‹ Histoire de la GrèceChapitre 10 sur 21 · XII · texte numérisé non relu

XII

(2J Arrieu, 11, 11 j Q.-Curce, UI,

(3) Arrien, II, 11, U; Kalliitheiiés ap. Polyb. XII, 20.

tombèrent ansaî au pouvoir des yainquenrs, et Ton trouva une somme de trois mille talents en espèces, bien qu*une grande partie du trésor eût été envoyée à Damaskos. Les pertes totales des Perses montèrent, dit-on, à 10,000 cavaliers et à 100,000 fantassins; de plus, il y eut parmi les morts plusieurs seigneurs perses éminents, — Arsamès, Rheomithrès et Âtizyès, qui avaient commandé au Gnmikos, — Sabakès^ satrape d* Égy pte. Du côté des Macédoniens, on nous dit qa*il y eut 300 fantassins et 150 cavaliers de tués. Alexandre lui-même fut légèrement blessé à la cuisse d*un coup d'épée (l).

La mère, Tépouse et la famille de Darius, qui devinrent prisonnières, furent traitées par ordre d'Alexandre avec la considération et le respect les plus grands. Quand Alexandre revint à la nuit de la poursuite, il trouva la tente persane réservée et préparée pour lui. Dans un compartiment intérieur de cette tente, il entendit des pleurs et des gémissements lie femmes. On lui apprit que les personnes (jui se lamentaient étaient la mère et l'épouse de Darius, qui avaient appris que l'arc et le bouclier de ce prince avaient été pris et qui donnaient cours à leur douleur dans la conviction que lui-môme avait été tué. Immédiatement Alt^xandre envoya Leonnatos leur assurer que Darius était encore vivant et leur promettre, en outre, qu'il leur serait permis de conserver le titre et l'état de reines, — la guerre qu'il faisait contre Darius étant entreprise non à cause d'aucun sentiment de haine, mais comme une lutte loyale pour l'empire de l'Asie (2). Outre cette anecdote, qui repose sur une bonne autorité, on en racontait beaucoup d'autres, non certifiées ou fausses, au sujet de sa conduite bienveillante à l'égard de ces princesses, et Alexandre lui-niôme, peu après la bataille, semble avoir entendu à ce sujet quelques inventions

(1) Arricn, II, 11; Diodore, XVII, 36. Q.-Curco (111, 11, 27) dit que les Macédoniens perdirent 32 fantassins et 50 cavaliers, qui furent tués, avec 504 hommes blessés; — Justin donne

130 fantassins et 150 clievanx {XI, 9).

(2) Arrien, II, 12, 8, — d'après Ptolimie et Arisitobnle. Cf. Diodore, XVII, 36; Q.-Ctiroe,m, 11,24; m, 12, 17.

SECKUtDE ET TROISIÈMB CAMPAGNE EN ASIE 149

qu'il jugea à propos de contredire dans une lettre. Il est certain (par l'extrait qui reste aujourd'hui de cette lettre) qu'il ne vit jamais, ni même qu'il n'eut jamais l'idée de voir, l'épouse captive de Darius, qui, disait-on, était la plus belle femme d'Asie ; de plus, il refusa même d'entendre des éloges de sa beauté (1).

Comment cette immense multitude de fugitifs sortit-elle des étroites limites de la Kilikia, ou combien d'entre eux quittèrent-ils ce pays par le même délilé du mont Amanus qu'ils avaient franchi pour y entrer, — c'est ce que nous ne pouvons reconnaître. Il est probable qu'un grand nombre, et Darius lui-môme, enti'c autres, s'échappèrent à travers la montagne par diverses routes de moindre importance et par des sentiers détournés qui, bien que non convenables pour une armée régulière avec bagages, durent être regardés comme une précieuse ressource par des compagnies séparées. Darius Tint à bout de réunir quatre mille de ces fugitifs, avec lesquels il se hâta de se rendre à Thapsakos, et là il repassa l'Euphrate. Le seul reste de l'armée encore en état de se défendre après la bataille consistait en huit mille hommes des Grecs mercenaires, sous Amyntas et Thymôdês. Ces soldats, se frayant une route hors de la Kilikia (vraisemblablement vers le sud, par Mary^dros ou auprès de ce port), marchèrent jusqu'à Tripolis, sur la côte de Phénicie, où ils trouvèrent encore les-mèmes bâtiments dans lesquels ils avaient été amenés eux-mêmes de l'armement de Lesbos. S*emparant de moyens suffisants -de transport et détrûisant le reste pour empêcher toute poursuite, ils passèrent immédiatement à Kypros (Cypre) et de là en Égypte (2). A cette seule exception près, Ténorme multitude des Perses disparaît avec la bataille d'Issus. Nous n'entendons parler d'aucune tentative faite pour rallier on

(1'' Plutarque, Alex. 22. 'Eyco yàç, (AlexaudreJ oOx O"^' Iwpaxù); âv evife-

jiivo; ISeîv, àX).' o'jok Tôiv XeyÔvttov (uvo; TÔv XÔYOv.

(2) Arrien, II, 13, 2, 3; Diodore, XVII, 48. Q.-Curce dit que ces Grecs s*en allèrent par des sentiers détoamés SI travers les montagnes (Amanus^, — ce qui peut être vrai (^i^.-Curce, 11, 19).

150 RT8T0IB8 DB Là ORftOB

pour reformer ces troupes, ni d*aacane nonveUe armée persane sur pied ayant deux années plus tard. Le butin acquis par les vainqueurs fut immense, non-seulement en or et en argent, mais encore en captifs destinés à être vendus comme esclaves. Le lendemain de la bataille , Alexandre offrit un sacrifice solennel d'actions de grâces et éleva trois autels sur les bords du Pinaros, en même temps il fit enterrer les morts, consola les blessés et récompensa ou complimenta tous ceux qui s'étaient distingués (1).

Aucune victoire enregistrée dans l'histoire ne fut jamais plus complète on olle-niùnie. aucune n'eut de conséquences plus étendues que celle d'Issus. Non-seulement l'armée persane fut détruite ou dispersée , mais les efforts de Darius pour se refaire furent paralysés par la capture de sa famille. On peut retrouver des portions de cette armée dissipée d'Issus reparaissant dans différents endroits pour des opérations de détail, mais nous ne trouverons plus de résistance ultérieure faite à Alexandre pendant près de deux ans, si ce n'est de la part des courageux citoyens de deux cités fortifiées. Partout un sentiment écrasant d'admiration et de terreur était répandu au loin à l'égard de la force, de l'habileté ou de la bonne fortune d'Alexandre, de quelque nom qu'on pût l'appeler, — avec un mépris pour la valeur réelle d'une armée persane, malgré une pompe si imposante et un pareil étalage numérique , mépris qui n'était pas nouveau pour des Grecs intelligents, mais ({ue communiquait alors aux esprits vulgaires la récente catastrophe qui était sans exemple. Dans le fait, tant comme général que comme soldat, la supériorité consommée d'Alexandre ressortait d'une manière remarquable, non moins que riucapacité signalée de Darius. Le tort de ce dernier sur lequel on fait ordinairement le plus de remarques fut de livrer bataille, non dans une plaine découverte, mais dans une vallée

(i; Arrien, II, 1?, 1 ; Q -Curce, III, 12, 27; l)iodor«, XVII, 40. Le* . An« JUexftndrif in radietbM Amani, » tout mentionnées par Cicéron (ad FnmiL

XV, 4). <inan(l il ctimuiandait en Kilikia, il y campa uveu son améc peu* dont quatre jeun.

SECONDS BT TROISlfcMB CAMPAGNE BN A8IB 151

étroite qui rendait inutile le nombre supérieur de ses forces. Mais ( comme je l'ai fait remarquer) ce ne fut qu'une de ses nombreuses erreurs , et qui n'était en aucune sorte la plus sérieuse. Le résultat aurait été le même si la bataille eût été livrée dans les plaines à l'est du mont Amanus. Un nombre supérieur n'est d'aucune utilité sur aucun terrain, àmoins qu'il n'y ait un général qui sache quel usage en faire, à moins qu'il ne soit distribué en divisions séparées prêtes à se combiner pour une action offensive sur bien des points i\ la fois, ou, en tout cas, à se prêter appui mutuellement pour se défendre, de manière que la défaite d'une fraction ne soit pas la défaite du tout. La confiance de Darius en une simple multitude; était complètement aveugle et puérile (1); bien plus , cette confiance , bien que présomptueuse antérieurement, disparut dès qu'il reconnut que ses ennemis ne se sauvaient pas, mais qu'ils lui tenaient hardiment tête, — comme on le vit par son attitude sur les bords du Pinaros, où il resta pour être attaqué au liea d'exécuter sa menace de fouler aux pieds la poignée 4'h<>inines avait devant lui (2). Mais ce ne fut pas seulement comme général que Darius agit de manière à rendre la perte de la bataille certaine. Quelque habiles que ses dispositions eussent été, sa lAcheté personnelle , en abandonnant le champ de bataille «t en ne pensant qu'à sa propre sûreté, aurait suffi pour en rendre Teffet nul (3). Bien que les grands de Perse fussent «n général remarquables par un courage personnel, cependant nous verrons Darius montrer encore ei-apràs la même

(1) Yoir cette confiance expoiée 4an8 le discours de Xorxês, — Hérod.

