II
(3) Arrien, III, 5, 4-9. Tacite
(AmwL 1, 11) dit «a sujet de TÉgypte sous les Romains : — « Provûieiaa
a'Tîtu didicilt.'iTi, annonas fecundam, superstitions etlasciviàdiscordem et œobtlem, ÎMetam legum, ignaram nwgi»trntuuin, etc. »Gf. Ptttjbuap. Stnlmi.
XVII, p. 797.
(4) Uiodore, XVII, 51. Tftx{fciipta
176 HI8T0IRB mS LA OBIeOB
un regard en arrière sur les légendes héroïques et sur ses ancêtres Perseus et Hêraklês, pour trouver un digne prototype (1). Croyant être (comme eux) fils de Zeus, avec seulement une parenté humaine nominale, il résolut iraller s^assorer du fait en questionnant Toracle infaillible de Zeus Âmmon. Sa marche de plusieurs jours, à travers un désert sablonneux, — * toujours fatigante, parfois périlleuse, — fut marquée par des preuves manifestes de la faveur des dieux. Une pluie inattendue tomba précisément quand les soldats altérés demandaient de Teau. Lorsque les guides s'égarèrent, soudain deux serpents parlants, ou deux corbeaux, parurent, précédant la marche et indiquant la vraie direction. Telles furent les assertions avancées par Ptolémée, Âristobnle et Kallisthène, compagnons du prince et ses contemporains ; tandis qu*Ârrien, quatre siècles plus tard, déclare la conviction positive qu*il y eut une intervention divine en faveur d* Alexandre, bien qu'il ne puisse arriver à la persuasion quant aux détails (2). Le prêtre de Zeus Âmmon parla à Alexandre comme étant le fils du dieu et Tassura, en outre, que sa carrière serait une suite non interrompue de victoires, jusqu'à ce qu'il allât rejoindre les dieux, tandis que ses amis aussi, qui consultèrent l'oracle pour leur propre satisfaction, reçurent pour réponse que rendre à Alexandre des honneurs divins serait agréable à Zeus. Après avoir offert d'abondants sacrifices et de riches présents, Alexandre quitta l'oracle, pleinement et sincèrement convaincu qu'il était en réalité fils de Zeus Ammon , conviction qui fut encore confirmée par des déclarations qu'on lui transmit d'autres oracles, — de celui d'Erythraî en lônia et de celui des Branchidœ, près de Milètos (3). Bien
S' lazijfioL'. TY^; ex ToO OeoS YSviiTMK
{xàT(a)v (réponse du prêtre d'Auiinon à Alexandre).
(1) Arricn, III, 3, 2,
(2) Arrien, III, 3, 12. Kaî otî [;.:v Oeîôv Ti $uv6iis).aêev aÙTiô, è/to îax'<J'
XovTO o{ âX).i(| xal £XXig Oxèp «àxoO 1^-
Cf. Q.-Curce, IV, 7. 12 15 ; Diodore, XVII, 49-51; Plntarque, Alex. '27; Kallisth. ap. Strabon. XVII, p. 814.
(3) KallisllieiR'S, Fra^^m. XVI, ap, Alex. Magui liistor. Script, éd. Geler, p. 257; StnAon, XVII, p. 814.
SECONDS BT TROIBIÈMB CAlfPilGMB EN ASIB 177
qa*il n*ordonnàt pas directement lui-même qa*on lui parlât comme au fils de Zeus, il était content de ceux qui le reconnaissaient volontairement comme tel, et fâché contre les sceptiques ou les railleurs qui n'ajoutaient pas foi à roracle d'Ammou. Platarque pense que ce fut une pure manœuvre politique d'Alexandre, dans le dessein d'imposer à la population non hellénique sur laquelle il étendait son empire (1). Mais il semble plutôt que ce fut une ct*oyance sincère» une simple exagération de cette vanité exorbitante qui, dès le principe, régna si largement dans son cœur. Effectivement il n'ignorait pas qu'elle répugnait aux principaux Macédonien^ à bien des égards, mais surtout comme une insulte calculée faite à la mémoire de Philippe. Tel est le sujet toujours touché dans des moments de mécontentement. Parmeniôn, Philôtas , Kleitos et les autres officiers d'un haut grade regardaient comme extrêmement blessante l'insolence du roi, qui reniait Philippe et se mettait au-dessus du niveau de l'humanité. Le mécontentement à ce sujet parmi les olTiciers macédoniens, bien que condamnés au silence par la crainte et l'admiration que leur inspirait Alexandre, devint sérieux,, et on le verra reparaître ci-après (2). - *
Le dernier mois du séjour d'Alexandre en Egypte fut passé à Memphis (janvier 331 av. J.-C). Tandis qu'il nommait divers officiers pour l'administration permanente du pays, U reçut aussi une visite d'Hegelochos, son amiral, qui amenait comme prisonniers Aristonikos de Methymnà et d'autres despotes des diverses cités grecques insulaires. Alexandre ordonna qu'ils fussent remis à leurs cités respectives pour j être traités au gré des citoyens; tous, excepté Apollonidès de Chios, qui fut envoyé à Ëlephantinè, au sud de rÉgypte, pour y être détenu. Dans la plupart des cités, ces despotes s'étaient attiré une haine si violente, qu*une
<1) Plntarqne, Alex. 28. Arrien
fait allusion à^a même explication,
(2) Q.-rnrce, IV, 10, 3 : — - Fastitlio esse patriuin, aldicari Philippum
T. XVIII
patram, cœlnm vanis cogitetioBibns petere. ■ Arrien, III, 26,1; Q.-Coree, VI, 9,18; VI, 11,23.
178 «monui i« la GBftoi
fois livrés, ils furent torturés et mis à mort (1). Pharnabazos avait été également an nombre des prisonniers, mais il avait trouvé moyeu d échapper à ses gardes quand laâotte toucha à Kos (2).
Au commencement du printemps, après avoir reçu des renforts de Grecs et de Thraces, Alexandre s'avança en Phénicie (février-mars 331 av. J.-C.). Ce fut là qu il régla les affaires de Phénicie, de Syrie et de Grèce, avant son expédition projetée dans l'intérieur contre Darius. Il pnnit les habitants de Samarie, qui s'étaient révoltés et avaient brûlé vif le préfet macédonien Andromachos (3). Outre tontes les affaires qu'il avait accomplies, Alexandre fit de riches présents an dieu Tyrien Hèraklês» et oôrit de magnifiques 8aci;iôces aux autres dieux. On célébra aussi de belles fêtes, accompagnées de tragédies analogues aux Dionysia k Athènes, avec les acteurs et les choristes les plus habiles qui rivalisaîent pour le prix. Les princes de Kypros se disputèrent rhonneur de rendre hommage au fils de Zens Ammon» chacun d*enx se chargeant du devoir de chorége, montant à ses frais un drame avec nn chœur et des acteurs distingués, et 8*efibrçant d'obtenir le prix de juges nommés à l'avance» — comme cela se faisait dans les dix tribus à Athènes (4).
An milieu de ces fêtes religieuses et de ces représen» tations théâtrales, Alexandre réunissait des magasins pour sa marche dans l'intérieur (juin-juillet 331 av. J.-C.) (5). Il avait déjà envoyé en avant à Tliapsakos, le gué ordinaire de TEuphratc, un détachement chargé de jeter des ponts sur le lieuve. Le Perse Mazseos était en garde de l'antre côté avec une petite armée de trois mille hommes, dont deux mille Grecs, insuliisante pour s'opposer à la construction des ponts, mais qui devait seulement empêcher qu'ils ne fussent compléreinent menés jusqu'à la rive gauche. Après onze journées de marche en partant de Phé-
(1) Q.-Curce, IV, 8, 11. (4) Plutarque, Alextind. 29; Af*.
(2) Arrien, III, 2, 8, 9. rien, /. c.
<3) U.-Ca{ce» IV, 8, 10. (S) Aniea, III, 6, 12.
SBCONDB BT TROISIÈME GAMPAONB EN ASIE 179
nicie, Alexandre et tonte son armée parvinrent à Thap-
sakos. Mazaeos, de l'autre côté, voyant arriver le gros de l'armée , retira sa petite troupe sans délai et fit retraite jusqu'au Tigre ; de sorte que les deux ponts furent achevés, et qu'Alexandre traversa le fleuve sur-le-champ (1). ^ Une fois TEuphrate franchi, Alexandre avait la faculté de descendre la rive gauche de ce fleuve jusqu'à Babylone, la capitale de l'empire persan, et l'endroit naturel pour trouver Darius (2). Mais cette marche (comme nous le savons par Xénophon, qui la fit avec les Dix Mille Grecs) devait entraîner d'extrêmes soufi'rances et se faire à travers an pays désert où Ton ne devait pas trouver de provisions. De plus, Mazœos» en se retirant^ avait pris nne direction nord-est, vers la partie supérieure du Tigre, et quelques prisonniers racontèrent que Darius^ avec sa principale armée, était derrière le Tigre, ayant l'intention de défendre le passage de ce fleuve contre Alexandre. Le Tigre parait n*étre pas guéable an-dessous de Ninive (Mossonl). En conséquence, il dirigea sa marche d*abord presque au nord, ayant l'Euphrate à sa gauche; ensuite à Test, à travers la Mesopotamia septentrionale, ayant à sa gauche les montagnes arméniennes. En arrivant au gué du Tigre, il le trouva absolument sans défense. Pas un seul ennemi n'étant en vue, il passa le fleuve à gué aussitôt que possible, avec toute son infanterie, sa cavalerie et ses bagages^ Les difficultés et les périls du passage furent extrêmes, à cause de la profondeur de l'eau, qui s'élevait au-dessus de la poitrine des soldats, à cause de la rapidité du courant et du fond glissant (3). Un ennemi résolu et vigilant aurait pu
(1) Arrien, III, 7, 1-6; Q.-Carce, IV, 9, 12 : — » Undedmii castris
pervenit ad Euphratem. »
(2) CVst ainsi qu'Alexandre considère Babylone (Arrien, II, 17, 3-10) :
— IIpoxtopridàvTojv Çùv Suvà[iei iitX BaSu),à) /a -z xal Aapeïov... tov ts èicl BaëuXûvo; gtôXov isovnaô\Jjeba, , etc.
C*«it TexpUcation d*iiiie ranazqiw d'Anien, III, 7, 6, « oit il usigne k
nùsoQ pour laquelle Alexandre, apr&t
avoir passé l'Euphrate à Thapsakos , n'alla pas droit à Babylone. Cyrus le Jeune y alla directement pour attaquer Artaxerxês. Snee, Ekbatane et Pefsépolis étaient plus éloignées et moins exposéei à un ennemi Tenant de l'ouest.
(3) Arrien, UI, 7, 8 ; Diodore, XVH, 05} Q.-Cnioe, IV, 9, 17-24. t Magna
HISTOIRB DB tA QRÈCB
rendre ce passage presque impossible. Mais la bonne fortune d'Alexandre était non moins remarquable dans ce que ses ennemis négligeaient de faire que dans ce qu'ils faisaient réellement (1).
Après ce passage fatigant, Alexandre se reposa deux jours. Pendant la nuit (20 septembre 331 av. J.-C), il y eut une éclipse de lune presque totale, ce qui répandit dans Tarmée la consternation, à laquelle s'ajoutèrent des plaintes contre son insolence présomptueuse et de la défiance au sujet des répons inconnues dans lesquelles elle ^entrait. Alexandre, en offrant des sacrifices solennels au Soleil, à la Lune et à la Terre, combattit le découragement régnant par des déclarations de son propre prophète Aristandros et d'astrologues égyptiens, qui déclarèrent que Hèlios favo-rîsait les Grtecs et Sèlènè les Perses; ainsi l'éclipsé de lune présageait une victoire pour les Macédoniens, et même une victoire (ainsi le promettait Aristandros) avant la nouvelle lune prochaine. Après avoir ainsi rassuré ses soldats, Alexandre marcha quatre jours dans la direction sud-est, à travers le territoire appelé Aturia, avec le Tigre à sa droite et les monts Gordyées ou montagnes Kourdes à sa gauche. Rencontrant une petite garde avancée des Perses, il y apprit de prisonniers que Darius, avec le gros de son armée, n'était pas bien éloigné (2). '
Près de deux ans s'étaient écoulés depuis la ruineuse défaite d'Issus. Qu'avait fait Darius pendant ce long intervalle, et surtout pendant la première moitié de cette période , c'est ce qu'il nous est impossible de dire septenilire 331 av. J.-C). Nous n'entendons parler que d'un seul acte, — ses missions, deux fois répétées, à Alexandre pour offrir ou demander la paix, spécialement en vue de recouvrer sa famille captive. Il parait n'avoir rien fait, soit pour réparer
mnnimenta Tcgn'\ Tigris et Euphrates (1) Q.-Cnroe, IV, 9,28; Plntarqoe,
ernnt, » est uno partiâ du discours Alexand. 39.
prOté à Darius avant la bataille d»Ar- (2) Arrien, III, 7, 12; III, 8, 3.
b«lM par Q.-Care6(IV, 14,10). Ces deux Q..Ciiroe, IV, 10, 11-18. gnndee défvniM forent abandonnées.
les pertes du passé, soit pour détourner les périls de ravenir ; rien pour empêcher sa flotte de passer dans les mains du Tainqueur ; rien pour délivrer Tyv ou Gaza, dont les sièges occupèrent collectivement Alexandre pendant près de dix mois. La fuite honteuse de Darius à Issus lui avait déjà perdu la confiance de ses serviteurs les plus précieux. L'exilé macédonien Amyntas, hoinine brave et énergique, abandonna, avec les meilleurs des mercenaires grecs, la cause p^^rsane comme perdue (1), et essaya d'agir pour son compte, tentative dans laquelle il échoua, et périt en Egypte. Le satrape d'Égypte, rempli de mépris pour la timidité de son maître, fut amené, par cette raison aussi bien que par d'autres, à ouvrir le pays à Alexandre (2). Ayant fait une perte si déplorable, sous le rapport de la réputation aussi bien que du territoire, Darius avait les plus forts motifs pour la réparer en redoublant d* énergie.
