cf. Polyen, IV
(3) Arrien, VU, 15; Plutarque, Alex. 78; Diodore, XYII, 111. Toutefois, ce massacre général ne peut être vrai que de portions du nom Kossœen : car un i-cucontre des Kossiuens dans les années postérienres (Diodora, XIX, 19).
CONQUÊTES D*ALBXANDRB BN ORIENT 2^
Babylone ; mais il s'avança lentement et fut en outre retardé par diverses ambassades étrangères qui vinrent à sa ren- -contre dans la .route (hiver-printemps 323 av. J.-C). La terreur de son nom et de ses exploits s'était répandue si loin que plusieurs de ces ambassadeurs venaient des régions les plus lointaines. Il y en avait des diverses tribus de la Libye, — de Carthage, — de la Sicile et de la Sardaigne, -rdes lUy riens et des Thraces, — des Lacaniens, des Bratiens et des Toscans, en Italie, — bien plus, même (comme qaelqaes-ans Taffirmaient) des Romains, peuple qui n*avait encore qu'une médiocre puissance (1). Mais il y avait d'autres noms encore plus surprenants, — des .^]thiopiens de l'extrême sud, au delà de l'Egypte ; — des Scythes du nord, au delà du Danube; — des Ibériens et des Gaulois du fond de rOccident, au delà de la Méditerranée. Il arriva aussi des députés de diverses cités grecques, en partie pour lui adresser des félicitations et des compliments au sujet de ses succès incomparables , en partie pour lui faire des remontrances contre son ordre radical de rétablissement général des exilés grecs (2). On remarqua que ces envoyés grecs s'approchèrent de lui avec des couronnes sur la tète» en lui offirant des couronnes d'or, — comme s'ils venaient
(1) Pline, H. N. lU, 9. L'histoire
<lans Strabon, V, p. 232, ne peut guère s'a|ipli(iuer à Alexandre le Grand.
Tite-htve (IX, lU) croit qtu» les Romains ne connurent pas Alexandre même de réputation, mais cela ne me parait pas croyable.
En somme, bien qne le point soit 'louteux, j'incline à croire Tassertion d'une ambassade romaine pnvoyce à Alexandre. Néanmoins, il y eut di- Terses assertions fausses qui dreolè- . xent dans la suite à ce sujet; — on peutenvoir une dans l'histoire d'IIêrakleia du Pont de Memnôn ap. Photinm, €k>d. 224; OreUi Fragment. . Memnon, p. 36. Kleitarchos (contemporain d'Alexandre), que cite Pline, n'a pas pu avoir de motif pour insérer
fiimnement le nom des Romains, qni, de son temps, n'était nullement im«
portant.
(2) Arrien, VII, 15; Justin, XII, 13; Diodore, XVII, 113. L'histoire inoiitionnée par Justin dans un autre endroit (XXI, 6) peut probablement toe rapportée à ce dernier temps de la carrière d'Alexandre. Un Cartlingiuois nommé Hamilkar llliodanos l'ut envoyé par sa cité vers ce prince ; en réalité comme émissaire pour s'infor»
mer des desseins réels dm roi, qni oocasionnÎTont h Carihasp une alarme sérieuse, laaiâ il se donnait comme un exilé oflVant ses services. Justin dit que ParniPuinn pn-senta Hamilkar. — ce qui, selon moi,, doit être une erreur.
m S 'fOflW LA O^GS
en présence d'un dieu (1). Les preuves que même des tribus lointaines, dont les noms et les costumes étaient inconnus à Alexandre, donnèrent à ce prince de la crainte qu'elles avaient de son inimitié et de leur vif désir d'obtenir sa faveur, furent telles qu'aucun personnage historique n'en avait jamais reçu de pareilles et de nature à expliquer complètement son arrogance surhumaine.
Toutefois, au milieu de cette exubérance d'orgueil et de prospérité, de sombres présages et de fâcheuses prophéties affluaient vers lui à mesure qu'il approchait de Ba))yloiie (printemps 323 av. J.-C). De ces prophéties, la plus remarquable fut l'avertissement des prêtres chaldieens, qui lui apprirent, aussitôt après qu'il eut franchi le Tigre, qu'il serait dangereux pour lui d'entrer dans cette cité et l'exhortèrent à rester en dehors des portes. D'abord il inclina à obéir; mais ses scrupules furent vaincus, soit par les arguments du sophiste grec Anaxarchos , soit par la honte de s'interdire la cité la plus mémorable de l'empire, où se poursuivaient en ce moment ses grands préparatifs navals. Il trouva Nearchos ayec sa flotte, qui avait remonté le fleuve depuis son embouchure» — ainsi que les vaisseaux qu'il avait fait construire en Phénicie, et qui étaient venus en descendant le fleuve depuis Thapsakos, en même temps qu'un nombre considéralde de marins pour servir à bord (2). Les vaisseaux de bois de cyprès et les vastes bassins qu'il avait ordonné de construire à Babylone étaient également en plein progrès. Sans perdre de temps, il concerta a^ec Nearchos les détails d'one expédition en Arabia et dans le golfe Perslqae, avec le concours de son armée de terre et . de ses forces navales. De divers officiers de marine qui avaient été envoyés pour explorer le golfe Persique et qui firent à ce moment leurs rapports, il apprit que» bien qu'il n'y eût pas de difficultés sérieuses dans l'intérieur de ce golfe, ni le long de sa côte méridionale, cependant doubler
a) Aniflo, VU, 19,1; Tn,23,9. (S) Anus, Vn, 19, W; Diodon,
C0NQUÈTB3 d'ALEXANDRB KN ORIENT 299
te cap oriental qui terminait cette oôte, — ûdre par mer le tour de la péninsule inconnue de TArabia et arriver ainsi à la mer ÏUmgB, — c'était une entreprise périlleuse au moins, sinon impraticable (1). Mais accomplir ce que d*aiitre» hommes jageaieat impraticable était la passion dominante d'Alexandre. Il résolat de fidre par mer le toor de TArabia, aassi bien qoe de soumettre lea Arabes, qui avaient commis à son égard nne offense eaffisaate en ne lai envojapt pas d'ambassadeurs. Il projeta aussi la fondation d'une grande cité maritime dans l'intérieur du golfe Persiqne, destinée & rivaliser en richesses et en commerce avec les cités de Phénicie (8).
Au milieu des préparatifs pour cette expédition, — et pendant qu'on oonstmisatt l'immènse btcher destiné à Hej^sestiôn, — Alexandre descendit l'Euphrate jusqu'au grand fossé appelé Pallakopas, à environ quatre-vingtnlix milles (s= 144 kilom. 8/4) au-dessous de Babylone, écluse construite par les andwns rois assjrriens, pour être ouverte quand le fleuve était trop plein, de manière à laisser écouler l'eau dans les interminables marais qui s'étendaient près de la rive occidentale (avril-mai 323 av. J.-C). Comme on lui dit que l'écluse ne fonctionnait pas bien, il projeta d'en construire une nouvelle un peu plus bas. Il navigua ensuite à travers le Pallakopas pour explorer les marais, en même temps que pour voir les tombeaux des anciens rois assyriens, qui avaient été élevés au milieu d'eux. Gouvernant lui-même son navire, avec la kausia sur la tète et le diadème royal par-dessus (3) , il passa quelque temps au milieu de ces lacs et de ces marécages, qui étaient si vastes que sa
(1) Arrien, VU, 90, 15; Axrien, Indica, 43. Pour entreprendre cette circnmnavigatiou, Alexandre avait envoyé m p«tnm 4a VwHeaii de Soli dans l'île de Kypros, nommé Ilierôn, qui, effrayé de ladisîance à laquelle il a'avauçuit, et de rétendtie ea appa* veoM intmDÎiiftUt d« r Aralria vm 1« sud, mioCcHMaToiraooompUMtt»-
Mémo du temps d'Arrien, dans Itt second siècle après l'ère chrétienne, jamais ou n'avait fait par mer le tour da l'ATabia depuis la gdll» Peniqao jusqu'à la nier Roage| — du noiBS autant qu'il le savait.
(2) Arrien, VII, 19, il.
(3) Arîbd, yn, 22, », S; Stnlbon^ XVlt p. 741.
oOO
flotte s'y égara. li y séjoarna assez longtemps aussi pour ordonner et même pour commencer la fondation d'une nouvelle cité à Tendroit qui lai sembla un emplacement convenable (1).
A son retour à Babylone (juin 323 av. J.-C), Alexandre trouva des renforts considérables qui y étaient arrivés, — en partie sous Philoxenos, Menandros et Menidas, de Lydia et de Karia, — en partie vingt mille Perses, sous Peukestès le satrape. Il fit incorporer ces Perses dans les files de la phalange macédonienne. Suivant la coatnme établie, chacune de ces files avait seize hommes de profondeur et chaque soldat était armé d'une longue pique ou sarissa maniée avec les deux mains; le lochagos ou homme du rang de devant étant toujours un officier qui recevait double solde, d'une grande force et d'une valeur attestée , — et ceux qui étaient à»la deuxième et à la troisième place dans la file, aussi bien que le dernier de tous, étant également de bons et vigoureux soldats, qui recevaient une solde plus considérable que les autres. Alexandre» dans son nouvel arrangement, conserva les trois premiers rangs et le dernier sans changement, aussi bien que la même profondeur de file ; mais il substitua douze Perses à la place des douze Macédoniens qui suivaient Thomme du troisième rang, de sorte que la file fut composée d'abord du lochagos et de deux Macédoniens d'élite, chacun armé de la sarissa, — ensuite de douze Perses armés à leur manière de l'arc ou de la javeline, — en dernier lieu, d'un Macédonien avec la sarissa, qui occupait le dernier rang (2). Dans cette file niacédonico-persane , le front devait avoir seulement trois piques faisant saillie, au lieu des cinq que présentait la phalange macédonienne ordinaire ; mais alors, en compen-
(1) Arrien, VII. 21, 11. UôXiv ilvf
(2) Arrien, VU, 2S, 5. MQnra quand
il accom plissait l'otit-ration purement milituii'e de passer ces soldats eu re- Tve, d'inspecter lean exeraioes ét da déterminer leur ordre de bataille, —
Alexandre était assis sur le trône royal, entouré d'eunuques asiatiques; «es principaux officiers étaient assis sur des lits i\ pied d'argent, l>r^s lui ;>rrien, VII, 24, 4). C'eat une des preuves dtt changement de ses habi* tndes.
