invoquer le même secours contre la domination d'un autre étranger, à la fois plus rapproché et plus formidable, Tie prêtait pas au blâme sous le rapport du patriotisme ou de la politique. Démosthène avait pressé vainement ses compatriotes d'agir avec énergie contre Philippe, à un moment où ils auraient pu par leurs propres efforts soutenir Tautonomie existante tant pour Athènes que pour la Grèce en général. Actuellement il secondait ou appelait Darius, alors que la Grèce seule était devenue incapable de lutter contre Alexandre, l'ennemi commun et de la liberté grecque et de l'empire de Perse. Par malheur pour Athènes aussi bien que pour lui-même, Darius, avec d'abondants moyens de résistance entre les mains, joua son jeu contre Alexandre avec plus de stupidité et d'imprévoyance encore qu'Athènes n'avait joué le sien contre Philippe.

Tandis que telles étaient les agressions des officiers macédoniens dans l'exercice de leur nouvel empire souverain, d*une extrémité à l'autre de la Grèce et des îles, — et telles les manifestations croissantes d*aversîon qu'il provoquait à Athènes, — Alexandre était retourné dans son pays afin de pousser les préparatifs pour sa campagne en Perse (prin- \ temps 335 av. J.-C.)* Toutef(^ il ne jugea pas prudent de transporter ses principales forces en Asie, jusqu'à ce qu'il eût

filSTOlBB DE LA OfiÀOE

fait sentir son pouvoir et sou ascendant personnel aux dépendances macédoniennes, à l'ouest, au nord et au nord-est de- Pella, — aux Illyriens, aux Pseoniens et aux ïhraces. Sous ces noms généraux étaient comprises un grand nombre (1) de tribus, ou nations, distinctes, belliqueuses et pour la plupart adonnées au pillage. Étant restées indomptées jusqu'aux victoires de Philippe, elles ne furent pas mainteames daaas la soumission même par lui b&jàs difâoulté ; et il n'était fa& non plus -vraisfimblable qu'elles obéiraieiiit à sou jeune successeur, jusqu'à oe qu'*eUes easseot Yu qafiilgue fjreave mu* sible de son éaei^e pensoniieUA.

GonséquemineAt, au printemps, Alexandre se mit à la tête d'an« année coasidérable, et s'avança dans la direction de r«st, en partant d'Attf hipolis, par l'-étraii àéOlé Sapaean, entre Piiilippi et la mer (2). £& dix jmrs <de marche, il amya au dificile déâlé de juontagne par lequel «eui il pouvait franchir ie aont Ha^mus (Balkan). Il y trouita unooifis de Thraces libros et de mardiands armés du {my» aisemblés pour s'opposer à jsa Biarche, postée sur la ha«ieur« ayant devant eux desisiuiriots que ieur desasin^était de faire rouler enhasde la pente escarpée contre lesraiagsdies liinoédoniens qui avançaient. Akcnudre esquiva ce danger «en ordonnant à ses soldats ou d^onvrir leurs MMgs, de ma^uière . àJaifiser les chariots passer libreinesi, — on, «'il n'y avait pas de pUoe pour s'écarter, de se jeter par terre avec leurs hoacliers serrés les uns près des autres et placés obliquement an-dessus de \em eoi|»8 ; de Mffte que les chariots^ en descendant la peniA: et en venant contre les bondieis» quittèrent le sol et fumnt forcés de bûndir sur le corps des hommes jusqu^à respaceeitaé aa-dessona. Tous les chaiiorts ronlèreut en bas sans tner un seul homme. Les Thrafoes, mal armés « iansat alors aisément di^rsës par l'itttaqne

(1) Strabon pitrlc des éâvTi thraces Arrit^n, I, 1, ti; Appien, BeU. Civil.

«MBDBw étant SM m»ml»« d« «dogu JV, B7, 105, IM. Aytpvm im» (TV,

dMis, eo état de meUr« bot fâed lÛS) 4ue honnt ^Mcrip tion génàmle

200,000 fantassins et 15,000 chevaux du pays infrandiissable et sans route

(Strabon, VII, Fngax. Yatic. 48}. au nord et au nord-est de PliUippi.

ALBXASDtB LB OBANO — THÊBES

naoédonienne; quinze cents hommiai âuMnt tués, toutes Ift» Inames «t tous lei «Bfaaâs faits primnûeni (1). On «nv^ya «MiB eaoMTte ias eaptîfii «t 1« batiA pour être TandvB aux ports «de mer.

Après avoir aiasi lancé le paasage de la monte^Mt Alexandre condoisii aoB armôe par la chaîne du mont s'avança contre les Xriballes, puissante triba thrace qui 6*éteiidait«(a«tant qu on peut le déterminer) de la plaine •de Koaievo, dans la Servie ^nodeme, an nord wen la Daanibe^ — et qne Philip|ie avait eooqniee, non toiMbis sans aYOiir reacontné une résûiUnee coneidérahle et «roir easniré te défaites à ïjoccêàion. Lear prince, SjmcMf s'était retiré ayec lee iammes ei lee enfante de U tribn dans «ne lie dn Dannbe appelée P««kè« où beaacenp 4'antreg Thn^ees avaient ansei cbert^é aeile* Le gros 4s Tarmée des TfibaAles se ^sta dans un endrcât boieé« snr les bords de la rivière Lyginos, k enriron traie jours de nardie 4n Danube. Tontefeis, moMbés par les eoldats macédoniens vmés i la légère. Us toent tentés de quitter leur position oeaTèrte pour ratrer en plaine; ils y ûirent attaq[aés pan Alexandre avec sa eavalêrie et son infanterie, dans on oonbat «orpe à corps, et <ienpléteneat défaits. Trois nûUe d*entre eox furent tnés ; nuis le reste* en tnèe-^prande partie, écbappa à la ponrmite fr lateenr du b(»s, de aorte qu'ils ne percèrent que peu de prisonniers. I^a perte du côté des Ma-^ eédoniens ne fut que de onze cavaliers et de -quarante fantassins tués, suivant rassertion de Ptolemaeos, fils de Lagos, alors Fun des officiers de confiance d'Alexandre, et plus tai'd fondateur de la dynastie des rois gréco-égyptiens (2).

Une luarciie de troU ^Quiriàées, à |)artir du théâtre de lao

(1) Arriea, I, 1, 12, 17. Ln place qai tEkfverte ut cette ukiiue dti nord au

préci«e de cette rmito «leajrpée ptix la- mà ÇV. «hap. 1 de cei ouvcag«J. Mais

quelle Alexandre franchit le Ualkan, sons ne pouvons dire ri Alexandre

ne petrt r«trp clt^emiin»^e. Le baron TOn \m.nm pur l'iiive de« qn>i1re ou par

Moltko, dans son récit de ln campagne quGl(^ue autre route encore plus à

des Rama en Bulgarie (1828-1829), l^est.

donne une énnmération de quatre (2) Arrieni I, 2. routes, qn*iine armée peut pa«eer, et

HISTOIRE DB LA GRfrCB

tion, conduisit Alexandre au Danube, où il trouva quelques vaisseaux armés, auxquels il avait préalablement donné l'ordre (probablement avec des provisions) de s'y rendre de Byzantion par le Pont-Ëuxin et ea remontant le fleuve. Il employa d'abord ces vaisseaux à essayer de débarquer un corps de troupes dans Tîle de Peukê; mais sa tentative échoua à cause des rives escarpées, de la rapidité du courant et de la contenance résolue des défenseurs placés sur le bord. Pour compenser ce désappointement, Alexandre résolut de faire un déploiement de sa force en traversant le Danube et en attaquant les Getse, tribus composées surtout de cavaliers armés d-arcs (1), analogues aux "Hiraces par les habitudes et le langage. Ils occupaient la rive gauche du fleuve, dont leur ville était éloignée d*environ quatre milles (s 6 kilom. 1/2). La terreur des succès macédoniens avait réuni un corps de quatre mille Getœ, visibles de la rive opposée, prêts à résister à un passage. En conséquence, Alexandbre rassembla une quantité de bateaux grossiers (creusés dans un seul tronc) employés pour la navigation du fleuve, et il fit bonrrer de foin les peaux des tentes de Tarmée, afin de soutenir des radeaux. Ensuite 11 s*embarqua pendant la nuiti et parvint à transporter au delà du fleuve un corps de quatre mille fantassins et de quinze cents chevaux, en débarquant sur une partie du rivage où se trouvait du blé à haute tige et pas un poste ennemi. Les Getœ, intimidés non moins par ce passage heureux que par l'ordre excellent de Tarmée d'Alexandre, restèrent à peine pour soutenir une charge de cavalerie, mais ils se hâtèrent d'abandonner leur ville, pauvrement fortifiée, et de se retirer à une plus grande distance du fleuve. Entrant dans la ville sans rencontrer de résistance, Alexandre la détruisit, enleva tons les biens meubles qu'il trouva, puis retourna vers le fleuve sans délai. Avant de quitter la rive septentrionale, il oflnt un sacrifice à Zeus Sauveur, — àHèraklès, — et au dieu Istros (Danube) lui-même, qu'il remercia de lui avoir

(1) Stmbon, VU, p. 303.

ALEXANDRE LE GRAND — THÉBES

permis le passage (1). Le jour même, il repassa le fleuve pour revenir dans son camp, après une vaine démonstration de force, destinée à prouver qu*il pouvait faire ce que ni son père ni aucune armée grecque n'avaient encore fait, et ce que tout le monde croyait impossible, — en franchissant le plus grand de tous les fleuves connus sans pont et en face d*un ennemi (2).

(1) Arrien, I, 1, 2-7.

(2) Xi le point où Alexandre franchit le Danvlie, — ni la titiiatioa de l'île appelée Peukê, ni l'identité de la rivière de Lyginos, — ni la partie du mont Hremus, où Alexandre s'ouvrit tiB paaaage de force, — ne penvent Être déterminés. Les renseignements donnés par Arrien sont trop brefs et trop maigres, pour qu'on puisse éta- Uir avec aasorance aucnne partie de sa marche après qu'il eut traversé le Kestos. Les faits rapportés par l'historien ne lepréeentent qu'une petite partie de ce que fit réellement iJexandre dans cette expédition.