Mais il était paraljsé par cette circonstance que sa mère, sou épouse et plusieurs de ses enfants étaient tombés dans les mains du vainqueur. Parmi les incalculables avantages . que produisit la victoire d'Issus, cette acquisition ne fat pas la moindre. Ëlie plaça Darius dans la*situation d*un homme qui a donné des otages à son ennemi pour répondre de sa bonne conduite. Les rois persans étaient souvent dans Thabitude d^exiger de satrapes ou de généraux le dépôt de leurs épouses et de leurs familles comme gage de fidélité, et Darius lui-même avait reçu cette garantie de Memnôn, comme condition pour lui confier la flotte persane (3). Lié lui-même par les mêmes chaînes, à Tégard d*un homme quiétait devenu actuellement son supérieur, Darius n'osait pas agir avec énergie, dans la crainte que le succès n*attirât du mal à sa famille captive. £n laissant Alexandre soumettre
(1) Arrien, II, 13; Q.-Curce, IV, 1, 27-30 : — « Cuin in illo statu rerum id quemque, quod occupasset, habitnram «rbitraretnr » (AmjrntasK
Ârrieo, m, 1,3. TiQv re èv 'I<T9f|i |t^v 6iwc owi6i) iceicva|«4voc (le w-
trape d'Égypte) xal Aopflffov 9n «tffXPf
çuY^ ^ç'jyEi etc.
(3) Diodore, XVII, 23. Cf. Xénopbon, Âaab. I, 4, 9} Hérodote, VU)
aans opposition tout le territoire à Toadst de TEuphrate, il espérait qu il lui serait permis -de conserver son empire à Test; et de racheter sa famille au prix d'une énorme rançon. Ces propofiitions satisfaisaient Parmcniôn, et elles auraient probablement satisfait même Philippe, si Philippe eût été le Tainquevr. La nature insatiable d*^exandre n*avait pas encore entièrement été mise à l'éprenve. Ce ne fut que quand ce prince rejeta avec m^ris tout ce qui a*était pas mi red» dition à discrétion, qae Darius commença prendre des mesures à l'est de TEuphrate pour défendre ce qui lui restait encore.
La conduite d*Âlexandre à Fégard des otages royaux, quelque honorable qu'elle fAt pour ses sentiments, prouvait en même, temps qu'il connaissait toute leur valeur comme sujet d*uue négociation politique (1). Il était essentiel qu*il
les traitât avec toute la déférence due à leur rang, s*il désirait conserver leur prix comme otages aux yeux de Darius aussi bien que de sa propre armée. Il les transporta
avec ses troupes, de la côte de Syria, sur le pont de TEuphrate, et même à travers les eaux du Tigre. Poui" lea prin-
(1) L^éloge accurd<i à la coutixienoe d*AÎnuindre, ponr won refas de vînter Stattrn, épouse <le Darius, «rt exi^ré même jusqu'à l'absurde.
l^ar rapport aux femmes, Alexaudre était froid par tempérament, le contraire <le son père Philippe. Pendant .sa jeuucsbe, son développement fut si tardif, qu'on soupçonna même quelque ineapaeité physique (Bienmymns «p.
Athense. p. 435). Quant aux plus belles personnes des deux sexes, il n'eut qu'à refuser les offres nombreuses qui lui forent faites par ceux qui désiraient gagner sa faveur fPlut. Alex. 22). De jiUMf après hi prise de Daniaskos, il ohoMt ponr Ini-mfime, parmi les femmee captives, Barsioê, la veuve de son illustre r-vftl Mcmnùn , femme iMlle, de manières séduisanles et qui, par son édaoation hdlénîqnef M dislingnaît à son avantage des femmes dn
simple harem oi'ientulile Dai'iuâ\i^lut.
Alex. 21). En adoptant la venve de MeniTirtn pour maîtresse, Alexandre peut probablement avoir eu présent à l'imagination Texcmpie de sou ancêtre légendaire Neoptolemos, dont les tendres relation b avec An'lroinacliè, veuve d* son euuonii Hcktor, ne devaieui Care oubliées d'aucun lecteur d*£liripide. Alexandre ent de Sarsinê an fils appelé lî^raklSs.
En dernier lieu, Alexandre était ai absorbé par l'ambition, — si surciiargé par les devoirs et les difficultés du commandement, dont il s'acquittait toujours lui-même, — et si contiuuellemeut euga^ daos des etiktrts corpo- «elB Iktiganta, q«*il Ini /citait pem
(le tt'mjis pour les plaisirs; vt ce temps qu'il avait, il préi'eriùt le consacrer à des jMiunions bacliiques égi^ées par la oravarsationde aesaSdeia.
cesses» ce doit avoir été une craelle fatigue ; et, dans le £ût, la reine Statira finit par être si épuisée qu'elle mourut peu de temps après le passage du Tigre (1); pour Alexandre
aussi, ce doit avoir été une obligation onéreuse, puisque non-seulement il cherchait à leur assurer toute leur pompe accoutumée, mais qu'il a dû assigner une garde considérable pour les surveiller, à un moment où il s'avançait dans un pa^^s inconnu et avait besoin que toutes ses ressources militaires fussent disponibles. Pour être détenus simplement en sûreté, ces otciges auraient été mieux gardés et auraient pu être traités avec plus de cérémonie encore dans une cité ou dans une forteresse. Mais Alexandre désirait probablement les avoir près de lui, en cas de l'éventualité possible de revers sérieux, accablant son armée sur la rive orientale du Tigre. Ëa admettant qu'un pareil malheur arrivât, leur reddition pouvait assurer une retraite sans danger dans des circonstances qui autrement auraient été fotales à son accora pl 1 ssement . ,
Étant à la fin convaincu qu'Aleicandre ne se contenterait d'aucun prix autre que tout Tempire de Perse, Darius cou- Téqua toutes ses forces pour défendre ce qui lui restait fia<* core. Il réunit une armée qui, dit-on» était supérieur» nombre à celle qui avait été défisûte à Issue (2). Il arriva des contingents des extrémités les plus éloignées de l'im* mense territoire persan, — de la mer Caspienne, des fleuves de rOxus et de Tlndas, du golfe Persique et de la mer Rouge. Les plaines à Test du Tigre, vers la latitude de la ville moderne de Mossoul, entre ce fleuve et les monts Gordyées (Zagros), furent fixées pour le lieu de réunion de cette multitude prodigiea.sG, amenée en partie de Babylone par Darius lui-même, y arrivant en partie par différentes
(1) Q.-Curce, IV, 10, 19. î Itineiris continui labore asimiqiie «gritndine iktigata. etc. »
Q.-Curce et Justin mention netit une tmiAka» tiiilMlind» «ivoyée par Da- TKts (immédMtflnmit spiè« %a*a «nt
rables de Statin) à Alexandre, pour
demander la paix. I^s autres aotèiun fciit allusion sieulement à deux tentatives de cette sorte, et la troisième ne Mmlde Adkmtat probdbla.
iVi Ardan, HI, 7, 7.
routes du nord, de Test et du sad. Arbèles, — \ ille considérable à environ vingt milles (=32 kilom. 1/4) à Test de la rivière da Grand Zab, connue encore sons le nom d*Erbil, comme station pour les caravanes sur la route ordinaire entre Erzeroum et Bagdad, — fut fixée comme quartier générait où les principaux magasins furent réunis et les lourds bagages logés, et près de laquelle on rassembla d*abord les troupes et ob. on les exerça (1).
Mab le lieu déterminé à Tavance pour une bataille rangée fut le voisinage de Gaugamela, près de la rîvière de Bumôdos, à environ trente milles 48 kilom. 1/4) à Touest d'Arbèles, vers le Tigre, et à environ autant à l'est de Mossoul, — plaine spacieuse et unie, n'ayant rien de plus que quelques ondulations de terrain et sans aucun arbre. Cette plaine, par sa nature, présentait de grands avantages pour ranger une armée nombreuse, surtout pour faire manœuvrer librement la cavalerie et lancer des chars armés de faux; de plus, les officiers persans avaient, eu soin de niveler artificiellement à l'avance celles des pentes qu'ils jugeaient incommodes (2). Tout dans le terrain semblait favoriser l'opération tant du total immense que des forces spéciales de. Darius, qui s'imaginait que sa défaite à Issus avait été entièrement occasionnée parce qu'il s'était aventuré dans les défilés étroits de la Kilikia, — et que, sur un terrain ouvert et uni , son nombre supérieur devait être triomphant. Il désirait même qu'Alexandre vînt l'attaquer dans la plaine. Voilà pourquoi il ne s'était pas opposé au passage du Tigre.
Pour ceux qui ne considéraient que la nombre, l'armée assemblée à Arbèles pouvait bien inspirer de la confiance ; car on dit qu'elle se composait de 1 million d'hommes d'infanterie (3), — de 40,000 de cavalerie» — de 200 chars
(1) Diodore, XVII, 68; Q.-Giiroef (taatv 2m3i«ôv«v eOicerfi iceirot^^Mmv
rV, 9, 9. xaî îirrc(i) litïraciiia.
{2] Arrien, III, 8, 12. Kai yàp xal (3) C'est lo totivl donné pur Arrien
ôaa àv(ô(ia).a aÙTOû Inicaaîav, laù-à. comme étant ce qu'il truuva exposé
T« ix icoXXoO ot IlépoatTof; xe (IUycto), probabkmsnt le meUleur
aimés de faux, ^et de 15 éléphants, animaux dont nous entendons parler pour la première fois dans une bataille.
Mais, outre le nombre, Darius avait pourvu ses troupes d*armes plus efficaces : au lieu de simples javelines, il leur avait donné de fortes épées et de courtes piques propres à percer, telles que celles que la cavalerie macédonienne maniait si admirablement dans un combat corps à corps, — avec des boucliers pour l'infanterie et des cuirasses pour les cavaliers (1). Il comptait beaucoup aussi sur la terrible charge des chars, dont chacun avait un timon qui s'avançait devant les chevaux et se terminait en une pointe aiguë, avec trois lames de sabre partant du joug de chaque côté et des faux s' étendant aussi latéralement des moyeux des roues (2).
Informé de rapproche d'Alexandre, vers le temps où l'armée macédonienne arriva sur les bords du Tigre, Darius quitta Arbèles, où il laissa ses bagages et son trésor, — â^versa à Taide de ponts la rivière de Lykos ou Grand Zab, opération qui occupa cinq jours, — et s'avança pour se poster sur le terrain préparé près de Gaugamela (septembre 331 av. J.-C.). Son ordre de bataille était formé — des Bàktriens. à Textrème gauche, sous le commandement de Bessus, satrape de la Baktriane ; ensuite des Dah» et des Arachôti, sous les ordres de Barsaentès, satrape de l*Arachosia ; puis des Perses indigènes, cavaliers et fantassins alternant, — des Sasiens, sous Oxathrès^ — et des Eadusiens. Â Textrème droite étaient les contingents de la
renseignement que parent se procurer Ptolémëe et Amtobule (Amen, m, 8, 8).
Diodore (XVII, 53) donne 800,000 fantassins, 200. 000 chevaux et200 chars armés de faux. Jastin (XI, 18) donne
400,000 fantassins et 100,000 chevaux.
Plutarque (Alex. 31) parle en général d'uu million d'hommes. Q.-Curce dit que Tannée était presque deux fois aosii considérnblo que celle qui avait combattu en Kilikia (IV, 9, 3) i il
donne le total comme étant de 200,000 fantassins et de 4S,000 ebevanx (tV,
(1) Diodore, XVII, 53; Q.-Curce, IV. 92.
(2) Q.-Curce, IV, 9. 3; Diodore,
XVII, 53. Nonobstant la note instructive de Miitzell sur ce passage de Q.-Curce, la manière dont ces chars éuient «més n'est pas elaife en tout {foint.
Syria tant à Test qii*à Touest de f Euphrate, sous Mazseos ; ensuite les Mèdes» sous Âtropatès; puis les Parthes, les Sakat, les Tapyriens et les Hyrkaniens. toas cavaliers, sous Phrataphernès; enfin les Albanlens (^t les Sakesinas. Dàrins M-mème était au centre, avec les troupes choisies près et autour de lui, — les gardes à cheval persans d*élite, appelé» les parents du roi, — - les gardes à pied persans, portant des piques avec une pomme d*or au gros bout, — un régiment de KarienS) ou de descendants de Kariens, qui avaient été enlevés à leurs demeures, et établis comme colons dans Tintérieur de l'empire, — le contingent des Mardi, bons archers, et, on dernier lieu, les Grecs mercenaires, dont le nombre est inconnu, et dans lesquels Darius plaçait sa plus grande •confiance.
Telle était la première ou principale ligne des Perses. Derrière elle se trouvaient les masses lu'ofondes dos Babyloniens, — des haltitants de la province de Sittakè jusqu'au golfe Persique, — des Uxiens, du territoire continu à la Susiane ;\ l'est, — et d'autres dont la multitude est inconnue. Devant elle étaient postés les chars armés de faux, avec de petits corps avancés de cavalerie, — les Scythes et les Baktriens à la paiiche, avec cent chars, — les Arméniens et les Kappadokiens à la droite, avec cinquante chars, — et les cinquante autres chars étaient devant le centre (1).