CONQUÊTES d'ALBXANDRE EN ORIENT 301
sation, les soldats persans pouvaient lancer leurs javelines sur un ennemi qui avançait, par-dessus les tètes des hommes des trois premiers rangs. La mort d'Alexandre, qui suwint, empêcha rexëcution réelle de cette réforme, intéressante en ce qu'elle était son dernier- projet pour amalgamer les Perses et les Macédoniens en une seule force militaire.
Outre cette modification apportée à la phalange, Alexandre passa aussi en revue sa flotte, qui était alors complètement équipée. A ce moment fut donné l'ordre de partir, aussitôt que les obsèques d'Hephaestiôn seraient célébrées. C'était le dernier acte qui loi restait à accomplir. Le magnifique bûcher était prêt; il avait deux cents pieds de haut» occupait une surface carrée dont le côté était de deux cents mètres environ et était chargé de riches ornements, qu^j avait ajoutés le zèle, réel ou simulé, des officiers macédoniens.' L*invention des artistes s'épuisa, dans de longues discussions avec le roi lui-môme, pour produire à grands frais un spectacle d'une magnificence rare et prodigieuse. La dépense (probablement en y comprenant les fêtes qui suivirent immédiatement) monta, dit-on, à douze mille talents ou soixante-neuf millions de francs (1). Alexandre attendait Tordre de Toracle d*Ammon, oh il avait envoyé des messagers pour demander quelle mesure de respect et d'honneur il pouvait convenablement et pieusement témoigner à son ami défunt (2). La réponse fut rapportée à ce moment; elle donnait à entendre qn'Hephsestiôn devait être adoré' conmie un héros, — forme secondaire de culte , qui n'était pas au niveau de 'celui qu'on rendait aux dieux. Charmé de ce témoignage divin en faveur d'Hephsestiôn , Alexandre fit allumer le bûcher et célébrer les obsèques d'une manière conforme aux injonctions de l'oracle (3). En outre, il ordonna qu'on élevât de magnifiques chapelles ou édifices sacrés où Hephsestiôn recevrait des adorations et des hommages, — à Alexandrie en Egypte, à Pella en
(1) Diodore, XVII, 116} Plntwqi», (3) Diodore, XVII, 114, 115: cf. Av. Alex. 72. rien, VU, 14, 16; Platarqiw, Alu<
(2) Arrien, VII, 23, 8. 75.
Digitiz
302 HI8T01BS DE LA ORÉCS
Macédoine, et probablement dans d'autres cités aussi (1).
Uelativemont aux. honneurs qu'il voulait faire rendre à llcph^estiôn dans la ville d' Alexandrie, il adressa à Kleomenés une drpèche qui nous est connue en partie. J'ai déjà dit que Kleomenès était au nomljre des satrapes les plus mécliants ; il avait commis une foule de crimes publics, qu'Alexandre n'ignorait pas. La dépêche royale lui enjoignait d'élever en commémoration d'Heph'cestiûn une chapelle sur le continent d'Alexandrie, avec une magnifique tourelle dans l'îlot de Pharos ; et de pourvoir en outre à ce que tous les contrats de commerce écrits, comme condition de validité, portassent le nom d'Hephaestiôn. Alexandre finissait ainsi : <* Si en venant en Egypte , je trouve les temples et les chapelles d'Hephaestiôn achevés le mieux possible, je te pardonnerai tous tes crimes passés, et à raveuir^ quelque grand crime que tu puisses commettre, ta n'auras h redouter aucun mauTais traitement de ma part (2).» Cette dépêche explique d*iine mtmère frappante combieo
(1) Arrien, VU, 23, 10-13; Dio- <loTe, XVin, 4. Dtodore parte, il ert
vnii, '].i!is ce passage, de la ITuç^à ou hûcUer eu l'hoiuieur d'Hephaestiôn, comme si «lie était au nombre des vaste» d«'pennt eonpnses duns les iioteB iui?st>e3 par Alexandre faprës sou dùcvs; de projets eu perspective.
Mais le bûcher avait àéjk été élevé à JUbylone, comme Diodore lui-même nous Pavait appris. Ce qu'Alt^vandre laissa uooi exécuté lors de sou déci-i, maie <{a'il avatt Tintention d*exécater s'il eût vécu, c'éiaient les édifices et les cliapelles uiaguitiqucs en lUiouueur «rilepbicstiôn, comme nous le voyous par ArrieB, VU, 23, lo. Et l'on 'doit supposer que Diodore fait allusion à ces bâtiments sacrés projetéa^ bieu qu*n ût parlé du bûcher par inadver* tance. Kratcros, qui avait Tordre de retourner en >facédoinef devait eu construire un ti Pelia.
UOlynthieOL Epbippof avait oon^ posé un livre, Uepl t«I« 'HçKteTttavoc
xaù 'AXtCsuSpou tvfrii, dout on voit quatre ou cinq eitatione dans Athénée. Il insistait spécialement nr les habitudes de luxe d'Alexandre et sur ses libations immodérées, — qui lui étaient communes aveo les autres Macédoniens:
(2) Arrien, Yll, 23, 9-14. Kai K>.eo|iivei àv8pl xaxû, xat ro)).à àôixr,ULaTa àîtxr.'javTi tv AîyOïrrt}), èriTTs).- ),ei tTTiGxoXy.v... "Ilv yàp v.rtxaïd&ui if m (D&ft xà y^i^^axa) tà le(>à tx £y Ai»
YÛirccp 1UÙ&Q xaTe<rxcua9|Uv« xctl t& ^,pâ)«tà *H^^auoT(wvoCt (trs ti icpérepe* t{«ipTr,xa;, às^Tfo ai toOtwv, xaî •ré»
).oi:cov, Ô7;-/;XiKov av âjJtâpT)];, oùoiv vt(ext ^ — Dans le dis-
cours de Dt^mosthi-nf contre Dionysodoros (p. 12Uôj, lileomenês parait comme s'enrichissant au moyen du monopole du blé exporté d*£g;>'pte :
cf. l'siuido-Aristote, (Economie, p. 33.
Kleomwiès l'ut plus tard mis à mort par le premier Ptolenueos, qui devisft xoi d'Êgypte (PauMoiai, I« 6, 9).
CONQLÈTES d'aLEXANDRE EN ORIENT 303
les actes injustes des satrapes étaient des considérations secondaires à ses yeux , comparés avec de magnifiques manifestations à régiurd des dienx et an attachement personnel pour ses anus.
La profonde douleur que ressentit Alexandre de la mort d'Hephaestiôn, — non-sevlement ami dévoué, mais du mdme âge qoe lui et d*ane Tigoenr exubérante comme la sienne» — ouvrit son esprit aux sombres pressentiments de nombreax présages, aussi bien qu*à une défiance jalouse même à l'égard de ses plus anciens ofiBciers. Antipater, en particulier, n'ayant plus Tappui d*Heph»stito pour le protéger contre les calomnies d'Olympias (1), tomba de plus en plus dans le discrédit, tandis que son fils Kassandre, qui était venu récemment en Asie avec un renfort macédonien, eut à subir de la part d'Alexandre, pendant des moments de colère, des violences fort blessantes. Malgré Tayertissement par lequel les prêtres cbaldaeens avaient cherdié à le dissuader (2) d'entrer dans Babylone, Alexandre s'était laissé persuader de douter de leur sincérité, et il était entré dans cette ville, bien que non sans hésitation et inquiétude. Toutefois, lorsque, après y être entré, il en sortit sain et sauf lors do son expédition destinée à explorer le cours inférieur de l'Euphrate, il s'imagina avoir démontré qu'ils étaient des alarmistes trompeurs, et U revint à cette ville avec plus de confiance, pour célébrer les obsèques de l'ami qu'il avait perdu (3).
(1) Platacqne, Alex. 74; DiodMtti
(2) ^Lrrien, VII, 16, 9 ; VU , 17, 6.
Plot. Alex. 73. Dioiorâ, XVn, 112.
(3) Arrien, VII, 22, 1. Aùràç dk
èÇe). Éy^n 59) Tâ:v XaXoaitov ftotv- •reîav, oti oùoiv TcsnovôÙK eîïj èv Boou*
BaëuXûvoç upCv ti TcaOetv) hfùàtt oîOtç xaxà xà êXr, 6a^^wv, etc.
L'inquiétude cau&ée ici pax cet pvophéUes et ces pcéte^, iMan Vmçmt «le rhomme le moins craintif de son tempi, est digne de remannae eomae
ftit psychologique, et elle est parfaitement attestée par l'autorité d'Aristobttle et de Néarque. 11 paraît qu'AluuMTdioeet d'antret philoiophes grecs l'eneourtgèrent par leurs raisonnements à mépriser tonte prophétie, m<ais surtoat celle des prêtres chaldxens, qui (prétendaient-Us) désiruent tenir Alexûdn hors de l'abylone afin Je pouvoir continuer à posséder les immenses revenus du temple de Beliu, qu'ils s*4tiient i^propriés injustement, Alexunflrp étant disposé h rebâtir ce temple rainé et à rétablir les sacri-
Les sacrifices qai se rattachèrent à ces obsèques furent sur la plus prodigieuse échelle (juin, 323 av. J.-C). On offrit assez de victimes pour fournir un banquet à toute l'armée, qui reçut atissi d*abondantes distribations de vin. Alexandre présida le banquet en personne, et se livra comme les autres aux joies du festin. Déjà plein de viii, il se laissa per-suader par son ami Medios de souper avec lai, et de passer toute la nuit à' boire encore» avec l'abandon désordonné appelé par les Grecs Kômos ou orgie. Après avoir dissipé son ivresse en dormant le lendemain, il soupa de nouveau le soir avec Medios. et passa une seconde nuit en s'abandonnant sans mesure àla même débauche (1). Il parait qu'il avait déjà en lui les germes d'une fièvre, que cette intempérance aggrava d'une manière si fatale qu'il se trouva trop malade pour retourner au palais. Il prit un bain et s'endormit dans la maison de Medios; le lendemain matin, il fut hors d'état de se lever. Après avoir été transporté sur un lit pour célébrer un sacrifice (ce qui était son habitude journalière) ; il fut obligé de rester couché tonte la journée. Néanmoins, il convoqua les généraux en sa présence, près* crivant tous les détails de l'expédition prochaine, et ordonnant que Tarmée de terre se mit en marche quatre jours après, tandis que la flotte avec lui-même à bord , partirait le cinquième jour. Le soir, il fut porté sur un lit au delà de l'Buphrate dans un jardin situé de Tautre
fiées Bttspendns auxquels ces revenus flvnipnt été consacrés dans l'origine (Arrien, VU, 17; Diodore, XVII, 112).