Toutefois il l aralt évident que le dessein principal d'Alexandre était d'attaquer et d'humilier les Triballes.

Leur localité est connue généralement comme étant la région où la moderne Servie rejoint la Iktlgurie. Ht idlaient & Test (du temps de Thucydide) jusqu'à la rivière Oskius ou Lsker, qui traverse la chaîne do l'Uismus du sud au nord, passe par la cité moderne de Sophia, et tombe dans lu Danube. Or Alexandre, afin de conduire son armée de la rive orientale de la rivière Nestos, près de son embouchure^ an pays des Triballes, dut naturellement passer par Philippopolis, cité qui paraît avoir été fondée par son père Philippe, et avait ptobablinnent en eonséquence une route régulière de communication jusqu'aux régions maritimes (Y. Etienne de Byz. v. 4>iXiiTicôicoXtc). Alexandre dut euniite finmoliir le mont Hœmus, quelque part au nord-ouest do Philippopolis. Kous lisons dans l'année

376 avant J.-C. (Diodore, XV, 36) une invasion d'Abdèra par les Triballes; ce qui prouve qu'il y avait une route, bonne pour une armée, depuis leur territoire jusqu'au côté oriental de Tembouchure du Nestos, où Abdêra était située. Ce fut la route que Tfaisemblablcmcnt suivit Alexandre. Mais il doit probablement avoir fait un circuit considérable vers l'est; car la route que Paul Lucas dit avoir prise directement de Philippopolis h Drama ne peut guère avoir été bonne pour une armée.

Il se peut que la rivière de Lyginof soit risker moderne, mais ce n'est pas certain. L'ile appelée Peuk@ est plus embarrassante encore. Strabon en parle comme si elle se trouvait près de l'embouclinre du Danube (VII, p. 301-305).

wMais il semble impossible que soit le cerde des Triballes, soit la marche d'Alexandre, puisse s'être étendu si loin à l'est. Comme Strabou (aussi bien qa'Arrien) copia la marche d'Alexandre sur Ptoléméet dmit raut<mté est très-bonne, nous sommes forcé de supposer qu'il y avait une seconde île appelée Peukè un peu plus haut en remontant le fleuve.

La géographie de la Thracc est si peu connue, que nous ne pouvons nous étonner de ne pouvoir identifier ces endroite: Nona connaissons, et cela d'une manière imparfaite, les deux grandes routes qui partent toutes deux de Byzantion ou Constantinople.

1. L'une (appelée la route du Roi, pour avoir été en partie la direction de la marche de ^erxês quand il envahit la

mSTOIMT VÊt LA 0Wt€B

La terreur répandue par les opérations; militaire? d'Alexandre fut si grande, que non-spiilement les Triballes, mais les Thraces autonomes alentour, envoyèrent des députés pour offrir des présents ou un tribut, et pour solliciter la paix. Alexandre accéda à leur requête. L'esprit toorné 7ers la guerre a^ec l'Asie, il se contenta d'avoir intimidé ces tribas au point de les empêcher de se souléfrer pendant son absence. Quelles conditions imposa-t-U , nous l'ignorons, mais il accepta les présents (1).

Tandis que ces requêtes des Thraces étaient discatées, il arriva des députés d* une tribu de Oattlois qui occupait une reirion niontïçneuse éloignée, à l'ouest, vers le golfe Ionien. Bien qu'étrangers à Alexandre, ils avaient tellement entendu parler de ses exploits récents, qu'ils Tenaient demander à être admis dans son amitié. Us se distingaaient

Gr./ce. Tite-Live, XXXÎX, 27 ; Hérodote^ VII, 115) ti-uversant l'ilebros et le N«st08, touebant la côte septentrionale âfl la mer Mi^e h Xeapolis, un peu av. mil de Philippi, puis franchissant le btrymôn à Amphipolis, et s'étmAuit par Pella à travers la Mbcé* doine intérieure et ITllyrie jusqu'il Dyrracliium (la via Egnatia). 2. L'autre, prenant une direction pins septentrionale, passant le long de la vallée snpéricnre àf l'ilehros d'Adrianopolis à Philippopolis, ensuite par Sardica (Sophia) eirNaissQa (Nisch), jn^iu'att Danube, près de Belgrade; c'est la glande mute qui mène anjoixrâfhai de Constant! nople à Belgrade.

Maiar à part ee« deux roates, à p«n0 connalt-on quoi que ce soit dn pays.

En particulier, la i-^gion montagneuse du Kbodopê, bornée h l'ouest par le Strymto, ao nord «t à Fest pcr fB»

Tiros, et au sud par la mer -Ejjf'c, est une Ten'a iiieognita, à l'exception des quelques colonies grecques sur la côte.

Très-pea de ▼oyageora «mt anivt «m décrit la mnîe méridionale on ront?

du Roi, tandis que la région de l'intéyienr, à part la grandis TOQte, étntab.*

solument inexplorée jusqu'à la visites de M. Viquesnel en 1H17, chargé d'uue misfion scientifique par le gouvemement français. Le court, niai^ inti^ ressant exposé, composé par M. Viquesnel, de ce district raboteux et impratieaÛe, est oontenn dans les « Ardiives des Missions scientifiques et littéraires • de 1850, publiées à Paris, Malheureuvetneut la carte destinée à accompagner cet exposé n'a pas encore été préparée; mais les rensei^noments pulilii s, tels qu'ils sont, Kiepert les a employés pour eonstmire sa carte récente de la Turquie d'Europe, la meilleure carte de ces régions qui existe aujourd'hui, bien qu'elle soit encore très •imparfaite. lies explications (Erlaennterungtu) annexées par Kiepert, fi sa carte do Turquie, montrent les données défectueuses sur lesqudles est fbndée lis cTiartD|n^bi« die ce pays. Joaqu'à l'examen de ."M. "\'iquesnel, on peut dire que la partie supérieuns du cours du Strymon, et presque tDQt le eonrs dn Ifestos étaient totalement inconnus.

(I) Arrien, I, 4, 6; Strabon, YXI, p. SOI,

ALEXANDRE LE GRAND ; — THÊBËS 31

iant par leur haute stature que par leur langage plein de Tanterie. ÂlezaBdre' échangea Tokmtiers avec eux des assuranees d'alliance. Les régalant à im festin, il leur demanda, dans le cours de la conTeraalôon : • Que craignez-yons le plus parmi les éventualités humaine»? — Nous ne redoutons aucun betome ni aacim danger, répondirent-ils ; nous ne ^nvignoAS qu'une chose, c'est que le ciel ne tombe snr nos tètes. • Cette réponse désappointa Alexandre, qui s'était attendu qu'ils le nommeraient cosune la personne qu'il? redoutaient le i^us : si prodigieuse était la suffisance que lin inspiraient ses exjtloits. H fit ohserrer à ses amis que ces Gaulois étaient des fan&rons. Cependant, si nous faisons attention au senftiment plutôt qu'an langage, nous verronsr qu'une pareille épithète s'applique aussi Bien ou mieux à Alexandre lui-m-ême. L'anecdote est surtout intéressante en ce qu'ell'e montre combien il était jeune encore lorsque se montra chez lui l'exorbitante estime de lui-môme, dont ncras verrons ci-après des preuves. Qu'après la bataille d'Issus il se crût un être surhumain, nous ne pouvons guère en être étonnés; mais il n'était encore que dans la première année de son règne, et il n'avait rien fait de plus que de s'être avancé en Tbrace et d'avoir remporté une victoire sur les Triballes.

Après avoir réglé ces affaires, il se dirigea au sud-ouest, vers le territoire des Airrianes et des autres Pœoniens, entre les fleuves du Strymôn et de l'Axios, à la partie supérieure de leur cours. lA, il fut rencontré par un corps d'Agrianes, sous leur prince Langaros, qui avait déjà contracté une amitié personnelle avec lui à Pella, avant la mort de Philippe. La nouvelle arriva que Tlllyrien Kleitos, fils de Bardjlis, qui avait été soumis par Philippe, s'était révolté à Pelion (poste fortifié au sud du lac Lychnidos, sur le côté occidental de la chaîne du Skardos et du Pindos, près de l'endroit où cette chaîne est iiiterrompue p«r la lente appelée la Klissura de Tsangon ou Dvfvol) (l), — et que letf

(1) Four la ntiMtHm dt Felion, cf. Tite»LiT«» XXXI, 33, M, et let

Illyriens occidentaux, appelés ïaulantii. sous leur prince Glaukias, étaient en route pour l'assister. Conséqiieiiiinent Alexandre s y dirigea sur-le-champ, laissant Langaros s'occuper de la tribu illyriennc des Autariatœ , qui avait menacé de s'opposer à sa marche. Il s'avança le long de la rive de l'Erigon en la remontant, à partir d'un point voisin de l'endroit où cette rivière rejoint l'Axios l'I). En approchant de Pelion, il trouva les lUyriens postés devant cette ville et sur les hauteurs alentour, attendant l'arrivée de Glaukias, leur allié promis. Tandis qu'Alexandre faisait des dispositions pour l'attaque, ils offrirent leurs sacrifices aux dieux : les victimes étant trois garçons, trois filles et trois^ béliers noirs. D'abord ils s'avancèrent hardiment à sa rencontre; mais, avant d'en venir à un combat corps à corps, ils tournèrent le dos et s'enfuirent dans la ville si précipitamment que les victimes tuées restèrent étendues sur place (2). Après avoir ainsi refoulé les défenseurs, Alexandre se préparait à mener un mur de circonvallation autour de Pelion, quand il fut interrompu par l'arrivée de Glaukias, avec des forces si considérables qu'il fut forcé d'abandonner son projet. Un corps de cavalerie, envoyé du camp macédonien au fourrage, sous Philotas, fut en danger d'être coupé par Glaukias et ne fut sauvé que par Tarrivée d'Alexandre lui-môme avec un renfort. En face de

remarquas du oolond LmIm, Trsvds in Northern Greeoe, toI. 111» ch. 28,

(1) En admettant qu'Alexandre fût dans le territoire des Tkibelles, )• moderne Servie, il dut dans cette marche suivre surtout la route qui est fréquentée aujourd'hui entre Belgrade et BHol&it par la plaine de KosaorOf Pristina, Katchanik (tournant sur son côté nord-est le Ljubatrin, promontoire nord-est qui termine la chaîne du Skardos), Uaehknt», Knprili, le long du cours eupérieur de l'Axios ou Vardari jusqu'au point où l'Erigon on Tsohema rejoint eotte rivière ftftdesMmf de Knprili. l il dut

être an milieu des Pawnlens et der

Agri:\m;s, ii l'est, — et des Dardani et des Autariatsc, au nord et à l'ouest..