Alexandre s'était avancé à environ sept milles (11 kilom. 1/4) de Tarrnée persane, et il avait marché quatre jours depuis qu'il avait traversé le Tigre, — quand il apprit pour
(1) L'ordre de bataille des Pênes donné ici par Arrien (III, 11) est empriuité d'Arislubuie, qui affirmait qu'il ^it présenté ninsi dans le plan offi • ■ciel de la lutaille, dressé pur les officiers jK'rsaî)?. Pt jn'is plus t;ir:l avec les bagages de Diirius. Bieu qu'il soit i^nsi Mttitentiqtie autant t}ti*il peut rêtre* il n*eetpas complet, niùrnc quant aux noms, — tandis <iu'il ne dit rien »^ du nombre, ui de la profondeur, ni •de rétendoa du front. Plurienrs noms
de divers contingents, qu'on affiiUM avoir été présents à la bataille, ne M trouvent pas dans le relevé oiEciel, « ainsi les Sogdiens, les Ariens et les montairnarda indiens sont mentionnés par Arrien comme ayant rejoint Darius (UI, 8); les Kossœens, par Diodore (XVII, 59); les Sogdiens, les Mmsagetae, les Belitae, les Kossseens, Im GortvfP, les Phrygiens et les Kataoniens, par Q.-Curoe (IV, 12).
ûiyitizea by ^OOglc
la première fois de prisonniers persans la faible distance qui le séparait de ses eonemis (septembre 331 av. J.-C). Il fit halte immédiatement, étaÙit à Tendroit un camp avec un fossé et une palissade, et y resta pendant qnatre jours, afin que les soLdato passent se reposer. La nuit dn quatrième jour, il marcha en avant, laissant toutefois sous, une garde dans le camp les bagages, les prisonniers et les npn-combatiàats. Il commença par s^avancer snr une chaîne de col- . Unes peu élevées qui le séparaient de Tennemi, espérant Tatteindre et Tattaqner au point du jour. Mais sa marche fut si retardée, que le jour parut, et les deux armées furent pour la première fois en vue au moment où il était encore sur la pente descendante du terrain, à une distance de plus de trois milles. VjU voyant l'ennemi, il s'arrêta, et convoqua ses principaux ofticiers, afin de les consulter pour savoir s'il ne devait pas continuer d'avancer et commencpr l'attaque sur-le-champ (1). Bien que la plupart d'entre eux se prononçassent pour Taffirmative , cependant Parmeniôn prétendit qu'il serait téméraire d'airir ainsi ; que le tei-rain devant eux, avec toutes ses difficultés, naturelles ou artificielles, était inconnu, et que la position de l'ennemi, qu'ils voyaient alors pour la première fois, devait être reconnue avec soin. Adoptant cette dernière idée, Alexandre s'arrêta pendant toute la journée, toat en conservant son ordre de bataille et disant un nouveau camp retranché, oii Ton amena alors du campement du jour précédent les bagages et les prisonniers (2)u Lui-même consacra la journée, avec une
(1) Arrien, III, 9, 5-7.
(2) Arrien, III, 9, 2^. Il s^eet fiat mentionné «Kpnflsénent par Arrîen
que los bap^figos, etc., aient ^té amenés du premier camp au. second. Mais nous TOf Gos ^ii^il a 4ft en dtre «inai, par ce qni ae passa pendant la bataille.
Les 1>ag:nges d'Altxandre, qui furent pillés pur un corps de cavalerie persane, ne ptMivent avoir été ftusii loin derrière l'arnée que le ienum^erait la distance du pnnnier camp. Ccln coïncide égulemeat avec C^-'Caroe, JV,
13, 35. Les mots iy^iù àîio>.cÎ7:eiv (Ait. III, 9, 2) indiquent la pensé* «L'un dessein qui n'était pu accomplit — cd; a[JL' yjfiÉpa ■Kpon\i.itn Totc tî&Xe- (fctoiç (IIJ, 9, 3). Au lieu « d'entrer en intte * as«c reoneni k l'amwm, Alexandre aralvn seulement en vue de lui à Taiiroro; il s'arrêta alors' toute la journée et toute la nuit eu vue de la position des Perses, et naturellement fit ramener ses bagages, n'ayant ancon motif pour Jm laûser si loin en arrière.
escorte de cavalerie et de troupes légères, à reconnaître et le terrain intermédiaire et Tennemi, qui ne Tinterrompit pas, malgré son immense supériorité en ciiTalerle. Parmeniôn, avec Polysperchôn et autres, lui conseillaient d*attaquer les Perses pendant la nuit, ce qui promettiût quelques avantages, vu que les armées persanes étaient notoirement difficiles à diriger la nuit (1) et que leur camp n*avait pas de défense. Mais, d^autre part, ce plan renfermait tant de désavantages et de périls, qu'Alexandre le rejeta, déclarant, — avec une force d'expression qu'il augmenta avec intention, vu que ses paroles pouvaient être entendues de bien d'autres personnes, — qa*il dédaignait ce qu'il y avait de bas à dérober une victoire ; qu'il voulait et pouvait vaincre Darius loyalement et en plein jour (2). Après avoir adressé ensuite à ses officiers quelques brefs encouragements, auxquels il fut répondu avec enthousiasme, il les congédia pour qu'ils pussent prendre leur repas du soir et du repos.
Le lendemain matin, il rangea en deux lignes son armée, qui se composait de 40,000 fantassins et de 7,000 chevaux (3). La première ou principale ligne était composée, à la droite, de 8 escadrons de sa cavalerie des Compagnons, chacun avec son capitaine séparé, mais tous sous le commandement de Philôtas, fils de Parmeniôn. Ensuite (en allant de droite à gauche) venait TAgêma ou troupe d'élite des hypaspistae, — ensuite le reste des hypaspistse, sous Nikanôr, — puis la phalange proprement appelée ainsi, distribuée en six divisions , sous le commandement de Kœnos, de Perdikkas, de Meleagros, de Polysperchôn, de Simmias et de Krateros, respectivement (4). Ensuite à la gauche de la phalange était disposée la cavalerie grecque alliée, Lokriens et Phokiens, Phthiotes, Maliens et PélOf ponésiens ; après lesquels, à l'extrême gauche, venaient les Thessaliens, sous Philippe, — au nombre des meilleurs cavaliers de l'armée, à peine inférieurs aux Compagnons
(1) Xcnoph. Anabas. III, 4, 35.
(2; Arrien, 111, 10, 3; (i.-Curce, IV, 13, 4-10.
(3) Arrien, III, 12, 1-9.
(,4) Arneu, 111, 11; Diodore, XVII, 57 ; Q.-Caroe, lY, 13, S8>30.
ûiyitizea by ^OOglc
macédoniens. Comme dans les deux premières batailles, • Alexandre lui-même prit le commandement de la moitié de droite de Tarmée, confiant la gauche à Parmenidn.
Derrière cette ligne principale était placée une seconde ligne ou corps de réserve, destinée à repousser des attaques en flanc et par derrière, que le nombre supérieur des Perses rendait probables. Dans ce dessein, Alexandre ré- . serra, — sur la droite,, la cavalerie légère ou lànciers, — les Pœoniens, sons Aretès et Aristôn, — la moitié des Agrianes, sous Attalos, — les archers macédoniens, sous Brisôn, — et les mercenaires depuis longtemps au service, sous Klearclios ; à la gauche, divers corps de cavalerie thrace et alliée, j^ous leurs officiers séparés. Tous ces différents régiments furent tenus prêts à repousser une attaque en flanc ou par derrière. Devant la ligne principale étaient quelques escadrons avancés de cavalerie et de troupes légères, — de la cavalerie grecque, yous Menidas, à la droite, et sous Andromachos, à la gauche, — une brigade d'akontistaî, sous Balakros, avec des akontistae agrianiens, et quelques archers. En dernier lieu, Tinfanterie thrace fut laissée pour garder le camp et les bagages (1).
Prévenu par un déserteur, Alexandre évita les endroits où Ton avait planté des pointes de fer pour nuire à la cavalerie macédonioniip (2). Lui-même, à la tète de TEscadron Royal, à Textrème droite, conduisit la marche obliquement dans cette direction, tenant sa droite un peu en avant. Comme il approchait de Tennemi, il vit Darius lui-même avec le centre gauche persan immédiatement en face de lui, — gardes persans. Indiens, Albaniens et Kariens. Alexandre continua en inclinant sur la droite, et Darius étendant son firont vers la gauche pour contrecarrer ce mouvement, mais débordant encore beaucoup les Macédoniens à la gauche. Alexandre, à ce moment, s*était avancé si loin à sa droite, qu'il dépassait presque le terrain nivelé par Darius pour les opérations de chars qui étaient devant
(1) Arrien, III, 12, 2-6; Q.-Curc8, IV, 13, 30-32; Diodore, XVII, 57,
(2) Q.-Curce, lY, 13, 36; Polyen, IV, 3, 17.
mSTOIlB t>B LA GRÂCB
sa ligne. Pour arrêter tout nouveau mouvement dans cette direction, on donna ordre aux 1,000 cavaliers baktrienset aux Scythes qui étaient sur le front de la gauche persane d'exercer un mouvement tournant et d'attaquer le flanc droit macédonien. Alexandre détacha contre eux son régiment de cavalerie sons Menidas, et Taction commença ainsi (1)»
La cavalerie baktrienne, apercevant le mouvement de Menidas^ abandonna sa roarche tournante pour Tattaquer, et d'abord elle le repoussa jusqu à ce qu'il f&t appuyé par les autres détachements avancés, — Pseoniens et cavalerie grecque. Les Baktriens, défàits à leur tour, furent soutenus par le satrape Bessus avec le corps principal des Baktriens et des Scythes de la partie gauche de la ligne de Darius. Ici Faction fut chaudement disputée pendant quelque temps, avec pertes pour les Grecs qui, à la fin cependant, par un ordre plus compacte contre des ennemis qui combattaient d'une manière décousue et irrégulière, réussirent à les pousser hors de leur place dans la ligne, et à y faire ainsi une ouverture partielle (2).
Pendant que cette lutte durait encore, Darius avait ordonné à ses chars armés de faux de charger, et à sa ligne principale de les suivre , comptant sur le désordre qu'il espérait qu'ils occasionneraient. Mais il se trouva que les chars furent de peu d'utilité. Les chevaux furent terrifiés, arrêtés ou blessés par les archers et les akontista:» macédoniens placés sur le devant, ([ui trouvèrent môme moyen de * saisir les rênes, de faire descendre les conducteurs et de tuer les cljevaux. Des cent chars du front de la ligne persane, destinés à renverser les rangs macédoniens par une pression simultanée le long de leur ligne entière, beaucoup furent complètement arrêtés ou mis hors de service ; quelques-uns tournèrent tête, les chevaux refusant d'affronter les piques tendues en avant, ou étant épouvantés par le bruit des boucliers et des piques qu'on heurtait les uns
(1) Arrim, UI, 13, 1-& (9) Ârrîen, m, 13, ».
SECONDE Wr TBOISIÈME CAliPAONB EN ASIE 191
contre les autres; quelques-uns parvinrent jusqu'à la ligne macédonienne; mais les soldats macédoniens, ouvrant leurs rangs, les laissèrent pa.sser sans qu'ils fissent aucun mal; il n y eut qu'un petit nombre d'entre eux, qui firent des blessures ou causèrent du dommage (1).
Aussitôt que les char» eurent été employés ainsi, et que le gros de . Tarmée persane fat mis à découvert en avançant derrière eux, Alexandre donna ordre aux troupes de sa ligne principale, qui jusqu'alors avaient observé un silence absolu (2), de pousser le cri de guerre et de charger au pas accéléré; en même temps il eig oignit à Aretéa avec les Pœoniens de repousser les assaillants sur son flanc droit. Lui-même, discontinuant 'son mouvement oblique vers la droite, se tourna vers la ligne persane, et se précipita, à la tète de toute la cavalerie des Compagnons, dans Touverture partielle qui y avait été faite par le mouvement de flanc des Baktriens. Étant entré en partie par cette ouverture dans rintérieur de la ligne, il poussa droit vers la personne de Darius, sa cavalerie engageant un combat corps à corps le plus acharné, et frappant de ses courtes piques les Perses au visage. Ici, comme au Granikos, ces derniers furent troublés par ce mode de combattre, — accoutumés qu'ils étaient à compter sur l'emploi de traits, et à faire rapidement tourner leurs chevaux pour recommencer l'attaque^S).
(1) 'Au sujet dw doM, Ames, HI, 13, 11 ; Q -Curoe,IT, 19, U; Diodon,
Arrien ne mentionne distinctement que îes tHum qui fbfent Umcés à Is
gauche de Darius, immédiatement en face (l'Alexandre. Mais il est évident que les chars le long de toute la ligne ont dft Stre Imeés an seul et même signal . — ce que nous pouvons comprendre oommeimpliqué dans ces mots de Q.-Curce : — « Ipse (Darius) ante se falcBtos onmi» IiabelMit, qnos slgno dato uuivexBos in hoetem effudit > (IV, H, 3).
Les cliars armés de faux d'Artueniês, à la IwtaiUe de Knmuca, ne
firent aucun mal (Xënoph. Anal». I,
8, 10-20). A la bataille de Magnesia, gagnée par les Romains (190 av. J.-C.) sur le roi syrien Antioclins, non-seulement ses chars forent repoussés, mais
encore ils jetèrent le désordre parmi ses propres troupes (Appicn, Keb.
Syriac. 33).
(2) y. le remarquable passage du discours d'Alexandre à ses pcldats avant la bataille, au sujet de la nécessité d'un silence absolu jusqu'au moment favonble pour pousser le terribln cri de guerre (Arrien, III, 9, 14) :
Cf. Thucyd. II, 89, — ordre semblable donné aux Athéniens parPhormiou.