Peu de jonn- après, Alexandre se repentit beaucoup d'avoir écouté ces raisonneurs dimpercux, qui, par leurs subtilités sopliiàtiques, lui avaient fait négliger la puissance et les avertissements de la destinée.
(l) Arrien, VU, 21, 25. Diodore affirme (XVII, 117) qu'Alexandre, dans cette nuit d'orgie, avalu le oontenn d'une vaste coupe appel' o la coupe d'HêraklSs, ot qu'après il se sentit ttte-aulf ft8sertî<m répétée par divers
autres écrivains de l'antiquité, et que
je ne vois pas de raison pour ne pas croire, bien que quelques critiques' modernes la traitent avec mépris, Les
ftpliémérides royales, ou Journal de la Cour, n'attestaient que le fait général de ses larges libations et du long sommeil qui les suivit : Y. Athéi^, X, p. 431.
Boire jusqu'à l'ivresse à des funé* railles éteit nécessaire comme marque de sympathie respectueuse à l'égard du défunt. — V. les derniers mots do l'Indien Kalanos avant de monter sur le bûcher, — Plntarque, Alezaad. 69.
CONQUÊTES d'aLEXANDRB EN ORIENT
côté ; là il prit un bain et se reposa pendant la nuit. La fièvre continuait toujours ; de sorte que le matin, aprè» 8*ètre baigné et avoir été transporté dehors pour aocoïnpllr les sacrifices, il resta sur sa couche tout le jour» causant et jouant aux dés avec Medios ; le soir, il se baigna, sacrifia de nouveau, et soupa légèrement; mais il eut une mauvaise nuit avec un redoublement de fièvre. Les deux jours suivant» se passèrent de la même manière, la fièvre augmentant de plus en plus; néanmoins Alexandre appela encore Nearchos auprès de son lit, discuta avec lui une foule de points relatif» à ses projets maritimes, et répéta Tordre que la flotte fût prête dans trois jours. Le lendemain matin la fièvre fut violente; Alexandre reposa tout le jour dans un pavillon de bains situé dans le jardin, toutefois convoquant encore le» généraux pour leur ordonner de remplir les vacances parmi les officiers et pour recommander que Tarmement fût prêt à se mettre en mouvement. Pendant les deux jours suivants, sa maladie s'aggrava d'heure en heure. Le second des deux, jours, Alexandre put avec difficulté supporter d*ètre soulevé hors du lit pour accomplir le sacrifice ; cependant, même alors, il continua à donner aux généraux des ordres au sujet de l'expédition. Le matin, bien que dans un état désespéré, il fit encore Teffort nécessaire pour célébrer le sacrifice ; il fut ensuite transporté au delà du fleuve, du pavillon dans le palais, et il ordonna que les généraux et les' officiers restassent en service permanent dans la salle ou auprès. II en fit appeler quelques-uns à côté de son lit ; mais bien qu'il les reconnût parfaitement, il était à ce moment devenu incapable de parler. L'un des derniers mots quil prononça quand on lui demanda à qui il léguait son royaume fut, diton : ^ Aif plus fort l'un de ses derniers actes fut deprendre l'anneau qu'il portait au doigt et de le remettre à Perdikkas(l).
(1) €«• deux derniers faits «rat dans le JémuX de la Cour. Quinte-
mentionnte par Airien (VU, 26, 5), Curce i X, V, 4) les donne avee quelque
parDiodore (XVI î, 117) et par Justin développement. (XII, 15); mais ils uo se trouvent pas
T. xviii 80
Pendant deax noits et nn joar il resta dans cet état, sans amélioration ni repos. Cependant la nouvelle de sa maladie s*était répandtfe dans Tannée, la remplissant de donlenr et de consternation. Un grand nombre de soldats, désireux de le Toir encore nne fois, pénétrèrent de force dans le palais, et ftu*ent admis sans armes. Ils passèrent à côté de son Kt, avec tontes les démonstrations d*afBiction et de sympathie : Alexandre les reconnut, et le leur témoigna aussi amicalement qu'il put; mais il fut incapable de dire un mot. Plusieurs des généraux dormirent dans le temple de Serapis, espérant être instruits par le dieu en rèye s'ils devaient y apporter Alexandre comme suppliant pour faire Fessai de la puissance curative divine. Le dieu leur apprit dans leur rêve qu* Alexandre ne devait pas être amené dans le temple, — qu*il vaudrait mieux pour lui rester 0& il était. I^s raprès-midi il expira, — juin, 323 av. J.-C, — après avoir vécu trente-deux ans et huit mois, — et régné douze ans et huit mois (1).
(1) Lea (ît-tuilt relatif» ii la dernière maladie d'Akxaiidre sont particulit^rement anfhentiqms, étant extraits tant jpar Arrien que par Plnlarque dos £pliemeridês Regise, ou petit Journal •de la Cour, qui étaient bubituellemeut iMoa* par aon seoiélaûra Emnenes et par un autre Grec nommé Oiodotoa (Athenœ. X, p. 434) ; V. Arrieu, VU, 25, 26; Plntarque, Alex. 76.
n est surpreaaat que pendant tout le cours de cette maladie, il ne soit fait aucune meutiou de luédeciu comme ayant été eonnlté. On ne dama ml a |)us d'avis, si nous «xceptona la demande faite au temple de Serapis le dernier jour de la vie d'Alexandre. Quelques mois auparavant, le prince avait fait pendre ou crucifier le médecin qui soigna Ilepha'stiôn dans sa dernière maladie. De là, il semble probable qu'il méprisait un avis médical ou sVri défiait, et qu'il ne voulut pas permettre qu'on y «ùt recours.
Set idées ont dû beaucoup dianger
depuis sa dangereuse fièvre à Tarsos, et son traitement couronné de succès par le médecin akamanien Philippe.
Bien que la tiùvre (V. qMifue ra« marques de Littré jointes aux Frap:ra.
Script. AJex. Magn. p. 124, éd. Didot) qui cansa la mort d^Alexandre aeit ici un fait évident établi d'une manière satisfaisante, cependant il circula quei* que temps après an antre récit qui obtint nn crédit partiel (Plntarque, De Invidià, p. 538), — ji savoir qu'il avait été euipuiâonné. Le poisou fut, dit-ou, fonmi par Arîstote, — envoyé en Asia par Antipater au moyen de son fila Kassandre, — et administré par lollas ^autre fils d' Antipater), écliauson d'Alexandre (Arrien, Vil, 27, 2; Qainte- Curce, X, 10, 17; Diodore, XVII, 118; Justin, Xil, 13;. 11 est tout à fait naturel que la fièvre et l'intempérance (à laquelle Alexandre si^abandonnaît fréquemment) ne fussent pas re>rnr<1ées comme des causes snffîsannnent marqiiées et Cnqniantei pour expliquer tne
CONQUÊTES d' ALEXANDRE EN ORIENT 307
La mort d'Alexandre, ainsi enlevé soudainement par une fièvre dans la plénitude de la santé, de la TÎgaenr et des aspirations, fut un événement frappant aussi bien qu'important au plus haut degré, pour ses contemporains tant voisins qu'éloignés. Qoand la première nouyelle en fut apportée à Athènes, Torateur Démade s'écria : — « Gela ne peut être fpai ; si Alexandre était mort, l'odeur de sa carcasse aurait rempli tontle monde habitable (1). *> Cette grossière, mais «xpressiye comparaison explique l'impression immédiate, , puissante, répandue au loin, que produisit Tanéantiasement ■soudain du grand conquérant. Chacun des nombreux députés 4es pajs lointains qui étaient venus tout récemment pour se rendre favorable cet Apollon dont la flèche portait si loin, — chacun des habitants des régions qui svaient envoyé ces députés,— - d*une extrémité à l'autre de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, telles qu'on les connaissait alors, — comprit que cette mort affectait smt sa condition actuelle soit son avenir probable (2). L'accroissement et le développement primitifs de la Macédoine, pendant les vingt-deux années précédant la bataille de Ofaœroneia, pays qui s'éleva •du rang d'un État secondaire embarrassé à celui de la première de toutes les puissances connues, avsdent excité l'étonnement des contemporains, et de l'admiration pour le génie organisateur de Philippe. Mais les exploits d'A-
maladie h la fois aussi inattendue et aussi grave. Il paraît qu'il y a lieu de ■wppoier, cependant, que le brait fîit fanw B té «vee intention, ùnon primitivement émis, par lf»s ennemis du parti d'Antipater et de Kussundre, — surtooA fax te TaaomieaM OlynpÎM. L'inimitié violente que Kassandre montra plus tard contre Olympias et toute la famille d'Alexandre contribua à en- ■mn|0Br «itte nuarar. Du» tw d'Hypéride dp Plutarque (Vit, X Orat. p. 849) , il est dit (ju'il proposa à Athènes d^accorder des honaean publies à loUas pour avoir donné le poison k Alexandre. S'il y a en cela quelque vérité, ce pourrait être un
strata<rî"me pour jeter du discrédit sur Aiitipater ^père d'IoUas), contre qui leB Athéniens oommenoèTeat la guerre lamiaque, immédÎMitaBent ayrèt la mort d'Alexandre;
(1) Plutarque, Pbokiôu, 22; Dcniatrfas Pluder. De Elôoat. «. 80O. Oû ^ Tilwixfv 'AXégowSpoç» M éftSçH tîvf vxîot — wC( T^p &v 11 otxoviiivi) ToO vtxpoO.
