‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 123 sur 235 · LES DIX LÉGATS ET POLYBR · texte numérisé non relu

LES DIX LÉGATS ET POLYBR

la mesure de ses forces l'affreuse misère de son peuple. Polybe avait appris la triste nouvelle de la ruine de Corinthe en Afrique, dans le camp de Scipion Emilien; d'accord avec son illustre ami, et puissamment secondé par sa voix très influente à Rome, surtout depuis sa victoire péniblement remportée sur Carthage, ce digne homme accourut des ruines de la grande cité africaine au Péloponnèse pour y sauver ce qui pouvait l'être encore, en s'appuyant sur l'autorité de Scipion et sur son influence personnelle auprès des Romains*. Il débarqua donc dans un des ports de Corinthe, où le terrible changement qui avait eu lieu lui apparut tout à coup dans toute son horreur. Les ruines désolées de cette ville splendide et la brulale mutilation des chefs-d'œuvre de Fart grec frappèrent tout d'abord ses regards. Polybe a raconté lui-même qu'il rencontra entre autres des soldats romains qui jouaient aux dés sur deux tableaux célèbres, chefs-d'œuvre du peintre Aristide de Thèbes (le « Dionysios » et « l'Héraclès revêtu de la robe empoisonnée par Déjanire » '). En eff'et, Mummius, pour rehausser l'éclat de son triomphe et pour enrichir l'Italie, sa patrie, des dépouilles de la Grèce, comme autrefois Marcellus après la prise de Syracuse et Fulvius après celle d'Ambracie^, avait fait enlever non seulement de Corinthe, mais d'un grand nombre d'autres villes du Péloponnèse et de la Béotie, de nombreux objets d'art de toute espèce, qui furent triés et emballés. Bien des objets restèrent sans doute à leur place, soit qu'on n'en connût pas la valeur, soit que le consul eut égard à la sainteté particulière de certaines œuvres d'art*; celles qu'on savait être les plus précieuses furent destinées à l'Italie; beaucoup d'objets qu'on croyait moins précieux ou dont on ne connaissait pas alors la valeur furent donnés;

^) PoLYB., XL, 7sqq., et cf. plus bas.

2) PoLYB., XL, 7. Strab., VIII, 6, 23, p. 584. (381). Aristide florissait entre la G^ el la CX^ olymp. Cf. Brunn, Geschichte der griechischen Kùnstler. II, p. 159 sqq 167.

3) Cf. Liv., XXV, 40. Cic, In Verr. act. II. lib. I, c. 21, § 55 et Pun., N. H., XXXV, 10, (36.),, 66. Liv., XXXVIII, 9, fin. et 43.

*j Entre autres, la célèbre statue de marbre d'Éros, par Praxitèle, àThèspies, la principale divinité de cette ville : cf. Ctc, In Verr. act. II, lib. IV, c. 2, § 4. Parad., 5, 2, 38.

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