(3) Arrien, lU, 15, 4. OOts duov*
BISTOnkB D8 LA OBftCB
Ils ne purent empêcher Alexandre et sa cavalerie de gagner du terrain et de se rapprocher de phus en plus de Darius; tandis qu'en même temps, la phalange macédonienne placée en tète, avec son ordre compacte et ses longues [>iques tendues en avant, pressait la ligne persane qu'elle avait en face d'elle. Pendant un court espace de temps, le combat dans cet endroit fut acharné et opiniâtre; et il aurait pu se prolonger encore, — vu que les meilleures troupes de Tarmée de Darius, — Grecs , Kariens, gardes perses, parents du roi, etc., étaient postées là, — si le courage du roi eût égalé celui de ses soldats. Mais ici, même pis qu'à Issus, la fuite de l'armée commença par Darius lui-même. C'avait été la recommandation de Cyrus le Jeune, en attaquant l'armée .de son frère Artaxerxês à Kunaxa, de frapper le principal coup àrendroitbùsonfrère était en personne, — ^attendu qu*il savait que Taincre là c'était vaincre partout. Ayant déjà suivi une fois ce plan heureusement à Issus, Alexandre le répéta avec un succès plus signalé encore à Arbèles. Darius, qui avait éprouvé longtemps de la crainte, dès Tinstant qu'il aperçut pour la première fois son formidable ennemi sur les collines voisines, devint plus alarmé encore quand il vit les chars armés de faux subir un échec, et quand les Macédoniens, rompant soudain un silence absolu pour pousser un cri de guerre universel, en vinrent à un combat corps à corps avec ses troupes, s'approchant du char remarquable sur lequel il se tenait et le menaçant (1). La vue et le bruit de cette terrible « mêlée, »» combinés avec le prestige attaché .déjà au nom d'Alexandre, abattirent complètement le courage de Darius. N'étant plus maître de lui, il lit faire vulte face à son char, et donna lui-même le signal de la fuite (2).
rjitep 'wiï:o(taxîa; 6ixr„ ij^cûivTO, — au 8oj«t do la cavftlerie pemae quand elle était réduite au désespoir.
(1) Arrien, 111, 14, 2. 'IIye Gfôaw xt xal à).a)AY(^<'> aùiôv Aapeîov
— Diodore, XVU, 60. Alexandre |ut«
iTriçaveaTaTcdv Xiatéun èit* avrôv î^Xauve Tov Aapeïov.
(2) Arrien, HT, 14, 8. Eol Xf^vev
fiév Tivot ô) tyov £v xcpolv ''i V-^'/Ji étéveto, "ï}; Ôà oï T£ iTîTreî; ol àixç' 'AXeÇavôpov xal aÙTÔ; 'AXÉ^avôpo; eùpÛKTTO};
A partir de ce moment, la bataille, bien qu'elle eût doré si pea de temps, fat irréparablement perdne. La faite du roi, suivie aussitôt naturellement de celle de la nombreuse escorte qui Tentourait, répandit le découragement parmi toutes ses troupes en ne leur laissant ni centre de commandement ni chef à défendre. Les meilleurs soldats de son armée, étant ceux qui Tentouraient immédiatement, furent dans ces circonstances les premiers à lâcber pied. Le choc furieux d'Alexandre avec la cavalerie des Compagnons, et la pression incessante de la phalange en tête de l'armée, ne furent guère arrêtés par autre chose que par une masse de fugitifs en désordre. Dans le même temps, Arêtes avec ses Pœoniens avait défait les Baktriens au flanc droit (1), de sorte qu'Alexandre fut libre de poursuivre le corps principal mis en déroute, — ce qu'il fît avec la plus grande énergie. Le nuag'e de poussière que souleva cette multitude serrée fut, dit-on, si épais, qu'on ne pouvait rien voir clairement, et que la trace de Darius lui-môme ne put être distinguée par ceux qui poursuivaient les vaincus. Au milieu de cette obscurité, les cris et le bruit qui s'éle-
xoTTTovTe;, ^ Tc «I>â).aY5 Maxeoovixf,, nuxvT] xai xatii aapîaaaiç neçpixuîa, itA0l6).i)Mv iiSvi otOrolc, «al nàvTa é{jLOÛ xà Seivà xaï ndXai liSn 90- Oepô) ôvTi Aapeî()i èçatveTO,
Yev. A Issus, Arrien dit que « Darius
s'enfuit un des premiers » (II, 11, H) ; À ArbOles, il dit que « Darius fut le premier à tuuruer le dus et à fuir », expression encore plus forte et plus distincte. Q.i-Cnrce et Dig4ore, qui semblent ici comme nillours suivre en général les mêmes autorités, donnent, relativement à la conduite de Darius, des détails qui ne peuvent se concilier aveu Arrien, et qui sont décidément moins croyables que le récit de cet auteur. Le fiût qae les deux rois forent ici (comme à Issus) près Tun do l'autre, et visibles l'un h l'autre, a servi de thème pour plus d'une broderie. Le
T. XVIU
renseignement qui affirme que Darius, debout sur son cbar, lança sa lance contre les Macédoniens qui avançaient, — et qu'Alexandre lança égalenMit la sienne sur Darius, mais le manqua et tua le conducteur du cbar, — ce renseigneiâent, dis-je, est pittoresque et homérique, mais n'a aucun air' do réalité. Q. -Curce et Diodore nons disent que cette chute du conducteur du diar fut prise par erreur pour la chnte du roi , frappa Tarmée persane de consternation, la poussa à fuir surle-champ, et finit par forcer Darius k prendre anssi la ftiite (Diodore, XVII, 60; Q. -Curce, IV, 15, 26-32). Mais cela n'est nnllennent probable, puisque le combat réel qui se continuait alors était une lutte oorps à corps, et avee des armes de main.
(1) Arrien, III, 14, 4.
EHnOlBB PB UL QitdSCM
valent de tous les côtés ne produisaient que plus (rimpression, en jjarticulier le son des fouets des conducteurs, qui poussaient leurs chevaux à toute vitesse (1). Ce fut la poussière seule qui empêcha que Darius ne l'ut atteint par la cavalerie envoyée à sa poursuite.
Tandis qu'Alexandre était ainsi heureux à sa droite et au centre, la scène à sa gauche sous les ordres de Parmenidn était différente. Mazseos, qui commandait la droite persane, après avoir lancé ses chars armés de faux (qui peuvent avoir causé plus de dommage que ceux qui furent lancés à la gauche persane, bien que nous n^ajons pas d*iaformation directe à leur sujet), chargea ensuite avec vi> guenr la cavalerie grecque et thessalienne qu'il avait devant lui et envoya aussi un détachement de cavalerie pour l'attaquer sur son flanc gauche (2), Sur ce point, la bataille fut disputée avec opiniâtreté, et le succès fut douteux pendant quelque temps. Même après la fuite de Darius, Parmeniôn se trouva pressé tellement qu'il envoya^un message à Alexandre. Ce prince, bien que très-mortifié d*abandonner la poursuite, arrêta ses troupes, et les ramena aa secours de sa gauche, par le chemin le plus court à travers le champ de bataille. Les deux divisions de gauche de la phalange, sous Simmias et Krateroa, s'étaient déjà arrêtées court dans la poursuite, en recevant le même message de Parmeniôn; laissant les quatre autres divisions suivre le mouvement avancé d'Alexandre (3). Il en résulta une lacune au milieu
Cl) Diodort, XVII, 60; Q..Ctire»,
IV, 15, 32, 33. Le miafçe de poussière et le son des foueU sont spécitiéa et par Biodoreet par Q.-Cnrce.
(2) Q.4^re«y IT, 16, 1; Diodor», XVII, 50, «0; Airien. lll, M. 11. Los deux proiuiers aate«rs sont supérieurs ici à Ârricn, qui mentionne ù peine cette charge vigoureuse de Mazaeoa^ bien qu'il iasse aiiusioB anx efféts qu'elle produisit.
(3) Arrien, III, 14. 6. 11 ne parle ici directement que de la tô^i; sous le ooinmandement de SimmiaS) mais il
est évident que ce qn*il dit doit être
ëfra.lement compris de la xdÇtc coittmandée par Krateros. De ces iix TÔÇeic ou divisions du la phalange, celle de KrateiM était à l'extrême ga«ehe; — celle df^ Simmias (qui commaixlait en ce jour la TdtJt; d'Amynta?, rîls d'Andromenès) veuuit ensuite (III, 11, 16).
Si donc la tâ|(c de Simmia» fnt arrêtée dans In poursuite, à cause du danger que couvait îa irancliG macédonienne en général (iii, 11, tij — à fortioriy la TOÎ|t{ de Krateroa doit a?(Hr été arrêtée de la m^me puuiiëra.
de la pbalange, entre les quatre antres divisions de droite, et les deux de ganche, lacune dans laquelle se lança une brigade de cavalerie indienne et persane, galopant à travers le milieu de la ligne macédonienne pour parvenir à Tarrière
et attaquer les bagag"es (1). D*abord ce mouvement réussit, la garde ne se trouva pas prête, et les prisonniers persans se levèrent immédiatement pour reprendre leur liberté; bien que Sisygambis, que ces prisonniers désiraient avant tout délivrer, refusât d'accepter leur secours , soit par défiance de leur force, soit par reconnaissance pour le l)on traitement qu'elle avait reçu d'Alexandre (2\ Mais pendant que ces assaillants étaient occupés à piller les bagages,' ils furent attaqués par derrière par les troupes formant la seconde ligne macédonienne, qui bien que prises d'abord à Fimproviste, avaient eu alors le temps de faire volte-face et d'arriver an camp. Un grand nombre d'hommes de la brigade persane furent tués, les autres se sauvèrent comme ils purent (3).
Mazaeos lutta pendant un certain temps à chances égales» de son côté de la bataille, même après la fuite de Darius. Mais lorsque, à Feffet paralysant de cette fuite seule s*ajouta le spectacle de ses conséquences désastreuses sur la moitié de gauche de Tarmée persane, ni lui ni ses soldats ne purent persévérer avec une entière vigueur dans un combat inutile. Les cavaliers thessaliens et grecs, d*aut1re part, animés par le changement de la fortune en leur faveur, pressèrent leurs ennemis avec un redoublement d'énergie, et finirent par les mettre en fuite; de sorte que Pàrmenidn
(l) Aniea, III, 14, 7.
(2; <i..Curce. IV, 15, 0-11; Bioclorp.
XYII, ô9. C^.-Curceet Diodore représeiiteut la brigade de cavalerie qui pilift le eflinp«t délivni les prisonniers comme ayant été envoyée par Mazaeos de la droite persane; tandis qu'Arrien affirme, plus probablement, qu'ellfe pénétra par la bràche laissée aoctâentellement dans la phalange et traverMila ligne macédonienne.
(3) Arrien, III, 14, 10. Q.-Onroe représente cette brigade comme ayant été chassée par Aretês et par un dtHacbemeiit qu'Alexandre envoya luimême exprès. Selon Diodore, elle ne fut pas défaite du tout, mais elle retourna vers Maza'os aprt s avoir pilU* les bagages. Xi Tua ni Taulru de cea récits n'est anssi pro1»ble qne céhit d'Arrien.
X mSTOIRB DE LA ORÈOB
fut vainqueur, de sou côté et avec ses propres forces, avant, que les secours d'Alexandre lui arrivassent (1).
Pendant qu'il amenait ces secours, en revenant de la poursuite, Alexandre traversa tout le champ de bataille, et il se trouva ainsi face à face avec quelques-uns des meilleurs cavaliers perses et parthes, qui étaient des derniers à se retirer. La bataille était déjà perdue, et ils ne cherchaient qu'à s'échapper. Comme ils ne pouvaient retourner en arrière et qu'ils n'avaient de chances de sauver leur vie qu*en se faisant jour .de vive force à travers sa cavalerie des Compagnons, le combat én cet endroit fut désespéré et meurtrier; entièrement corps à corps, d'estoc et de taille avec des armes de main des deux côtés , contrairement à la coutume persane. Soixante hommes de la cavalerie macédonienne furent tués ; et un plus grand nombre, y compris Hephœstiôn, Kœnos et Menidas, fut blessé, et Alexandre lui-même courut un grand danger personnel. Il fut, dit-on, victorieux : toutefois.il est probable que la plupart de ces braves gens se firent un chemin de vive force et s'échappèrent, bien qu'ils laissassent beaucoup des leurs sur le champ de bataille (2).
Après avoir rejoint sa gauche, et s*ètre assuré qu elle était non-seulement hors de danger, mais victorieuse, Alexandre se remit à poursuivre les Perses qui fuyaient, tâche à laquelle Parmeniôn prit part maintenant (3). L'armée de Darius n'était qu'une multitude de fugitifs en désordre, cavaliers et fantassins mêlés ensemble. La plus grande partie d'entre eux n'avait pas participé à la bataille. Ici, comme à Lssus, ils restèrent accumulés on masses stationnaires inutiles, prêtes à gagner la contagion de la l orreur et à grossir le nombre dos fuyards, aussitôt que la proportion relativement petite des
(l) Diodore, XVII, 60. '0 IIap|U-
yMkxaxa. xaTaitXayîvTa; y-axà tôv Aapeîov çvY^. Q.-Curce, IV, lt>, 4-7.
• Intérim ad Maneam fkma superati régis pervenerat. Itaque, quanquam Talidior erat, tamen fortunâ partium
t«rritus, pcrculsis languidius instabat. . Arrien, IV, 14, II; IV, 15, 8.
(2) Arrieii, III, 15, 6. Q.-Cun» fait aussi allusion à ce combat, mais avec maints détails trùs-dittërents du récit d'Arrimi (IV, 16, 1».8S).