(2) Dtnju, deqwte d'HMdeia du
Pont, s'évanouit de joie en apprenant la mort d'Alexnntlre, et il éleva une statue à EùOujita ou Satisfaction (Memn. Herad. Fragm. ap. Photinm, ood. 224, 0. 4).
lexandre, pendant son règne de douze ans, en rejetant Philippe dans l'ombre, avaient eu des proportions bien plus grandes et bien plus vastes ; ils avaient été accomplis à l'abri de tout revers sérieux ou même d'une interruption quelconque, au point de dépasser la mesure, non-seulement de l'attente, mais même de la croyance des lioinmes. Le Grand Roi (comme on appelait le roi de Perse par excellence) était, et avait été longtemps le type de la puissance et de la félicité en ce monde, même jusqu'à l'époque où Alexandre franchit l'Hellespont. Dans l'intervalle de quatre ans et trois mois après cet événement, par une défaite étonnante après l'autre, Darius avait perdu tout son empire occidental, et était devenu un fugitif à l'est des Portes Caspiennes, uY'chappant à la captivité entre les mains d'Alexandre, que pour périr par celles du satrape Dessus. Tous les pendants historiques antérieurs, — la ruine et la captivité du Lydien Crésus, Texpulsion et la vie humble du Syracusain Denys, tous deux exemples frappants de l'instabilité de la condition humaine, — devenaient des bagatelles, comparés avec le renversement de cet énorme colosse persan. L'orateur ^Eschine exprimait le sentiment véritable d'un spectateur grec, quand il s'écriait (dans un discours prononcé à Athènes peu après la mort de Darius) : « Qu'y a-t-il dans la liste des événements étranges et inattendus, qui ne se soit pas rencontré à notre époque? Nos existences ont dépassé les limites de l'humanité ; nous sommes nés pour servir de sujet à des récits incro3'ables pour la postérité. N'est-ce pas le roi de Perse, — ce prince qui perça le mont Athos et jeta un pont sur l'Hellespont, — qui demanda aux Grecs la terre et l'eau, — qui osa se proclamer dans des lettres publiques le maître de toute l'humanité depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, — n'est-ce pas lui qui lutte actuellement jusqu'à la dernière extrémité, pour assurer, non pas son empire sur les autres, mais la sûreté de sa propre personne (1)? »
(1) JEêtîbm» «dv. KteBiph. p. S24, e. 49. TotYÔfcot ti twv ivsXic(oTMV mU
CONQUÊTES D*ALBXANDRB BN ORIBNT 309
Tels étaient les sentiments que faisait naître la carrière d*Âlexandre, même au milieu de 330 avant J.-C, plus de sept ans avant sa mort. Pendant les sept années suivantes, ses nouveaux exploits avaient porté Fétonnement encore plus loin. Il avût soumis, au mépris de la fatigue, des peines et des combats, non-seulement toute la moitié orientale de l'empire persan, mais des régions indiennes inconnues an delà de ses limites les plus à Test. Outre la Macédoine, la Grèce et la Thrace, il possédait tout cet immense trésor et toutes ces forces militaires qui avaient jadis rendu le Grand Roi si formidable. Âucan contemporain n*avait jamais connu ni imaginé une pareille puissance. Avec la tournure d'imagination régnant alors, plus d*an homme fut disposé à le prendre pour un Dieu sur la terre, comme jadis des spectateurs grecs l'avaient supposé par rapport à Darius, quand ils voyaient l'innombrable armée persane franchir THellespont(l).
Elevé à cette prodigieuse grandeur, Alexandre avait au moment de sa mort un peu plus de trente-deux ans, — âge auquel un citoyen d'Athènes parvenait à d'importants commandements; dix ans de moins que l'âge exigé pour être consul à Rome (2) ; deux ans de moins que l'âge auquel Timour-Leng acquit pour la première fois la couronne, et commença ses conquêtes étrangères (3). Ses extraordinaires qualités corporelles étaient entières; il avait acquis un fonds considérable d'expérience militaire ; et, ce qui était plus important encore, son désir de nouvelles conquêtes était
|KVt àXX' zU TcapaSoioXoyiocv toTc l90- (tfvoi; !J.eO* -^,[10.^ içu|iev. Oùx ô [làv twv Hepvûv ^xdiXeù;, 6 tôv 'Aôcdv éio^û^oc xoi tdv *£XXi^oicovTOV Ck^Ioc, 6 Y^jv «ai
OStop Toù; "EX/yjva; alxôiv, 6 toXimâv èv Tat; èTciffToXaî; yçdytvt H-i oeaTroTTjÇ
Cf. la passage frappant, d'une teneur semblable, qui reste de l'ouvrage perdu de Démétrius de. IMialére, — IlEçii rfii TÙjj^ïjç, — Fragm. Hi&tor. Cirœcor.
vol. JJ, p. 366.
(1) Hérodote, VII, 56.
(2) Cicéron, Philippic. V, 17, 48.
(3) V. Histoire de Timour-Bec, par OwMfadâm Ali, tndnîto pat Petit dt la Croix, toi. I, p. 208.
Digitizeû by LiOOglc
HI8T0IBB DB L4 OBÈOB
aussi insatiable, et sa disposition à les acheter au prix de.s plus grandes fatigues et des plus grands dangers était aussi complète que quand il avait franchi l'Hellespont pour la première fois. Quelque grande que sa carrière passée eût été, il était probable que ses exploits futurs, avec cet accroissement de moyens et d'expérience, seraient plus grandsencore. Son ambition ne se serait contentée de rien moins que de la conquête de tout le monde habitable alors connu (1) ; et si sa vie se fût proloni^t'e, il l'aurait vraisemblablement accomplie. Nulle part (autant que nous le savons) n'existait une puissance militaire capable de lui tenir tête ; et ses soldats, quand il les commandait, n'étaient non plus ni vaincus T)i déroutés par le froid, la chaleur ou les fatigues les plusextrêmes. Les sentiments patriotiques de Tite-Live le disposent à soutenir (2) que, si Alexandre eût envahi l'Italié et attaqué les Romains ou les Samnites, il eût échoué et péri comme son parent Alexandre d*Epire. Mais on ne peut accepter cette conclusion. Si nous accordons que Tinfenterie romaine était égale en courage et en discipline à la meilleure infanterie d'Aie^dre, on ne peut en dire autant de la cavalerie romaine en tant que comparée aux Compagnons macédoniens. Il est enoore moins probable qu'un con.snl romain, changé annuellement, eût pn rivaliser avec Alexandre en génie et en combinaisons militaires ; et, même lui etit-il été égal personnellement, il n'aurait possédé ni la même variété de troupes et d'armes, chacune efficace séparément, et toutes conspirant à un but commun, — ni la
(1) C*est la remarque de son gnuid admirateur Am'en, YII, 1,6.
' (2) Tite-Live. IX, 17, 19. Discussiuu âm èhances d'Alexandre oontre les Romaint) — extrC-mcment intéressante et belle, bien que le cas me paraisse présente d'une manière très-partiale.
Je sois d*acoord avec Niebuhr pour ne p«» adopter la conclusion de Tite-Live, etaveo Plutarquepour regarder comme une des ù.ymn de la Fortune à 1*^ gtxà des ttomaint qn' Alexandre n*ait
pas vécu assez longtemps pour les attaquer (Plutarqoe, De Fortanà Bornanur. p. 326).
Cependant Tite-LiTe avait toata raison de se plaindre de ces auteura grecs (il les appelle « levissimi ex Gr£ecis •), qui disaient que les Romains auraient perdu courage devant la terrible réputation d'Alexandre, et se seraient soumis sans résistance.
Assurément sa victoire sur «nx annit été dièrement adietée.
CONQUÈXBS D^ALSXAMDBS BN ORIENT 311
même influence illimitée sur l'esprit de ses soldats pour obtenir d'eux les plus grands efforts possibles. Je ne crois pas que même les Romains eussent pu résister avec succès à Alexandre le Grand ; bien qu'il soit certain que jamais pendant toates ses longues marches il ne rencontra jamais des eiinemis tels qu*eux, ni même tels que les Samnites et les Lncaniens» ^ combiiULiit le courage, le patriotisme, la discipline, avec des armes efficaces tant pour la défense que pour le combat corps à corps (1).
De toutes les qualités qui contribuent à constituer la supériorité militaire la plus haute, soit comme général, soit comme soldat» aucune ne manquait au caractère d'Alexandre. Avec son propre courage chevaleresque, — parfois à vrai dire excessif et inopportun, au point de former le seul défaut militaire qui puisse à bon droit lui être imputé, nous trouYons dans toutes ses opérations les dispoBitioiis les plus soigneuses prises à ravance, de figilantes précautions pour se mettre en garde contre un revers possible, et un esprit abondant en ressources pour s*adapter à de nouvelles éventualités. Au milieu de succès constants, jamais ces combinaisons prudentes ne furent discontinuées. Ses exploits sont la plus ancienne preuve constatée d'organisation militaire scientifique sur une grande échelle, et de ses effets écrasants. Alexandre impose à rimagination plus que tout antre personnage de Tautiquité, par le développement incomparable de tout ce qui constitue une force efficace, — comme guerrier individuellement, et comme organisateur et chef de masses armées ; il a non-seulement l'impétuosité aveugle attribuée par Homère à Arés, mais encore cette concentration intelligente, méthodique, à laquelle rien ne résiste, que le poëte personnifie dans Athènè. lâm toutes ses grandes qualités n'étaient bonnes que pour
(1) Alexandre d'Epire faisait remarquer, dit-on, que lui, danii an expéditions en Italie, était tombé sur l'àvSpwvtTt;, ou chambre des liomnios, tandis que son neveu (^Alexuudre le
Grand), eu envahissant l'Asie, était tombé tar la ywai-Kunvnç^ ou chambre des femmes (Aulu-Gelle, XVII, 2l,j Qninte-Carce, VIII, 1, 37.
msTOïKB De la grècb
servir contre des ennemis, catégorie dans laquelle, à vrai dire, étaient comptés tous les hommes connus et inconnus, excepté ceux qui consentaient à se soumettre à lui. Dans ses campagnes indiennes, au milieu de tribus absolument étrangères, nous remarquons que non-seulement celles qui se défendent, mais encore celles qui abandonnent leurs biens et fuient aux montagnes, sont également poursuiyies et massacrées.
