V. Wood's Journey to the Oxus, p
(2) Arrien, III, 29, 3; Q.-Curw, VU, 5, 1.
CONQUÊTES d'aLEXANDRE EN ORIENT 245
d'eau et avec un temps très-chaud. L'Oxus , large de douze cents mètres, profond et rapide, était le fleuve le plus formidable que les Macédoniens eussent encore tu (1). Alexandre transporta son armée à l'autre bord sur les peaux des tentes enflées et bourrées de paille. Il semble surprenant que Bessus n*ait pas profité de cette occasion favorable pour s'opposer à un passage en lui-m^e si difficile ; toutefois ses cavaliers baktriens l'avaient abandonné au moment où il quittait leur territoire. Quelques-uns de ses compagnons, Spitamenès et autres, terrifiés à la nouvelle qu'Alexandre avait franchi TOxus , désirèrent faire leur paix séparée en livrant leur chef (2). Ils envoyèrent une proposition à cet effet ; alors PtoleuKeos, avec une division légère, fut dépêché en avant par Alexandre et put, grâce à une extrême rapidité de mouvements, surprendre et saisir Dessus dans un village. Alexandre ordonna qu'il fût tenu enchaîné , nu et avec un collier autour du cou, sur le côté de la route que l'armée suivait. En arrivant à l'endroit, Alexandre arrêta son char et demanda durement à Bessus sur quel prétexte il avait d'abord arrêté, puis tué Darius, son roi et hienfaiteur. liessus répondit qu'il ue l'avait pas fait seul ; d'autres y étaient
(1) Arrien, 111, 29, 4 ; Strabon, XI, p. 500. Évidemment Ptolémée et Aristobule furent beaucoup plus effrayés de rOxus que du Tipre ou de lEuphnite. Arrieu (IV, 6, 13) prend ton terme de comparaisoiif par rapport à des fleuves, du Peneioa en Théssalia.
(2) Q.-Curce, VII, 5, 19. L'exactitude de Qninte-Cnree, en décrivant les traite généraux de la Baktriane et de la Sogdiaue est attestée datis le langage le plus fort par des voyageurs modernes. Y. Bum^t, Thivels into Bokhara, vol. Il, ch. 8, p. 211, 2' éd., et Morier, Second Joumey in Persia, p. 2»2.
liais pour les détails géographiques
du pays, nous sommes en défaut.
Nous n'avons pas de dnnnées suflisautes pour ideatitier plus d'une ou
do deux localités mentionnées,- dans le récit des opérations d'Alexandre, soit par Quinte-Curce, soit par Arrien.
Marakanda soit la moderne Samarkuud, — le fleuve Poljtimetos le moderne Kohik, — et Baktra ou Za riaspa la moderne Balkli, — c'est ce qui ]iaruit certain; niais les tentatives laites par les commentateurs pour fixer remplacement d'autres en^ûoits ne sont pas de nature à produire la conviction.
De fait, ces contrées, au moment actuel, ne sont connues que superfieidlement quant à leur aspect général :
sous le rapport du mcsurage et de la géographie, elles sont presque inconnues, comme peut le voir quiconque lit rintroduction à la traduction des Mémoires du sultan Baber d'ErsUne.
246 HISTOIRE DE LA. ORftCB
intéressés avec loi, qui cherchaient à obtenir pour euxmêmes d'Alexandre un traitement favorable. Le roi n'ajouta pas im mot ; mais il ordonna qa'on foaettàt Bessus et qu ensoite on le renvoy&t comme prisonnier à Baktres (1), — où BOUS entendrons parler encore de lui.
Dans sa marche en avant, Alexandre arriva à une petite ville, habitée par les BranchidaB, descendants de ces Bran* ehid», près de Milètos, sur la côte d*Iônia, qui avaient administré le grand temple et Toracle d* Apollon, sur le cap Poseidion, et qui avaient livré les trésors de ce temple au roi de Perse Xerxès, cent cinquante ans auparavant. Cette action avait attiré sur eux tant de haine que, quand la domination de Xerzès fut renversée sur la côte, ils se retirèrent avec lui dans Tintérieur de TAsie. Il leur assigna des terres dans la lointaine région de la Sogdiane, où leurs descendants étaient toujours demeurés depuis, pariant deux langues et ayant en partie perdu le caractère hellénique, attachés toutefois encore à leurs traditions et à leur origine. Charmés de se trouver une fois de plus en commerce avec des Grecs, ils s'avancèrent au-devant de l'armée, qu'ils accueillirent bien, en lui offrant tout ce qu'ils possédaient. Alexandre, apprenant qui ils étaient et quelle était leur extraction, pria les INIilésiens qu'il avait dans son armée de déterminer la manière dont ils devaient être traités. -Mais comme les Milésiens n'<'4aient ni décidés ni unanimes, Alexandre déclara qu'il le déterminerait pour eux. Avant d'abord occupé la cité en personne avec un (letacliement d'élite, il posta son armée tout autour des murs, et alors il donna l'ordre non-seulement de la piller, mais de massacrer ' la population entière, — hommes, femmes et enfants. Ils furent tués sans qu'ils prissent des armes ou essayassent de résister,' ayant recours seulement à des prières et à des
(1) Arrieo, III, 30, 5-19. Cet 4é- exposé, «nftw 3 disuA qa?'û avwt élé
tails Mot' piurticulièrenMînt authentî- amené dans cet cHat pur Spitamenês et
ques, en ce qu'ils vifîTinent de PtoJe- Datapliernès. Quinle-Curce {VII, 24,
œieos, la personne surtout intéressée. 30j suit cette version. Diodore donne
jLrifltolnile «*MOordut poor 1» dei^ anni «a réeit tout à jQût 7«reil, aaoft
cription de la manière dont Beaini fVit lien dive ^ Rd«M»OB (XVII, 88}.