(3) Arrien, m, 15, 9.
SBCONDB BT TROISIÈME CAHPAONB BN A8IB 197
combattants réels sur le devant aurait été battue. En recommençant la poursuite, Alexandre poussa en avant avec tant de célérité, que beaucoup des fugitifs furent tués ou pris, surtout au passage du Lykos (1) , où il fut obligé de s'arrêter pendant quelque temps, vu que ses hommes aussi bien que leurs chevaux étaient épuisés. A minuit, il poussa de nouveau en avant, avec la cavalerie qui put le suivre, jusqu'à Arbèles, dans l'espoir de prendre Darius en personne. Son espérance fut trompée, bien qu'il arrivât à Arbèles le lendemain. Darius n'avait fait que la traverser, laissant une ville sans défense, avec son arc, son boaclier, son char, un trésor considérable et un riche équipage, comme proie pour le vainqueur. Parmeniôn avait aussi occupé sans trouver de résistance le camp persan près du champ de bataille, s'emparant des bagages, des chameaux et des éléphants (3).
Affirmer quelque chose qui ressemble à un nombre positif d^hommes tués ou de prisonniers, est impossible. Suivant Ar^ rien, il y eut 300,000 Perses tués, et un beaucoup plus grand nombre d*entre eux faits prisonniers. Diodore donne 90,000 pour le nombre des hommes tués, Qninte-Gurce, 40,000. Du c^té des Macédoniens, il n*y eut, suivant Arrien, pas plus de 100 hommes tués, — suivant Quinte-Curce, 300; Diodore porte le nombre à 500, outre une grande quantité de blessés (3). L'estimation d'Arrien est évidemment trop grande d'un côté, et trop faible de l'autre ; mais quelle que puisse être la vérité numérique, il est certain que la prodigieuse armée de Darius fut tout entière ou tuée, ou prise, ou dispersée à la bataille d' Arbèles. Aucune tentative faite subséqueniment pour former une nouvelle armée ne réussit^ on ne nous parle de rien qui soit plus fort que des divisions ou des détachements. Les contingents mêlés de cet empire
(l) Arrien, III, 15, 10. C^.-Curce viëro dans sa première poorsuitef d'où
(IV, 16, 12-18) donne An détails ug- il Ait rappelé pour tecouir Panufr-
gravés an S!\jet des sounVanoetdes fa- niôn.
gitifs en passant le Lykos, — ce qui (2) Arrien, II], 15, 14{ Q.-Gnro
«at probablement fondé en fait. Mais V, 1, 10.
ilooramet l*«rrear de supposer qu'A- ^) Arrien, III, 15, 1(>; Q.-Carte,
lexandre «tftit allé jniqn'à cette ri- IV, 16, 87; Diodore, XVII, «1.
198 HISTOIRE D£ LA QBÈCB
jadis puissant» ceux d*eDtre eax da moins qui survécurent, se dispersèrent pour regagner leurs demeures respectives et ae purent jamais être réunis de nouveau en masse.
La défaite d*Arbèles fut efiectivement le coup mortel donné à Tempire des Perses. Elle fit d'Alexandre le Grand le Roi, et de Darius rien de plus qu*an prétendsmt fugitif. Parmi ^ toutes les causes de la défaite, — ici comme à Issus, — la plus saOIante et la moins contestable fut la lâcheté de Dfirius lui-même. Sous un roi qui manquait non-seulement des vertus d'un général, mais même de celles d'un simple soldat, et qui néanmoins voulait absolument commander en personne, — il ne pouvait s'ensuivre que la ruine. Ces Perses pleins de l)ravoure, qu'il eu traînait avec lui dans sa perte et qui connaissaient les faits réels, durent le considérer comme un traître qui avait livré l'empire. Nous aurons à rappeler cet état de sentiment, quand nous décrirons ciaprès la conspiration formée par le satrape haktrien liessus. Toutefois, Darius se fût-il conduit avec un coui'a^^^e irréprochable, il nV a guère lieu de croire que !a défaite d'Arbèles, encore moins que celle d'Issus, aurait pu se cluxnger en victoire. La simple immensité de nombre, même avec l'immensité d'espace, était de peu d'utilité sans Tliabileté aussi bien que sans la bravoure dans le commandement. Les trois quarts d-e l'armée persane ne furent que de simples spectateurs, qui ne firent rien et ne produisirent absolument aucun effet. Le mouvement de danc contre la droite d'Alexandre, au lieu d'être fait par uoe division non employée , eut pour résultat de distraire les troupes baktriennes de leur place dans la première ligne, et de créer ainsi une fatale brècàe, dont Alexandive profita pour sa formidable charge deCronL Malgré la vaste étendue de Tespace, — condition qui manquait à Issus , — les attaques des Perses sur les flancs et les derrières d^ Alexandre furent fidblea et inefficaces. Après tout, Darius comptait principalement sur la première ligne de bataille, fortifiée par les cbars armés de faux; ces derniers s^étant trouvés impuissants, il ne resta que le conflit direct, qui était le point foct des Macédonieni.
SECONDE £T TfiOISIÈME GAMPAGKE EN ASIE 199
D'aatre part, autant que noas pouToos raivre les dispo* sltioiis d'Alexandre, elles paraiaaent l'eiemple ie plus remarquable dans TantiqniCé de génie miiiÊaire et de combinaison sagace. Il eut en réalité des forces utiles aussi grandes que ses ennemie, parce que chaque compagnie de son armée fut utilisée, soit en combat réel, soit comme réserve contre des éventualités déterminées et raisonnables. Tous ces succès, et celui-là surtout, furent ij:lorieuscmeiit obtenus par son propre génie et ses infatigables efforts, combinés avec l'admirable organisation de son armée. Mais sa bonne foi-tune ne fut pas moins reuKirquable dans les fautes continuelles que ses ennemis commirent. Si €e n'est pendant la courte période du commandement de Memnôn, le roi de Perse ne montra qu'une témérité ignorante alternant avec une honteuse apathie ; en ne profitant pas 4e £on vaste et réel pouvoir de résistance en détail, en retenant ses trésors poar qu'ils finissent par devenir la proie de rennemi, ^en laissant périr sans secours les cités qui résistaient avec conrage, et en abandonnant tout le sort de Tempire, dans deux occasions succeâsives, à ce basard même qn* Alexandre désirait le plu.
Le caractère décisif de la victoire se manifesta immédta» tement par la reddition des devx grandes capitales de Tempire persan, — Babylone et Sose (octobreHOOTemlire, 331 av. J.-C). Alexandre se rendit à Babylone en personne; à Siise, il envoya Philoxenos. Comme il approchait de Babylone, le satrape MazaBos vint k sa rencootre avec lee cle& de la cité; Bagophanès, ie percepteur du revenu, orna la route qii*il suivait d'autels, de sacrtâces et de fleurs semées ; tandis que la population babylonienne en général et ses prêtres clialdieens se pressaient en fonle arec des acclama^ tions et des présents. Suse fut remise à Philoxcnos avec la même facilité que Babylone à Alexandre (1). Le trésor acquis à Babylone fut grand; il suflit pour fournir aux. troupes uue gratification considérable, — 600 drachmes par
(1) Arrien, lU, 16, 5-11; PÏQdora, XVII, «4; (^-Curae, V, 1, 17-81.
200 HISTOIRE D£ LA QBÈCB
homme à la cayalerie macédonienne, 500 à la cavalerie étrangère, 200 à Tinfanterle macédonienne, et on peu moins à Tinfanterie étrangère (1).. Mais le trésor qa*on trouva à Sase et qa*on s'appropria était encore pins grand. Il est porté à 50,000 talents (2) (= environ 287,500,000), somme que nous aurions jugée incroyable, si nous ne la trouvions excédée de beaucoup par ce qui est rapporté subséquemment au sujet des trésors de Persépolis. Les quatre cinquièmes de ce trésor de Suse étaient, dit-on, en or et argent non monnayés, le reste en dariques d'or (3) ; accumulations intactes de plusieurs rois précédents, qui les avaient mises en réserve contre une époque de malheur imprévu. Une portion médiocre de ces immenses richesses, employée par Darius trois années phistôt à pousser les opérations de sa flotte, à fournir des subsides à d'habiles officiers grecs, et à organiser une résistance antimacédonienne, — aurait sauvé et sa vie et sa couronne.
Alexandre fit reposer ses troupes pendant plus de trente jours au milieu des somptueuses jouissances de Ra1)ylone (novembre-décembre, 331 av. J.-C). Il charma les sentiments de la population et des prêtres chaldœens par des sacrifices solennels à Belus, aussi bien qu'en ordonnant que le temple de ce dieu, et les autres temples détruits dans le siècle précédent par Xerxôs, fussent rebâtis (1). Considérant l'empire de Perse comme étant actuellement une conquête établie, il nomma les divers satrapes. Il confirma le Persan Mazaeos dans la satrapie de Babylone, mais il mit avec lui deux Grecs comme aides et garants, — > Âpollodôros d'Amphipolis, en qualité de commandant des forces militaires, — Asklepiodôros comme percepteur du revenu. Il récompensa le traître persan Mithrinès, qui avait livré à son approche
(1) Q.-Curce, V, 1, 45; Diodore, néens, leur yaleur serait plus grande
XVn, 64. dans la proportion de dnq à trois.
(S) Arrien affirme ce total de oin* (3) Q.'Ouce, Y, 2, 11 ; Diodore^
quante raille talents (III, 16, 12). XVII, 66.
Je les ai pris comme talents at- (4) Arrien, III, 16, 6-9 : Cf. Stra-
' tiqaoB; li c'étaient dee talents i^- bon, XVI, p. 7S8.
SECONDE ET TROISIÂME CAMPAONB EN ASIE
la forte citadelle de Sardes, en lai oonfiani la satrapie d'Armenia. Pour celle de Syrie et de Phénicie; il désigna Menés, qui prit avec lui trois raille talents, qu'il devait transmettre à Antipater pour lever de nouvelles troupes contre les Lacédaemoniens dans le Péloponèse (1), La marche d'Alexandre de Babylone à Suse occupa vingt jours; route facile à travers un pays abondamment fourni. A Suse il fut rejoint par Amyntas fils d'Andromenès, avec un renfort considérable d'environ quinze mille hommes, — Macédoniens, Grecs et Thraces. Il y avait et de la cavalerie et de l'infanterie, — et ce qui n'est pas le moins remarquable, cinquante jeunes Macédoniens de familles nobles, demandant à être admis dans le corps des pages d'Alexandre (2). L'incorporation de ces nouveaux venus dans l'armée lui fournit roccasion de refondre sur plusieurs points l'organisation de ses différentes divisions, petites aussi bien que grandes (3).
Après quelque délai à Suse, — et après avoir confirmé dans sa satrapie le Persan Abulitès, qui avait livré la cité, non toutefois sans deux officiers grecs comme garants, l'un commandant les forces militaires, l'autre gouverneur de la citadelle,— Alexandre traversa le fleuve Eulœos ou Pasitigris, et se dirigea au sud-es]k vers la Persis propre, l'ancieijL foyer ou siège primitif d*oii étaient partis lés premiers conquérants persans (4). Entre Suse et la Persis se trouvait
.(1) Arrien, 111, Iti, 16; Q,-Curce, V, 1, 44; Diodore, XVII, 64. Q.-Cnroe «fc Diodorc ne coïncident pas exactement avec Arrien-, mais la diâereace loi n'est pas très-importante.
(2) Q.-Caree, V, 1,-42 : Cf. Diodon, XVII, 65; Arrien, III, 16, IB.
(3) Arrien, III, 16, 20 ; (^-Curce, V, 2, 6; Diodore, XVII, 65. lielativemtat à cette rAoïgtniiatîoii, eonninencée alon à SoM et oontunée pendant l'année suivante h Ekbatane, V. Ru9tow et Koechly, Griecbisches Kriegsivesen, p. 293 Mq.
L*an des changements opérés à ce moment Alt que les divisions de OftT«>
lerie — qui, ayant coïncidé justjue-lji aveo divers districts locaux ou villes
en Muccdoino, avaient eu des officiers en conséquence, — furent distribuées de nouveau et mêlées unseuiijie (t^.- CnvoCi V, 2, 6).
(4) Arrien, III, 17, 1. 'Açan 8à U Soûffwv, xal Sta6à; Tèv lIaariTiYpr,v
La Suse de Perse était ntaée entre
deux fleuves : le Clioaspes (aujourd'hui Kherklia) ii l'ouest, rEula-os ou Pasitigris ^aujourd'hui Karuu) ù Test ; deux flenves distingués pour leur eau excellente. L'Eulceos parait avoir été appelé Pasitigris dans la partie infé-
HI8T0IEE DE LA. G&ÈCB
und région montagneuse occupée par les Uxii, — bergers grossiers mais belliqueux, auxquels le G"and Roi lui-même aTait toujours été obligé de payer un tri )at toutes les fois qa*il allait de Suse à Persëpolis, ne pouvant avec son organisation militaire impuissante surmonter les difficultés d'un pareil défflé occupé par un ennemi. Les Uxii demandèrent à ce moment le même tribut à Alexandre, qui répondit en les invitant à venir le trouver à leur défilé et à recevoir ce tribut. Pendant ce temps-là on lui avait fait connaître un sentier dans la montagne, nouveau et peu fréquenté : il conduisit par là, eu personne, un détachement de troupes si rapidement et si secrètement qu'il surprit les raontao^nards dans leurs propres villages. Non-seulement il ouvrit ainsi le défilé ordinaire de la montagne pour le passage du gros de son année, mais encore il tailla on pi/ces les Uxii et les liumilia si bien qu'ils furent forcés de denian<ler pardon. Alexandre était d'abord disposé à les anéantir ou à les chasser; mais à la fin, à la requête de sa captive Sisygambis, il leur permit do rester comme sujets du satrape de Suse, leur imposant un tribut de moutons, de chevaux et de bétail, seul payement ^ue leur permettait leur pauvreté (1),
Mais quelque maovais que le défilé uxien eût été, il en restait un autre plus mauvais encore, appelé les Portes susiennes ou persanes (2), dans les montagnes qui entouraient
rietirp d« son cours. — Pline, H. \.