A part les mérites transcendants d'Alexandre comme soldat et comme général, quelques auteurs lui font honneur de vues grandes et utiles au sujet d'un gouvernement sbuverain, et d'intentions extrêmement favorables pour l'amélioration de l'humanité. Je ne vois pas de motif pour adopter cette opinion. Autant que nous pouvons nous permettre de prévoir ce qu'aurait été l'avenir d'Alexandre, nous ne voyons rien- en perspective à l'exception d*années d'agressions et de conquêtes toujours répétées qui n'auraient été finies que quand il aurait traversé et subjugué tout le globe habité. L'acquisition d'une domination universelle, — conçue non pas métaphoriquement, mais littéralement, et conçue avec une plus grande facilité par suite des connaissances géographiques imparfaites de son époque, — était la passion dominante de son àme. Au moment de sa mort, il commençait une nouvelle agression dans le sud contre les Arabes, jusqu'à une étendue sans limites (1) ; tandis que ses vastes projets contre les tribus occidentales de l'Afrique et de l'Europe, aussi loin que les Colonnes d'Hôraklês, étaient consignés dans les ordres et les notes communiqués confi* dentiellement à Krateros (2). L'Italie, la Gaule et l'Espagne auraient été -successivement attaquées et conquises; les entreprises que lui avait proposées, quand il était en Baktriane, le prince chorasmien Pharasmenès, mais ajournées alors à une époque plus favorable, auraient été reprises ensuite, et, en partant du Danube, il aurait tourné au nord le Pont-Ëuxin et le Palus-Mseotis pour marcher contre les
(1) Arrien, VU, 28, 5. (2) Diodore, XVm, 4.
Scythes et les tribas du Caucase (1). Il restait, en outre, les r^ons asiatiques à Test de l'Hyphasis, dans lesquelles ses soldats avaient refusé d'entrer, mais qu*il aurait certainement enyahies à une occasion future, n*eût-ce été que pour e£hcer Thumiliation poignante d*aToir été forcé d'abandonner son dessein déclaré. Bien que cela ressemble à un roman et à une hyperbole, ce n'était rien de plus que la réelle et insatiable aspiration d'Alexandre, qui considérait toute acquisition nouvelle surtout comme un capital devant servir à acquérir davantage (2). « Tu es un homme comme nous tous, Alexandre (lui disait l'Indien un), — si ce n'est que tu abandonnes ta patrie comme un destructeur importun pour envahir les régions les plus éloignées , endurant des peines toi-môme et en infligeant aux autres (3). » Or, comment un empire aussi illimité et aussi hétérogène, tel que pas un prince n'en avait encore réalisé un pareil, aurait-il pu être administré avec des avantages supérieurs pour des sujets, c'est ce qu'il serait difficile de démontrer. La tâche seule d'acquérir et de conserver, — de maintenir dans leur autorité aussi bien que dans la subordination les satrapes et les percepteurs dUmpôts, — d'étoufier des résistances toujours susceptibles de reparaître dans des régions éloignées par des marches demandant des mois entiers (4), — cette tâche, dis-je, devait occuper toute la vie d'un conquérant du monde, sans lui laisser de loisir pour les améliorations convenables à la paix et à la stabilité, si nous lui faisons honneur de pareils desseins en théorie.
Mais môme ce dernier point est plus qu'on jie peut ac-
(1) Arrieo, IV, 15, 11.
(2) Arrien, VU, 19, 12. Tô Sk àkif
Ok;, ûi; ys [xot Soxeî, â7:),T)iTTo; r,v toO XTàffOaî Tt àet 'AXéÇavopo;. Cf. VII, 1, 3-7; VU, 15, (i, et le langage taon.
par Alexandre à ses soldats sur les bords i]f ri Ivphasis quand il c'>5-<ayait de les persuader de inarclier en avant* V. 26 seq. Noue devons nous rappeler qn'Arrien avait sous les yeux l'ouvnge de Ptolémée, qui, selon toute.
probabilité, devait donner la substance de ce mémorable disoouri pour l'aroir
entendu lui-mr-me.
(3) Arrieu, VII, 1, 8. lù 5è âv6pw- Ttoç wv, icapaicXft<7ioi; toi; â)Aotc, 7iXr,v ye Gr), on TcoX^irpayiAfaiv xal àtdffOaXoç,
(4) Arrien,yn, 4, 4, 5. '
corder. Les actes d'Alexandre indiquent qu il ne désirait rien de plus que de reprendre les traditions de Tempire persan, système de contributions et de levées d'hommes^ a^ec des Macédoniens en proportion considérable pour instruments; toutefois on partie aussi avec préciséBirat le» mêmes Perses qui avaient administré auparavant, pourvu qu*ils se soumissent à lui. A la vérité, on a dit, en lui en faisant un m^ite, qu'il Toulait ainsi renommer tous lesgrands de Perse (tout en mettant cependant leurs forces armées sous le commandement d'un officier macédonien)» — et conserver aux princes indigènes leurs principautés^ s^ils voulaient lui rendre hommage comme subordonnés tributaires. Mais tout cela avait été fait avant lui par les roi» persans, qui avaient pour système de laisser les princes vaincus tranquilles, soiunis seulement au payement du tribut et à l'obligation de fournir un contingent militaire quanti on le leur demanderait (1). De même, l'empire asiatique d'Alexandre aurait été composé ainsi d'un agrégat do satrapies et de principautés dépendantes, fournissant de Targent et des soldats; à d'autres égards laissé à la discrétion du gouvernement local, avec des punitions extrèmea infligées à l'occasion, mais sans aucun examen ni contrôle systématique (2). C'est sur cet agrégat, état de l'empiro asiatique dans tous les âges, qu* Alexandre aurait greffé un perfectionnement spécial; Torganisation militaire de Tempire, faible sous les princes acbasménides, aurait été grandement fortifiée par son génie et par les habiles offîciersformés à son école, tant pour Tagression étrangère que pour la surveillance intérieure (3).
(L) Hérodote, III, 15. Alex^dre oSnt à Pliokiùn (PluUrque, Phok. 18) quatre eitét asiatiques an dioix, dont c'fsl -;t-ilirp de n'importe laquelle) le* ruvouuâ lui seraient aaearés; précisément eoame Attazeizte Longue- Mai a avait a^i à l*ëgaid de Tbeinisto»
klês pour le rocompcnserdesatiabisen.
Piiokiùu refusa l'offre.
(2) Voir le eh&timent de Sisam-
nés par Kambys^ (Hérodote, V, 25).
(3) Le rhéteur Aristide, dans son Éloge de Rome, Sût qnelqaea beaaet
rtMiiiirqucs sur le ciiruct^'re et Tascendaut d'Alexandre, exercé par une volonté et tme antorité personnelles, Com]>Rrés avec l'action systématique et légale de l'empire romain ^Or. XVI^ p. 332-360, vol. I, éd. Dindorf).
CONQUÊTES D'AL£XAtsl>RB EN ORIENT
L'empire persan était un agrégmt mélangé, sans anciin seQtiment fort de nationalité. Le conquérant macédonien qui i'empara du tr^ne de Perse était pins indi£férent encore à un sentiment national. Il n'était ni Macédonien ni Grec. Bien que rabaenco de ce préjugé lui ait été comptée quelquefois comme une yerta, il fàiaait seulement place, selon moi, à des préjugés pires encore. Ce qui en tenait lieu était une personnalité et une estime de lui-même exorbitantes, manifestées même dans ses premières années, et poussée» par des succès extraordinaires jusqu'à la croyance à une origine divine; croyance qui, en le plaçant au-dessus de ridée de participation à une nationalité spéciale quelconque, lui fit regarder tous les hommes comme des sujeta sous un seul sceptre commun que lui-même deyait tenir. Le roi de Perse se rapprochait le plus près de cet empire universel (1), selon les qpinions qui régnaient alors. En conséquence, Alexandre, une fois yictorieux, accepta la position et les prétentions de la cour persane qu*il arat renversée, comme se rapprochant le phis de ce qui lui était complètement dft. Il devint plus Persan que Macédonien on Grec. Tout en adoptant lui-même, autant qu'il pouvait le faire sans danger, les habitudes personnelles de la cour de Perse, il s'appliqua avec grand soin à transformer ses officiers macédoniens en seigneurs persans, encourageant et même imposant dos mariaiios avec des femmes persanes suivant les rites de la Perse. Au moment de la mort d'Alexandre, on trouva compris, dans ses ordres écrits donnés à Krateros, un plan de translation d'habitants en masse, tant d'Europe en Asie que d'Asie en Europe, afin de fondre ces populations en une seule, en multipliant les mariages et les relations (2). Une pareiUe translation de ]teuples aurait été ressentie comme éminemment odieuse, et n'aurait pu s'ac-
(1) XOnoph. Cyropa'd. VHI, (i, 21; Aiiab. I, 7, G; ilérod. VU, 8, 18; Cf. Arrien, V, 26, 4-10.