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CONQUÊTES d'aLEXANDRB EN ORIENT 247
manifestations suppliantes, Alexandre commwia ensuite de raser les muraillâs et de couper les bosquets sacrés, afin qu*il ne restât aucun endroit habitable, rien que la «olitode et la stérilité (1). Telle fat la vengeance tirée de ces infcuv* tanées victimes pour les actions de leors ancêtres dans la quatrième ou la cinquième génération précédente. Sans doute Alexandre se considérait comme chargé d'exécuter les desseins d*Apollon irrité contre une race maudite qui Avait pillé le temple du dieu (2). On avait proclamé q«t Texpédition macédonienne était entreprise primitivement dans le dessein de venger sur les Perses contemporains les andens «torts faits à la Grèce par Xerxês, de sorte qu'Alexandre se conformait à ce même sentiment en vengeant
(l'j Q.-Cnvce, VII, 23; Plularqne, De ixrCi Xniainis Viudictà, p. 557 li; Stnbon, \1, p. 518 : cf. aussi XIV, ■ p. 634, et XVII, p. 814. Ce dernier pussai."" lie Stralioii nous aiJe à conipreudre la ferveur pieuse et particuîièTementforteavec laquelle Alexandre regardait le temple et l'oracle des Branchid.p. A Tépoquc où Alexandre se rendit à l'oracle d'Amuion eu Égypto, daus le dessein de s'af1t}J.ier h Zcus Ammon, il lui vint des députés ■de Miletôs annonçant que roracle des Braucliida', qui s'était toujours tu depuis le temps de Xerxês, avait précisément reooBHneneé à rendre des prophéties, et avait certifié le ùit qu'Alexandre était lils de Zeus, outre beaucoup d'autres prédictions encoungeaatet:
Le massacre des Brancliidrv; par Alexandre était décrit par Piodore, mais il était contenu daus la partie da dixF^eptièna livre est pô^oe ; il y a dans les MSS. une grande lacune après Je chapitre H3. Le fait est distinctement indiqué dans la table des matièreB qui précède le livre XVII. '
Arrien ne fait aucuqe mention de ces descendants des Branfhidœ en Sogdiane, ni de la destruction de la
ville et de sesliahitnnls par AU'xandre.
Peut-être ni Pu^émee ni Arisiobuia n*aii disaient^ils rien. Leur silMioe n*est nullement difficile à expliquer, et il n'enipr-che pas, ii mon sens, la crédibilité du récit. Us ue se croient pas dans l'obligation de donner de Ift publicité anx pires actes de leur héros.
(2) L'oracle de Delphes déclara, en expliquant la défaite et la ruine de Krésus, vA 4« Lgpdia, qu'il avait
pié par là le péché de' son aiicôtro à la cinquième génération i)réeédeute (Hérodote, I, 91 : cf. VI, 86). Immédiatooient avant l'explMion da U guerre du Péloponèse, les Lacéd;rmouiens invitèrent les Athéniens à chasser les descendants de ceux qui avaient pris part au saonl^ kylonien, cent (piatre-vingts années auj)aravant; ils tirent cette injonction f-n vue d'obtenir le bannissement de l'eriklès, tuutelois encore viKç IsoCc «pôTov Tticwpo^ivrec (Thucyd. I, 12.5-127).
L'idée que les péclu's commis par des pères étaient punis sur leurs descendants, même à la troisième et à la quatrième génération, était trtflrflf^pandue dans l'Antiquité.
sur les Branchidae contemporains les actes de leurs ancêtres, — encore plus coupables que Xerxês à ses yeux. Le massacre de cette infortunée population fut en effet un exemple de sacrifice humain sur la plus grande échelle, offert aux dieux par les dispositions religieuses d'Alexandre, et digne d*être comparé à celui du général carthaginois Hannibal, quand il sacrifia trois mille prisonniers grecs sur le champ de bataille d*Himera, où son grand-père Hamilkar avait été tué, soixante-dix ans auparavant (1). .