VU, 48 : Cf.kdiacoand'Aehœmenës, VU, 236.

(2) Arrien, H, 10, 2. Kal

<SiÇ SijXo; èyévtro (Darius) xoîc

(iévo( ( expression remarquable ciu- •pruntèe de Thucydide, IV, 34). Cf.

Arrien, II, 6, 7,

(3j Immédiatement avant lu hntaille de Kunaxa, quelques-uns des oi-

fiden grées demandèrent à Cynu le Jeune s'il pensait qne son frère ArtaxerxÇs (qui joaque-L't. n'avait pas fait de résistance) combattrait. — « Assurément il la tèm (tôt la réponai^; a^il est tils de Darius et de Parysatis, et mon frère, je n'obtiendrai pas la couronue sans combat. » Une lâcheté personnelle, dans nn roi de Perse, à la tète de son année, semblait inconcevable (Xéuoph. Anab. I, 7, 9).

déplorable timidité et la même inliabileté à tirer parti d'un grand nombre à la bataille d'Arbèles, bien qu elle fût livrée dans une plaine spacieuse choisie par lui-même.

Il fut heureux pour Memnôn qu'il ne vécût pas pour voir l'abandon de ses plans et la ruine qui le suivit. La flotte de la mer yEgée, qui avait été transférée à sa mort à Pharnabazos, bien qu'affaiblie par la perte de ces mercenaires que Darius avait rappelés à Issus, et découragée par une sérieuse défaite que le Perse Orontobatês avait essuyée de la part des Macédoniens en Karia (1), n'était pas néanmoins inactive, et elle essayait d'organiser une manifestation antimacédonienne en Grèce (automne, 333 av. J.-C). Tandis que Pbarnabazos était 4 l'ilc de Siphnos avec ses cent trirèmes^ il reçut la visite du roi lacédsemonien Agis, qui le pressa d'embarquer pour le Péloponése des forces aussi considérables qu'il en pourrait détacher, afin de seconder un mouvement projeté par les Spartiates. Mais ces plans agressifs furent immédiatement détruits par la nouvelle terrifiante de la bataille dlssus. Redoutant une révolte dans Vile de Ohios, comme résultat de cette nouvelle , Pharnabazos fit sur-le*champ voile vers cette lie avec un détachement considérable. Agis, n'obtenant rien de plus qu'un subside de trente talents et une escadre de dix trirèmes, fut obligé de renoncer à ses projets dans le Péloponése et de se contenter d'ordonner «quelques opérations en Krète , que devait conduire son frère Agésilas , tandis que lui-même resta dans les lies et finit par accompagner le Perse Autophradatès à Halikarnassos (2). Toutefois, il parait qu'il alla plus tard conduire les opérations en Krète, et qu'il eut un succès considérable dans cette lie en amenant plusieurs villes krètoises à se joindre aux Perses (3). Cependant, en somme, la vietoire d'Issus abattit tout esprit de liberté d'une extrémité à l'autre de la Grèce et assura de la tranquillité à Alexandre, du moins pour un temps. Le congrès favorable aux Macé-»

(1) A r rien, 2, 5, 8. (3j Diodow, XVII, 48.

(2} Arrieu, II, 13, 4-8.

doniens, réuni à Gorinthe pendant la période de la f^te Isthmiqae, manifesta sa joie en lui envoyant une ambassilde chargée de le féliciter et de loi remettre une couronne

d'or(l).

Peu après sa victoire (hiver, 333 av. J.-C), Alexandre s^avança par la Kœle-Syria vers la côte phénicienne , en détachant en route Parmeniôn pour attaquer Damaskos, où Darius, avant la bataille, avait envoyé la plus grande partie de son trésor avec beaucoup d'officiers de confiance , des femmes persanes de haut rang et des députés. Bien que la place eût pu soutenir un siège considérable, elle fut livrée sans résistance par la trahison ou la lâcheté du gouverneur, quifeignit d'essayer d'enlever le trésor, mais qui ])ritsoin qu'il torn])àt dans les luains de reniiemi (2). Il y fut pris un trésor considérable — avec une variété et un nombre prodigieux de serviteurs et de domestiques de luxe appartenant à la cour et aux seigneurs (3). En outre, il y eut tant de personnes faites prisonnières, que la plupart des grandes familles de Perse eurent à déplorer la perte de queh^ue parent, de l'un ou de l'autre sexe. Dans le nombre se trouvaient la veuve et les filles du roi Oclms, le prédéces.seur de Darius; — la fille d'Oxathrês, frère de Darius; — les femmes d'Artabazos et de Pharnabazos, — les trois filles de Mentor, et Barsinè, veuve de Memnôn, avec son enfant, que Memnôn avait envoyée pour servir comme ota^e, répondant de sa fidélité. Il y avait aussi plusieurs exilés grecs éminents : Tliêbains, Lacédiemoniens et Athéniens, qui avaient fui auprès de Darius, et qu'il avait jugé convenable d'envoyer à Damaskos, au lieu de leur permettre de se servir

(1/ Diodore, XTU, 48; Q.-Coroe,

IV, 5, 11. Q.-Curce semble mentionner ce voto plus tard , mais il doit évidemment avoir été rendu k la première Idta lethyniqne aprài la liataille

d'Issus.

(2) Ârrien, II, 11, 13; C^.-Curce, lU, 13. Les moto d'Arrien {II, IS, 1)

confirment Tassertion de Quinte-Curee,

qui dit que l'armcniôn prit ce trésor, non dans la ville, mais dans les main«i de fugitifs qui l'emportaient de la ville.

(3) On a conserve un fragment d<; la lettre de rarmeuiOu à Alexandre, donnant une liste détaillée des articles du butin (i^tbénée, XIII, p. 607).

154 HISTOiaS DB LA GRÈCE

•Ae lears piqnes dans rarmée à Issas. Les exilés thèbains et athéniens forent aussitôt relâchés par Alexandre ; les Lacé- . dsemoniens furent emprisonnés poar le moment, mais non détenus longtemps. Parmi les exilés athéniens était nn personnage noble de nom et de parenté, — Iphikratès, fils de rilluâtre officier athénien de ce nom (1). Le captif Iphikratès non -seulement reçut sa liberté, mais encore un traitement courtois et honorable rengagea à rester avec Alexandre. Cependant il mourut peu de temps après de maladie, et ses cendres furent recueillies alors, par ordre d*Alexandre, pour être envoyées à sa famille à Athènes.

J*ai déjà dit ailleurs (2) que le premier Iphikratès avait •été admis comme fils adoptif , par le grand-père d'Alexandre, 4ans la famille royale de Macédoine pour avoir sauvé son trône. Ce fut probablement cette circonstance qui détermina la faveur particulière témoignée à son fils, plutôt qu'un sentiment quelconque, soit à l'égard d'Athènes, soit à l'égard du génie militaire du père. La difii^rence de position •entre Iphikratès le père et Iphikratè» le fils est une des pénibles preuves de la marche descendante de l'hellénisme. Le père, officier distingué se mouvant au milieu d un cercle d'hommes libres , soutenant par ses armes la sécurité et la dignité de ses concitoyens et même intervenant pour sauver la famille royale macédonienne; le fils, condamné à être •témoin de l'abaissement de sa cité natale par les armes des Macédoniens, et n'aj^ant plus d'autres moyens de la faire revivre ou de la sauver que ceux qu'il pouvait trouver au service d'un prince oriental, dont la stupidité et la lâcheté perdirent à la fois sa propre sécurité et la liberté de la Grèce.

Maître de Damaskos et de la Kœle-Syria , Alexandre se

(1) Arrien, II, 15, 5; Q.-Curce, III, toire; tome XV, ch. 2 ; et ./Escbine,

13, 13-16. Il y a quelque différence Fais. Leg. p. 263, c. 13. «ntre ces deux auteurs (cf. Arrien, III, Alexandre lui-même avait consenti

84, 7) quant aux noms des dâpnté* la- à fitre adopté oommo fib par Ada,

•cé(la;moniciis. prineasM de Karia (Arrien, 1, 23, 18].