XXXI, 21 : c rarthorum reges ex Choospe «t Eultto tantttm bilmnt« •
Ivitt' T a donné une exposition âàbo* rée relativement à «'es deux Heuves et k reinplnoemeiit de la Suse persane (Erdknnde, iiart. IX, liv. III, We«t- Asien, p. 291-320\
(I) Arrien. III, 17; Q.-Curce, V, 5-12} Diodore, XVII, 67; Sta-al>on, XV, p.t3§. 11 Minblenît qott te roste prise par Alexandre dajas cette inareli^ fût celle qae décrit Kinneir, par 14*bahan et Kala-Seiicl jusqu'à Sdiiraz (Geogn4)lûoal Menoir «f tlie P«niM
Kmjiirp, p. 72). Rien tir peut dépasser ces diiiicultés du territoire pour des opératMnt «ilitaires.
Toutefois. • ;i nt peut «rriver à aucinie ft-rrit n It' reliuivetiient ii l'ancieuiie géograpliie de ces contrées. La carte de la Perie ancienne do M. Long proureeomlMen pea il «et pouible d*établir.
(2) V. les notes instructives de Mfit> sel — tnr Q.-Ckirce, V, 10, 3, et V,
12, 17, où est discutée la topographie de cette réL'ion , nufant qu'elle eat connue de vo^'ageurs modernes. Il sup-
la plaine de Persépolis, centre de la Persis [)ropre. Ariobarzanès, satrape de la province, occupait ce défilé ; passage étroit fermé par un mur, avec des positions sur les montagnes des deux côtés, d'oîi les défenseurs, liors d'atteinte eux-mêmes, pouvaient accabler de traits un ennemi qui approchait. Après quatre journées de marche, Alexandre arriva le cinquième jour aux Portes susienncs, qu'il attaqua le lendemain matin. (pjid<]iio inexpugnables qu'elles parassent. Toutefois, malgré tout le c:)urage de ses soldats, il essuya des pertes sans faire de mal à son ennemi, et il fut obligé de ristourner ù son camp. On lui apjirit qu'il n'y avait pas d'autre sentier par lequel ce détilô difficile pût être tourné ; mais qu'il y avait une longue marche détournée de plusieurs jours qui permettait de l'esquiver, et donnait une autre entrée dans la plaine de Persépolis. Renoncer à une entreprise comme impraticable, était une humiliation qu'Alexandre n'avait jamais encore endurée. Sur une noaveile demande» un captif lykien, qui pendant bien des années avait gardé les moutons comme esclave sur les montagnes, lui fit connaître Texistence d*un sentier connu de lui senU par lequel îl pourrait Tenir sur le flanc d'Ariobarzanês. Laissant Krateros'en qualité de commandant du camp, avec ordre d'attaquer le défilé de tont, quand il entendrait la trompette donner le signal, Alexandre s'avança, de nuit à la tête d*un détachement léger, sous la conduite du Lykien. 11 eut à surmonter des peines et des difficultés .incroyables, d'autant plus qu'on était au milieu de l'hiver, et que la montagne était couverte de neige; toutefois les efl'orts de ses soldats et la rapidité de ses mouvements furent tels, qu'il surprit tous les avant -postes persans, et tomba sur Ariobarzanês tout à fait à rimproviste. Attaquées en même temps aussi par Krateros, les troupes du satrape furent forcées-^d'abandonner les Portes, et furent pour la plupai^t taillées eu pièces. Beaucoup d'hommes pé-
]nit àt KiJft-Scfid , à l'ouest de U xaimu à ee qa^il «emUe, «utaat qn'on plaine de Merdasfat OU Petsépc^is. En p«ttt M fonoarillM O^Dkm. «da il diffère de Bitter, vnt de bonnes
ûiyitizea by ^OOglc
rirent dans leur foite aa milieu des rochers et des précipices; le satrape lui-même fut du petit nombre de ceux qui
échappèrent (1). * -
Bien que la citadelle de Persépolis soit représentée comme l'une des places les plus fortes (2 , cependant après cette conquête inattendue d*un défilé jusqu'alors jugé inexpugnable, peu de gens eurent le courage de songer à la défendre contre Alexandre. Néanmoins Âriobarzanès, s y rendant en toute hâte du défilé conquis, essaya encore d'or^ ganiser une défense, et du moins d'enlever le trésor royal, que quelques individus de la ville se préparaient déjà à piller. Mais Tiridatès, commandant de la garnison, craignant la colère du vainqueur, s'opposa ;\ cotte tentative et envoya un message pour presser Alexandre de hâter sa marche. En conséquence Alexandre, à la tête de sa cavalerie, s'avança avec la plus grande rapidité, et arriva à temps pour retenir et s'approprier le tout. Ariobarzanès, essayant en vain de résister, fut tué avec tous ses compagnons. Persépolis et Pasargadœ, — les deux capitales propres de la race persane, la dernière mémorable en ce qu'elle contenait le sépulcre du grand Cyrus, tombèrent toutes deux entre les mains du vainqueur (3).
En approchant de Persépolis, la compassion de l'armée fut puissamment émue par la vue d'environ huit cents captifs grecs, tous mutilés de quelque manière effrayante et douloureuse, par la perte des jambes, des bras, des oreilles, des yeux, ou de quelques autres membres (janvier, 330 av. J.-C). La mutilation était une punition infligée ordinairement à cette époque par les gouverneurs orientaux, même par, ceux qui ne passaient pas pour cruels. Ainsi Xénophon, en vantant la justice rigoureuse de Gyrus le Jeune, fait remarquer que dans les grandes rues de son gouvernement, on voyait souvent des hommes qui avaient été privés de leurs bras ou de leurs jambes, ou mutUés autrement, par
(\) Arrien, lîT, 18, 1-14; Q.-Cïiwe, V, 4. 10-20; Diodore, XVII, 68.
(2) Diodore, XVII, 71.
(S) Arrien, III, 18, 16; Q.-OirO», y, 4, 5} Diodore, XVII, 69.
autorité pénale (1). Beaucoup de ces captifs réduits à cet état à PersépolLs étaient Âgés, et avaient vécu pendant des années dans leur malheureuse condition.. Ils avaient été amenés de diverses cités grecques par ordre de quelquesuns des rois persans précédents; mais sur quels prétextes avaient-ils été ainsi traités cruellement, c'est ce qu*on ne nous dit pas. Alexandre, <ému jusqu'aux larmes à ce spectacle, leur offrit de les rendre à leurs demeures respectives, avec des ressources de bien-être pour l'avenir. Msûs la plupart d'entre eux éprouvèrent tant de honte à l'idée de retourner chez eux, qu'ils demandèrent qu'on leur permit de rester tout à fait en Persis, avec des terres qui leur seraient assignées, et des cultivateurs dépendants, chargés d'en récolter le produit pour eux. Alexandre accéda à leur demande dans la plus grande mesure, et accorda à chacun d'eux en outre un ample présent d'argent, de vêtements et de bétail (2).
(1) Xénoph. Aîiab. I, 9, 13. Des habitudes semblables ont toujours dominé obez les Orientaux. « La partie la plus atroce <ln systAme fie iniuitioii chez les mahométans est celle qui regarde le larcin et le vol. La mutilation, consistant à oonper la main on le pied, est le remède prescrit pour tous les degrés plus élevés du délit. » ^^Mill, Iliitory ofBritisb India, b. 111, ch. ô, p. 447.)
> Tippo-Saeb axait oontnme do couper la main droite et le nez à ceux que l'armée anglaise traînait h sa suite, et qui tombaient en son pouvoir. » i Klphinstone, Hist. of India, vol. I, p. 380, ch. 11.)
Un voyageur moderne mentionne le grand nombre de personnes mutilées, des deux sexes, que Ton pouvait voir dans la partie septentrionale du Scinde (Burton, Scènes in Scinde, vol. II, p. 281).
(2) Diodore, XVII, 60; Q.-Curee, V, 5; Justin, XI, 14. Al rien ne mentionne pas ces captifs mutilés; nmis jV ne vois pas de raison pour doute» de la
déposition des trois auteurs qui certifient le fait. Quinte-Curce parle de quatre mille captifs, les deux autres en mentionnent huit cents. Diodore les appelle — "iD-Àr^ve; ûno Tûiv r^oxepov pxaù.éta-j avacrtaToi "yeYovoTeî, biKttÊxàmn (ièv ox<^^ ^ àpib^ ôvTê;, xaï; 8' f|>.txtai; ot 7i)eîcrToi {jièv
TC4, etc. Quelques-uns àvaj,7:a<;Tot r.^Oi ^aùia îtà tfo^iotv sont mentionnes dans Xénoph. Mem. IV, 2, 33 : Cf.
Hérodote, III, 93; IV, 20 i. J'ai déjà mentionné la mutilation des malades macédoniens, pris b Issus par Darius.
Probablement à ces captifs grecs était mêlé un certain nombre d'autres captifs , asiatiques , et autres , qui aVdent été traités de la même manière.
Il était vraisemblable que des captifs grecs seuls se présenteraient à Alexandre et à sou armée, parce qu'eux seuls devaient espérer obtenir de la sympathic d'une armée de Macédoniens et de Grecs. 11 aurait été intm-cssant de savoir quels étaient ces cu^til'S) ou corn-
206 ' B18V01BB DS LA GHàCB
La vue de ces Grecs mutilés était bien faite pour exciter non-seulement de la sympathie pour eux, mais encore de la rage contre les Perses, dans le cœur de tous les spectateurs. Alexandre saisit cette occasion, aussi bien pour satisfaire la colère et la cupidité de ses soldats, que pour se montrer dans son prétendu rôle de vengeur de la Grèce contre les Perses, chargé de punir le dommage causé par Xerxês nn siècle et demi auparavant. Il était actuellement au milieu des tribus indigènes et des demeures des Perses» les descendants de ces guerriers grossiers qui, sous le prenufr Cyrus, s'étaient répandus sur l'Asie occidentale depuis l'Indu» jusqu'à la mer iËgée. Dans leur propre séjour les rdis de Perse avaient accumulé leurs édifices uationaux, leurs sépulcres royaux, les inscriptions commémoratives de leur sentiment religieux ou légendaire, avec un grand nombre de trophées etd*acquisitioDS, fhiitsde leurs conquêtes. Pour les desseins de Tempire du Gra.nd Roi, Babylone, ou Snse, ou Ekbatane, était une résidence plus centrale et plus commode; mais Persépolis était encore regardée comme le cœur de la nationalité persane. G*était le magasin principal, bien que non pas le seul, de ces accumulations annuelles du revenu impérial, que chaque roi augmentait successivement, et qu'aucun ne semble avoir jamais diminuées. Déplus les sei* gneurs et officiers persans, qui occupaient les gouvernements et les postes lucratifs de Tempire, envoyaient continuellement des richesses chez eux en Persis , pour eux-mêmes ou pour leurs parents. Nous pouvons donc raisonnahiement croire ce que nous trouvons affirmé, que Persépolis possédait à cette é[)Of[uo plus' de richesses, publiques et privées, qu'aucune ville connue des Grecs ou des Macédoniens (1).
Convoquant ses principaux officiers, Alexandre dénonça Persépolis comme la plus hostile de toutes les cités asia-
mmi ils en vinrent à Hn ainsi traités cniellemcnt. Les deux personnes <le ce nombre, nommées par Quinte-Cui'ce comme orsteufs dans l'entrevue avee jUezandre, sont : Enktemdn, un
K^-maîen , — et Theetétos, nn Athénien.
(1) Diodore, XVil, 70; DXoycrttaxot- 11}; Tdv fntà tiv iJXtevi etc.
Q.«Cnrce, 6, 3, 3.
SECONDS BT TBOISIÈMB CAMPAONB EN ASIE 207
tiques, la patrie de ces impies onvaliisseurs de la Grèce, qu'il était venu attaquer. Il déclara son intention de la livrer au pillage, aussi bien que de brûler la citadell-e. Il persista dans cette résolation, nonobstant les remontrances de Parmenlôn, qui lui rappela que par cet acte il se ferait simplement tort à lui-même en rainant ce qui lui appartenait, et que les Asiatiques rexpiiqneraient comme une preuve de rintention de se retirer promptement, sans fonder de domination permanente dans le pays (1). Après s*ètre approprié le trésor royal, qui montait, dit-on, à cent tingt mille talents en or et en argent(sr 690,000,000 fr.)(2), Alexandre
(1) Arricn, III, 1», 18; Diodore, XVII, 70; Quinte-Curce, V, 6, 1; StniboD, XV, p. 731.
(2) Ce total est donné tant par Diodore CXVII, 71) que par Quinte-Curce (V, 6, 9^. Noua voyon» tootefou par Strabon qu'il y avait différentes assertions quant au total. Ces chiffres écrasants ne nu^ritent pas de confiance sur toute preuve autre qu'un relevé officiel.
En même temps non» â«vioM nous attendre à une très-grosse somme, en sonceant à la longue st'rie d'années qui avait été consacrée à l'amasser.
Des lettres d'Alexandre lui-même (Plutarque, Alex. 37) (lis> tit <ri\>n enleva assez de trésors pour charger dix mille chariots traînés par des mulets et cinq mille efaameanx..