Si ensuite il suivit le cours de l'Erigon, 11 dut passer par les parties de 1» Macédoine appelées alors Deuriopia et Pelagonia ; il dut aller entre les crêtes de montagnes, par lesquelles l'Erigon se litit jour, appelées Nidii au snd| et Babuna nu nord. Il dut passer ensuite à Florina, et non à Bitolia.

y. la carte de ces riions par Kiepert, — partie de sa récente carte de la Turquie d'Europe, — et tinc description de la voie en général par Griaebaeli.

(2) Arrien, I, 5, 12.

ALBXANDRB LE ORAKD — THÉBES

ces forces supérieures, il fut nécessaire de faire retirer l'armée macédonienne par une ligne étroite de route le long du fleuve Eordaikos, où dans quelques endroits il n'y avait place que pour quatre hommes de front, avec des collines ou des marais partout alentour. Par une série de manœuvres habiles et hardies et par un emploi efficace de ses machines de siège et à projectiles , à l'effet de protéger l'arrière-garde, Alexandre dérouta complètement l'ennemi, et ramena son armée sans pertes (1). De plus, ces Illyriens, qui n'avaient pas su faire usage de ces avantages de position, s'abandonnèrent au désordre aussitôt que leur ennemi se fut retiré, négligeant toutes les précautions nécessaires à la sûreté de leur camp. Informé de cette négligence, Alexandre fit une marche forcée de nuit en arrière, à la tête de sa division d'Agrianes et des troupes légères, appuyées par le reste de Tarmée. Il surprit les Illyriens dans leur camp ayant le jour. Le succès de cette attaque contre une armée endormie et non gardée fut si complet que les Illyriens s'enfuirent sur-le-champ sans faire de résistance. Un grand nombre d'entre eux furent tués ou faits prisonniers; le reste, jetant les armes, s'enfuit précipitamment vers ses demeures, poursuivi par Alexandre jusqu'à une distance considérable. Le prince illyrien Kleitos fut forcé d'évacuer Pelion, ville qu'il brûla, et il se retira ensuite dans le territoire de Glaukias (2).

Au moment même où Alexandre avait achevé de remporter cette victoire sur Kleitos et sur les auxiliaires taulantiens, et avant qu'il fût retourné dans son royaume, il reçut une nouvelle d'un caractère menaçant. Les Thèbains s'étaient déclarés indépendants de lui et assiégeaient sa garnison dans la Kadmeia (août 335 av. J.-C).

Nous connaissons très*imparfaitement les antécédents immédiats de cet événement, à la fois important et désastreux pour ceux qui se mirent en avant. Nous avons déjà fait remarquer que le vote de soumission de la part des

<1) Arrien, I, 6, 3-18. (2) Arricn, I, 6,

T. XVIII 3

BISTOIBB D8 lA GRÈCE

Grecs à Tégard d*Âlexandre comme général en chef, pen» dmnt l'antomne précédent. n*avait été renda que mos Tinti- . midation d'one armée maeédoniéaae présente. Bien que les Spartiates seuls cassent le conrage de proclamer lear dissentiment, on savait bient et Alexandre ne Tignorait pas, que les Atiiéniens, les Ârk^diens, les iStoliens et antres étaient prêts à &ire la même chose an premier revers sérienx des armes macédoniennes (1). De plus, Ténergie et le talent déployés par Alexandre avaient appris an roi de Perse que tout danger pour lui-mtae n*était pas éloigné par la mort de Philippe, et l'engagèrent soit à. envoyer, soit k promettra des seoonrs-pécnniûres aoz Grecs opposés anx Macédoniens. Nons avons déjà mentionné la maSoifestation d*an sentiment antimacédonien à Athènes, — déclaré par plasieurs des orateurs les plus éminents, — Démosthène, Lykurgue, Hypéride et autres, aussi bien que par des militaires actifs, tels que Charidêmos et Ephialtês (2), qui probablement parlèrent plus hardiment quand Alexandre fut absent et sur le Danube. Dans d*autres cités, le même sentiment trouva sans doute des avocats, bien que moins distingués; mais à Thêbes, où. il ne pouvait être déclaré ouvertement, il régnait avec la plus grande force (3). Les Thêbains souffraient une oppression dont la plupart des autres cités étaient exemptes, — la présence d'une garnison macédonienne dans leur citadelle, précisément comme ils avaient enduré, cinquante ans auparavant, le frein d'une garnison Spartiate après la fraude de Phœbidas et de Leontiadès. Dans le cas actuel, comme dans le premier, l'effet fut d'armer les chefs du parti macédonien d'un pouvoir absolu sur leurs concitoyens , et nonseulement de causer à ces derniers un malheur public en anéantissant toute liberté de parole, mais encore de les exposer à des insultes et à des injures individuelles multipliées, suscitées par la convoitise et la rapacité de maîtres étran-

(1) Arrien. I, 7, 5^

(2) MUen, Y. H. XII, 6T.

(3) Déinade, Tirèp rij; Sa>SôxaeTfa;;

(làv TT^v Tûv Maxeôôvuv çpoupàv, ' ^

ALEZAMDRB LB QftAMO THÈBBS

gers aussi bien qne domestiques (1). Un certain nombre de citoyens thèbains, et parmi eux les esprits les plus libres et les plus hardis, étaient en exil à Athènes, ne recevant, il est vrai, du public rien de plus qu'une demeure assurée, mais encouragés secrètement à espérer un meilleur état de choses par Démosthène et les autres chefs hostiles aux Macédoniens (2). De même, cinquante années auparavant, c'était à Athènes, et auprès de simples citoyens, que les Thèbains Pélopidas et Mellôn avaient trouvé cette sympathie qui leur permit d'organiser leur audacieuse conspiration, destinée à délivrer Thêbes des Spartiates. Cette entreprise, admirée dans tonte la Grèce à la fois comme aTentnreuse, habile et héroïque » était le modèle présent à rimagination des exilés thèbains, qu'ils désiraient imiter s'il se présentait quelque occasion passable.

Tels furent les sentiments en Grèce pendant la longue absence d'Alexandre lors de son expédition en Thrace et en Illyria, période de quatre ou cinq mois, finissant en août 335 avant J.-G. Non-seulement Alexandre fut ainsi absent longtemps, mais encore il n'envoya en Macédoine aucun compte de ses opérations. Il est assez probable que ses courriers étident interceptés dans les montagnes et par les voleurs de Thrace; et même s'ils arrivaient à PeUa, leurs dépèches n'étaient pas lues publiquement, comme Tauraient été dans l'assemblée athénienne de pareUles communications. Aussi ne sommes-nous pas surpris d'apprendre que le bruit courut qu'il avait été dé&it et tué. Parmi ces rapports, à la fois multipliés et hardis, Tan fut même cer-

(1) Les Thèbains, en exposant leurs plainte» aux Arkadiens, disaient : — 'On où T^v icfôc xoùc "EÀXiiva^ 9t>iav 6i)éeâSM SmÛOoth poidÛ^WMc, tvtç «par- (lAdiv £icatvéoTr,<Tav, oxtS* ivâv-riov ««i#v *E).).r,va)v oùôèv TTpâÇovce;, à)XB tà uap' aÙT«î< viti tûv Maxe£ôvwv iv r% «oXei Y<vi|ft»i»« f<* peiv ouv-ÉTi ô'jvânevot, ou8à TTiV ooû/.tiav uso(tévetv, ovdi

V. Démaàp -. ITf'/! t9i- îwîîxcteTia;, 8. 13, le discours de (^leadas, Justin, XI» 4f #4 (INwM|«o oont. DsnuMlh.

s. 20) cf. Tite-Live, XXXIX, 27, - au sujet de l'action de la garnison macédonienne à Maroneia, du teuip* de Philippe, fils d% PaaMtrios*

(2) Démade, Hepl tfk Maattfa^ Fragm. ad fin.

86 HISTOIBS DB LA OBÈCB

tifié par un menteur qui prétendit être arrivé récemment de Thrace, ayoir été témoin oculaire du fait et avoir été blessé Ini-mèn^ dans Taction contre les Triballes, dans laquelle Alexandre avait péri (1). Cette bienheureuse nouvelle, non fabriquée, mais trop facilement crue par Démosthène et par

■ Lykurgue (2) » fut annoncée à rassemblée athénienne. En dépit des doutes exprimés par Démade et par Phokiôn, elle fut crue aussi non-seulement par les Athéniens et les exilés thèbains présents à Athènes, mais encore par les Arka-

. diens, les Elélens» les ^toliens et par d'autres Grecs. Pendant un temps considérable, à cause de l'absence d'Alexandre, elle resta sans être contredite, ce qui fortifia la pensée qu'elle était vnde.

Ce fut en vertu de la pleine croyance accordée au bruit de la défaite et de la mort d'Alexandre que les cités grecques procédèrent. L'événement interrompait par lui-même leurs relations avec la Macédoine. Il n'y avait ni fils ni frère adulte pour succéder au trône, de sorte qu'il était vraisemblable que non-seulement l'ascendant étranger de la Macédoine serait détruit, mais môme son unité intérieure. Pour ce qui regarde Athènes, TArkadia, l'Elis, l'iEtolia, etc., le sentiment antimacédonien se manifesta sans doute d'une manière véhémente, mais on ne provoqua aucune action spéciale. Il en: fut autrement par rapport à Tlièbes. Phœnix, Prochytès et

(1) Amen, I, 7, 3. KtA yàçi xol tto- >ù; ô >oYoc (lie la mort d'Alexandre) xal icapà tcoXXûv èçoito, irn tt XP^^

ÏÂa nap' aÙToû àfIXTO, etc.