Çè) V. tome XIV, ch. 4, de cette Hie-

SECONDE ET TBOISiftMB CAIIPAONB EN ASIE 155

mit en marche pour la Phénicie (hiver, 333-332 av. J.-C). La première ville phénicienne dont il s'approcha fut Marathos, sur le continent opposé à Tilot d'Arados, formant avec cet îlot et quelques autres villes voisines le domaine du prince aradien Gerostratos. Ce prince servait lui-même en ce moment avec son contingent naval dans la flotte persane de la mer yEgée; mais son fils Stratôn, agissant comme vice-roi du pays, envoya à Alexandre son hommage avec une couronne d'or et lui remit sur-le-champ Arados avec les villes voisines comprises dans son domaine. L'exemple de Stratôn fut suivi d'abord par les habitants de Byblos, la première ville phénicienne dans une direction méridionale , ensuite par ia grande cité de Sidon , la reine de la Phénicie et la source de toute la prospérité phénici^îiine. Les Sidoniens envoyèrent même des députés au-devant de lui pour l'inviter à venir (1). Leurs sentiments étaient défavorables aux Perses , par souvenir des actes sanglants et perfides qui (environ dix-huit années auparavant) avaient marqué la reprise de leur cité par les armées d'i )i-hus (2). Néanmoins, les contingents navals tant de Byblos que de Sidon (aussi bien que ceux d' Arados) naviguaient en ce moment dans la mer .dSgée avec Famiral parsan Autophradatès et formaient une proportion considérable de sa flotte entière (3).

Toutefois, pendant qu'Alexandre était encore à Marathes, antérieurement à sa marche en avant, il reçut et des députés * et une lettre de Darius demandant la restitution de sa mère, de son épouse et de ses enfants, — et offrant amitié et alliance, comme un roi s 'adressant à un autre roi. Darius essayait, en outre, de démontrer que le Macédonien Phi* lippe avait eu les premiers torts enyers la Perse, — qu'Alexandre les avait continués, et que lui-même (Darius) n*avait agi que pour sa défense personnelle. En réponse, Alexandre écrivit une lettre où il exposait sa posi-

(li Arripu. 11,14, 11; II, 15, 8. (3) Arrien, II, 15, 8; II, 20, 1.

(2) D.uJore, XVJ, Q -Ctaroe, lY, 1, 6-16.

tîoii à r égard de Darius, en se proclamant le chef nommé par les Grecs pour yenger l'ancienne invasion de Xerxès en Grèce. Il alléguait ensuite diverses plaintes contre Darius, qu*il accusait d*ètre Finstigateur du meurto de Philippe, aussi bien que des hostilités des cités antimacédoniennes en Grèce. « Maintenant (continuai t-t-il), parla grâce de Dieu, j'ai été vainqueur, d'abord de tes satrapes, ensuite de toimôme. J'ai pris soin de tous ceux qui se sont soumis à moi, et je les ai rendus contents de leur sort. Viens toi-même vers moi également, comme vers le souverain de toute TAsie. Viens sans crainte de souffrir aucun mal. Demandele-moi, et je te donnerai ta mère et ton épouse, et tout ce qui te plaira. Toutefois, désormais, quand tu m'écriras, parle-moi non comme à un égal, mais comme au maître de l'Asie et de tout ce qui t'appartient, autrement je te traiterai comme un malfaiteur. Si tu as l'intention de me disputer le royaume, arrête et coni))ats dans ce dessein, et ne te sauve pas. J'avancerai contre toi partout où tu seras (1) ». '

Cette mémorable correspondance, qui n'amena aucun résultat, n'a d'importance qu'en ce qu'elle marque le caractère d'Alexandre , pour lequel les combats et les conquêtes étaient l'aftaire et le luxe de la vie , et qui considérait comme un tort et une insalte dignes de vengeance toute prétention à l'égalité ou à l'indépendance à son égard, même de la part d'autres rois , et tout ce qui ne ressemblait pas à la soumission et à l'obéissance. L'énumération d'injures comparatives de chaque côté n'était qu'un prétexte insignifiant. La seule, la réelle question (comme Alexandre l'avait posée lui-même dans son message à Sisygambis captive) (2) était de savoir lequel des deux serait maître de l'Asie.

La décision de cette question, déjà suffisamment avancée le lendemain de la bataille d'Issus, l'ut presque mise hors de

(1) Arripn, II, 14; Q.-Curce, ÎV, 1, 10; Diodore, XVII, 39. Je donne lu sQbstanee de cette correspondnnoe tirée d'Arrien. Quinte^Curce et Dtodore représentent ton> denx Darius comme

offrant ile grandes sommes 'Varfrcnt et la cession de vaste:» territoires, en . échange de la restitntion des captives.

Arrien ne dit rien Je semblable.

(2) Arrien, II, 12, 9.

SECONDE ET TBOISIÈUB CÂHPAaMB EN ASIE 157

doute par les succès qu* Alexandre obtint rapidement et sans opposition dans la plupart dies cités phéniciennes. Les dernières espérances de la Perse reposaient surtout en ce moment sur les sentiments de ces Phéniciens. La plus grande portion de la flotte persane dans la mer A^gée se composait de trirèmes phéniciennes, venues en partie de la côte (le Syria, en partie de File de Kypros. Si les villes phéiiicieiuies faisaient leur soumission à Alexandre, il était certain que leurs vaisseaux et leurs marins ou retourneraient spontanément dans leur patrie ou seraient rappelés, enlevant ainsi au carquois persan sa dernière et meilleure flèche. Mais si les villes phéniciennes tenaient bon résolûment contre lui, jusqu'à la dernière, de manière à le mettre dans la nécessité de les assiéger toutes successivement, — .chacune d'elles prêtant assistance aux autres par mer, avec une supériorité de forces navales et beaucoup d'entre elles étant situées sur des îlots, — les obstacles à surmonter auraient été tellement multipliés, qne même Ténergie et le talent d'Alexandre auraient difficilement pu suffire; en tout cas, il aurait eu devant lui, pour deux ans peut-être, une pénilde besogne, qui eût ouvert la porte à maints accidents et efforts nouveaux. Ce fut donc pour Alexandre une bonne fortune signalée que le prince de l'ilot d'Arados lui livrât spontanément cette cité difficile à prendre, et que cet exemple fût suivi par la cité plus grande encore de Sidon. Les Phéniciens, à les prendre en général, n'avaient aucun lien positif qui les attachât aux Perses ; ils n*avaient pas non plus un fort attachement de confédératiôn les uns à Tégard des autres, bien que, comme communautés séparées, ils fussent braves et entreprenants. Parmi les Sidoniens, il y avait môme an sentiment dominant d'aversion pour les Perses, à cause du motif mentionné plus haut. Aussi le prince d'Arados, qui était le premier sur lequel s'avançait Alexandre, était-il peu certain d*ètre secouru par ses voisins, s'il se décidait à tenir bon, et encore moins était-il disposé à résister seul, après que la bataille dlssus avait révélé la force irrésistible d'Alexandre non moins que Timpuissance de la Perse. Les uns après les

HUTOIRB DB lA ORÈCB

autres, tous ces importants ports de mer phéniciens, excepté Tyr, tombèrent entre les mains d'Alexandre sans coup férir. A Sidon, le prince régnant Stratôn, réputé and de ki Perse, fat déposé, et on nomma à sa place une personne nommée Abdalonymos, — de la famille régnante, bien que dans un état de pauvreté (1).

Atoc sa rapidité habituelle, Alexandre marcha droit sur Tyr, la plus paissante des cités phéniciennes, bien qu*appa^ remment moins ancienne que Sidon. Màme en route, il rencontra une députation de Tyr, composée des personnages les plus éminents de la cité et conduite par le fils du prince tjrrien Azemilchos, qui était lui-même absent, vu qu*il commandait le contingent tyrien dans la flotte persane. Ces dé> putés apportaient des «présents considérables et d*abon-^ dantes provisions pour Tarmée macédonienne, avec une couronne d*or d*honneur, et ils annonçaient formellement que les Tyriens étaient prêts à faire tout ce que commanderait Alexandre (2). En réponse, ce prince loua les dispositions de là cité , accepta les présents et pria les députés de faire connaître à leurs concitoyens que son désir était d'entrer dans Tyr et d'offrir un sacrifice à Hèraklês. Le dieu phénicien Melkart était supposé identique au Grec Hèraklês, et il était ainsi le premier père des rois macédoniens. Son temple à Tyr était de la plus vénérable antiquité; en outre, Tinjonction d'y sacrifier avait, dit-on, été donnée à Alexandre dans un oracle (3). Les Tyriens de la ville, après avoir délibéré sur ce message, firent répondre qu'ils ne pouvaient accéder à la demande, donnant à en-

Ci; Q.-rurea, IV, 1, 20^25; Jortin, XI, 10. Diodorc (XVII, 47) raconte l'histoire comme si elle s'était passée à Tyr, et uou à Sidun, ce qui ost extrê» memeni improbable.