Pour expliquer le fait d'un trt'sor accumulé considérable daus los cjpitales persanes, il faut remarquer que oe (jae neos sommet aoeovtumés à cch»ndérer comme dépfuses du gouvernement n'otait pas payé par le trésor royal. Les iorccs militaires, généralement parlant, n'étaient pas soldées par le Grand ïloi, mais appelées par réquisition des provinces, sur lesquelles pesait la charge de nourrir les soldats, entre le tribnt odinaire. Les nombreux sorvitcuis et domestiques du roi ne recevaient pas de paye en ar;;ent, mais en nature; les provinces fournissuent les provisions potur nourrir la
cour avec sa suite, outre le tribut.
V. Hérodote, I, 192, et III, 91, — et un b<m passage de Hoèren, qui pré- •
senttî les faibles déboursés publics du trésor royal, dans son exposé de In oonstitutiou intérieure de l'ancien empire persan (Ideea Uber die Politik uud den Verkehr der Voelker der alten Welt, part. I, abth. I, p. 511- 519).
R^tivemeot & la Perse medene,
Jaubert fait les remanjues suivantes (Voyaf^e en Arménie et en Perse, Paria, 'lB2l, p. 272, ch. 30) : — . Si les sommes qoe Von verse dans le trésor du shah ne sont pas exorbitantes, comparativement à l'étendue et à la po-./ulation de la Perse, elles n'en burtent pas non plus qae poor des dépenses indispensables qui n'en absorbent pas la moitié. Le re-t'i cît converti en lingots, en pierreries et en divers objets d'une f^randa valeor et *d'nn tranqxnrt fiMnle en cas d*évéi)eni^mt, ce qni doit suffire pour empêcher qti'uu ne trouve exagérés les rapports que tous les voyageurs ont fûts de la magntfieenoe de la cour de Perse. Les Perses sont assez clairvoyants pour pénétrer les motifs réels qui portent Futteh-Ahi-Shah a thésauriser. •
Quand Xadir-Shah vainquit Tempercur mogol Mabomed et entra dans Delhi en ^Sy, — le trésor impérial et les e&ts qui tmobèrent entre ses
HIBTOIBB DB LA OBfiCB
mit le feu à la citadelle. On fit venir de Mesopotamia et d'ailleurs une multitado de mulets, avec cinq mille chameaux, pour emporter ce prodigieux trésor, qui fut transporté tout entier hors de la Persis propre, en partie pour accompagner Alexandre dans ses marches ultérieures, en partie pour être déposé dans Suse et dans Ekbatane. On ajouta au ])utin six mille talents en plus, trouvés dans PasargadsB (1). Les personnes et les biens des habitants furent abandonnés à la licence des soldats, qui obtinrent un immense butin , non-seulement en or et en argent, mais encore en vêtements et en meubles riches, et en ornements somptueux de toute sorte. Les habitants mâles furent tués (3), les femmes traînées en servitude, excepté celles qui durent leur salut à la fuite, ou qui se brûlèrent dans leurs maisons avecbe qu'elles possédaient. Parmi les soldats eux-mêmes, ' il y eut plus d*une violente dispute pour la possession d'articles précieux, non sans que le sang coulât à Toccasion (3).
mains montaient, dit-on, à huit cent million!^ <îc fnmca, oatre de lourdes contributions levées *ar les habitants (.Mill, Uistury of Britiflh India, vol. Il, B. m, ch. 4, p. 403). — Ruigeet Sing laissa à sa mort (1830) un trésor de «luarante millions de francs, avec des joyaux et d'antres eiFets ipontant à plusieurs millions eu plus (The Ptmjaub, hy Col. Steinbach, p. 16. Lon- *<lon, 1815).
M. Mill fait remarquer, dana un Autre endroit, que « dans l'Hindostan Tor, l'argent et les pierres précieuses sont le plus ordinairement amassés, et non consacrés à la production * (vol. I* p. 254, B. II, ch. 5).
Hérodote (111, 9(») nous dit que l'or et l'argent apportes au trésor royal persan étaient fondus et coulés dans des vases (le terre; quand le métal était refroidi, on retirait le vusc de terre et on laissait la masse métallique ttdle qu'elle était; on en coupait une partie quand l'occaKon exigeait des déboursés. Cet usage autorise à supposer
qu'une grande partie en était habituellement accumulée, et non dépensrfi.
(1) Arrion, 111, 18. 17, Il ne donne pas le total, que je transcris de Quitits- Curce, V, 6, 10.
(2) Diodore, XVII, 70. 01 Maxîoôve; èïTpecrav, to'j; \iï'/ âvvpa; Trivia; çovciiovre; , xi; oï y.Tf.o^ei; ôiapTiiJiov- Teç, etc. Q.-('uict\ A", 6, 6.
(3) Diodore, XVII, 70,71; Q.-Curc-, V, 6, 3-7. Ces deux auteurs se rencontrent dans les traits principaux du massacre et du pillage commis dans Persépolis, et permis aux soldats par Alexandre. Arricn ne les mentionne pas; il mentionne seulement la délibération arrêtée d'Alexandre de brûlerie palais ou citadelle, pour se venger du nom persan. Et ce sentiment, si l'on admet qu'il existAt, devût naturellement auni dicter la licence géniale accordée ptmr le pillage et massacre.
Nourrissant lui-même ce sentiment de vengeance, et le regardant comme légitime, Alexandre dut ou présumer qu'il existait, ou aimer à l'allumer dans
Aussitôt que leur férocité et leur cupidité eurent été assouvies, Alexandre arrêta le massacre. L*encouragement et la sanction qu*il y donna ne furent pas l'explosion d*une fureur passagère provoquée par une résbtance longue et inattendue, semblable à celle qui lai fit pendre les deux mille Tjrriens et trsdner Bâtis à Gaza, — mais un acte calculé, destiné en partie à récompenser et à satisfaire la soldatesque, mais plus encore à servir de manifestation imposante de punition vengeresse infligée aux descendants des anciens envahisseurs persans. Dans ses propres lettres que vit Plutarque, Alexandre représentait le massacre des Perses indigènes comme ayant été ordonné par lui sur des motifs de politique d'État (ij.
Comme on était alors en hiver ou tout au commencement du printemps (hiver-printemps, 330 av. J.-C), il permit au gros de son armée de jouir d'un mois de repos ou plus à Persépolis ou auprès de cette ville. IMais lui-même, à la tête d'une division marchant rapidement, traversa l'intérieur de la Persis propre, se rendant maître des diverses villes et des villages (2) ou recevant leur soumission. La résistance la plus grande qu*il éprouva lui fut faite par la tribu grossière et belliqueuse appelée les Mardi; mais ce qui fut pire que tout ennemi, ce furent la rigueur de la saison et Tàpre
ses soldats, qui dansie fait dnrent assez bien accupillir la permission de piller avec ou sans uu sentiment antérieur de vuDgeanoe.
L'anecdote (racontée par Diodore, par Quinte -Curce et par Plutarque, Âlex. 38) suivant laquelle Alexandre, dansTivretse d*nii banquet, fat excité d'abord parla courtisane Thaïs à mettre le feu au palais de Persépolis, et raccompagna pour commencer à le faire de ses propret mains, — cette anecdote, dts-je, peut C>tre vraie en ce sens qu'il se montm réellement sur le théâtre de l'incendie et qu'il y prêta la maiii. Maïs qne sa résolution de brûler lo palais ait été prise de propos délibéré, et même maintenue contre Top*
T. XVIII
position d'officiers estimés, c'est ce qni est établi sur rnutorité d'Arrien.
(1) Plutarque, Aiexaud. 37. 4>ôvov |iiv o(iv ivTaSOoi icoXvv tmv &X(a«o|U- VC0V YcvlaSat ouv^icsae * ypâçci yà^ aÙTÔ;, fb; vO{xtHa)v aÙTÔ» toOto XufftTsXsîv èxéXeuev àiroaçdT- TSa^ttt To&c &vOpiéicoiic * veptitr* litttoc eCipetv itXî^Ooc 8«ov iv loûaoïç, Ti?;v 51 à).).r,v xaTacnteuf,'/ xai tov
Cii»Yt«(f ircvxaxKTXtXtat; xa|u>ot{« Que ce mot ivravOa signifie Persépolis,
c'est ce que prouve la comparaison qui suit inunédiatemeut avec le trésor trouvé à Snse,
(2) Diodore , XVII, 73,* Q..Cnrce, V, 6, 12-20.
210 BWTOniB'MI lA BÊÈCR
déuûmeut d'une contrée glacée. Toutefois, ni difficultés physiques, ni ennemis humains, ne purent arrêter la marche d* Alexandre. Il revint de sou expédition, complétemeot maître de la Perûs, et au printempe* U quitta cette proiviace, poursuivre Darius en Médie. Il laissa seulemrat iui6 garnison de trois mille Macédoniens à Persépolis, en conservant » à Tiridatès, qui loi avait remis la ville, le titre de satrape(l).
Darius était à ce moment im fugitif, n'ajant %ue le titre de roi» et une simple garde du corps plutôt qa*oae armée. En quitiuit Arbèles après la dé&ite, il s*était readn en Médie dans la direction de Test en traversant les montagnes; il n^avait autour de lui que quelques serviteurs, et s'estimait trop heureux d*échap^er à Tennemi infatigable qui le povrsuivait (2). Il comptait qu*une fois au delà de ces montagnes. Alexandre resterait quelque temps sans Tinquiéter, pressé qu'il devait être d'aller au sud pour s'approprier les prix grands et réels de la campagne, — Babylone, Sase et Persépolis. Les dernières luttes de ce prince né sous une si mauvaise étoile seront racontées dans un autre chapitre.
(1) Ci.-C urce, V, 6, 11. (2) Arrkn, UI, 16, 1-4.
APPENDICE
moR isBtn ST aoN rmsaukmuj w tjùn odb sb siffrAoun a i^ bataiias.
Le cliamp de bataille exAct d'Issus ne peut être assigné d'une mani«»r(? certaine d'après les témoignées qui nom sntt ttoeeanble». llUit il peut Ui9 déCiff*miné à quelques milles près an nord on au snd; et, ee qai uÊ^nÊèanB fhm important, — les traits jorcnoranx de la localité, aussi bien qnc les rnonvpmçnts préliminaires d»^s années opposées, peavent être clairement conçus et représentéfl. Le plan, annexé, du pays antour du golfe d'Iaras ponBettr». ao leetnr -de enivre «ieement ce qui est eevtun, et de oomprendra le déb«t ma sujet de ce qui «et BMitière à hypothèse.
Que la bataille ait été livrée dans qoel^^ue partie de l'espace étroit situé entre la côte orientale du golfe d'issoe et le ftne ooeideirtil da momt Amannt, — qw la gauche d'Alexandre et la droite de Daeinr ^agfnyioiit sur la mer, -et lenr droite et lenr panchp respectivement snr !• nwntatrîie: — que Darius vint sur Alexandre inopinément par derrière, le finyant ainsi à revenir de Myriandros par une journée de marche et à oeeofar de nouveau le défilé qa^il avait déjà^ feacnlii et quitté, — > ee sont deepeintaqni eoot pr fae ni é a i ilni i ii i n i i t et ne me paraissent donner lieu :i ancnn donte. Non» savon?» que fp PilMrae, sxir lequel lii i>ataille fut livrée, était à une certaine distance an vi/,y (f*Tsses, la <lernière ville de Kilikia avant d'entrer en Syria (Arrieii, II, 7, 2), — e; tt^v v«tcp«{«v icpo<x(j^« (Danns partant d*Iesns) M t<6v «eftt|*dv tdxr IfEvofev. — Ritter affirme par erreur qu'Issns était *«r le Pinaros, qu'il appelle même le flewM d'hmx (Erdkunde, Theil IV. Abth. 2, p. 1797-180H). Xons savons anssd qne ce fleuve était à'quelque distance ou nord du détilé maritime appelé les Portes de KiUkia etd*Ae^ria, par lequel peeea et repaaea Aleutodie.
Mais quand nous vonlons, au delà de ces données (dont la dernière n'est qne vagne et relative), fixer le champ de bataille exact, nous sommes rédnif atix -conjectures. Le docteur Thirlwail, dans un Appendice a,nnexé au sixième volume de sen Hiatoire^ m téaai et disenté très4uil«Iemeiit lee difiérattsa de ^VCT» géographes.
A ceux qu'il a cités, on peiit ajouter — r«Essay on the rilirian and Syrian Gates, » de M. Ainsworth (dans les « Transactions of the Geographicai Society for 1837) »; les « Topographioal Notes, » de Mtttael, sur le troMème Ftvre de Quinte-Curce, — et le dernier volume de « rErdleande, n da Rittor, pabHé seulement cette année (1855), ch. xxA-n, p. 1778 seq.
Nous savons par X^opbon qu'Issus était une ville considérable tout près de la mfK, — à deux journées de —wlis du PyvBaoa et à «ne j^uraéa de marche WÊ nocd du déftlé iMsitîMe appelé les Porte» d» Kilikia et de^Tria. <{ti*enefte
près de l'extrémité nord-est du golfe, e*eBt ce que l'on peut conelure de Stmbon,
qui calcule la ligne la plus courte à travers l'Asie Mineure comme «'(^tendant de Sinôpê ou d'Amisus à Isxus, — et qui doune la mer d'Égypte comnio se terminant au nord à Issus (Strabon, XIV, p. 677 ; XVI, p. 749). L'emplacement probable d'Issus a été différemment détominé par dilfôrents auteurs ; Kennell (Illustrations of the (leography of tlio Aiiabasis, p. 42-4H"; la place prôs d'Oselcr ou Yusler-, autant que j'eu puis juger, ce semble être trop éloigné de l'entrée du golfe^ vers le sud.