(2) Démade, lltpl t4Ù SwdcxacTia; , ad fia. *Hvnia Ai)tMo6<vf|c Mtl AvxoOpYo; x& |iiv Xvfi^ icapaTcrrcdtuvot toù< Mo-

xeôovat^ âvtxuv iv Tpi6â»oi;, fxôvov S* oùx opatov èitl toù ^^QiiaTo; vsxpôv

aniYvôv xoi ice^ îXutcov ifooKM clvan

<ruvtu5oxoùvTa, etc.

Justin, XI, 2. • Demosthenem oratorem, qni Ifaeedonum deletas omaet

cum rege copias a Triballis affirmnverit, producto in coucionem auctore.

qui in eo prajlio, in quo rex ceciderit, se (luoque vulncratum diceret. •

Cf. Tacite, Uistor. I, 34. « Vix dum egresso Pisone, oocisum in eastrie Othonem, vogus primum et incertuarumor, mox, ut in magnis m$ndacu»^ interfuisse se quidam, et vMteM affirma»

bant^ endnla fama inter gaadentes et incuriosos... Obvius in palatio Julius Atticus, speculator, cruentum gladium Mtentatn, owitnin a m OthoiMm «zclamnvit. >

On atKrnie qu'Alexandre fut réellement blessé à la tête par une pierre, dant Taction «veo les IllyriMis (Pluterqua, Fortnn. Alex. p. 387).

ALEXANDRE l.E GRAND — THÊBE8

les autres exilés tbêbains à Athènes formèrent immédiate* ment leur plan pour délivrer leur cité et chasser la garnison macédonienne de la Kadmeia. Recevant des armes et de l'argent de Démosthène et d'autres citoyens athéniens, et appelés par leurs partisans à Thêbes, ils entrèrent soudainement en armes dans cette cité. Bien qu'ils fussent hors . d'état d'emporter la Kadmeia par surprise, ils arrêtèrent dans la cité et mirent à mort Amyntas, un des premiers officiers macédoniens , avec Timolaos, l'un das principaux Thôbains favorables à la Macédoine (1). Ensuite ils convoquèrent immédiatement une assemblée générale des Thébains, quUls prièrent ardemment de faire un vigonrenx effort pour chasser les Macédoniens et pour reconquérir Tancienne liberté de la cité. S*étendant sur les méfaits de la garnison et sur les a.ctes oppressifs de ceux des Thèbains qui gouvernaient avec son appui, ils déclarèrent que le bon moment était venu pour recouvrer la liberté, grâce à la mort récente d'Alexandre. Sans doute ils rappelèrent le souvenir de Pélo- > pidas et la glorieuse entreprise, chère à tous les patriotes thèbains, par laquelle il avait arraché Thêbes à Toccupation Spartiate, quarante-six ans auparavimt. Les Thèbains répondirent sincèrement à cet appel. L'assemblée vota la séparation de la Macédoine et Tautonomie de Thêbes, — et nomma comme bœôtarques quelques-uns des exilés de retour, avec d'autres du même parti, afin qu'ils prissent d'énergiques mesures contre la garnison de la Kadmeia (2).

Malheureusement pour Thêbes, aucun de ces nouveaux bœôtarques n'était de la trempe d'Epaminondas, probablement pas môme de Pélopidas. Cependant leur plan, bien qu'à cause de son laiiieutable résultat il soit généralement dénoncé comme insensé, donnait réellement d'abord de meilleures promesses que celui des conspirateurs hostiles aux Spartiates, en 380 avant J.-C. On somma à l'instant la Kadmeia de se rendre ; peut-être espérait-on que le commandant macédonien livrerait la citadelle avec aussi peu de

(1) Arrien, I, 7, 1; èf. DiaavqiM, (S) Arriffi, I, 7, 3-17. coBt. Démottik., s. 75, p. 53.

38 mSTOISB DB LA. OBÂCE

résistance que l'avait fait Tharmoste Spartiate. Mais de telles espérances ne se réalisèrent pas. Probablement Philippe avait fait fortifier et approvisionner la forteresse. La garnison défia les chefs tliôbains, qui ne se sentirent pas assez forts pour donner l'ordre d'un assaut, comme Pélopidas, dans son teini)s, était préparé à le faire, si la reddition avait été refusée (1). Ils se contentèrent de mener et de irarder une double liijrne de circonvallation autour de la Kadmeia, de manière à empêcher que la garnison ne fit des sorties et que des [(rovisions n'entrassent dans la place (2). Ils envoyèrent des députés, dans le triste costume de suppliants, aux Arkadiens et à d'autres, pour représenter que leur mouvement récent était dirigé non contre l'union hellénique, inais contre l'oppression et les outrages des Macédoniens, qui pesaient sur eux avec une amertume intolérable. Comme Grecs et comme citoyens, ils demandaient une aide qui les sauvât d'un si grand malheur. Ils trouvèrent beaucoup de sympathies favorables, et rec urent quelques promesses suivies màrne d'un demi-accomplissement, lîeaucoup d'entre les principaux orateurs à Athènes, — Démosthène, Lykurgue, Hypéride et autres, — ainsi que les militaires Charidèmos et Ephialtès, — pressèrent vivement leurs compatriotes de se déclarer en faveur de ïhèbes et d'envoyer des secours contre la Kadmeia. Mais les citoyens en général, suivant les conseils de Démade et de Phokiôn, attendirent afin de mieux s'assurer et de la mort d'Alexandre et de ses conséquences, avant de courir le hasard d'une hostilité ouverte contre la Macédoine, bien qu'ils semblent avoir déclaré leur sympathie pour la révolution thèbaine (3). Démosthène, en outre, se rendit comme député dans le Péioponèse, tandis que le Macédonien Antipater envoya aussi des requêtes pressantes aux cités péloponésiennes, réclamant leurs contingents, comme membresde la confédération sous Alexandre, pour agir contre ïhèbès. L'éloquence de Démosthàne, ap-

(1) Xénophon, Hellen. V, 4, 11. (2] Arricn, I, 7, 14. Cf. tome XIV, èb. 4 dt oetto His- (3) Diodore, XVII, 8. tdre.

ALEXANDRE LE QBAND ^ TUÊBES 39

puyée par son argent on par l'argent persan qa*U diatrîlma, détermina les Péloponëâens à refuser de satisfaire aux demandes d*Ântipater et à ne pas envoyer de contingents contre Thèbes (1). Les Bleiens et les iËtoliens manifestèrent des assurances générales ÊtYorables à la rérolntion de Thèbes, tandis que les Arkadiéns allèrent même jusqu*à envoyer quelques troupes pour la seconder, bien qu'elles ne s'ayançassent pas au delà de Tisthme (2).

C'était dans les affaires grecques une crise qui ouTrait de nouvelles chances de recouvrer la liberté. Si les Arkadiéns et les autres Grecs eussent prêté à Thèbes une aide décisive, — si Athènes avait agi même avec autant d'énergie qu'elle le fit douze ans après pendant la guerre Lamiaque, en occupant les Thermopyla^ avec une armée et une flotte, — les portes de la Grèce auraient Lien pu être fermées à une nouvelle armée macédonienne, Alexandre eùt-il été vivant et à la tète de cette armée. Que la lutte de Thèbes ne fût pas regardée à l'époque, même par les Grecs favorables aux Macédoniens, comme désespérée, c'est ce que prouvent les observations subséquentes et d'/Eschine et de Dinarque à Athènes. yEschine (prononçant cinq ans plus tard son discours contre Ktesiphôn) accuse Démosthène d'avoir, par sa lenteur niëchante, causé la ruine de Tlièl)es. Les mercenaires étrangers qui formaient une partie de la garnison de la Kadmeia étaient prêts (affirme /Escliine) à livrer cette forteresse, en recevant cinq talents; les généraux arkadiéns auraient amené leurs troupes au secours de Thèbes si on leur eût payé neuf ou dix talents, — après avoir repoussé les sollicitations d' Autipater. Démosthène (disent ces deux ora-

(1) Dinarque, cont. Dimosth. p. 14, s. 19, Kai 'Apxâôtov f,x6vT«i)v ia(i[xôv, xai Ti^v (ùv irapà 'AvTtnd- Tpou TcpcoScfov dbcpeottov dncooruXdv Tuv, etc.

Dans le vote rendu quelques années plus tard par le peuple d'Âthènes, à l*flffet d'aaooider vm aCalne ti d*Mtret hmiDoiixsà Démorthtoii, «m «des

dans le Pélopouèse sont énnrnêràÊ

parmi ses titres à la reconnaissance publique : Kil ùiç ixtoXvxre lleXorrowi)-

(ja;, etc. (flntarqne, Vit. X Ontoi.

Çi) Anien, I, 10, 8; Matihiim adr.

XMpb. p. «34.

leurs) ayant en sa possession trois cents talents da roi persan, pour exciter des mouvements antimacédoniens en Grèco, fut supplié par les envoyés thêbains de fournir de l'argent pour ces desseins; mais .il repoussa la requête, garda l'argent pour lui, et empêcha ainsi et la reddition de la Kadmeiaet la marche en avant des Arkadiens (1). L'accusation avancée ici contre Démosthène pâratt complètement incro3rabIe. Supposer que des mouvements antimacédouiens comptassent pour si peu de chose à ses yeux, est une hypothèse démentie par toute son histoire. Mais le fait que ces allégations furent faites par ^Eschine seulement cinq ans plus tard prouve ce qu'on disait et ce qu'on sentait à l'époque, — à savoir que les chances d*une résistance heureuse à la Macédoine de la part des Thôbains n'étaient pas regardées comme défavorables. Et quand les Athéniens, suivant les conseils de Démade et de Phokiôn, rèfusèrent de secourir Thèbes ou d'occuper les Thermopylse, — ils consultèrent peut-être la sûreté d*Athènes séparément» mais ils s'écartèrent du patriotisme généreux et panhellénique qui avait animé leurs ancêtres contre Xerxès et Mardonios (2).

Les Thêbains, bien que laissés ainsi dans Tisolement d'une manière peu généreuse, pressèrent le blocus de la Eadmeia,

(1) JBaékiw adv. Ktetipli. p. 634 ; Dinftrque, adv. Demoath. p. 15, 16,

(2) V. Hérodote, VIII, 143. Démosthène, dans ses discours, insiste fréquemment sur le rang et la poeltioa

différents d'Athènes, en tant que comparés à ceux des £tats grecs plus petits, — et sur les obligations plus élevées et plus difficiles qui en ré$nl> tent. C'est un j^rand point de distinction entre sa politique et celle de Plio«> kiôn. Voir un passage frappant dans le discours V>o Coronâ, p. 245, s. 77, et Orat. De llepabl. Ordinandâ, p. 176, s. 37.