(2) Arrien, II, 15, 9. Xh ir**»wtf^^ Tuot'fj)v iTfâçaEtv, 8, Ti âv irtuf^ùr^ ^/i^avôpo;. Cf. Ci.-Curce, IV, 2, 3.

(3) Q.-C«rae («i Mfiml) ajoute ces motifs : Anien n'insCre rien nu delà de la simple requête. Le renaeigne-

neni de Q.-Coree représente ce qui

fui vraisemblablement le ùdt réel et le sentiment réel d'Alexandre.

Il est assurément Trai que Q.-Curce t«n^rge son réeit d*«mplifications dramatiques et du rhétorique : mais il n'est pas moins vrai qu'Arrien tombe daas l'extrême oppose, — en pressant MM réoii en point de ne laisser guère pins que le simple canevas.

S£C0:4D£ ST TBOIdIÈME CÀMPAaNE EN ASIE 159*

tendre qu^ils n'admettraient dans lears murs ni Macédoniens ni Perses» mais que, sur tons les autres points, ils obéiraient aux ordres d'Alexandre (1). Ils ajoutèrent que son désir de sacrifier à Hèrakl6s pouvait être accompli sans entrer dans leur cité, puisqu'il y avait dans Palaetyros (sur le continent, vis^à-vis de l'Ile de Tyr, séparé d*elle seule» ment par le détroit resserré), un temple de ce dieu encore plus ancien et plus vénérable que le leur (2). Irrité de cette adhésion limitée, dans laquelle il ne remarqua que le point refusé, — Alexandre congédia la députation avec de violentes menaces et résolut iiumédiatemeut de prendre ïyr de vive force (3).

Ceux qui (comme Diodore) considèrent ce refus de la part des Tyriens comme un entêtement insensé (4) n'ont pas pleinement considéré tout ce que renfermait la demande. Quand Alexandre offrit un sacrifice solennel à Artemis à Ephesos, il s'avança vers le temj)le de la déesse avec toutes ses forces armées et en ordre de bataille (5). Nous ne pouvons douter que ce sacriiice à Tyr offert i\ Hêraklès, — héros dont il tirait son origine et qui avait la force pour attribut, — n'eût été célébré avec un déploiement de force aussi formidable, et comme, dans le fait, il le fut après la prise de la ville (6). On demandait ainsi aux Tyriens d'admettre dans leurs murs dès forces militaires irrésistibles, qui, il est vrai, auraient pu (Mre retirées après Tachèvement du sacrifice, mais qui auraient pu aussi rester, soit en totalité, soit en partie, comme garnison permanente d'une position presque imprenable. Ils n'avaient pas enduré un pareil traitement de la part 4e ^'^ Perse, et ils n'étaient pas disposés à Tendurer de la part d'un nouveau maître. C'était de

(1) Arrien, II, 16, 11.

(2; Q.-Curce, IV, 2, 4; Justin, XI, 10. Cet article, à la fois pradent et probable dans la réponsii des Tyriens, n'est pas tnentionné par Arrien,

(3) Arrien, II, 16, 11. To«; jùv n(«6o6ei( 7cp6; ôpYr,v àicfoe» iicliKt|i- 4>sv, eto. Q.-Cuioe, IT, 2, 9. « Non

tenait iram, cliyas aUoqai poten» non erat, eto. »

(4) Diodore, XVII, 40. 01 aè Tuptet,

).u<rav aÙTÔv Tf,;el; -njv 7cô>av eloôôou.

(5) Arrien, I, 18, 4.

(«) Anien, U, 24, 10.

160 HISTOIRE D£ LA a|lÈCB

fait risquer leur tout, en se soumettant tout de suite à un sort qui pouvait être aussi mauvais que celui que pourrait leur amener un siège heureuxpourrennemi.D*autre part, en songeant que les ^riens promettaient tout, si ce n*est de se soumettre à une occupation militaire, nous voyons qu'Alexandre, s'il ett été dans ces dispositions, aurait pu obtenir d'eux tout ce qui était réellement essentiel à son dessein, sans être obligé d'assiéger la vUle. La grande importance des cités phéniciennes consistait en leur flotte, qui agissait actuellement avec les Perses et leur donnait l'empire de la mer (1). Si Alexandre eût demandé que cette flotte fût retirée aux Perses, et mise à son service, on ne peut douter qu'il ne l'eût obtenu facilement. Les Tyriens n'avaient pas de motifs pour se dévouer pour la Perse, et probablement ils n'essayèrent pas (comme Arrien le suppose) de balancer entre les deux parties belligérantes, comme si la lutte était encore indécise (2). Cependant, plutôt que de livrer leur cité aux chances d'uno soldatesque macédonienne, ils résolurent de ])raver les hasards d'un siège. L'orgueil d'Alexandre, ne pouvant supporter ropposition même à ses demandes les plus extrêmes, le poussa à Taire une dcmarclie politiquement peu profitable, afin de déployer son pouvoir, en d('gradant et en écrasant, avec ou sans un siège, une des communautés de l'ancien monde les plus remarquables par l'antiquité, le courage, les richesses et l'intelligence. •

Tyr était située sur un îlot, h un demi-mille (= SÙO mètres) environ du continent (3, ; le canal entre les deux étant

(1) C'est une 'ulve oxprinK-c par Alexandre lui-même duns ses discours à Parmée, quand il l'engage à entreprendre le siège de Tyr (Arrien, II, 17, 3-K).

(2) Arrien, II, 16, 12. Q.-Cnrce dit (TV, 2, 2} : < Tyroi facilius tœMatem

McxHiuiri acreptnra vi<îel)atnr, qnam ^mperium, > C'est représenter les prétentions dee Tjrriensemnme plus grandes que le fait ne le pemMl. ^ne refascrentpas Vimptrium d'Alexandre, bien

qu^ils refusassent de satisfaire à nne demande extrême.

Ptolémée I (fils de Lagns) se rendit

plus tard maître do Jérusalem, en entrant dans lu ville lurs du sabl>at, suus prétexte d'offrir un sacrifice (.Josëphe, Antiq. Jud. XII, 1).

(3) Q.-rtirof, IV, 2. 7, 8. L'emplacement de Tyr aujourd'hui ne présente rien qni soit le moins da monde oonforme à la description du temps d'Alexandre.

peu profond du côté de la terre, mais Ayant une profondeur de 5 mètres 40 centimètres dans la partie qui touchait à la cité. L'Ilot était complètement entouré de murs prodigieux dont la partie la plus hante, du côté faisant face au continent» ne s*éley»t pas à moins de 45 mètres, avec une solidité et une hase correspondantes (1). Outre ces fortifications extérieures, il 7 avait une population hrave et nomhreuse à rintérieur, aidée par un bon fonds* d*armes, de machines, de vaisseaux, de provisions et d'autres choses essentielles à la défense.

Ce n*était donc pas sans raison que les Tyriens, poussés à l'extrémité, nourrissaient Tespoir de résister môme à la formidable armée d'Alexandre ; et dans l'état où ce prince était alors ils auraient pu lui résister avec succès, car il n'avadt pas encore de flotte et ils pouvaient défier toute attaque faite simplement par terre. La ({uestion reposait sur les vaisseaux phéniciens et kypriotes, qui étaient pour la plupart (les Tyriens avec eux) dans la mer JEgée sous Tamiral persan. Alexandre, — maître comme il l'était d'Arados, de Byblos, de Sidon et de toutes les cités phéniciennes à l'exception de Tyr, — comptait que les marins appartenant à ces cités imiteraient leurs compatriotes de l'intérieur et emmèneraient leurs vaisseaux pour se joindre à lui. Il espérait aussi, en qualité de potentat victorieux, attirer à lui l'adhésion volontaire des cités de l'île de Kypros. Cela n'aurait pu guère manquer d'arriver, s'il eût traité les Tyriens avec une considération convenable; mais ce n'était plus certain, maintenant qu'il s'en était fait des ennemis.

