‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 103 sur 235 · LES ATHÉNIENS VONT PILLER OROPOS · texte numérisé non relu

LES ATHÉNIENS VONT PILLER OROPOS

la nouvelle terrible de la catastrophe subite qui éclata dans sa patrie pendant sa nouvelle absence.

Les autres bannis avaient été chaudement accueillis lors de leur retour au Péloponnèse. Bientôt ces hommes qui, presque tous, partageaient les sentiments des démocrates de ce temps, eurent à peu de chose près la direction des affaires de la Ligue, mais malheureusement ce ne fut que pour prouver qu'au point de vue de la valeur morale ils ne se distinguaient plus en rien de Gallicrate et de ses amis, dont la domination prit fin jusqu'à nouvel ordre. Quant aux événements qui finirent par amener la ruine de la confédération, ils furent causés par une déplorable affaire qui avait commencé déjà avant leur retour. Depuis longtemps, la misère et le désordre social régnaient dans la Grèce centrale autant qu'en Etolie et dans le nord de la Grèce. G'est ainsi que nous apprenons que les Thébains entre autres — il paraît, il est vrai, que ce ne fut que peu avant le commencement de la guerre romano-achéenne — allèrent piller la Phocide, l'Eubée et Amphissa, uniquement pour se procurer de l'argenté Cependant, les Athéniens si civilisés s'étaient rendus coupables dès l'année 156 des mêmes crimes auxquels on ne s'attendait en Grèce que de la part de Klephtes étoliens ou de démocrates socialistes thessaliens et béotiens ; et c'est cette action honteuse qui devint fatale à toute la Grèce. Athènes se trouvait alors, malgré les présents qu'elle avait reçus de Rome pendant la guerre contre Persée, dans une situation économique déplorable. Les réquisitions énormes que le consul Licinius et l'amiral Lucretius avaient faites à Athènes dans cette guerre, et probablement aussi le tort qu'avaient fait alors au commerce athénien l'interruption de tout trafic pendant plusieurs années, avaient mis pour longtemps dans un état désespéré les finances de cette ville déjà bien délabrées depuis la guerre contre le roi Philippe ^. Dans leur détresse, les habitants entreprirent donc en 156 une expédition pour piller Oropos, que se disputaient constamment les Béotiens et les Athéniens et qui alors faisait partie du territoire

') Pausan., VII, 14, 4.

») Cf. Liv. XLIII, 6 init.

LA QUESTION d'oROPOS ET LES ACHÉENS 229

d'Alhëncs ^ et la pillèrent à fond. Les Oropiens se plaignirent naturellement à Rome, et le Sénat chargea la ville de Sicyone de fixer^ par une décision arbitrale, la somme qu'Athènes devait payer pour dédommager Oropos. Gomme les Athéniens ne se firent pas représenter auprès du tribunal, lesSicyoniens, peutêtre sous l'influence des Déliens fugitifs profondément irrités contre les Athéniens (p. 208), condamnèrent Athènes à payer la somme énorme de 500 talents (environ 2,950,000 francs)-. Dans sa détresse, Athènes envoya une ambassade au Sénat en 155; on avait confié cette mission à trois hommes distingués par leur brillante éloquence, à l'académicien Carnéade, au stoïcien Diogène et au péripatéticien Critolaos, les chefs célèbres de trois des écoles philosophiques qui florissaient alors à Athènes. Les brillantes harangues de ces philosophes charmèrent tous ceux qui, à Rome, avaient reçu une culture hellénique, si bien que, pour ne pas renoncer sitôt aux jouissances intellectuelles que procurait la société de ces philosophes, on tarda longtemps à terminer l'affaire d'Oropos. Ce ne fut qu'après les pressantes incitations du, vieux Caton, Tennemi déclaré de la culture grecque moderne et surtout de la « sophistique » corruptrice et de la philosophie qui lui semblaient sans contredit dangereuses pour le véritable caractère romain, qu'on se décida à renvoyer enfin les philosophes que Caton ne voulait à aucun prix tolérer plus longtemps sans nécessité à Rome, aussi peu que leur dialectique qui brouillait les notions morales du juste et de l'injuste; cependant les ambassadeurs obtinrent positivement du Sénat la réduction de l'amende à 100 talents K Mais les Athéniens n'avaient aucune envie de

*) Nous ne savons ni quand ni comment Oropos tomba alors sous la suprématie des Athéniens. Ce ne fut peut-être définitivement que depuis la ruine de laLigue béotienne, voy. Bôck.h, C. J. Gr. vol. I, ad n. 1542, p. 7H. — De la circonstance (voy. ci-après) que les Oropiens reçoivent plus tard une garnison athénienne et donnent des otages, on est tenté de conclure que des différends sur le degré et le genre de leur dépendance d'Athènes, ou même une tentative des Oropiens de se séparer complètement d'Athènes, ont fourni à ces derniers le prétexte de leur expédition. Oropos est cité par Tite-Live, XLV, 27, comme faisant partie en 168 du territoire athénien; d'après Pausanias, VII, 11, 2, la ville était en 156 ÙTnqxooç aux Athéniens. ' 2) Pausan., VII, 11,2. PoLYB., XXXIII, 1, 9. Gell., JV. A., VII, c. 14. .Cf. ScHORN, p. 382, note 4.