(2) Diodore, XVIII, 4. Upitç 81 vnttùtç nô>xcov ouv<}ixi<T(iioù; xal (7a>[iâT(i)v
tQiuîpou; Taïc é|iiYa(iiai( xal xaù ol-
complir sans une autorité coercitive (1). Il est téméraire de spéculer sur des projets restés sans exécution ; mais, autant que nous en pouvons juger, ce mélange forcé de races différentes ne promettait rien de favorable au bonheur d'aucune d'entre elles, bien qu'il pût servir de nouveauté imposante et de souvenir d'une toute-puissance souveraine.
Sôus le rapport de rintelligence et du génie de combinaison, Alexandre était complètement hellénique; sous celui des dispositions et des vues, personne 'ne pouvait rêtre moins. Nous avons déjà raconté les actes qui attestent la violence tout orientale de ses mouvements, son obstination illimitée (2), et son besoin impérieux de respect au-dessus des limites de l'humanité. Le représenter commîe un fils de la Hellas, imbu des maximes politiques d'Aristote et décidé à répandre systématiquement la civilisation hellénique pour l'amélioration de Thumanité (3), — c'est, à mon avis, faire de son caractère une appréciation contraire à révidence. Alexandre demanda, dit-on, à Aristote des conseils quant au meilleur mode de colonisation ; mais son
(1) Voir Teffet prodnit sur les Ioniens
par la fausse assertion d'Histiœos (Ilérotl. VI, 3) avec une note de Wesseling, — et retnpressemeut des Vœoniens à revenir (Hérod. V, 96 ; et Justin, VIII, 5).
Autipater, plus tard, avait l'intebtîon de transporter les .Etoliens en masse de leur propre pays en Asie, s'il avait réussi îi Ips vaincre (Diodore, XVIII, 25). Cf. Pausanias {I, 9, 8-10) an si^jet des mesures violentes employées par Lysimachos, en trauspor* t^uit de nouveaux habitants à £pbesos et à Lysimacbeia.
(2) Tite-Live, IX. 18. « Referre in tanto rege pigetsuperbani mutationom vestis, et desideratas humi jacentiura adulationes, etiam victis Macedonibus graves, nednm vietoribus, et fœda supplicia, et inter vinnm et epuîas coides amicorum, et vanitatem euieutiendsB stirpis. Quid si vini amor in
dies fieret aorior ? Quid si tmx et pne-
fervida ira? (nec quidquam dubium inter scriplores refera) nullane hase dumua imper^toriis virtutibus ducimus?»
L'appel fait ici par Tite-Live k la complète attestation au sujet de ces points dans le caraotèTe d'Alexandre mérite attention. H avait sans doute snus les yeux plu«; d'autorités que nous n'eu possédons.
(3) Entre antres panégyristes d*Alexandre, il suffit de nommer Droysen, — dans ses deux ouvrages, tous deux pleins de grandes recherches historiques, — Gesohiehte Alexanders dei Grossen, — et Geschichte des Hellenismus oder der Bildung des Hellenistischen Staateusystemes (Hamburg 1843). V. en particulier le dernier ouvrage qui est le plus récent, p. 27 saf., p. 651 êiq.f et ailleurs passtm.
caractère changea tellemeut, après quelques années de conquêtes en Asie, qu*il en arriva non-seulement & perdre tente déférence ponr les avis d*Âristote» mais même à le haïr
amèrement (1). De plus, bien qae les suggestions complètes du philosophe n'aient pas été conservées, cependant on nous dit qu'il recommanda en général à Alexandre de se
conduire à Tégard des Grecs en commandant ou en président, ou en chef à la puissance limitée, — et à l'égard des barbares (non Hellènes) en maître (2); distinction coïncidant avec celle qu'indiquait Biirke dans ses discours au commencement de la guerre d'Amérique, entre les principes de gouvernement qu'il était convenable à l'Angleterre de suivre dans les colonies américaines et dans Tlnde anglaise. Aucun penseur grec ne croyait les Asiatiques susceptibles de recevoir cette constitution civile libre (3) sur laquelle était fondée la marche de toute communauté grecque. Aris-
(1) Plutarque, Alex, 55-7 1.
(2) Plutarque, Fortun. Alex. Mag.
p. 329, *AXI(«v^O< 8i tw lôyui -cô Ip- YW icapéoxev • oû yàp, «ÎK 'ApKrroTéXTi; <yyve6ou).euev aùxC^, roî; |iiv "EW.Tj<jtv '^e|iovixtt>;, toi; Sà ^apêôpotç èiaitottxâ^ Xp6\tt!mi.., £XXà xotvic ^xetv 6e60ev &p|iO(rr^; xal SiaXXaxrric tùv Ô).ci>v vo(xi'^a)v. O'jç Tw \6yo) {xr, TJVTjvr, TOïç onXoi; ^ia^ô(jievo;, si; -6 avtà <ruvtvcYxâiv tà irovrdxoOcv, etc.
Strabon (ou Erati>!itlu''iii'. V. Sîrabon, I, p. 66) et Plutarque compreu- Miit mil l'expiMsion d'Arâtote, — coBune si oe philosophe avait entendu recommaiuler un traitement dur et crael pour les non -Hellènes, et un traitement doux eenlement à l'%ard des Grecs. Que telle ne fût pas la pensée d'Aristote, c'est ce qui est évident d'après tonte la teneur de sou tfaité snr la Politique. La dittinetion réellement propoiée est entre une me- •nre plus ou moins grande d'nutorité extrapopulaire, — et non entre des deneins hienTeilIantt et dnft dans Vexordoe de Pantoiité. Cf.llaelte, An-
nales, XII, 11, — l'avis de l'eniperear Claude au prince Part h e Meberdatte.
(3) Arietote, Politique, I, 1, 5; VIT, Gy 1. V. la mémorable comparaison éta})Iie pur Aristotc (Polit VÎI, 6) entre les Européens et les Asiatiques en général. Il déclare que les pnrnien sont courageux et énergiques, mais qu'ils manquent d'intelligence ou faculté de combinaison politique; que le»
seconds sont intelligents et habiles en arrangements, mais dé|>ourvU3 décourage. Ni les uns ni les autres n'ont plus qu'une • aptitude à une jambe < (çû<riv itovôxtoXflw); le Grec seal possède et le cotirntîf; l'intellifi'ciic^ réunis. Les Asiatiques sont condamnés à nne sujétion perpétuelle; les Grecs' ponnraÎMit gouverner le monde, s*ils pouvaient seulement s'unir en une seule société politique.
Isokrate ad Philippum, Orat. Y, p. 85, s. 18. *E<tx\ 8à vi |Uv iceiOeiv Trpô; Toùç 'E),>>]vac (jvfiçepov, to 5è ^id^eaôai 7;pà; toO; ^apgâpou; XP^' «((aov.
318 HurroiRB t» hk obëcs
tote ne voulait pas abaisser les Asiatiques an^essons da niveaa auquel ils avaient été accoutumés, mais plutôt préserver les Grecs d*ètre abaissés au même niveau. Or Alexandre ne reconnaissait aucune distinction semblable à celle qu'avait établie son précepteur. Il traitait les Grecs et les Asiatiques également, non en élevant les seconds, mais en dégradant les premiers. Bien qu'il les employât tous indistinctement comme ses instruments, cependant il ne tarda pas à trouver le libre langage des Grecs, et même des Macédoniens, si désagréable et si blessant, que ses préférences tournèrent de plus en plus en faveur des sentiments et des coutumes des serviles Asiatiques. Au lieu de donner à l'Asie le caractère hellénique, il tendit à donner le caractère asiatique à la Macédoine et à la llellas. Ses dispositions et son naturel, modifiés par quelques années de conquêtes, le rendirent tout à fait impropre à suivre la marche recommandée par Aristote à Tégard des Grecs, — tout à fait aussi impropre qu'aucun des rois de Perse, ou que l'empereur des Français Napoléon à endurer l'impuissance partielle, les compromis et la douleur causée par une libre critique, qui sont inséparables de la jiosition d'un chef dont le pouvoir est limité. Dans une multitude de sujets plus variés en couleur même que l'armée de Xerxès, il est bien possible qu'il eût pu appliquer sa puissance à l'amélioration des portions les plus grossières. Un nous dit (bien que le fait soit difficile à croire, vu le peu de temps qu'il eut) qu'il abolit diverses coutumes barbares des Hyrkaniens , des Aracliosiens et des Sogdiens (I). Mais les Macédoniens, aussi bien que les Grecs, auraient grandement perdu à être absorbés dans un immense agrégat asiatique.
Plutarque affirme qu'Alexandre fonda plus de soixantedix nouvelles cités en Asie (2). Un nombre aussi considé-
(1) Plutarque, Fortunu Alt x. Magni, p. 328. Le si'jonr fi^Alexamlre dans ces contrées tut cependant si court, que mène ftv«c la meUlenre volonté, ii n'aurait pu imposer la suppressiOR d'aucune coutume invétérée.
(2) Plutarque, Fâvtiina Alex. Magni, p. 328. Plutarque mentionne, quelques lijsnes après, Seleukeia en Mesopotania, comme s*il pensait qu'eUe était ■a nombre des cités établies pur Aloaundre lni-«nâme. Cela prouve qu'il
CONQUÊTES d'aLEXANDRB BN ORIENT 319
rable ne peat être vérifié, et il n'est pas non plus probable, à moins que nous ne comptions de simples postes militaires, on que nous ne C&ssions des emprunts à la liste des fondations •établies réellement par ses snocesseors. A Texception d'Alexandrie en Ëgypte» on ne pent démontrer qa*attcane des cités fondées par Alexandre ait atteint nn grand développement« Presque tontes furent placées parmi les peuples éloignés, belliqaenx et turbulents, à Test des Portes Oaspiennes. Ces établissements furent en réalité des postes fbrtifiés destinés à tenir le pays dans la sujétion. Alexandre y logea des détachements de son armée; mais aucun de ces détachements ne peut avoir été considérable, vu qu*il ne pouvait se permettre d'affiûblir beaucoup son armée, tandis que des opérations militaires actives se continuaient encore, et qu'il songeait à pousser sa marche plus en avant. Il y eut plus de ces colonies créées en Sogdiane qu'ailleurs ; mais relativement aux fondations sogdiennes, nous savons
n'a pas été exact à distinguer les fondations fuites par Alexan<lre, de cellt s que crcèrent Seleukos et les autres •diâdodd.