Ce fiui se passa dans la flotte persane sons Autophradatês dans la mer ^"Egée, quand elle apprit, d'abord qu'Alexandre était maître des autres cités phéniciennes, — ensuite qu'il commençait le siège de Tyr, — nous le savons très-imparfaitement. Le pripce tyrien Azemilchos ramena ses vaisseaux pour défendre sa propre cité (2) ; les vaisseaux sido-

(1) Ârrien, II, 18, 3; II, 21, 4; U, (S) AzemilohoB était «Tse Antophim- 32, 8. datte quand Alexandre dédara les

T. xvni il

rI0S HISTOIRE DB h\ GRÈCE

tiiens et aradiens retoanièrent également chez enx» m -servant plos contre une puissance à laquelle lenrs propre» cités s*étaient soumises ; nms les Kyprîotes hésitèrent pins longtemps anant de se déclarer. Si DÎmas» on même Anto- -phradatès sans Darius, an lien d'abandonner complètement Tjr (comme ils le firent réellement Tnn et Tautre) avaient énei^qnement aidé la résistance qa*elle fit à Alexandre, ainsi que le conseillaient les intérêts de la Perse, ^ il n'est pas improbable que les vaisseaux kypriotee eussent <été retenus de ce côté de* la lutte. En dernier lieu, les Tjriens pouvaient espérer que leurs frères phéniciens, s'ils étaient disposés à aider Alexandre contre la Perse, ne lui serviraient pas d'instruments dévoués pour écraser une cité de la même famille. Ces éventualités, bien qu'elles finissent toutes par tourner en faveur d'Alexandre, offraient dans le •commencement assez de chances de succès pour justifier l'intrépide résolution des Tyriens qui, en outre, furent en- ^uragés par la promesse d'avoir pour auxiliaires les puissantes flottes de Carthage, leur colonie. Ils envoyèrent 4ans cette ville, dont les députés étaient à ce moment dans leurs murs pour quelques solennités religieuses, un grand «ombre de leurs épouses et de leurs enfants (1).

Alexandre commença le siège de Tyr sans flotte, les vais- -seaux sidoniens et aradiens n'étant pas encore arrivés. Sa première opération fut de construire un môle massif, large •de soixante mètres, s'étendant en travers du demi-mille de canal entre le continent et Tilot. Il fit entrer à son ser- •vice pour exécuter cet ouvrage des bras par milliers du voisinage; il eut des pierres en abondance de Palaetyros et

hostilités contre Tyr (Arrt«n, II, 15, 10) ; il était dans Tyr (niaiid cette ville fut prise (Arrien, JI, 24, 8).

(1> Qamte-Cw«e, IV, S, 10; Arrîen II, 24, 8; Diodore, XVII, 40, 41.

Qliinte-Curce (IV, 2, 15) dit qu'Alexaadre envoya des députés aux l'yriena ponr les inviter à faire 1» paix; que non-eealement les Tyriens refusèrent eea propotitions, mais mime

quMIs mirent les députés à mort, contrairement au droit des <xeiis. Ârrien ne parle pas de cet erivoi do députés, ce qn'tl n'anrait pas manqué de fUra s'il l'avait trouvé mentionné dans set autorités, puisqu'il tend à justifier les actes d'Alexandre. De plus, il n'est pas eonforme au caractère de ce prince, après ce qui s'était passé entre loi et les Tyriens.

SECONDE ET TBOIâlÈMS CAMPAaNB EN ASIE lâ3

éa ham des forêts du Liban. Le travail, Uen qii8 povraiiiTi avec ardeur et persévéraiioe sous les instigations pressantes d'Alexandre, était ennuyeux et Migaat, même prêt da eontineiit, où les Tyriens pouvaient faire peu de chose pour 8*y opposer; et il devint de plus en plus ennuyeux 4 mesure qu*il avançait dans la mer, de telle sorte qu'il était expœé à être gêné par eux, aussi bien qu'endommagé par les vents et les vagues. Les trirèmes Syriennes et de petits . bateaux «nolestaient perpétuellement les travailleurs et détruisaient des parties de Fouvrage» malgré tonte la protecttonr imaginée par les Macédojaieas, qui établirent deux tours devant leur môle qui avançait et lancèrent des projectiles à Faide de machines disposées dans ce dessein. A la fin, grâce à des efforts incessants, le môle fut poussé en avant, et déjà il arrivait en travers du canal, presque jusqu'au mur de la cité, lorsque soudainement, un jour de vent -^violent, les Tyriens lir(înt avancer un brûlot chargé de combustibles, qu'ils poussèrent en avant contre le front du môle, et ils mirent le feu aux deux tours. En même temps, toutes les forces navales de la cité, vaisseaux et petits ba- 'teaux, furent envoyées pour débarquer des hommes à la fois sur toutes les parties du môle. Cette attaque eut tant de succès, que toutes les machines macédoniennes furent brûlées, le boisage extérieur qui retenait le môle fut arraché en bien des etulroits, — et une grande partie de la construction mise en pièces (1).

Alexandre eut ainsi non-seulement à construire de nouveaux engins, mais encore à recommencer le môle presque entièrement. Il résolut de lui donner plus de largeur et de force, dans le dessein d'amener plus de tours dé front en tête de la construction et pour la mieux défondre contre des attaques latérales. Mais il était alors convaincu que, tant que les Tyriens seraient maîtres de la mer, aucun ' effort fait uniquement du côté de la terre ne le mettrait À même de prendre la ville. Laissant donc Perdikkas etKn^

(1) Anieu, II, 18, 19; Dioto, XVH, 4S; Q.-Ciuroe, IV, 3, 6, 7.

HISTOIRE DE LA QRÈCfB

teros rebâtir le môle et construire de nouveaux engins, il se retira lui-même à Sidon, dans Tintention de réunir une flotte aussi considérable qu'il pourrait. II réunit des trirèmes (le divers c^tés, — deux de Rhodefe, dix des ports de mer de Lykia, trois de Soli et de Mallos. Mais il obtint ses forces principales en mettant en réquisition les vaisseanx des Tilles phéniciennes, Sidon, Byblos et Ârados, actuellement soumises à lai. Ces vaisseaux, au nombre de quatrevingts, avaient quitté Tamiral persan et étaient^enus à Sidon, et j attendûent les ordres d'Alexandre, tandis que, peu de temps après, les princes de Kypros s'y rendirent également, et lui offrirent leur puissante flotte de cent vingt vaisseaux de guerre (1). Il était alors maître d'une flotté de deux cents voiles, comprenant la plus grande partie, et la meilleure, de la flotte persane. Ce fut Tachévement du triomphe macédonien, la dernière arme réelle et efficace arrachée aux mains de la Perse. Le pronostic fourni ^ar Taigle près des vaisseaux à Milètos, comme ravait interprété Alexandre, avait été accompli en ce moment, puisque au moyen d'opérations militaires successives par terre il avait vaincu et fait entrer en son pouvoir une flotte persane supérieure en force (2).

Après avoir ordonné que ces vaisseaux complétassent leur équipement et leur éducation, avec des Macédoniens comme soldats à bord, Alexandre se mit à la tôte de quelques troupes légères pour une expédition de onze jours contre les montagnards arabes du Liban, qu'il dispersa ou accabla, non sans s'exposer personnellement à quelque danger (3). En revenant à Sidon, il trouva Kleandros qui

(1) Arrien, II, 20, 1-1; Q.-Curce, ' IV, 2, 14. Ce qui prouve combien Ar* rien voit tout du point de vne d'A* 1< xandrc, c'est de l'entendre nous dire que le monaniue pardonna aux l'iicuieiens et aux Kypriotes pour leur fidélité et leur ancien service dans la flotte persaite, on considérant qu'ils avaient agj pof contrainte.

(2) Arrieti, I, 18, 15, Tendant le siège de Tvr (quatre siècles anparavant) par le monarque assyrien Snlma»

nnsur, Sidon et les autres vilUs phéniciennes avaient prêté leurs vaisseaux à l'assiégeant (Menander ap. Joseph.

Ant. Jud, IX, 14. 2).

(3) Arrien, II, 20, 5} Plutarquf, Alex. 24.

était arrivé avec an renfort de quatre mille hoplites grecs» aaKiiiaires bieiliyenas poar la poursuite du siège. Ensuite» s*embarquant dans le port de Sidon, il fit voile en bon ordre de bataille jusqu'à Tyr, espérant que les Tyriens sortiraient et combattraient. Mais ils restèrent dans leurs murs, frappés de surprise et de consternation ; car ils n'avaient pas encore su que les Phéni(iiens, leurs frères, étaient actuellement au nombre des assiégeants. Alexandre, ayant reconnu que les Tyriens n^accepteraient pas un combat sur mer, fit immédiatement bloquer et surveiller les deux ports : celui an nord, du cété de Sidon, par les Ky priotes ; — celui au sud, du côt(é de ri^pte, par les Phéniciens (1).

