INFLUENCE SALUTAIRE DE POLYBE SUR LES ROMAINS
d'autres se perdirent faute de soin ou furent vendus au plus offrante
Dans ces circonstances, Polybe eut beaucoup à faire, et son intervention eut partout de bons résultats. Maintenant qu'il semblait que les Grecs fussent assez châtiés, les légats du Sénat et Mummius, guidé par sa bonté naturelle, écoutèrent volontiers la voix de ce digne ami de Rome auquel d'ailleurs l'amitié de Scipion Emilien donnait plus d'autorité encore. C'est ainsi que Polybe put non seulement préserver de nouvelles violences les villes et les hommes épargnés jusqu'alors, mais empêcher l'exécution de certaines mesures qui constituaient une humiliation complètement inutile pour les malheureux confédérés. C'est ainsi qu'il obtint par ses paroles éloquentes que non seulement les statues d'Achseos (l'éponyme mythique des Achéens) et celles d'Aratos, mais encore celles de Philopœmen, très peu aimé des Romains et violemment attaqué en ce moment même par un ennemi passionné des Grecs de l'entourage de Mummius, fussent rendues aux Péloponnésiens après avoir été déjà transportées en Acarnanie; il obtint aussi que les cérémonies instituées jadis en l'honneur du grand capitaine fussent maintenues dans leur intégrité*. Mais Polybe était appelé, comme nous le verrons plus loin, à rendre bientôt à ses compatriotes des services bien plus grands encore.
Vers la fin d'octobre 146 avaient paru dans le Péloponnèse, comme nous l'avons vu, les dix commissaires sénatoriaux qui avaient à statuer sur le sort futur de la Grèce. Nous ne con-
') Cf. PoLYB., XL, 7 sqq. Paus., VII, 16, 5. Flor., I, 32. Vell., I, 13. Pltn. N. h. éd. Sillig. XXXV, 4. (8), 24. Dio Ghrysost. (éd. Emperius), vol. II. Or. 37, 42, p. 123. Aur. Vict., de Vir. ill., 60 fin. Oros., V, 3. ZoNAR., ibid. Voy. aussi Strab.,VIII, 6, 23, pag. 584 sqq. (381). Cic, de Offic, II, 22, 4. Orat,, 70, 232. In Verrem, ibid., et lib. Ill, c. 4, § 9. Frontin., Strat., IV, 3, 15. D'après Nissen, op. cit., p. 276 sqq., qui n'attribue pas à Tite-Live une science très profonde et qui, à propos de Liv., XLV, 28, nous renvoie à Polybe, le pillage du temple d'Asclépios près d'Épidaure, dont il s'agit ici, aurait eu lieu également pendant la guerre achéenne; il est vrai qu'on pourrait aussi le rapporter à la guerre de Sylla contre Mithridate (voy. ci-après) ou aux pirates.
^) PoLYB., XL, 7. 8, 1-11. Cf. Plut., Philopœm., c. 2i. Reip. ger. praec.^ c. 18. Pausan , VIII, 30, 4 et 37, 1.
NOUVELLE ORCtANISATTON DE LA GRÈCE 265
naissons de nom qu'un certain nombre de ces hommes; à savoir (on n'est pas d'accord sur le rôle de Spurius Mummius, alors déjà âgé selon toute apparence), Gains Sempronius Tuditanus, et le consulaire efféTniné, Aulus Postumius Albinus, dont la prédilection pour tout ce qui était grec dégénérait en fatuité ^ Selon toute apparence (voy. ci-après), le consul Mummius et les dix légats réglèrent alors systématiquement les rapports avec Rome de toutes les contrées depuis le Ténare jusqu'à l'Olympe, y compris les îles les plus voisines. Quant aux Hellènes récemment vaincus, on abolit partout chez eux aussi les constitutions démocratiques; partout dorénavant le gouvernement devait être légalement mis entre les mains de l'aristocratie ou de l'oligarchie, ou plutôt entre celles des classes distinguées par un cens élevé. Tous les Hellènes (à l'exception des Athéniens liés à Rome par une « alliance » spéciale et de quelques autres villes particulièrement favorisées [cf. ci-après] durent payer dorénavant un tribut annuel à Rome. Puis, sur l'ordre du Sénat, on commença à appliquer en Grèce la même mesure au moyen de laquelle les Romains s'efforçaient partout (comme ils l'avaient déjà fait après les victoires remportées sur les différentes tribus de l'Italie) de paralyser les forces des peuples soumis. Toutes les confédérations cantonales et « internationales », ou plutôt « intercantonales », qui subsistaient encore en Grèce furent donc déclarée dissoutes de droit; une mesure qui, naturellement, frappait le plus durement le Péloponnèse. Les diverses com-
^) Comme nous l'apprend Cicéron {Epist. ad Atticum, lib, XIII, 30, 3), Polybe n'avait pas nommé individuellement les dix légats. Les recherches de Cicéron nous apprennent que Spurius Mummius, ami des Scipions et frère du vainqueur de Leucopétra (cf. Mommsen, R. G., II, p. 437-451), ne se trouva probablement pas parmi les dix commissaires du Sénat, mais accompagna vraisemblablement son frère en Grèce dès le début, en qualité de légat militaire (Cic, Ad AU., XIII, 5, 1. 6, 4. 30, 3). Il aida naturellement son frère de ses conseils, comme le fit aussi leur père, qui, d'après ZoNAR., IX, 31, se rendit également auprès du consul (après la ruine de Corinthe). Cf. aussi Teuffel, op. cit , p. 202. Sur Tuditanus, Postumius Albinus, et, en général, sur ces événements, voy. Cic, ihid., XIII, 4, 1. 5, 1. 6, 4. 30, 3. 32, 3. 33, 3. Sur ce que Cicéron pense du rôle de Tuditanus V. ihid. 33, 3. 6, 4, et cf. Haakh, in Paulys H. E., vol. VI, 1, p. 976. Sur Postumius, V. plus haut, p. 231, et Haakh, op. cit., vol. V, p. 1941, et PoLYB., XL, 6,1 -12. Gell., XI, 8. Plut., Apop/t«/i., Horn. Cat. maj. 29.