Itokrate tient le même langage

touchant les cWifrations de Spart o, — dans le discours qu'il prête à Archidamos. < Personne ne cherchera querelle

aux. Epidaurieus et aux riiliasieus.

pour ne songer qu'aux moyens de se

tirer d'affaire et de conserver leur existence. Mais quant aux LAcédaemo niens, il leur est impossible de viser simplement à leur conservation et !i rien au delà, — par tous les moyens, quels qu'ils puissent être. Si nous ne pouvons nous conserver avec honnenr.

oous devons préférer une mort gloricusp. » (Isokrato, Orat. VI, Arcliidam. s. 106.)

La politique étroite et mesquine qn'Isokrate proclame ici comme bonne pour Epidauros et Phlionte, mais non pour Sparte, est précisément ce que l'hokidn recommandait toujours pour Atln'tnes, m(?me quand naissait lu puissance de Philippe et qu'elle n'était pas encore établie.

ALEXANDRE LE GRAND THABBS 41

et Us auraient bientôt réduit la garnison macédonienne s'ils n'eussent été surpris par ce terrifiant événement, — Alexandre arrivant en personne à Onchèstos en Bœôtia» à la tête de son armée victorieuse. Son arrivée à Onchèstos appritpour la première fois qull était encore vivant. D'abord personne ne put y croire. Les chefs thêbains prétendirent que c'était un nouvel Alexandre, fils d'Aeropos, à la tète d'une armée macédonienne de secours (1).

Dans cet incident, nous pouvons signaler deux traits qui caractérisèrent Alexandre jusqu'à la fin de sa vie : une célérité incomparable de mouvement et une faveur non moins remarquable de la fortune. Si la nouvelle du soulèvement thèbain loi fftt parvenue pendant qu'il était sur le Danube ou chez les Triballes éloignés, — ou même quand il était embarrassé dans la région difficile autour de Pelion, — il n'aurait pu guère par aucun efibrt arriver à temps pour sauver la Kadmeia. Mais il l'apprit juste au moment où il avait vaincu Kleitos et Ghiukias, de sorte qu'il avait les bras par- ^ faitement libres, — et encore quand il était dans une position particulièrement rapprochée et commode pour Une marche directe en Grèce sans retourner à Pella. Du défilé Tschangon (ou de la rivière Devol), près duquel les dernières victoires d'Alexandre avaient été gagnées, sa route était vers le sud ; elle suivait en descendant en partie le cours supérieur de riialiakmôn , à travers la haute Macédoine, c'est-à-dire par les régions appelées EordcTa et Elymeia qu'il avait à sa gauche, tandis que les hauteurs du Pindoset le cours supérieur du fleuve Aoos, occupé par les Epirotes appelés Tymphaii et Paraniei, étaient à sa droite. Après sept jours de marche, traversant les crêtes plus basses des monts Cambuniens (qui séparent l'Olympos du Pindos et la haute Macédoine de la Thessalia), Alexandre parvint à la ville thessalienne de Pelinna. Six journées de plus l'amenèrent à la bœôtienne Onchèstos (2). Il était déjà en deçà des Ther-

(1) Arrien, I, 7, 9. tfiera 6nee« a , du colonel Leake, eh. 6t

(2) Arrien, I, 7, 6. Voir, relative- p. 900-304; oh. 28, p. 903-805, eta. ment à c«tte région, ■ Trav«ls in Nor-

HISTOIRE I>B Lk OBÈCB

mopyko avant qu'aucun Grec sût qu'il était en marche, ou même qu'il était vivant. La question de Toccupation des Thermopyla) par une armée grecque était ainsi mise de côté. La difficulté de forcer ce défilé et la nécessité d y arriver avant Athènes, soit par un stratagème, soit par une marche rapide, étaient présentes à l'esprit d'Alexandre, comme elles l'avaient été à celui de Philippe dans son expédition de 346 avant J.-C. contre les Phokiens. '

Son arrivée en elle-même, événement très-formidahle, fit effet sur les Grecs avec une double force par son extrême soudaineté. Nous ne pouvons guère douter que les Athéniens et les Thèbains n'eussent des communications à Pclla, — qu'ils ne regardassent comme vraisemblable qu'une invasion macédonienne viendrait de là, — et qu'ils ne comptassent qu'Alexandre lui-même (en admettant qu'il vécût encore , contrairement à leur opinion) reviendrait dans sa capitale avant de commencer quelque nouvelle entreprise. Dans cette hypothèse, — probable en elle-même, et telle (ju'elle se serait réalisée si Alexandre ne s'était déjà avancé aussi loin au sud au moment où il reçut la nouvelle (1), — ils auraient du moins connu son approche à l'avance, et auraient eu le choix d'une coalition défensive ouverte. Comme les choses se passèrent, son apparition inattendue dans le cœur de la Grèce prévint toute combinaison, et arrêta toute idée de résistance.

Deux jours après son arrivée en Bœôtia, il fit avancer son armée autour de Thêb(.'s, de manière à camper sur le côté méridional de la cité; par là, il intercepta la communication dos Thôbains avec Athènes, et montra ses forces plus visiblement à la garnison de la liadmeia. Les Thèbains, quoique seuls et sans espoir de secours, conservèrent un courage inébranlable. Alexandre différa l'attaque un jour ou deux, dans l'espérance qu'ils se soumettraient ; il désirait éviter un assaut qui coûterait la vie à beaucoup de ses soldats, dont il avait besoin pour ses desseins sur TAsie. Il

(1) Diodora (XVII, 9) dit à'm ma- inopmémeBt de Thnee, S*tl en avait nièie ineiacte 4Q*Al«uiuUe revint été aimi, û wuaâi venu par PcUa.

ALBXANOBB LB OBAND — TBÈBBS

fit môme une proclamation publique (1) pour demander qu'on lui livrât les chefs antimacédoniens Phœnix et Prochvtês, mais pour offrir h tout autre Thèbain qui voudrait quitter la cité la permission de venir le rejoindre aux termes de la convention jurée l'automne précédent. Une assemblée générale étant convoquée, les ïhêbains du parti macédonien firent ressortir combien il serait prudent do se soumettre à des forces auxquelles il était impossible de résister. Mais les chefs récemment de retour de l'exil, qui avaient diri'gé le mouvement, s'opposèrent à cette proposition avec chaleur, en conseillant de résister jusqu'à la mort. Chez eux, une pareille résolution ne peut étonner, puisque (comme le fait remarquer Arrien) (2), ils étaient allés trop loin pour espé» rer de la clémence. Toutefois, comme il parait que la masse des citoyens adopta de propos délibéré la même résolution, malgré les conseils éner^qaes dans le sens contraire (3), nous Yojons clairemeot qa*ils avaient déjà senti ce que la domination macédonienne avait d'amer, et que plutôt que d'en endurer le renouvellement, qui assurément serait pirej joint au déshonneur d'avoir livré leurs chefs, — ils s'étaient déterminés à périr avec la liberté de leur cité. A un moment où le sentiment de la Hellas comme système autonome était en train de s'efiacer et le courage grec de dégénérer en un pur instrument pour l'agrandissement de chefs macédoniens,, ces compatriotes d'Epaminondas et de Pélopidas donnèrent un exemple de sacrifice personnel et dévoué à la cause de la liberté grecque» non moins honorable que celui de Léoaidas aox Thermopyl»» et seulement moins estimé parce qu'il fut infructueux.

En réponse à la proclamation d'Alexandre, les Thèbains firent du haut de leurs murs une contre-proclamation pour demander qu*on leur livrât ses officiers Antipater et PhilotaSf et pour inviter à se joindre à eux tous ceux qui dési* raient, de concert avec le roi de Perse et les Thôbains, dé-

(1) Diodore, XVIi, WuUrq^ue, (2) Amen, I, 7, 16. Aksaod. 11. (s) Divdon, XYU, 0.

44 BISTOISB DB LA GllftCB

livrer les Grecs et abattre le despote de la Hellas (1). Ce défi hautain et cette réponse orgueilleuse irritèrent Alexandre au plus haut point. Il fit avancer ses machines pour battre en brèche, et prépara tout pour prendre la ville d'assaut. L'assaut meurtrier qui suivit a donné lieu à différents récits qui ne s'accordent pas les uns avec les autres, et qui cependant ne sont pas complètement inconciliables. Il paraît que les Thôbains avaient élevé, probablement en connexion avec leurs opérations contre la Kadmeia, un ouvrage extérieur défendu par une double palissade. Leurs murs étaient gardés par les soldats les moins utiles, par les metœki et les esclaves affranchis; tandis que leurs meilleures troupes étaient assez hardies pour s'avancer au-devant des portes et livrer bataille. Alexandre partagea son armée en trois divisions : Tune sous Perdikkas et Aniyntas contre l'ouvrage extérieur, — une seconde destinée à combattre les Thébains qui faisaient des sorties, — et une troisième tenue en réserve. Entre la seconde de ces trois divisions et les Thèhains devant les portes, la bataille fut disputée avec tant d'opiniâtreté que le succès, à un moment, sembla douteux, et qu'Alexandre fut forcé de faire avancer sa réserve. Le premier succès macédonien fut obtenu par Perdikkas (2), qui, aidé par la division d'Amyntas et aussi par le régiment des

(1) Diodore, XVÏÏ, 9.

(2) L'attaque de Perdikicas était représentée par Ptolémée, que copie Arrien (I, 8, 1), non-sciilement comme étant la première et la seule attaque dirigée contre Th8bes par l'armée mact'<3onienne, mais comme ('tnnt faite par Perdikkas sans l'ordre d' Alejcandre^ qui Att foreé de Tappuyer afin d*empécher que Perdikkas ne fût écrasé par les Thr-bains. (^onséquemment, selon Ptoltiméu ut Arrien, l'assaut de Thêbes fht donné sans Tordre d'Alexandre et contre son désir ; de plus, la prise fut rapidement cffectué.e sans beaucoup de peine pour l'armée assiégeante (4 Shmiç &' iïiyw te xocl oû (ipv ic6v<p Tttv . iXévTwv {wtvtX"

Oeïaa, Arr. I, 9, 9) : le massucrc et le pillage fiirent commis par le sentiment vindicatif des alliés bœôtiens.