Alexandre ^continua ensuite sa marche jusqu'à Marakanda (Samarkand), capitale de la Sogdiane, — puis jusqu*à riaxarte , que lui et ses compagnons , dans leurs notions géographiques imparfaites, prenaient pour le Tanaïs, la limite entre TAsie et TEurope (2). Pendant sa marche, il laissa des garnisons dans diverses villes (3) ; mais il n*éprouva aucune résistance, bien que des corps détachés d'indigènes voltigeassent sur ses flancs. Quelques-uns de ces corps, après avoir coupé un petit nombre de ses fourrageurs , se réfugièrent ensuite sur une montagne escarpée et raboteuse, que Ton croyait inattaquable. Toutefois, Alexandre les y poursuivit, à la tête de ses troupes les plus légères et les plus actives. Bien que repoussé d'abord, il réussit à escalader et à prendre la place : de ses défenseurs, qui étaient au nombre de trente mille, les trois quarts ou furent passés au fil de l'épée ou périrent en sautant des précipices. Plusieurs de ses sobbtts furent blessés par des llèclies et luimême eut la jambe traversée de Tune d'elles (4). Mais ici.
(1) Diodore, XIII, 62. V. tome XV, ch. 4 (le cette Histoire.
(2) Pline, II. N. VI, 16. Dans les Meteorologica d'Aristote (I, 13, 1518), nous lisuns que le Baktros, le Choaspcs et l'Araxcs descendaient de la liantHmontagne du Parnaso$(Paroparai.su9 V) en Asie, et que l' Arases se bifVirqnait, nne des deux branches formant le Tanaïs, qui se jetait dans le Palus M:i;otis. Pour ce fait, il s'en rétere aux yî}; «t9t68oi ayant cours à son époque. Il semble évident que pari* Arases Ans-
tote devût entendre Plaxarte. Nous
voyons donc ([n'AIexandre et ses compagnons, en identitiatit l'Iaxarte avec le Tanaïs, ne faisaient que suivre les descriptions et les idées géographiques répandues à leur époque, llunibuldt lait remarquer plusieurs cas dans lesquels les géographes aimaient à supposer une bifurcation de ileUTOS (Asio Centrale, vol. II, p. 291).
(3) Arrien, IV, 1, 5.
(4D Arrien, III, 30, 17.
CONQUÊTES d' ALEXANDRE EN ORIENT
comme ailleurs, noas remarquons que presque tous les Orientaux que soumettait Alexandre étaient des hommes peu propres à un combat corps à corps, — > sachant combattre seulement avec dés traits.
En ce lieu, comme sur Tlaxartè, Alexandre projeta (été 329 av. J.-C.) de fonder une cité nouvelle qui porterait son nom, et destinée en partie à servir de protection contre les incursions des Scythes nomades sur l'autre côté du lleuve, en partie à lui faciliter le passage pour les soumettre, ce qu'il avait l'intention de faire aussitôt qu'il en pourrait trouver Toccasion (l'). Toutefois il fut rappelé pour le moment par la nouvelle d'une révolte répandue au loin parmi les habitants récemment vaincus de la Sogdiane et de la Baktriane. Il réprima cette révolte avec sa vigueur et sa célérité habituelles , ou distribuant ses troupes de manière à prendre cinq municipes en deux jours et Kyropolis ou Kyra, la plus considérable des villes sogdiennes voisines (fondée par le Perse Cyrus) immédiatement après. Il passa au fîl de répée tous les défenseurs et tous les habitants. Retournant ensuite "vers Vlaxarte, il acheva en vingt jours les fortifications de sa nouvelle ville d'Alexandrie (peut-être à Khodjend ou auprès de cette place), avec les sacrifices et les fêtes convenables en Thonneur des dieux. Il y établit quelques yétérans macédoniens et quelques mercenaires grecs, avec des colons yolontaires pris dans les indigènes d*alentour (2). Une armée de nomades scythes , se montrant de l'autre côté du fleuve, piqua sa vanité et rengagea à y passer et à les attaquer. Transportant une division sur des peaux enflées, il les défit avec peu de -difficulté et les poursuivit vivement dans le désert. Mais la chalenr était extrême et Tarmée soufiîrait beaucoup de la soif, tandis que le peu d*eau qu'on pouvait trouver était si mauvaise qu elle causa à Alexandre une diarrhée qui compromit sa vie (3). Cette chasse de quelques milles sur la rive droite de l'Iaxarte
Q) Arrieo, IV, 1, 3. (3) Arrien, IV, 5, 6; Q.-Curee,
<2) Amen, IV, 3, 17; Q..Ciiro«, VII, t».