Quant au défilé maritime appelé les Portes de Kililcia et de Sjrria, il y a beaucoup de difiorence entre Xénoplion et Arrien. Il est évident que, du temps de Xénoplion, ce dotîlé et la route qui le traversait étaient entre les moutagnes et la mer, — et que les obstacles (murs fermant le passage), qu'il a2>peile insurmontables par la force, étaient surtout de création artificielle. Mais quand Alexandre passa, il n'existait pas de murs. Les obstacles iirtilicifls avîiient disparu pendant les soixante-dix ans qui s'écoulèrent entre Xénoplion et Alexandre, et nous pouvouà assigner une raison probable à ce iait. Du temps de Xcuophon, la Kilikia était occupée par le prince indigène Sycnnesit qui, bien que tributaire, conservait un certain <le<:ré d'indépendance même à l'égard du Grand lioi, et conséquemment entretenait un mur gardé par ses propres soldais sur sa frontière du cùté de la Syria. Mais du temps d'Alexandre, la Kilikia était occupée, comme la Syria, par un satrape persan. Des murs frontières artificiels, entre deux satrapies limitrophes sous le inêiiit- nniitre , n'étaient pas nécessaires; et on a diî mâme les trouver incommodes pendante les grandes opérations militaires collectives des satrapes persans contre Eyagoras révolté dans Kypros (opérations faites principalement en partant de Kililcia comme base, vers 3ft0 av. J.-C. Diolore, XV, 2), — aussi bien que dans les opérations subséquentes contre les villes phéniciennes (Diodore, XYI, 42). Par là nous pouvons découvrir une raison qui explique pourquoi on a pu enlever tous les obstacles artificiels avant le temps d'Alexandre, en ue laissant que les difficultés naturelles du terrain en\ ironiiant dont Xénoplion ti'a pas parlé.
L'endroit conserva encore sou aucieu nom ; — « les Portes de Kilikia et de Syria, • — même après que murs et portes avaient disparu. Mais ce nom, dans la description d'Arrien, désigne un point difHcile et étroit de la ronte swr de» rolUnes et des rochers, point que le major I.'cnnell Illustration'^, p. '1) suppose avoir été à environ uu mille au sud du tlcuve et des murs décrits par Xénoplion. Quoi qu'il en soit, il semble probable qu'on doit chercher le lieu que désigna Xénopbon à environ sept milles (a 11 kilom. 1/4) do Scanderoun, près des ruines connues aujourd'liui sous le nom de ColninK^ de Jouas (ou Sakal Tutau) et du Château de Merkes, par lesquels un lieuve appelé ^lerkes, Maliersy on Kararsu coule de la montagne à la mer. Que ce fleuve soit le même que le Kcrsos de Xénophou, c'est l'opinion de Rennell, d'Ainswortb etdeMliUel, aus?i bien que du CDlnnel rallier, tiui releva le pays quand il accompagnait l'armée d'Ibrahim Puclia comme ingénieur (cité par Kitter, Lrdk., p. 1792). A Pendroit mentionné ici, le golfe rentre dans les tems à l'est, tandis que le flanc occidental de l'Amanus s'en rapproche de très-près et y descend aveo une raideur non ordinaire. Aussi la route suivie maintenant ne passe-t-cllc pa? entre la montagne et la mer, mais gravit-elle une portion de la montagne et dcscendélle anstûte jusqu'au terrain bas qui borde la mer. Au nord de 3Ierkes, l'espace entre la montagne et la mer s'élargit insensiblement vers Bayas. A quelque distance au nord de Bayas se trouve le fleuve appelé anjnnrd'luii Dalle Tschai, que l'on regarde, avec probabilité, je crois, comme le l'inaros oii se livra la bataille entre Darins et Alexandre. Toutefois cette opinion n'est pas unanime; Kinneir
APPENDICE
ideutitie le Merkes avec le Pinaros. De plus, il y a plusieurs cours d'eau di^érento qui travnrsent l'espace entre le mont Amanne et la mer. Dee Moncecox signale six cours d*eau comme ayant ûté traversés entre le Château de Merkes et Bayas, et cinq autres cours d'eau entre Bayas et A vas (Mutzel, ad Curtium, p. 105). Lequel d'entre eux est le Pinaros, c'est ce qu'on ne peut établir sans ploB on moine de donte.
Outre les Portes de Kilikia et de Sjviftt signalées par Xénophon et par Arrien dans les passages ci-dessus, il y a eneore d'antres portes, appelées les Portes Amani$nnes, dont il est parlé d'une manière embarrassante. Le docteur Tbirlwall insiste avec raison snr la nécessité de distinguer les passages mar^lfin**, entre le mont Aroanos et la mer, — des passages intérieun qui traversaient la chaîne même du mont Aniamis. Mais cotte <ristinction ne semble pas uniformément observée par les auteurs anciens, quand nous comparons Strabon, Arrien et KaUistbenés. Strabon se sert de la phrase Portes Amaniennes deux fois (XIV, p. 676; XVI, p. 751), déngnant dans les deftx cas un pa$Bagé maritime^ et non un passagp .«ur la montagne, — indiquant tontef<iis un passage maritime dans la page à laquelle nous nous en référons d'abord, et un autre dans la seconde. Daiâe XIV, p. 67H , — il entend par «f 'Afiavideç irûXai, rendxoit appelé par des vdyageurs modernes Demir Kapu, entre -Kgœ et Issus, on entre Mopsuestia et Issns; tandis que dansXVI, 7ôl,il entend par les mêmes mots celui que j'ai expliqué comme étant les Portes de Ivilikia et de Syria, sur le côté oriental du golfe d*ls8ns. Dans le fait, Streibon semUe conc e v o ir comme un tout la bande de terre • entre le mont Amanus et le golfe, commençant à Demir Kapu et finissant aux Portes de Kilikia et de Syria. — et appeler le commencement et la fin de cette bande du même nom, — les Portes Amaniennes. Mais il ne se sert pas de cette dernière phrase pour désigner le passage sur on à travers le mont Amanus ; Arrien ne le fait pas non plus; Arrien qui, en décrivant la marche de Darini s'avançant de Sochi en Kilikia, dit (II, 7, 1) : — 'VTrepoa/Mv ot] tô ôoo; Aapcîoç TÔ xarà tà; TiûXa; Tà; 'A(iiavtxà; xaXov|jiiva;, taç ini 'ioaov itporjYe, xal iyé^fn xaTomv 'AXe^ôvdpov >aO(àv. Ici, faut>il remarquer, nom ne lisons pas vicsf^oXâiv Tà; irûXo;, — et je ne crois pas non pins qne les mots ûgnifient, — comme le traducteur les rend : — « Transiit Amanum, eundn per Pylas Amnnirn.i. » Les mots signifient plutôt que Darius ■ franchit la montagne là oii elle était attenante aux Portes Amaniennes, » — i. «. là où elle était attenante à la bande de terre bordant le golfe, et située entre ces deux points extrêmes que Strabon appelle Portes Amaniennex. Arrien emploie cette dernière phrase d'une manière moins précise que Strabon, cependant encore par rapport à la bande maritime, et non a un « c<A > sur la crête de la montagne.
D'antre part, Kallistiienés (s'il est exactement reproduit par Polybe, qui répète son assertion, mais non ses expressions, XII, 17) emploie les mots Portes Amaniennes pour signifier le passage par lequel Darius entra en Kilikia, — c'est» à-dire le passage sur la montagne. Celui que Xénophou et Arrien appellent les Port§$ de Kilikia it âê Syria^ -> et que Strabon àppelle PorlM Àmanitntm^ — est
représenté par Polybe comme rà arevà, y.at rà; ) îvofiÉva; tv tyj KO.txîa 7ru).aç.
.l'ai marqué sur le Plan le délîlê par lequel Darius franchit le mont Amanus, comme il est sur la carte de Kiepert et sur celle de Chesney, dans la ligne allant d'Aintab à rentrée du golfe, près du trente-septième parallèle. H semble assez certain que ce doit avoir été la ligne de marche de Darius, parce qu'il descendit immédiatement sur Issus, et qu'il s'avança ensuite vers le Pinaros. b'il était entré en Kilikia par le déiilé de Beylan, il aurait dù passer le Pinaros avant d'arriver à Istns. Les naiioiit posittvei pour admettre un .défilé pxtti- 4)ab]e prêt du trente*eeptîfane pareil^ sont, il est vmi, révoquées en donte par
mSTOUB BB UL OBftOB
lff|tael lia Omftium, p. 102, 103), êt M «ml fM mOmmàn m tAlmmiwm; cependant j« les rcgpivds «OMM anfitlBiMi, tÉniies. «nx imbiMlités du ms.
Toutefois, ce défilé, nous pouvons le supposer, «tnit moins fréquenté que la Jigoe maritime de route à travers les i'ortes de Kakkia at de byria, et que le ddtté êê Se/lao, ligne qui, oonoM k pk» oedinaiM, firt {Nréfirée et par lea ^oldûtâ de Cyros et par Alexandre.
Selativement à la marche de ce prinee, le docteur Thirlwall soulèv»- ici une <tutftion ^t-T le aeos qui suit : « Puisque Alexandre avait rinteatiop de pa&ter parle MU 4e Heylaa deae le de e tem d*atte4|iMr le otmp des Pênes s Soehi, qu'est-ce qui aurait pa le faire aller à Myriandros, qui était plus au sud que Bejlan et hors de sa route? i Cette difliculté parait si considérable an docteur HiirlwaU, que, pour la faire disparaître, il incline à accepter l'hypothèse de M. ViHiains, qui place MyriandroB k Bayas, et les Portes kUiko-syriennes à Demir Kapu, hypothèse qui me païalt inadmissiMe pour diverses raisons et contre laquelle M. Aitisworth (dans son < Ess^ <m the Cilician aad hjnui ûates «) a avancé plusieurs objections très-fortes.
^tmm ((uc je ne sens pas eette diffioillé sur laqoiUe nsiste le deotevr fhblmM. -Onuid nous voyons que Cyros et bs IHk IfiUe allàmt à Myneodrosr en se rendant au di'filé de Beylan, nous pouvons raisonnablement conclure que, œtte viUe futrelie dans la ligne directe ou noa, elle était aa moins dans la eonle àeMNiiilP de auarehe, — qui ne eeindde pas f oujours smo b ligae diveete. Mais, pour ae pea insister sur eette supposition, toutefois, — adarafeloni «juH existait une antre route plus courte conduisant à lieylan sans passer par MyfiaodroSi ^ il a dû y avoir assez de motifs pour engager Alexandre à se détontner an peu de sou ohemiu, afin de Tinter Myrwodros. Ckr e^étuit «ne ohoee tmpoitsnto pour lui de s'assurer des ports de mer sur ses demèses, en cas d'un revers possible. Supposez-le repoussé et forcé de se retirer, — ce devait 4tre une aido essentielle pour sa retraite de s'être assuré à Tavanœ de Myfjaadvm, aussi bien que des antres porta de mer.
Dans les mois suivants, nqns le verrons précisément aussi soigneux de sVm* surer des cités phéniciennes SUT lu oâte «Vent de pénétrer dans Tintécieur pour attaquer Darius à Axbèles.
Su outre, Alexandref s'avan^nt pour attaquer Darius, s'avait rien à gagner en se hâtant, et rien à perdre en arrivant à Sochi trois jours plus tard. Il savait 4|ne l'énorme armée persane n'cf^^ayerait pas de s'écliapper : ou elle l'attend rail à Socbij ou bien elle avancerait en Kilikia pour l'y attaquer. Plxxs il tardait, flou 11 était THueewblftMe qu'dle prendrait le dernier parti, ce qui ^ait ee qu'il diéÛNiit. n n'avait doue rien à perdre en aueune manière, et avait quelque •ohance d'avantage en prolongeant sa marche vers Soc)ii aussi longtemps qu'il était nécessaire pour s^assurer de Myriandros. il n'y a pas plus de difficulté, je pense, à oomprendre pourquoi it sUa à MjriaiidiM que pourquoi il alla à l'ouest de Tacsos (eneore {dus en dehors de sa ligne de mardie), à Soli et k Anchialos.
Il semble probable (comme Rennell (p. 56) et autres le pensent) que Templaoement de Myriandros est aujoœcdliui à quelque distance à l'intérieur des Isnes; qu'il y a eu un aeonûssement de terre nouvelle et de marécages sur la e^te.
La ville nouvelle de Scanderoun occupe l'emplacement de 'AXeEavôpeîa wott' lîTOOv, fondée (probablement par ordre d'Alexandre lui-mémej encommémo«ntion de la victoire disses. Suivant Ritter (p. 1791^ • Alexandre eut la gnmde
idée d'y étal)lir nii marché pour le trafic de l'Orient avec l'^Tgvpte. » L'importance de l'emplacement de Scanderoun, dans l'antiquité, est ici grandement
APPENDICE 215
exagérée. J» ne oODoais rien qui prouve qu'Alexandre eût l'idée que Ritier lut attritrae; et il est oertain que aea tooMesenre n'eurent pas une idée semblable,
vu qu'ils fondèrent les grandes cités d'Antîoche et de Peleukeia (en Pi«ria) qui toutes deux amenaient le commerce vers le cours supérieur de l'Oronte, et conséqueniment le détournaient de Scauderouu. Cette dernière ville n'a d'importaaee qu'en ee qu'dle sert de port à Alop, cité (BercM) de peu deoonaéqaenoe dans l'antiquité, tandis qu'Antioche deviut'la première cité de rOri«Dt| «t Seleukeia une des preàiièxes ; Y. Ritter, p. Ilô2.