Uartide élaboré de Droysen (dans l*Appendice annexé ù sa « Geschiclite des Hellenismas », p. 588-661) attri- Irae à Alexandre ks ptant les pins vastes do colonisation en Asie, et énumère un grand nombre de cités qti'on prétend avoir été fondées par lui. Mais par rapport à la n^orité da cet fondations, la preuve sur laquelle Drovsen fonde son opinion qu'Ah'xandre en fut le fondateur inu parait entièrement AiUe et peu satisfaiwuite. Si Alexan»
<lrif> fonda autant de villes que Proysen le croit, comment se fait-il que Droy- «en eu mentionne seulement un nonw bre ai petit comparativement? L'ar- ^mcnt tiré du silfuce d'Arrien , pour rejeter ce qui est attirmé par d'antrea antenrs rdativement à Alexandre, est, il est mi, emploTé par 4«a tatenrs modernes (et par Drajwea
Ini-mênie entre autres) beaucoup pins souvent que je ne le crois légitime.
Mais s'il y a un acte d'Ale&andre plus qm'no antre, par rapport auquel le ûlenoe d'Arrien doive nous rendre soupçonneux, -— c'est la fondation d'une nouvelle colonie; acte solennel, demaodaiit dn temps et des ri^Ieneats multiplit s, destiné à dorer toujours, et contribuant à l'honnenr dn fondateur.
Je ne crois à aucune des colonies fondées par Alexandre, an delà de celles comparativement peu nombreuses que mentionne Arrien, à l'exception de celles qui reposent snr quelque autre témoignage exprès et valable. (Quiconque lira jnstiu"au bout la liste de Droyseu verra i^ue la plupart des noms qu'elle renferme ne supporteront pas cette épreuve. La courte existence et la rapidité des monvements d'Alexandre sont par eux-mêmes la présomption la plus forte contia la an^ position qu'il a fondé nn nomtos ainsi eonsidécable de colonies.
que les Grecs qu'il y établit, enchaînés à Tendroit seulement par la crainte de son pouvoir, éclatèrent en mutinerie dès qu'ils reçurent la nouvelle de sa mort (1). Quelques soldats grecs de Tarmée d'Alexandre sur Tlaxarte ou sur THydaspes, malades et fatigués de ses marches interminables, pouvaient préférer être inscrits parmi les colons d'une nouvelle cité sur l'un de ces flfinves inconnus à la routine sans cesse répétée d'un devoir épuisant (2). Mais il est certain qu'aucun émigrant volontaire ne devait se présenter pour s'établir à des distances telles que son imagination pouvait à peine les concevoir. Le désir absorbant d* Alexandre fut la conquête à Test, à l'ouest, au sud et au nord; les cités qu'il créait furent établies pour la plupart comme garnisons destinées à défendre ses acquisitions les plus éloignées et les plus précaires. Le dessein de coloniser fut entièrement subordonné; et, autant que nous le pouvons voir , le prince ne songea même pas à l'idée d*helléniser TAsie, encore bien moins la réalisa-t-il.
Cette opération d'helléniser TAsie, — autant que l'Asie le fut jamais, — qui a été souvent attribuée à Alexandre, fut en r^té Tœuvre des diadochi qui vinrent après lui , bien que ses conquêtes sans doute ouvrissent la porte et éta-. blissent Tascendant militaire qui rendait une pareille œuvre praticable. La position, les aspirations et les intérêts de ces diadochi, — Antigonos, Ptolemœos, Seleukos, LysimaeboBf etc., — furent essentiellement différents de ceux d'Alexandre. Ils n'eurent ni le désir ni le moyen de faire des conquêtes nouvelles et éloignées; leur grande rivalité fut à régard les uns des autres; chacun d*eux chercha à se fortifier dans son voisinage contre ses rivaux. Ce devint une
(l) Diodore, XVII, 99; XVIII, 7.
Quinte-Curce, IX, 7, 1. Quinte-Curce fut obwnrer (VU, 10, 15) rétive* ment aux colonies d'Alexandre en Sogdiane, — qu'elles furent fondées « velat frœni domitarnm gentinm;
nuuc originis suœ oblita serviunt, quibus imperavemnt. »
(2) V. rexplosion franche et ouverte du Thiirifn Antilpôn, l'un des Dix Mille Grecs de Xéuoplion, quand l'armée arriv* k Tiapésoote (X4ii. Anftb. V, 1, 2).
CONQUÊTES D*ALEXANDRB BN ORIBNT ' 331
affaire de mode et d'orgaeU pour eux , non moins que d'iniérèt, de fonder de nouvelles cités, qui devaient immortaliser leurs noms de famille. Ces fondations se firent surtout dans les régions de TAsie voisines des Grecs et connues d*enx, où Alexandre n*en avait établi aucune. C'est ainsi ^e les grandes et nombreuses fondations deSeleukos Nikanôr et de ses successeurs couvrirent la Syria, la Mesopotamia et des parties de TAsie Mineure. Toutes ces régions étaient connues des Grecs» et elles tentaient plus ou moins de nouveaux immigrants grecs; elles n'étaient pas hors de portée ; on pouvait y entendre parler de la fête Olympique et d'autres fêtes, tandis qu'il n'en était pas de même de rindus et de Tlaxarte. O^est de cette manière qu*une abondance considérable de nouveau sang hellénique fut versée en Asie pendant le siècle qui suivit Alexandre, — venant • probablement en grande proportion d'Italie et de Sicile, où la condition des cités grecques devint de plus en plus malheureuse, — outre les nombreux Grecs qui prirent du service comme individus sous ces rois asiatiques. Les Grecs et les Macédoniens parlant grec devinrent prédominants, sinon «en nombre, du moins en importance , dans la plupart des cités de TAsie occidentale. En particulier, Torganisation, la discipline et Tadministration militaires macédoniennes furent maintenues d*une manière systématique chez ces rois asiatiques. Dans le récit de la bataille de Magnesia, livrée par le roi séleukide Antiochos le Grand contre les Romains, en 190 avant J.-G., la phalange macédonienne, constituant la principale force de sou armée asiatique, parait dans son état complet, précisément telle qu'elle était sous Philippe et Perseus dans la Macédoine elle-même (1).
Toutefois, quand on dit que TAsie devint hellénisée sous les successeurs d'Alexandre, la phrase mérite explication. L'hellénisme, proprement appelé ainsi, — Tensemble d'habitudes, de sentiments, d'énergies et d'intelligence, manifesté par les Grecs pendant la durée de leur autonomie (2), — ne
(l) AppicD, Syriac. 32. (2^ Tel est le sens dan» lequel j'ai
T. XVUI 21
passa jaoïais «n Asie, non plus qae les plus hautes qualité*de l'esprit grec, ni même le caractère entier de Grecs ordi* Baires. Ce véritable hellénisme ne put subsister sous la compression dominante d'Alexandre, ni même sous la pression moins irrésistible de ses successeurs. Sa force pleine de vie, son génie productif, sa faculté de s'organiser par lui-même et son esprit actif d'union politique furent étouffés et s'éteignirent insensiblement. Tout ce qui passa en Asie n'en fut qu'une imitation faible et partielle, qui portait les marques superficielles de Toriginal. L'administration des rois gréco-asiatiques ne fut pas hellénique (comme on l'a quelquefois appelée), mais complètement despotique, comme celle des rois persans l'avait été auparavant. En suivant leur histoire jusqu'à la période de la domination romaine, on verra qu'elle dépendit des goûts, du caractère et de l'habileté du prince et de l'état de la famille royale. A considérer leur gouvernement comme un système, sa différence saillante, en tant que comparé avec celui de leurs prédécesseurs persans, consista en ce qu'ils conservèrent les traditions et l'organisation militaires de Philippe et d'Alexandre, plan élaboré de discipline et de manœuvre qui ne pouvait être maintenu sans une hiérarchie officielle permanente et sans une mesure d'intelligence plus grande qu'il n'en avait jamais été déployé sons les rois achseménides, qui n'avaient ni école ni éducation militaire quelconque. Aussi un grand nombre de Grecs individuels trouvaient-ils de l'emploi dans le service militaire, aussi bien que dans le service civil de ces rois gréco-asiatiques. Le Grec intelligent, au lieu d'être
toujours employé le mot hellénUme dans tout le cours du présent ouvrage.
Dam DrojntD, 1» mot fleUmiaimM—
Das H' llenistivhe Slaatensystem^ — est appliqué à l'état de cliuses qui suivit la mort d'Alexandre, h l'agrégat de royaumes «Jnns lequel les conqaâtec d'AI'xandre furent réparties, ayant comme point de similitude Tusage eomniun d« la langue grecque, une
certaine proportion de Grecs tant comme habitants que cumme officiers, et une bigarrure partielle de enlture hellénique.
Ce sens du mot (si toutefois il est admissible)! on àtnt en tont cas l'avoir constamment présent à Tesprit, afin de ne pas le confondre avec hrllénisme dans la signification plus rigoureuse.
CONQUÊTES D ALBXANDRB BN ORIENT. 323
citoyen de la Hellas, devint rinstmment d*un prince étranger; les détails do gouvernement furent réglés dans une grande mesure par des fonctionnaires grecs et toujours en langue grecque.