Diodore avait sous les yeux un récit très-dliréreut. Il aflirme qu'Alexandre combina et ordonna à la fois l'assaut, — que 1rs Tliêbains se comportt'-rent comme des hommes luurdis et désespé- TéB, réiiittiit avee c^înifttrelé et pendant longtemps, — que le massacre fut commis ensuite par lo corps gtînérai des assaillants, les alliés bœôtiens se faisant sana doute remarquer parmi eux. Diodore donne ce récit avec quelque longueur, et avec ses amplifications de rhétorique liabituelies. Plutarque et Justin sont plot brefs; mais lia présentent tons les deux la mtaie

ALBZANDRB UE ORAKD — THÊBBS

Agrianes et des archers, emporta le premier des deux ouvrages extérieurs, aussi bien qu'une poterne qui était restée sans être gardée. Ses troupes prirent aussi d'assaut le second ouvrage extérieur, bien que lui-même fût grièvement blessé et emporté dans le camp. Alors les défenseurs thêbains s'enfuirent dans la cité, le long du chemin creux qui conduisait au temple d'Hêraklès, poursuivis par les troupes légères en avant des autres. Toutefois les Tliêbains se retournèreot bientôt, se jetèrent sur ces troupes, et les re-

manière de voir /générale, mais ils ne coïncident pas avec Arrien. Le récit de Polyen (IV, 3, 12) ûiBbn de tons les ' aatrea.

Pour moi, je crois que le récit de Diodore est (dans sa base, et en écartent les «nplifieatioDS de tliétoriqne) plus croyable que celui d'Arrîen, En admettant l'attiique faite par Perdikkas, je la regarde comme une partie du plan génâal d'Alexandre. Je ne puis considérer comme probable que Perdikkas attaquât saus ordres, ou <^ue Thêbes fût prise avec peu de réâstance. Elle fut prise par un «««1 aasant (/Eschin. adv. Ktesiph. p. 524), mais ^ar un assaut bien combiné et vivement disputé, — et non par un assant commencé sans préparatiftni ordres, et réussissant après avoir rencontré à peine de résistance. Alexandre, après avoir oflRnrt oe qn'O en^idt Stre des conditions libérales, n'était pas homme h reculer devant l'idée d'en venir à ses lins par la force; et les Thêbains n'auraient pas rejeté ces conditioiit, ti leurs esprits n'avaient été décidés à faire une défense énergique et désespérée, sans espoir d'un succès définitif.

Quelle autorité suivit Diodorc, nous l'ignorons. Il peut avoir suivi Kliturque, contemporain et .^olien, qui doit avoir eu de bons moyens d'information relativement à un événement tel que la prise de Thêbes (Y. Gcier, Alexandri Mag. ifistorianmi ccrip-

tores aîtate suppares, Leipz. 1844, p. 6-lo2, et Vossius, De Bistoricis 6r»eis, I, X, p. 90, éd. Westemumi^.

Je respecte comme je le dois l'autorité de Ptolémée, mais je ne puis m'associer à Geier et à d'autres critiques qui écartent tons les antres témoins, même contemporains, relatifs à Alexandre, comme dignes de peu de contiance, si ce n'est là où ces témoins sont coniirmés par Ptdémée ou Aristobnle. Nous devons nous rappeler que Ptolémée ne composa son ouvrage qu'après qu'il Ibt devenn roi d'Ëgypte, en 306 avant J.-C, ou à vrai dire qu'après la bataille d'Ipsus, on 301, suivant Geier (p. 1), au moins vingt-neuf ans après le sac de Thêbes. De plus, Ptolémée nW pas honte de ce que Geier appelle ^. 11) la « pieuse fraude » d'annoncer que deux serpents parlanu conduisirent l'armée d'Alexandre jusqu'à l'enoeiata sacrée de Zens Ammou (Airien, ni,3).

En dernier lieu, on vi^rra que les dépositions qui se trouvent dans d'autres bistorleos, mais non dans Ptolémée et Aristobule, se rapportent principalement à des faits désltunorants I>our Alexandre. 11 est, à mon sens, beanconp plus pvobaUe que Ptolémée et Aristobule oublièrent ou omirent, qu'il ne l'est que d'autres historiens Hwmtinnt, Des biographes disposés à admirer devaient fiîdlement s'excuser do no vouloir pas annoncer au monde des actes tels que les Brauchidis mastaerés, oa Bâtis tdcssé traîné k Gaxa.

mSTOIBB DB LA OlMÊm

poussèrent en tuant non-seulement Eurybotas, leur commandant, mais encore soixante-dix hommes. En poursuivant ces archers, quelque désordre se mit dans les ranirs des Thêbains, de sorte qu'ils ne purent résister à la charge ferme des gardes macédoniens et de l'infanterie pesante arrivant à l'appui. Ils furent rompus et refoulés dans la cité, et leur déroute fut rendue encore plus complète par une sortie que fit la garnison macédonienne de la Kadmeia. Les assaillants étant victorieux de ce côté, les Thêbains qui soutenaient le combat en dehors des portes furent forcés de se retirer, et les Macédoniens, s'avançant, })éiiétrèrent de force dans la ville avec eux. Toutefois, dans l'intérieur de la ville, le combat continua encore, les Thêbains résistant en corps organisés aussi longtemps qu'ils le purent, et, quand ils étaient rompus, résistant encore même isolés. Pas un homme de la population militaire ne demanda grâce ; la plupart d'entre eux furent tués dans les rues; mais un petit nombre de cavaliers et de fantassins se frayèrent un chemin au dehors, entrèrent en plaine et s'échappèrent. Alors le combat dégé* néra en carnage. Les Macédoniens, avec leurs contingents paeoniens, étaient irrités de cette résistance opiniâtre, tandis que divers Grecs servant comme auxiliaires, — Phokiens, (^rchoméniens, Thespiens, Platseens, — avaient à venger d'anciennes et graves injures qu'ils avaient reçues de Thèbes. Ces sentiments de fureur furent rassasiés par le massacre de tous ceux qui se trouvèrent sur leur chemin, sans distinction d'âge ni de sexe, — vieillards, femmes et enfants furent tués dans les maisons et même dans . les temples. Ce carnage en masse fut accompagné naturellement de tout le pillage et des outrages de toute sorte , récompense que s'accordaient habitaeiiement des assaillants yIctorieux(l).

Il y eut, dit-on, de tués plus de cinq cents Macédoniens et six mille Thêbains. On fit trente mille prisonniers (2). Le

(1) Arrien, I, 8; Diodore, XVII, (Alexand. II) s'accordent en doumint I2y 13. . Icttotouz de êjÛÙO et de SO,MS.

(2) I>Mdoi«(XVII, 14) «fc Plutai^

ALEXANDBS LE ORAHD — THfiBBS

sort définitif de ces captifs, et de Thêbes elle-même, fut soumis par Alexandre aux Orchoméniens, aux Plat^eens, aux Phokiens et aux autres Grecs qui avaient concouru à l'assaut. Il a bien dù savoir à l'avance quelle serait la sentence de pareils juges. Ils déclarèrent que la cité de Thêbes serait rasée jusqu'au sol ; que la Kadmeia seule serait conservée comme poste militaire, avec une garnison macédonienne ; que le territoire thêbain serait distriV)UG entre les alliés eux-mêmes; qu'( )rchomenos et Platée sei-aient rebâties et fortifiées; que tous les captifs thêbains, hommes, femmes et enfants, seraient vendus comme esclaves, — à l'exception seulement des prêtres et des prêtresses, et de ceux qui étaient rattachés à Philippe et à Alexandre par des liens reconnus d'hospitalité, ou de ceux qui avaient été proxeni des Macédoniens ; que les Thêbains qui s'étaient échappés seraient proscrits, sujets à être arrêtés et tués partout où ils seraient trouvés, et qu'il serait interdit à toute cité grecque de les recevoir (1).

Cette sentence accablante, malgré un appel à la clémence fait par un Thêbain (2) nommé Kleadas, fut rendue par les auxiliaires grecs d'Alexandre, et exécutée par Alexandre lui-même, qui ne fit qu'une addition aux clauses d'exception. Il laissa debout la maison de Pindare, et épargna les descendants du poëte. Avec ces réserves, Thêbes fut effacée de la terre. Le territoire thêbain fut réparti entre les cités rétablies d'Orchomenos et de Platée. Il ne resta rien, si oa n'«8t an poste militaire macédonien à la Kadmeia, pour rappeler où avait existé jadis le chef de la confédération bceôtienne. Les captifs furent tous vendus, et ils prodoirsirent, dit-on, quatre cent quarante talents, des prix considémêles étant offerts par des enchérisseurs à cause des sentiments d'hostilité à Tégard de la cité (3). Diodore nous dit que cette sentence fat rendue par le congrès général des Grecs. Mais nous ne sommes pas obligés de croire que ce

(IJ Arrien, I, 9; Diodo»,XVII, 14.

Justin, XJ, 4.

(3) Diodore, ZVII, 14; Justin,

XI, 4 : « Pretiura non ex ementînm commodo, »ed ex ioimicoram odie exteoditnr* >

congrès, tout soumis qu*il dût être, étant appelé à délibérer sons la pression de la force armée d'Alexandre, pût être amené à sanctionner une pareille raine infligée à Tune des premières et des pins anciennes cités helléniques. Car nous savons par Arrien que la question fut discutée et réglée seulement par les auxiliaires grecs qui avaient pris parti pour Alexandre (1), et que, conséquemment , la sentence représente les amères antipathies des Orchoméniens, des Platseens, etc. Sans doute ces cités avaient subi de la part de Thébes un traitement dur et cruel. En ce qui les concernait, le ch&timent que recevaient les Thèbains était mérité. Toutefois les personnes qui (comme nous le dit Arrien) déclarèrent que la catastrophe était une punition divine infligée à Thébes ^our s'être jointe à Xerxês contre la Grèce (2) un siècle et demi auparavant, — devaient avoir oublié que non-seulement les Orchoméniens, mais même Alexandre de Macédoine, rhomon3rme et le prédécesseur du vainqueur auteur de sa destruction, avMent servi dans Tannée de Xerxês avec les Thèbains.

