COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS CONTRE ROME
Cependant le mouvement avait atteint ainsi son point culminant. D'aucun côté Critolaos ne vit arriver des renforts*. Héraclée tint bon; puis arriva la nouvelle terrible que le redoutable Métellus s'approchait à grands pas et avait franchi le Sperchios, peu éloigné d'Héraclée. Critolaos, qui n'était qu'un misérable poltron, perdit courage. Maintenant qu'il pouvait assouvir dans le sang romain sa haine contre Rome, maintenant qu'il s'agissait de prouver que, s'il ne voulait être ni serviteur, ni client de Rome, il était prêt du moins à renouveler avec honneur la lutte héroïque des Thermopyles ou une autre bataille de Chéronée, il ne songeait plus qu'à battre en retraite le plus promptement possible vers le Péloponnèse. Il se retira plein d'angoisse à travers les Thermopyles ; le souvenir de Léonidas et de ces vaillants Grecs de l'époque des Diadoques, qui^ en 279 avant J.-C, avaient en cet endroit si courageusement tenu tête aux Celtes, n'existait pas pour Critolaos. Mais sa fuite honteuse ne le sauva pas. Métellus, qui le suivait de près, l'atteignil (environ au mois de juin 146') près de la petite ville locrienne de Scarpheia. Dans une ren-
Verr., act., II, lib. I, c. 21, § 55, et lib. IV, c. 2, § 4, cf. Schorn, p. 394. Paparrhigopoulos (voy. ci-après : « KopivOou aXoxri; )>), p. 162, estime, en ne s'appuyant il est vrai que sur les indications, selon moi, très peu sûres, de Claudius chez Oros., V, 3, que l'armée, de Critolaos était d'au moins 40,000 hommes. Il est difficile d'arriver là-dessus à quelque certitude. Sans doute, nous savons (Polyb., XXIX, 9, 8) qu'au teaips de la guerre contre Persée, la confédération pouvait encore lever une armée d'environ 40,000 hommes. Mais dans le Péloponnèse aussi le nombre des hommes capables de porter les armes avait lentement diminué depuis. D'ailleurs Sparte était alors en pleine révolte, et même un Critolaos avait dû laisser derrière lui, en marchant sur Héraclée, quelques troupes pour surveiller les Spartiates. Je suis d'autant moins disposé à tirer des conclusions certaines des indications de Claudius (cf. ci-dessous, note 2, et p. 252, note 1) dont s'est servi Paparrhigopoulos, et qui concernent les pertes colossales éprouvées par les Grecs dans cette guerre, qu'on ne peut guère se fier (cf. NissEN, p. 39 sqq.) aux annalistes romains quand ils nous indiquent le nombre des hommes perdus par les ennemis de Rome.
*) Pausanias, II, 1, 2, dit, contrairement aux autres iiistoriens qui nous parlent de cette guerre, que « xa\ t&v ïIm FleXoTtowi^crou ot izoïXoi » y furent alliés des Achéens.
-} C'est l'avis de K.F. Hermann, Gesammelte Abhandlungen and Beitràye zur klass. Literatur und AUerthumskunde (1849), XVP dissertation. Die Eroberimg von Korinth und ihre Folgen fiir Griechenland (dont la première partie est dirigée, comme l'on sait, contre la tentative du savant athénien