De plus, U y eut, outre cela, le fait plus important encore des cités nouvelles fondées en Asie par les Seleukid» et par les autres rois contemporains. Dans chacune de ces cités fut versé un nombre considérable de citoyens grecs et macédoniens, au milieu des Orientaux indigènes qui y étaient établis, souvent amenés par contrainte des villages voisins. Dans quel rapport numérique ces deux éléments de la population civile étaient-ils Tun à Tégard de Tautre, c*est ce que nous ne pouvons dire. Mais les Grecs et les Macédoniens étaient la portion principale et active qui exerçait la plus grande force d'assimilation, donnait un effet imposant aux manifestations publiques de la religion, avait des vues et des sympathies plus larges, communiquait avec le gouvernement central et entretenait cette mesure resserrée d'autonomie municipale qu'il était permis à la cité de conserver. Dans ces villes, les habitants grecs, bien que privés de liberté politique, jouissaient d'un cercle d'activité sociale appi'opriée à leurs goûts. Dans chacune, le grec était la langue des affaires et des relations pu])liques; chacune était un centre d'attraciion et de commerce pour un voisinage étendu ; toutes ensemble, elles étaient le principal clément h'^llcniiine ou quasi-hellénique, en Asie, sous les rois gi-é( ()-asiati4iios , en tant que comparées avec les villages rustiques, oii les c()iituin<;s indigènes et probalilenient la langue indigène durèrent encore avec peu de modifications. Mais les Grecs d'Antioche, ou d'Alexandrie, ou de Seleukeia ne ressemblèrent pas à des citoyens d'Athènes ou de Thèbes, ni même à des hommes fie Tarente ou d'Ephesos. Tandis qu'ils communiquaient leur lanirut» aux Orientaux, ils finirent par prendre réellement eux-mêmes le cai'actère oriental. Leurs sentiments, leurs jugements et lenrs liabi* tudes d'action cessèrent d'être helléniques. Polybe, quand il visita Alexandrie, vit avec surprise et dégoût les Grecs qui 7 résidaient, bien qulls fussent supérieurs à la popula-
tion non hellénique, qu'il considérait comme méprisable (1). Les habitudes sociales, les fêtes et les légendes grecques passèrent en Asie avec les colons helléniques, le tout finissant par s*amalgamer et se transformer, de manière à convenir à une nouvelle demeure asiatique. D'importaiites conséquences sociales et politiques résultèrent de la diffusion de la langue et de rétablissement de ce moyen commun de communication d*une extrémité à l'autre de TÂsie occidentale. Mais, après tout, l'Asiatique hellénisé ne fut pas tant un Grec qu'un étranger parlant le grec, avec un vernis extérieur et des manifestations superficielles empruntés à la Orèce, foncièrement distingué de ces citoyens grecs dont s'est occupée la présente histoire. C'est ainsi que Sophokle, Thucydide, Socrate l'auraient considéré.
Ce que je viens de dire est nécessaire pour que l'on comprenne la portée des conquêtes d'Alexandre, non-seulement par rapport à la population hellénique, mais encore par rapport aux attributs et aux particularités helléniques. Tout en écrasant les Grecs comme communautés à l'intérieur, ces conquêtes ouvrirent une sphère plus étendue au dehors aux Grecs comme individus, et produisirent, — peut-être le meilleur de tous leurs résultats, — un grand accroissement de communications mutuelles, tme multiplication de routes, une extension de relations commerciales et de plus grandes facilités pour l'acquisition de connaissances géographiques. Il existait déjà dans l'empire persan une route royale facile
(1) vStrabon, XVII, p. 797. 'o yoûv Iio)"j6io;, yiyo^ttù:; èv Tfj ît(i).ei (Alexan- Uric), pôeÀÛTCfiiai trjv TaûtTj xaxâuTatftv, etc.
Le Muséum il'Alexandrie (avec sa biblioth'-quc) doit Ctre soigneusement distingue de la cité et du peuple. Ce fut une institution artilidelle, qui dut complètement sou orii^iiit» au goAt et k la munificence personnels des premier^ Ptolémées, partieuU^ment du second.
Ce fut une des plus nobles et des plus utiles iii-^tituf ions enrt*;xi^tr<''cs dans riiistoire, et elle forme le plus hono-
rable monument de ce que Droyien appelle la période hellénistique, entre la mort d'Alexandre et l'extension de Tempire romain en Asie. Mais ce Mu* seum, bien que ritué à Alexandrie, n'avait pas de connexion particulière avec la cité ni avec sa jwpulation; c\était un coU^ de savants (si nous pouvons employer un mot moderne) réunis de diverses cités grecques. Krutostlienës, Kallimachos, Arifctophanês, Aristurclios, n'étaient pas natifs d*A> lexandrie.
CONQUETES D*ALBXANDRB EN ORIRNT 325
et commode (établie par Darius, fils d'Hystaspes, et décrite aussi bien qu admirée par Hérodote) pour le voyage de trois mois entre Sardes et Suse, et il a dû y avoir une autre route réiîulière inonant de Suse et d'Ekbatane en Baktriane, en Sogdiane et dans l'Inde. Alexandre, s'il eût vécu, aurait sans doute multiplié sur une plus grande échelle les communications, tant par mer que par terre entre les diverses parties de son empire. Nous lisons qu'au nombre des projets gigantesques qu'il méditait, quand il fut surpris par la mort, était la construction d'une route tout le long de la côte septentrionale de l'Afrique, jusqu'aux Colonnes d'Héraklès (l). 11 avait eu l'intention de fonder une nouvelle cité maritime sur le golfe Persique, à l'embouchure de l'Euphrate, et de faire de grandes dépenses pour régler le cours de l'eau dans ]a partie inférieure. Probablement le fleuve aurait été mis en état de présenter les mêmes avantages, tant pour la naviga* tion que pour Tirrigation , qu*il paraît avoir procurés jadis, soos les anciens rois babyloniens. Des ordres avaient été donnés également pour construire une flotte destinée à explorer la mer Caspienne. Alexandre croyait que cette mer se rattachait à l'océan Oriental (2), et il projetait de la prendre pour point de départ afin de faire par mer le tour des limites orientales de TAsie, contrée qui lui restait encore à conquérir. Le voyage accompli déjà par Nearchos, de Tembouchure de rindus à celle de TEuphrate, était pour cette époque un magnifique exploit maritime, auquel un autre plus grand encore fut sur le point d*ètre ajouté, — la circumnavigation de rÂràbia, depuis le golfe Persique jusqu*à la mer Rouge, bien qu*ici nous devions faire remarquer que ce môme voyage
(1) Diodore, XYIII, 4. Pausaniat (II, 1, ff) fkit obaener qu'JMexandre désira percer le mont Mimas (en Asie Mineure), mais q^ue ce fut la seule de tontes ses entreprises qui ne réussit pas. ' Tuiit il est difficile (ajoute-t-fl) de forcer les arrangements divins >•, TÀ 6eîa ^lâdaoOai. U désirait percer rtsthmo entre Teos et Elasomaue,de
manière à éviter la navigation autour des falaises du Mimas '(oxéireXov vt-
çôîvra MtjjLovTo;, — Aristoph. Xub.
274), entre Chios et £rythnc. Probablement eé Ait au nombre des projets suggérés à Alexandre dans la dernière
année de sa vie. Nous n'avons pas d'autre infurmation sur ce point.
(2; Arricn, V, 26, 2.
BI0TOIBB SB LA. OBftCB
(depuis rembouchnre de Tlndos autour de l'Arabia jusque dans la mer Rouge) avait été exécuté en trente mois, un siècle et demi auparaTant, par Skjlax de Karyanda, en vertu des ordres de Darius, fils d'Hystaspes (1), voyage qui, bien que consigné par Hérodote, était oublié (à ce qu'il semblerait) par Alexandre et par ses contemporains. Cette •exploration agrandie et systématique de la terre, combinée avec des moyens plus grands de communication entre ses •habitants, est, dans la carrière d'Aiexandre, le trait princirpal qui s'offre comme promettant des conséquences réelles profitables à l'humanité.
Nous lisons qu'Alexandre s'intéressait tellement au développement de la science qu'il donna à Aristote la somme immense de huit cents talents en espèces, eu mettant sous sa direction plusieurs milliers (rhommes, dans le dessein de poursuivre des recherches zoolo,<,nques [2). Ces exagérations sont probablement Tœuvre de ceux des ennemis du philolosophe qui le décriaient comme pensionné par la cour de Macédoine; mais il est assez probable que Philippe et Alexandre, dans la première partie de son règne, ont pu aider Aristote dans l'opération difficile de réunir des faits et des échantillons pour Tobservàtion, — par estime pour lui personnellement, plutôt que par intérêt pour ses découvertes. La tournure d'esprit d'Alexandre était vers la littérature, la poésie et l'histoire. Il aimait surtout l'Iliade, aussi bien que les tragiques attiques , de sorte qu'Harpalos,
(1) Hérodote, IV, 44 : Cf. UI, 102.
'Qa*Amen n'eût jia-i présent à la- mémoire ce récit d'Hérodote, c'est ce (lue montre le dernier chapitre de ses la*
•dicA, bien qae dans «on histoire d'Alexandre il fasse plnsienrs fols allllrion
-k Hérodote. Qapfiques auteurs ont
■ooada du silence d'Arrien qu'il ne eroyait pM le fait : i*fl en avait douté,
. ja eran qu'il aurait néanmoins mentieaaé Paiaertion d'Hérodote, en donn*>t à entendre qu'il ne le Jugeait pas digne de erédit. De plat, llnerédalité d'Amen à cet égaid (néiiie en adatet-
tant que tel fàt Tétat de son esprit, na doit pas être regardée comme une réfutation conclnantp de l'histoire, d'avoué que je ne vois pas de raison suffisante pour ne pas croire an récit d'Hérodote, — bien que quelques aatcnra modernes éminents Soient d*nna opinion contraire.
(3) Pline, H. K. THI, 17; Athénée, IX, p. 398. V. la préftce de Schneider à son édition de « Historia? de Animalibus s d'Aristote, p. XXXIX,
chargé de lui expédier quelques livres dans la liaute Asie, choisit comme Fenvoi le plus agréable diverses tragédies d*^8chyle, de Sophokle et d*£aripide, avec les poëmes dithyrambiques de Téleste et les histoires de Philiste (1).
(i) Plutarque, Alexand. 8.
FIN DU DIX-HUITIÈME VOLUliB
TABLE DES MATIÈRES