Arrien essaye en vain de transporter d'Alexandre aux cités bœôtiennes inférieures l'odieux acte de cette cruelle destruction sans exemple dans l'histoire grecque (comme il le dit lui-même), quand nous considérons la grandeur de la cité, surpassé toutefois en somme par le renversement de pas moins de trente-deux dtés ckalkidiques libres que, treize ans auparavant, les armes de Philippe détruisirent. Alexandre invoqua l'antipathie bien connue de ces Bœôtiens pour colorer une condamnation qui satisfaisait à la fois ses sentiments, en détruisant un ennemi qui le défiait, — et sa politique, en servant d'exemple terrible pour tenir les Orecs dans le respect (3). Mais bien que telles fassent

(1) Arrien, I, 9, 13. Tôt; Sà (tCTatr-

îff<Tpe4'tv jiXi^vépoç Tà xatà xài Statcfvai, iSoCc, ete.

(2) Arrien, T, 9, 10. Il nous informe (I, 9, 10) qu'il y eut beaucoup de présagea antérieurs qui aDuoncèreot cette

ruine : Diodore (XVII, 10), au contraire, énnmère un grand nombre de signes antérieurs, tendant tous à euoonragor les Thébaint.

(3) Plutarque, Alexandre, II. 'H uiv

7c6).t; ïî).t«) -/ai 6'.aj>iiaff6£î<7a xaTe(TxàçT],

ALEXANDRE LE GRAND — TUÊBSS 49

les idées sons Tempire desquelles il étùt à ce moment, il en vint plas tard à considérer cette mesure avec honte et chagrin. Le coup porté au sentiment hellénique, quand one cité était renversée, résultait non-seulement de Tanéantis* sèment violent de la vie, des biens, de la liberté et des institutions sociales ou politiques, — mais encore de Toblitération de légendes et de la suppression d'observances religieuses, actes qui oflFensaient et provoquaient ainsi les dieux et les héros locaux. Nous verrons bientôt Alexandre lui-même sacrifier à Ilion (1), afin d'apaiser la colère de Priam, subsistant encore et efficace, contre lui-môme et sa race, comme étant descendu de Neoptolemos, meurtrier de ce prince. Par le dur traitement qu'il infligea à Thcbes, il encourut le déplaisir de Dionysos, le dieu du vin, qui, dit-on, était né dans cette cité, et l'une des principales figures de la légende thêbaine. Ce fut aux inspirations de Dionysos offensé qu'Alexandre se crut redevable de cette passion désordonnée pour le vin, sous l'empire de laquelle il tua Kleitos plus tard, aussi bien que du refus que fîreiii ses soldats macédoniens de le suivre dans l'Iude (2). Si Alexandre

•fhtxtti xal TTTy^ÇavTOC àtpeiiiQffeiv, ôcX- X6)( TC xal xa^XcoTCKTaf/ivov yjx.^\(,t<s^ax

(1) Anien, I, 11, 18. Pour jeter plus de jour sur le sentiment des Grecs, relativement à la colère des dieux causée par la discontinuation d*im coite quand il «vait ea une longue durée, je transcris un passage de l'ouvrage du colonel Sleeman relatif aux Hindous, dont les sentiments religieux flont en tant de pointo analogues à oeuz dea Hell'''nes :

« Des sacrifices humains furent oer« tainement oflferts dans la dté de Sangor pendant tout le gouvenement maliratte, jusqu'à l'année 1800, — où le gouverneur local , Assa - Saliib , lumme très-ltumun, y mit fin. J'ai entendu jadis un savant prêtre brah-

mane dire qu'il croyait que la décadence de son gouvernement (d'Assa- Sahib) résultait de cette innovation.

• Il n'y a pas (disait-il) de péché à ne « pas ofirir aux Dieux de sacrifioes " liumains, ou il n'en a pas été offisrt; « moi* là où le» Dieux y ont été acrou- « tuméti ilt sont tout naturelUmenl bles- ■ iét quand le Hte ett aboU^ tt ils en-

• rotent à l'cnthoit et au peuple toute « sorte de calamités. . Le prôtre ne semUdt pas croire qu'il y eût quelque chose de singulier dans cette manière de raisonner; peut-être trois prêtres brahmanes sur quatre auraient-ils raisonné de mtme. * (Sleeman, Rambles and Tvecollections of an Indian Officiai, vol. I, ch. XV, p. 130.)

(2) riutarque, Alex. 13 : Cf. Justin, XI, 4; et Iiokrate ad Philipp. (Or. V, s. 35}, nk û veoommande Thébes à

HISTOntB DB lA ORÈCB

se repentit ainsi dans la suite de son action, nous pouvons être sûrs que d'autres éprouvèrent plus fortement encore la même répugnance, et nous pouvons comprendre le sentiment sous l'empire duquel, peu d'années après sa mort, le Macédonien Kaagandre, ûl& d'Antipater, rétablit la cité dé* truite.

Toutefois, au moment, l'eiét produit par la destruction de Thêbes fut celui d'une terreur insurmontable dans toutes les cités grecques. Toutes cherchèrent à faire leur paix arec le vainqueur. Non-seulement le contingent arkadien retourna de risthme dans sa patrie, mais même il condamna ses chefs k mort. Les Ëleiens rappelèrent d'exil leurs principaux citoyens amis des Macédoniens pour leur rendre l'ascendant à l'intérieur. Toutes les tribus des ^toliens envoyèrent respectivement des députés à Alexandre pour lui demander pardon de leurs manifestations contre lui. A Athènes, nous lisons avec surprise que, le jour môme où Thêbes fut attaquée et prise, la grande fête de Dèmêtêr Eleusinienne, avec sa nombreuse procession de fidèles, se rendant d'Athènes à Eleusis, se célébrait réellement à une distance de deux journées de marche de la cité assiégée. La plupart des fugitifs thêbains qui réussirent à s'échapper s*enfuirent en Attique, comme dans le lieu de refuge le plus rapproché, communiquant aux Athéniens leur détresse et leur terreur. La fête fut suspendue sur-le-champ. Tout le monde entra précipitamment dans les murs d'Athènes (1); on apportait aTec soi ses biens mobiliers pour les mettre en sûreté. On craignait généralement que le vainqueur ne s'avançât directement vers l'Attique, et l'on fit à la hâte des préparatifs de défense. Dans cet état de choses, les personnes les plus alarmées et dont le danger était le plus réel furent naturellement Démosthène , Ljknrgue, Chari-

Philippe, sur la misoa d'un culte prééminmt rendu à HtottUte.

11 est il remarquer que tandis qu*Alexuiidre lui-même se repentait de lu destructiou de Thtsbes, l'orateur iavowble «ux Macédooieu à Atlièiie» 1»

représente comme uue peiae juatdi quoique déplorable, que 1m Thêbahui se sont attirée par une conduite insouciante et foUe (iËMhtfie, adv. Kteiiph.

(1) Avrien, I, 10, 4.

AL£XANDU£ L£ GKÂ2<D THÊBBS 51

démos êt ions ceux q«i avaient parlé le plus haut contre la Macédoine, et qui avairat essajé de décider les Athéniens à épouser oayertenient la cause de Thèbes. Toutefois, nonobstant cette crainte de conséquences ponr eax-mèmes, les Athéniens accordèrent abri et sympathie anx infortnnés fogitife thêbains. Ils continuèrent à le faire même quand ils ont dà savoir qii*ils contreyenaient à Tédit de proscription que venait de sanctioimer Alexandre.

Bientôt a^ès arrivèrent des dépotés de ce monarque avec nne lettre menaçante, demandant formellement qu'on lui livr&t huit ou dix des principaux citoyens d*Afhènes, — > Démosthène, Lykorgue, Hjpéride, Poljenktos, M(Brok1ès> Biotimos (1), Ëphialtès et Charidèmos. Les quatre premiers étaient des orateurs éminents, les deux derniers des miU-> taires, tous défenseurs zélés d'une politique antimacédonienne. Alexandre, dans sa lettre, dénonçait ces dix personnes comme étant les causes de la bataille de Chseroneia, des résolutions offensives qui avaient été adoptées à Athènes après la mort de Philippe, et même des récents actes hostiles des Thêbains (2). Cette sommation importante, impliquant le droit d'une libre parole et d'un débat public à Athènes, fut soumise à rassemblée. Une demande semblable avait été précisément faite aux Thêbains, et Ton pouvait lire les conséquences du refus non moins clairement dans la destruction de leur cité que dans les menaces du vainqueur. Que, même dans ces circonstances critiques, ni orateur ni peuple n'aient manqué de courage, — c'est ce que nous savons comme fait général, bien que noua n'ayons pas

(1) Le nom de Diotîmos est men-

tilMiné par Arricn (T, 10, 6), mais non par riutarqiic, qui nomme Dcmon au lieu do lui ^ ( riutarque , Démostb.

o. 23K et Kdlisthenêe aa Uea d'Hypériclc. Xous ne savons rien au snjpt de Diutimos, si ce n'f^i que Démosthène (De Coroci&, p. 264) le cite en même teaips que CharidèuiMi comme %jmat nça dapM^pk 1lM•x|TCa■ioad•gl»-

titllde en letottrd'aii prteat de bon-

cliors qu'il avait fait. Il est mentionné également, avec Charidèmos et autres, dans la troisième des lettres de Dé- Bsoethène, p. 1482.

(2) Arrien, I, 10, 6; Plntarqne , Vit. X Orator. p. 847. ï^tet avràv (Démosthène) àicetXwv et 8oti)<rav.

Diodore, XYU, 15; Pktuqm, Dé- MMtb. 23.