230 MÉNALCIDAS ET DliEOS

payer une amende quelconque. Ils décidèrent, au contraire, les habitants d'Oropos, en leur faisant des promesses et des présents, à conclure avec eux un traité tout différent. Le pillage de l'année 156 devait être oublié, et Oropos, de son côté, devait consentir à recevoir une garnison athénienne et à livrer des otages à Athènes ; si la petite ville, qui, par le fait, devenait sujette d'Athènes, devait être lésée de nouveau par cette dernière, les Athéniens étaient tenus d'évacuer complètement Oropos et de la laisser sortir de leur confédération. Or, lorsqu'on 150 avant Jésus-Christ, plusieurs citoyens d'Oropos eurent été maltraités par des soldats athéniens^ et que le gouvernement d'Athènes eut refusé d'évacuer Oropos, en se contentant de punir les soldats coupables, les habitants d'Oropos demandèrent à la confédération du Péloponnèse du secours contre Athènes. Les autorités fédérales refusèrent d'abord tout simplement de les écouter. Les Oropiens offrirent ensuite en secret à Ménalcidas de Sparte, alors chef de la Ligue, un présent de 10 talents s^il voulait leur amener des troupes auxiliaires péloponnésiennes. Ce misérable se mit immédiatement en rapport avec Callicrate, et, séduit par la perspective d'obtenir la moitié de la somme offerte par Oropos à Ménalcidas, cet homme d'État réussit à décider les confédérés à intervenir militairement dans l'affaire d'Oropos. Mais à peine les Athéniens eurent-ils reçu la nouvelle certaine de la guerre qui les menaçait, qu'ils renouvelèrent en toute hâte le pillage d^Oroposet retirèrent ensuite leur garnison de cette ville infortunée. L'armée péloponnésienne arriva trop tard pour empêcher ce nouveau scandale, et lorsque ensuite Ménalcidas et Callicrate voulurent envahir l'Attique pour la piller^ les soldats, et notamment les Lacédémoniens, refusèrent de leur obéir*.

Mais ce ne fut point là la fin de cette vulgaire comédie. Ménalcidas fut assez infâme pour forcer, dans cet état de choses,

1) PoLYB., XXXIII, 1, 9. Gell. N. a. vit, c. 14. Pausan., VII, 11, 2. Cf. Gic, de Orat., II, 37. TuscuL, IV, 3. Pun., N. H., VII, 30, (31), 112. Macr., Sat., 1, 5. .Elian., Var. Hist., Ill, 17. Plut., Cat. maj., c. 22, Cf. MoMMSEN, Rom. Geschichte, II, p. 420. Lange, Rom. Alterth., II, p. 279.

») Pausan., VII, II, 2-3. Sur le passé de Ménalcidas, voy. aussi Schnei- DERwiKTH, Die politischen Beziehungen der Rômer zu Aegypten, p. 22 sqq.

l'affaire d'oropos et les achéens 234

los Oropiens à lui payer les 10 talents; 'puis il refusa de son côté de payer à Callicrate les cinq talents qu'il lui avait promis *. Et c'est alors que cette ignoble affaire prit un caractère dangereux pour les Achéens. En effet, l'année pendant laquelle Ménalcidas avait exercé ses fonctions était à peine écoulée, les confédérés avaient à peine nommé chef de la Ligue pour l'année 149 le démocrate Diaeos, un des exilés revenus depuis peu d'Italie et un des ennemis les plus acharnés de Rome, que Callicrate, avide de vengeance, demanda aux confédérés la condamnation à mort de Ménalcidas comme coupable de haute trahison. Ménalcidas, disait-on, avait, comme ambassadeur (on ne nous dit pas quand), agi à Rome contre les intérêts de la Ligue, et s'était efforcé en particulier de détacher Sparte de la Ligue \ Mortellement effrayé, l'accusé courut chez Dia?os et lui offrit trois talents de Targent oropien s'ilvoulait le sauver ! Cet honorable démocrate était d'autant pl^us disposé à se rendre à ces raisons qu'il trouvait là une exellente occasion de vexer son ennemi politique personnel Callicrate. Nous ne savons pas si Ménalcidas était coupable ; toujours est-il que Diaeos sut, de son côté, arrêter le procès intenté à son prédécesseur ^

Cependant les confédérés manifestaient à haute voix l'indignation que leur faisait ressentir la conduite scandaleuse de leurs fonctionnaires les plus hauts placés. On était irrité surtout contre Diaeos, qui avait inauguré par un acte de honteuse corruption le gouvernement des internés dont on avait tant désiré le retour. Pour détourner de lui la colère du peuple, Diaeos crut nécessaire d'occuper ailleurs Tesprit des confédérés : les éternelles disputes avec Sparte lui en fournirent malheureusement une excellente occasion. Malheureusement nous n'avons que peu de renseignements assez vagues sur la nouvelle direction que prirent les affaires et sur les graves conséquences qui en résultèrent. Nous voyons pourtant qu'à cette époque l'ancienne querelle au sujet de Belmina avait recommencé (p. 217); la plainte de Callicrate permet de conclure

1) Pausan., VII, 12, 1.

2) Pausan,, VII, 12, 1. Cf. Freeman, pag. 689. ') Pausan., ibid.

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