A partir de ce moment, le sort de Tyr était certain. Les Tyriens ne purent plus apporter d'obstacles au môle, qui fut achevé en travers du canal et amené jus(|ii'à la ville. On établit des machines pour battre les murs en brèche ; on roula des tours mobiles pour les prendre d*assaut ; on fit aussi une attaque du côté de la mer. Toutefois, bien que ré* duits complètement à la défensive, les Tjrriens déployèrent encore une bravoure opiniâtre et épuisèrent toutes les ressources de Tart pour repousser les assiégeants. Si gigantesque était la force du mur faisant face au môle et même de celui du côté septentrional faisant face à Sidon, qu aucun des engins d'Alexandre ne put y faire brèche; niais du côté méridional, vers l'Egypte, il fut plus heureux. Une large bi-èche ayant été pratiquée dans le mur du sud, il l'attaqua avec deux vaisseaux montés par les hypaspistœ et par les soldats de sa phalange : lui-niènie commandait dans l'un et Admêtos dans Tautre. En même temps, il fit menacer la ville tout à l entour, à tout point accessible, dans le dessein de détourner rattention des défenseurs. Lui-même et ses deux vaisseaux ayant été amenés à la rame tout \)rès de la brèche faite dans le mur du sud, on jeta de chaque vaisseau des ponts de planches, sur lesquels lui et Admètos se précipitèrent en avant avec leurs troupes respectives chargées

(1) Arrien,U, SO, 9^1S.

106 mSTOIRE DE LA mÈOÊ

de donner Tassaut. Âdmètos monta sur le mwr, nats'il j fut tué ; Alexandre aussi fut on des premien à moster, et les deux troupes s'établirent sur le mur de manière à triompher de toute résistance. Ën même temps, ees ▼ais- •eaiix pénétrèrent aussi de vive force dans les deux ports, de sorte qtnb Tjr tomba de tous les côtés en son pouvoir (l). Bien qae les mars fussent actuellement perdus, et qne la rMstance fdt derenne désespérée, les vaillants défenseurs ne perdirent pas courage. Ils barricadèrent les mes eteoneentrèrent leur forée surtout à nn poste défendable appelé FAgenorion, on chapelle d'Âgenôr. Là, le combat recommença avec une nouvelle fureur jusqu'à ce qii*il8 foisent aeoablée par les Macédoniens, irrités par les longuea Iktigues éprouvées jusque-là dans le siège, aussi bien que par le meurtre de quelques-uns de leurs prisonniers, que les Terriens avaient tués puhliquement sur les créneaux. iUexandre épargna, par respect pomr le sanctuaire, toua eeux qui cherchèrent asile dims le temple d*Hèraklès ; dans le nombre se trouvaient le prince Âzemilchos, quelques T^* riens ^ninents, les députés carthaginois et quelques enfants des deux sexes. Les Sidoniens également, montrant un sentiment tardif de parenté et dédommageant en {«rtie de la part qu*ils avaient prise à la capture de la ville, sauvèrent quelques existences de l'épée du vainqueur (S^. Mais le pins grand nombre des citoyens adultes périrent les armée à la main, tandis que deux mille qui survécurent, aoii à cause des blessures qui les mirent hors d*état de combattre, BOit à cause de la fatigue des égorgeurs, furent pendus sur le bord de la mer par ordre d'Alexandre (3). Les femmes, les enfants et les esclaves furent vendus aux marchands d'esclaves. On dit que le nombre fut d'environ trente mille, total plutôt faible, en ce que nous devons supposer que les

(1) Arrien, II, 23, 24 ; Q.-Cuw», IV, 4, 11; Diodore, XVII, 46.

(2) Q.-Curce, IV, 4, 15.

(3) Ce fait, est nicnti<iiiii(' et par Q.-Cnroe (IV, 4, 17) et par Diodore

(XV, Il ne l'est pas par Arrioo, t il te peut ^11*11 B*ftti trouvé plsea ni dans Ptoléœée ni dans Aristobale ; mais je ne toîb pu de raison pour v?j pas croire.

SBCONDB BT TBOISIÈMB CAMPAaNB EN A8IB 16T

esclaves y étaieut compris ; mais on nous dit qu'il en airaii été envoyé préalablement un grand nombre à Cartbage.

Ainsi maître de Tyr, Alexandre entra dans la cité et accomplit son sacrifice tant désiré en l'honneur d'Hèraklt^s (juillet-août 332 av. J.-C). Toute son armée de terre et de mer, complètement armée et en ordre de bataille, prit part à la procession (1). Jamais une hécatombe plus coûteuse &*aTait été offerte à ce dieu, si nous considérons qu'elleavait été aphetée par toutes les fatigues d'un siège inutile^ et par Textermination de ces citoyens libres et généreux^ ses premiers adoratears. Quelles avaient été les pertes des Bfacédoniens, c'est ce que ncoa ne pouvons dire. Ârrien donne quatre cents pour le nombre de leurs hommes tués» ce qui doit être bien au-dessous de la vérité, car le courage etrh^bileté des assiégés avaient prolongé le siège jusqu'à la période prodigieuse de sept mois, bien qu'Alexandre. n*eût négligé aucun moyen pour le termin^ plus tôt (2),

Vers la fin du siège de Tyr, Alexandre reçut et rejet», une seconde proposition de Darius, qui offrait dix mille^ talents avec la cession de tout le territoire à Touest de TEu* phrate, comme rançon de sa mère et de son épouse, et qui demandait qu'Alexandre devint son gendre aussi bien queson allié. — «* Si j'étais Alexandre (dit Parmeniôn), j'accepterais ces conditions» au lieu de me jeter dans de nouveaux dangers. » — «Je le ferais (répliqua Alexandre) si j'étais Pajrmeniôn; mais puisque je suis Alexandre, je dois faire une réponse différente. » Voici celle qu'il fit à Darius : — « Je n'ai besoin ni de ton argent ni de ta cession de territoire. Tout ton argent et tout ton royaume m'appartiennent déjà, et lu m'offres une partie en place du tout. Si je veux épouser ta fille, je l'époaserai, — que tu me la donnes ou non. Viens me trouver, si tu désires avoir de moi quelque mai'que d'amitié (3). « Alexandre pouvait épargner les

(1) Arrien, IV, 24, 9; Diodore, ce fait que, malgré cette destruction

XVII, 46. totale, Tyr redevint vue cité opulente

12) Ce qtii prouve le force renais- et florissante (StreboD, XVI, p. 757). sente de rinduetrie commerciale, c'est Arrien, II, S5, 5 ; Q.-Corae, IV^

HI8T0IBB DB LA ORÈOB

humbles et les vaincus à terre, mais il ne pouvait souffrir ni un égal ni un compétiteur, et son langage à leur égard était plein d'une brutale insolence. Naturellement ce fut le dernier message envoyé par Darius, q,ui vit alors, s'il ne Tavait pas vu auparavant, qu il ue lui reatait d'autre chose que de renouveler la guerre.

Étant ainsi entièrement maître de la Syrie, de la Phé* nicie et de la Palestine, et ayant accepté la soumission volontaire des Juifs, Alexandre se mit en marche pour ood* quérir TÉgypte. Il avait résolu, avant d'entreprendre toute nouvelle expédition dans Tintérieur de Tempire persan, de se rendre maître de tons les pays des côtes qui tenaient ouverte la communication des Perses avec la Orèce, de manière à assurer ses derrières contre toute hostilité sérieuse. Ce qu*il craignait surtout, c'était que Tor persan ne soulev&t contre lui des cités ou des soldats grecé (1), et TEgypte était la dernière possession au pouvoir des Perses qui leur donnait les moyens d*agir sur la Grèce. Dans le fait, ces moyens étaient en ce moment diminués d*une manière prodigieuse par la faible condition de la flotte persane dans la mer Mgée , incapable de lutter avec la flotte croissante des amiraux macédoniens Hegelochos et Amphoteros, forte actuellement de cent soixante voiles (2). Pendant l'été de 332 avant J.-C, tandis qu'Alexandre poursuivait le siège (le Tyv, ces amiraux recouvrèrent toutes les acquisitions importantes, — Cliios, Lesbos et Ténédos, — que Meniiiôu avait faites dans l'intérêt des Perses. Les habitants de Ténédos les appelèrent et assurèrent leur succès ; ceux de Chics tentèrent de faire de même, mais ils en furent empêchés par Pharnabazos, qui garda la cité au moven de ses partisans insulaires, Apolloniijès et autres, avec des forces militaires. Les amiraux macédoniens assiégèrent la ville

s. La réponse est pins insolente dans Pambasiade comme venant un peu

la simplicité nae d'Ârricn que dans plus tard, après qu'Alexandre était

la pompe de Q.-Curcc. Plutarque revenu d'Kg}'pte.