Tayantage (comme Tite-Live (1) l'eut à son époque) de lire les discours prononcés dans le débat. Démosthène, insistant sur ce point que le sort des citoyens en général ne pouvait être séparé de celai des victimes désignées, raconta, dit-on, dans le cours de sa harangue, la vieille fable — du loup qui demande aux moutons de lui abandonner les chiens qui les protègent, comme condition de paix» — et qui ensuite dévore sur-le-champ les moutons sans protecteurs. Lui et ceux qu'on demandait avec lui avaient droit à la protection du peuple, dont la cause seule qu'ils défendaient les avait exposés à la colère du vainqueur. Phokiôn, d*autre part, — silencieux d*abord et ne se levant que contraint par des appels spéciaux de la voix populaire, — soutint qu*il n*y avait pas assez de forces pour résister à Alexandre, et que les personnes en question devaient être livrées. Il leur ût môme appel individuellement, leur rappelant le dévouement volontaire des filles d'Erechtheus, mémorable dans la légende attique, — et les invitant à se livrer elles-mêmes spontanément, afin de détourner un malheur public. Il ajoutait que lui (Phokiôn) offrirait avec joie soit lui-même, soit son meilleur' ami si, par un pareil sacrifice, il pouvait sauver la cité (2). Lykurgue, Tun des orateurs dont l'extradition était demandée, répondit à ce discours de Phokiôn avec véhémence et amertume, et le sentiment public le suivit en rejetant avec indignation Tavis de Phokiôn. Par un patriotisme résolu extrêmement honorable dans cette conjoncture critique, il fut décrété qu*on ne livrermt pas les personnes demandées (3).

Sur la proposition de Démade, on envoya à Alexandre une ambassade chargée de conjurer sa colère contre les dix, et de rengager à les punir par une sentence judiciaire, si on pouvait prouver un crime contre eux. Démade, qui, dît-

(1) Tite-Live, IX, 18. . (Alexandcr) adversus quem Athenis, iu ci vitale fnusU Maeedonnm annis, oernente tum maxime piope fumantes Thebarnm ruinas, concionari libère ausi tint bomiues, — id quod ex mo-

numontis orationnm patet, etc. »

(2) Plutarque, Phokiôn, 9-17; Diodoro, XVII, 15.

(3) Diodore, XVII, 15. *0 Sk tfi\MZ

ToùTov jiÈv (Phokiôn) toTç OopOéoi;

ALEXA^'DRE LE GRAND — THÈSES 53

on, ayait reçu dé Démosthène un présent de cinq talents, se chargea de cette mission. Mais Alexandre fat d*abord inexorable ; il refusa môme d'entendre les députés, et persista dans sa demande. Ce ne fut que grâce à une seconde ambassade, dont Phokidn fut le chef, qa*on obtint nn adoucissement aux conditions. On persuada à Alexandre de retirer sa requête, et de se contenter du bannissement de Gharidèmos et d*Ephialtâs, les deux chefs militaires antimacé* doniens. Tous deux conséquemment, et vraisemblablement d'autres Athéniens avec eux, passèrent en Asie, où ils prirent du service sous Darius (1).

Au fait, il n'entrait pas dans le plan d'Alexandre d'entreprendre un siège qui pouvait être long et difficile, puisque les Athéniens avaient des forces navales supérieures, avec la mer qui leur était ouverte et la chance d'un appui efficace de la Perse. Quand donc il vit qu'on était décidé à résister fermement à sa demande au sujet des dix orateurs, des considérations de politique triomphèrent graduellement de sa colère et ramenèrent à se relâcher de sa rigueur.

(1) Arrien, 1, 10, 8; Diodore, XVII, 15; Flutarque, Pliokiôn, 17; Justin, XI, 4 ; Dinarqne, oont. Démosth. p. 20,

Arrien aftîrme que la visite de Dénmde avec neuf autres députés atli*^niens à Alexandre fut antérieure à la demande de ee priaee pour Pextradition des dix citoyens. Il assure qu'immédiatement, après la nouvelle de la prise de Thî^bos, les Athéniens rendirent un vote, sur la propoeition de Démade, àl'effet d'envoyer dix députés chargés d'exprimer leur satisfaction qn* Alexandre fAt revenu sain et sauf de cliez les lllyriens , et qu'il eût puni les Tlièbaius pour leur révolte.

Alexandre (suivant Arrien) reçut courtoisement cette ambassade, mais répondit en envoyât an peuple athénien une lettre pour demander avec instance qu'on lui livrât les dix citoyens.

Or Diodove et Pltttarqne repréeen-

tent tous deux la mission de Démade comme postérieure à la demande faite par Alexandre pour les dix citoyens, et disent qu'elle était destinée à prévenir et à conjurer cette demande.

A mon sens, le récit d'Arrien est le moins oroyahle des denx. Je croîs extrêmement improbalile que les Athô^ niens voulussent par un vote public exprimer de la satisfaction qu'Alexandre eût puni les ThObains pour leur révolte. Si le parti favorable aux Macédoniens à Athènes était assez fort pour obtenir ee vote ignominieux, il l'aurait été également pour faire réussir la proposition subséquente de Fhokiôn , — à savoir que les dix citoyens demandés fussent livrés. Le fuit (jue les Athéniens accordèrent volontairement asile anx fugitifs thêbains est une raison de plus pour ne pas mire à oe prétendu vola.

54 HISTOIRE DE ÎA QRÈCB

Phokidu revint à Athènes comme porteur des ooncessions d*AlexAndre« délivrait aiasi les Athénieiu d*iine anxiété et d*iin péril extrêmes. Son influence, — • déjà grande et d*ancienna date, puisque pendant les années passées il avait été perpétuellement réélu général, — devint plus grande que jaams, tandis que celle de Démosthène et des autres orateurs antimacédoniens doit avoir diminué. Ce ne fut pas un médiocre avantage pour Alexandre, Tictorieux comme il Tétait, de 8*assttrer rincorruptible Phokidn comme chef du parti favorable aux Macédoniens à Athènes. Ses projets centre la Perse étaient principalement exposés à échouer par la possibilité d'une opposition que soulèverait contre lui en Orèce Tacticm de Targent et des vaisseaux persans. Pour tenir Athènes en dehors de ces combinaisons, il avait à compter sur riafluence personnelle et sur le parti de Phoki^n, qui, comme il le savait, ayait toujours dissuadé ses concitoyens de rénster à Tagrandissement continu de son père Phil^pe. Dans sa conversation avec Phokiôn sur TexpéditicMb asiatique projetée, Alexandre prit quelque peine pour flatter Torgueil d'Athènes en la représentant comme n'étant inférieure qu'à lui-même, et comme ayant droit à l'hégémonie de la Grèce, s'il lui arrivait quelque chose (1). Ces com- pliments étdent faits pour être répétés dans l'assemblée athénienne ; et, à dire vrai, le prince macédonien pouvait naturellement préférer l'idée de Thégémonie athénienne à celle de Sparte, en voyant que Sparte se tenait à l'écart et lui refusait ouvertement obéissance.

L'animosité d'Alexandre étant apaisée, Athènes reprit sa position comme membre de la confédération sous son autorité souveraine (automne 335 av. J.-C). Sans visiter TAttique, il se rendit alors à l'isthme de Corinthe, où probablement il reçut de diverses cités grecques des députations conjurant son déplaisir, et déclarant leur soumission à son empire comme chef suprême. Il présida probablement aussi une réunion du congrès des Grecs, où il dut exiger les con-

(1) Plutarque, Phokiôn, 17; Plutorque, Alexand. 13.

Digjtized by Coogle

ALEXANDRE LE GRAND — THÊBES

tingents nécessaires pour son expédition projetée en Asie, qu'il devait estrepreudre le printemps saivant. A la déférence et à la soomission unWerseUes qu'il rencontrait partout, il se traira une seule exception, — le philosophe cynique Biogenès, qui résîdsdt à Corinthe, et qui, fiûsant complètement abn^tion de lui-même, se contentait d'un tonneau pour demeure et de Fexistence la plus grossière. Alexandre s'approcha de lui ayec une suite nombreuse, et lui demanda s'il désirait quelque chose ; à quoiDiogenès répliqua, dit-on : — « Rien, si ce n'est que tu t'écartes un peu de mon soleil. » Le philosophe et sa réponse provoquèrent des rires parmi les asiMants ; mais Alexan^ fut sd frappé du caraco tère Hbfre et indépendant attesté par cette parole, qu'il s'écria : — « Si je n'étais pas Alexandre, je Toudraie être Diogène (1). »

Après avoi^ visité l'oracle de Delphes et reçu de la prêtresse ou lui avoir arraché (2) une réponse qui était une promesse favorable pour ses plans asiatiques, il retourna en Macédoine avant Thiver (335-334 av. J.-G.). L'effet le plus important et durable de son séjour en Grèce fut le rétablissement de la Bœôtia, c*est-à-dire la destraction de Thèbes, et le rétablissement d'Orchomenos, de Thespiae et de Platée se partageant le territoire thèbain, toutes gardées et surveillées par une garnison macédonienne dans la Kadmeia. Il aurait été intéressant d'apprendre quelques détails au sujet de ce procédé do destruction et de restauration des villes bœôtiennes, procédé qui non-seulement provoquait de fortes manifestations de sentiment, mais encore impliquait d'importantes et difficiles questions à régler. Mais malheureusement nous ne savons rien au delà du fait général.

Alexandre quitta la Grèce pour Pella dans l'automue de 335 avant J.-C, et il ne la revit jamais.

Il paraît que pendant cet été, tandis qu'il était engagé dans des opérations en lUyrie et à Thèbes, l'armée macé-

(1) Plntarqiie, Alenmd. 14. i^è) Platax^iw, Alezand. 14.

56 HI8T0IBB DB LA OBÈOB

donienne sous Parmeniôn en Asie avait eu à lutter contre une armée persane ou contre des Grecs mercenaires, commandés par Memnôn le Rhodien. Parmeniôn, s*àvançant en -^olis, assiégea et prit Grynion; ensuite il attaqua Pitanè, mais il fut forcé par Memnôn de lever le siège. Memnôn gagna même une victoire en Troade sur l'armée macédonienne, commandée par Kallas, et la contraignit de se retirer à Rhœteon. Mais il échoua dans la tentative qu'il fit pour surprendre Kyzikos, et fut obligé de se contenter de piller le territoire adjacent (1). On affirme que Darius s'occupa cet été à faire des préparatifs considérables, navals aussi bien que militaires, pour résister à l'expédition projetée d'Alexandre. Cependant tout ce que nous apprenons au sujet de ce qui fut réellement fait nlmplique riea au delà de forces ordinaires.

(1) Diodore, XVI, 7.

Page 1