(Alex. 27) l'abrège et l'tuloucît. Dio- (1) Arricn, II, 17, 4.

dore aussi donne la réponse diffiSrem- (2) (^-Carce, IV, 5, li. ment (XVII, 54) — et repféséhte

«t ils forent bientôt en état de remporter» grâce aux amis qu'ils avaient à Fintétienr. Pharnabazos y fut pris avec toute son armée, douze trirèmes complètement armées et garnies d*hommes, trente transports de vivres et de munilions, plusieurs corsaires et trois mille mercenaires grecs. Aiistonikos, despote de Méthjrmna, ami des Perses, — arrivant peu de temps après à Chios, dont il ignorait la prise, — tomba dans le port comme dans un piège et fut fait prisonnier. II ne restait plus que Mitylènè, qui était tenue pour les Perses par l'Athénien Charês, avec une garnison de deux mille hommes : cet officier cependant, ne conservant aucun espoir de tenir contre les Macédoniens, consentit à évacuer la cité à condition qu'on le laisserait partir librement. Les Perses furent ainsi chassés de la mer, privés de tout point d'appui dans les îles grecques, et éloignés du voisinage de la Grèce et de la Macédoine (1).

Ces succès étaient en pleine voie de progrès, quand Alexandre lui-même dirigea sa marche de Tyr vers l'Egypte, en s'arrêtant en route pour assiéger Gaza. Cette ville considérable, la dernière ayant d'entrer dans le chemin du désert, entre la Syria et l'Egypte, était située à un ou deux milles de la mer. Elle était bâtie sur une haute levée artificielle et entourée d'un mur élevé; mais elle tirait sa principale défense des sables profonds qui Tentou» raient, aussi bien que de la vase et des sables mouvants qui se trouvaient sur sa côte. Elle était défendue par un homme brave, Teunuque Bâtis, avec une forte garnison d*Ârabes et d'abondantes provisions de tonte sorte. Confiant dans la force de la place, Bâtis refusa de recevoir Alexandre. De plus, son opinion fut confirmée par les ingénieurs macédoniens eux-mêmes qui, à la première inspection des murs que fit Alexandre, déclarèrent la place imprenable, surtout à cause de la hauteur de la levée qui lui servait de support. Mais Alexandre ne put supporter l'idée d'avouer tacitement qu'il lui était impossible de prendre Gaza. Plus l'entreprise

(1) Q.-Curce, IV, 5, 14-22 j Aixien, UI, 2, 4-8.

munom de ul oata

était difficile, plus elle avait de charme poui' lui, et plu» grand serait rétonnement produit Umt aieutour quand an Ten^t qjOL il avait triomphé (1).

Il commença par faire faire uoe levée au «ud da ia cité, tout près du mur, dans le dessein d y placer ses machines à battra en brèche. Cette levée extérieure fut achevée, et les engins avaient déjà commencé à battre le mur, quand une sortie bien combinée de la garnison mit les assaillants en déroute et détruisit les engins. Alexandre andva à propos au secours avec ses hypaspistœ et protégea leur retraite ; mais lui-même, après avoir échappé à un piège tendu par un prétendu déserteur «arabe, reçut dans Tépaule, à travers son bouclier et sa cuirasse, une grave blessure fiiite par un dard qu'avait lancé une cati^^te, comme Tavait jHrédit le prophète Âristandros, — qui assurait eu même tèmps que Gaza tomberait en son pouvoir (2). Pendant qu*o» soignait sa blessure, il ordonna qu on amenât par mer les engins employés à Tyr, et il fit mener sa levée autour de toute la circonférence de la ville, de manière k la rendre accessible de tous les points. Ce travail d'Hercule, dont nous lisons la description avec étonnement. avait soixantequinze mitres de hauteur tout autour et deux stades (= 372 mètres) de largeur (3) ; le sable sans consistance à Tentour n'a guère pu être convenable, de sorte qu'on a dù apporter les matériaux de loin. L'entreprise fut achevée à la longue. Dans quelle longueur de temps, c'est ce q4ie

(1) At rien, II, 26, ô. Ol Ô£ {Lr^ywo- «oioi Yvb>(jLr,v ftneSElxvwTO , âicopov tivat SitK, i/cîv TÔ Tîi/o;, ôià u-^^o; toû }^&p.Tvo- ' à).X' 'A)e$avôp«o èfiôxei atpcréov elvcct , oaif ànofÛTepov * ixi0.ij;(siv Toî»» ico).e|x.toy; to ëpyov Tw irotpa)ôyM èTrl jxéva, xai xh (isj èXeîv olsxpôv elvxt ot , >.eyô(uv«v l( xt tods "EXXiiva; xai Aapeîov.

An sujet de la fidélité et du oonnige opiniâtre à se (Irfeinlre, montri's plus d'une fnis pnr les Imhitants de Gaza, — V. Polvhe, XVI, 40.

(2) Arrien, II, 26, 27; Q.-Cttrost

IV, 6, 12-18; Pluturquc, Aleiauare,25.

(3) Arrien, II, 27, 5. \&yjt. x«»vvvy«» sv xvxXb» TcavToBev tt;; irô- Xeo);. 11 est c«rtalneiiieiit possible, cuuiiue Droyseu lo l'ait remarquer (Geseli. Alex, des Grossen, p. 199), que iravTÔQev ne doive pas être expliqué avec une rigueur ]itté,ra]»', nmis seulement oointne signitiHut dans ftutintu fwHoiu diffimttM de r^osSote garnie d'uo mur. Cependant si telleavait ^t(^ l'intention, Arricn nnrait assurément dit ^^ûiJiaTa uu pluriel , et •on x<^{^**

aoii ignorons, mâii «lie a dû être coniidérable, *— biett <|«o, sans éoato, des milUem d'Jmimai doWeat «voir éU forcés dy trftTaiUsr do la contrée oîroQDTOÎsîne (l).

Gaza fut alors attaipiée sur tons les ponts à Taide de béliers, de mines et d'engins àprojectfles aToc tonte sorte de traits. Bientôt des brèdies forent pratiquées snr pin* sienrs points des murs, bien qne lee défenseurs fissent des eflbrts incessants ponr réparer les parties endommagées. Alexandre essaya trois nssaiits généraux distincts; mais, dmis les trois, il fut repoussé par iabrayoure des habitants. Enfin, après avoir fait dans le mur une brèche encore plus grande, il renouvela sa tentative d'assaut pour la quatrième fois. Toute la phalange macédonienne étant amenée pour attaquer sur des points ditierents, la plus grande émulation régna parmi les officiers. L'/î'^akide Neoptolemos fut le , premier à gravir le mur, mais les autres divisions ne montrèrent guère moins d'ardeur, et à la fin la ville fut priî?e. Ses vaillants défenseurs résistèrent avec un courage non affaibli jusqu'au dernier, et tous tombèrent à leur poste, la soldatesque dans sa colère n'étant nullement disposée à faire de quartier.

Il n'y eut qu'un seul prisonnier qu'on réserra pour un traitement q>écial , — ce fut le prince ou le gouvernenr lui* même, l'eunuque Bâtis, qui, après avoir montré l'énergie et la valeur les plus grandes, fut pris grièvement blessé, TÎvant toutefois encore. C*est dans cet état qu'il fut amené par Leonnatos et Philôtas en présence d*Âlexandre, qui jeta snr lui des regards de Tengeance et de fureur. Le prince macédonien avait entrepris le siège surtout en yae de « prouver au monde qu*il pouvait triompher de difficultés insurmontables pour les autres. Mais il avait éprouvé tant de pertes, dépensé tant d*effort8 et de peines et subi tant d*écliecs avant de réussir, que la palme de l'honneur appartenait plutdt & la minorité vaincue qu*à la multitude des vainqueurs. A ce désappointement, qui dut piquer Alexandre

(l) Diodoro rXYII, IR) dit que la scmMo plutôt au-<lcssoiM qn'auFdeaBii» durée du aiége fut de deux mois. Cela de la yénU probable.

à Tendroit le plas sensible, il faut ajouter ce fait qu'il avait lui-même couru un grand danger personnel, reçu une blessure grave» outre qu*il avait échappé de bien peu au poignard du prétendu déserteur arabe. Il y avait là un ample motif pour une violente colère, qui 'fut, en outre, exaspérée plus encore par la^rue de Bâtis, — un eunuque» — un noir, — grand et robuste, mais en même temps gras et gros, *~ et sans doute en ce moment couvert de sang et de poussière. Ces circonstances visibles, repoussantes pour ses yeux familiers avec la gymnastique grecque, contribuèrent à enflammer la colère d*Âlexandre et à la porter à son plus haut point. Après le siège de Tjt, il avait rassasié son indignation en faisant pendre les deux mille combattants qui survivaient; à Gaza, pour assouvir un sentiment encore plus fort qui loppressait, il ne restait que ce seul captif, auquel il résolut d'infliger un châtiment aussi nouveau qu*il était cruel. Il ordonna de percer les pieds de Bâtis et d'y passer des anneaux d'airain; ensuite le corps de cet homme brave, survivant encore, fut attaché avec des cordes derrière un char conduit par Alexandre lui-même, et traîné à toute vitesse au milieu des sarcasmes et des cris triomphants de l'armée (1). Par là, Alexandre, jaloux même dès Teiifance des exploits d'Achille, son ancêtre légendaire, copiait l'ignominieux traitement décrit dans l'Iliade comme infligé au cadavre d'Hektôr (2).

(1) Q.-Curce, IV, 6, 25-30; Denys iVIIalikarn. De Comp. Verb. p. 123- 12Ô, — avec la citation qui y, est donn«*c d'Hegesias de Magimia.' Diodore ''.WII, IH, 49) mentionne simplement Gaza dans denx pliruses, mais il ne donne de détails d'aucun genre.

Arrion ne parie pas da traitement do Bâtis, et probablement il ne trouva rien ii eu sujet dans l'toK-niée ni dans Aristubulo. Il y a des i-aisons assignables pour lesquelles ils durent le passer sons silence, comme lionteox pour Alexandre. MaisArrien, en même temps, ne dit rien qui soit incompatible avec rassertion de Q.'Oiroe ni

qui la contredise, tandis que lui>ménie reconnaît combien Alexandre était jaloux des actes d'Achille (Vil, 14, 7).

Le passage où cette scène est décrite, cité df l'auteur perdu Ile^'esias pur Denys d'Halikarnasse, comme exemple de mauvais rliytlime et de mauvais goût, a le mérite de donner les détails relatifs ',\ la personne de liatis, détails bien faits pour inspirer du dégoût à Alexandre et augmenter sa colère. Le mauvais goût d'Hegesias comme écrivain ne diminue pas sa crédibilité comme témoin.

(2) Arrien, VU, 14, 7.

SBCOriDE ET TROISIÈME CAMPAGNE EN ASIE ' 173

Cette conduite d'Alexandre, produit de rëminiacences homériques agissant sur une nature irascible et vindicative, est, sous le rapport de la barbarie, en dehors de tout ce que nous lisons relativement au traitement de villes conquises dans l'antiquité. Ses autres mesures furent conformes à l'usage reçu. Les femmes et les enfants des habitants de Gaza fbrent vendus comme esclaves. On admit de nouveaux habitants venus du voisinage et on y plaça une garnison chargée de tenir la ville pour les Macédoniens (1).

Les deux sièges de Tyr et de Gaza, qui occupèrent ensemble neuf mois (2), furent les luttes les plus pénibles que jusqu'alors Alexandre eût soutenues ou qu'il eût jamais à soutenir dans tout le cours de sa vie. Après de pareilles fatigues, la marche vers l'Egypte qu'il commença alors (octobre 332 av. J.-C.) ne fut plus qu'une fête et un triomphe. Mazakês, satrape d* Egypte, qui avait peu de troupes persanes et une population indigène mal intentionnée, n'était nullement disposé à résister au vainqueur qui approchait . Sept j ournées de marche amenèrent Alexandre et son armée de Gaza à Pelusion, forteresse frontière de l'Egypte, commandant le bras oriental du Nil, où sa flotte, sous le commandement d^Hephœstiôn , était venue également. Là il trouva non* seulement les portes ouvèrtes et un gouverneur prêt à se •soumettre, mais encore une multitude d'Égyptiens réunis pour le recevoir (3). Il mit une garnison dans Pelusion, fit remonter le fleuve à sa flotte jusqu*à Memphis et se dirigea vers la même ville par terre. Le satrape Mazakês se rendit avec tout le trésor de la cité , qui montait à huit cents talents, et avec une quantité d'objets précieux. Là Alexandre se reposa pendant quelque temps et offrit de magnifiques sa^ orifices aux dieux en général, et en particulier au dieu égyptien Âpis, en rhonneur duquel il ajouta des luttes de gym-

(1) Arrien, II, 27, 11. Au sigetdes moyens de défense et du siège de Gaza, y. l'ouvrage de Stark, Gaza und die Fhilista«ische KUst«) p. 242.

Leipz. 1852.

(2) Dio^^orc, XVll, 48; Joaèphe, Autiq. XI, 4.

(3) Arrien, III, 1, 8; Q.*Cnrce, IV, 7, 1, 2; Dîodore, XVII, 49.

HlSTOHUi DS LA GRÈCE

nastiqae et de musiqae, en appelant 4e Grèce lesartistet les plus distingués.

De Memphis, il descendit le bras le plus occidental du Nil jnsquà Kanôpos à wdVk enbonclnire, d'où il iit voile à Tonest, le long du rîYage, pour examiner Vile de Pliam» célébrée dans Homère, et le lac Mareôtis. Comptast rÉgjrpte comme lusant acttteUement partie de son empira et orâaèdéraat la tâche ée maînteûr ane popaMkMi inquiète aussi bîea q«e de recaeiUir an trilmt coaslA éraUe serait* à accomplir par ses forces étrangères de terre et de mer, il reeommt la nécessité de retirer le-nége du gocweiw nement de Memphb, où les Perses et les indigèaes TavaMat maintean, et de fonder une nooprelle cité à loi sar le iMMd de la mer» commode pour les communications avec la Grèce et la Macédoine. Son is^agination, sensible à tontes * les impreastons homériqaet et inflnencée par an rère» âia d'abord Tlle de Pbaros comme ni> endroit convenable pour la cité projetée (1). Toutefois, remarquant bientôt que cette petite île était insuffisante seule, il la comprit comme partie (l'une cité plus considérable à fonder sur le continent adjacent. On consulta les dieux, et l'on obtint des réponses encourageantes; puis Alexandre marqua lui-môme le circuit des murs , la direction des principales rues et l'emplacement de nombreux temples en l'honneur des dieux grecs aussi bien qu'égyptiens (2). Ce fut ainsi que fut posée la première pierre de la puissante, populeuse et active Alexandrie, et toutefois le fondateur lui-même ne vécut pas assez pour lavoir et il était destiné à y reposer seulement comme cadavre. L'emplacement de la ville entre la mor et le lac Mareôtis fut reconnu aéré et sain, aussi bien que commode pour les vaisseaux et le commerce. L'Ile protectrice de Pharos fournit le moyen de former deux bons ports pour les vaisseaux yenaut par mer, sur une côte qni en était dépourvue ailleurs, tandis que le lac Mareôtis, qui communiquait par divers canaux avec le Nil, recevait facilement

(1) Q.-Curce, IV, 8, 1- i, PhitaxqiM, (2) Arrian, lU, 1, 8,- Q.-Cnrce, lY, AItzand. 2«. 8, 2*6; DiodoM, XVU, 52,.

SECONDE ET TROISIÈME CAlfVAOMB EN ASIE 175

les produits de Tintérievr propres à 1 exportation (1). An»* sitAt que des msison* forent prêtes, intendant Kleomenès commença à peepler la cité, en j transportant en masse la popolation de la ville Toîsine de Kanôpos» et probablement d'antres TÎlles eneore (2).

Alexandrie deyint pins tard la capitale des Ptoléraëes. Elle ac<tttit irae grandeur et une population immenses pendant lenr règne de denz siècles et demi, oii lenrs énormes reyenns forent consacrés en grande partie à son amélioration et à son embellissement. Mais nous ne pouvons raisonnablement attribuer à Alexandre aucune connaissance à l'avance d'un avenir si imposant. Il la destinait à être une place d'où il pourrait commodément giMivcrner TEcypte, considérée comme une portion de son empire étendu tout autour de la mer .-Eirée, et si l'Egypte fût restée une fraction au lieu de devenir un tout souverain et indépendant, probablement Alexandrie ne se serait pas élevée au-dessus ■de la médiocrité (3).

I/autre incident très-remarquable, qui distinc^ua les quatre ou cinq mois do séjour d'Alexandre en Egypte, fut sa marche à travers les sables du désert jusqu'au temple de Zens Ammon. Il est surtout mémorable en ce qu'il marque les progrès de cette adoration de soi-même et de cet orgueil am-dessus des limites de Fliumanité. Ses exploits pendant les trois dernières années avaient tellement dépassé l'attente de tont le monde, Ini-même compris, — les dieux lai avaient accordé nne bonne fortune si ccmstante et avaient tellement parai jsé on abattu ses ennemis, — qne rbjpothèse d'une personnalité surhumaine semblait Texplication natnrelie d*ine carrière aussi snriiumaine (4). Il loi fidlait jeter

(1) Strabon, XVIT, p. 799. Gtpc»dant d'autres auteurs parient de la salubrité d'Alexandrie moins favnrahlement 4|ue Sirabon : Y. Sainte-CrouC| Eanmn Hwt. d^jUcmira, p. 887.

(2) Pwaêo-AnMote, Œeonomie.

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