‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 136 sur 235 · LA GUERRE SOCIALE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA GUERRE SOCIALE EN ITALIE

Cependant le temps approchait où la paix dont la Grèce jouissait depuis longtemps devait être troublée par une catastrophe sanglante. Avec une horreur profonde, peut-être aussi çà et là non sans une joie secrète, les Hellènes virent éclater en Italie, pendant Tautomne de Tannée 91 av. J.-C, cette terrible guerre civile dans le cours de laquelle les fils de l'Italie, maîtresse du monde, se déchirèrent entre eux. Mais les Grecs étaient si profondément convaincus de la puissance invincible de Rome, que beaucoup d'entre eux se hâtèrent de mettre leurs forces et leur habileté à la disposition de la République, serrée de près par ses ennemis, lorsqu'elle s'efforça d'équiper une flotte capable de résister à ces derniers ^

EUes'n'étaient pLus loin ces journées néfastes et sanglantes où les Grecs allaient pouvoir satisfaire, pour leur malheur, le besoin d'action qui les dévorait, non plus en combattant côte à côte avec les Romains, mais en se révoltant contre eux avec fureur et en luttant avec acharnement contre les légions de l'Occident. Depuis longtemps déjà, l'Orient tout entier s'agitait à la nouvelle des hauts faits et des brillants succès d'un grand prince asiatique ; d'un homme qui se distinguait avantageusement de ces potentats efféminés qui, depuis que les Ptolémées etles Séleucides avaient dégénéré, avaient offert au monde, pendant la durée de plusieurs générations^, un spectacle pitoyable sur tous les trônes de l'Orient hellénistique, à l'exception de celui de Pergame. C'était Mithradate VI Eupator,

des Sp. Thorius (Ztschrft. f. gesch. Rechtswiss,, X, 1), p. 140. Zumpt, Comm. Epigr., vol. I, p. 222-229.

1) Il nous a été conservé (cf. Mommsen, R. G., vol, II, p. 235, en note) un sénatus-consulte du 22 mai de l'année 676 U. G. 78 av. J.-C, « qui accorde des honneurs et des avantages, lorsqu'on leur donna leur congé, à trois capitaines de vaisseau grecs de Carystos, de Clazomène et de Milet, pour les fidèles services qu'ils avaient rendus depuis le commencement de la guerre d'Italie (90 av. J.-C). » C'étaient Asclépiade de Clazomène, Polystrale de Carystos et Méniscos de Milet. Cf. Mommsen, C. L Latin. Antiquiss,, p. 110 sqq., n" 203, et Bôckh, C. J. Grr., vol. III (éd. Franz), no 5879, p. 766 sqq. — Memnon (éd. Orell.), c. 29 (al. 31) nous donne des détails analogues sur la ville confédérée d'Héraclée (voy. ci-après) sur la mer Noire. — Des mercenaires crétois (que les Romains employèrent aussi dans d'autres circonstances, Valer. Max., IX, 3, 7) se battaient alors pour Rome comme pour l'Italie; cf. Diod., XXXVII, 17.

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roi du « Pont))', qui, d'un côté, depuis 114 environ avant J.-C, avait fait des conquêtes considérables en Colchide et dans les contrées grecques et barbares situées sur les bords de la mer Noire au nord-est et au nord, et, de l'autre, avait réussi à étendre sa puissance en Asie-Mineure par la ruse et par la force, aux dépens des princes de la Paphlagonie et de la Cappadoce. Peu à peu sa puissance devint également menaçante pour les intérêts de Rome en Orient ; du reste, le roi Mithradate YI avait toujours été, comme l'on sait, hostile aux Romains, parce que le Sénat, pendant sa minorité, avait de nouveau détaché du royaume de Pont cette partie de la Grande- Phrygie qu'avait reçue son^ère Milhradate Y Évergète après la défaite d'Aristonicos (p. 314). Le Sénat surveillait donc avec inquiétude les progrès constants de ce prince audacieux; les empiétements du roi Unirent par provoquer (d'abord en 92 av. J.-C), de la part des Romains, des démonstrations très sérieuses. Mithradate recula momentanément devant les menaces des Romains, mais bientôt il donna sur d'autres points des preuves de 'son ressentiment. Car l'hypothèse d'un savant moderne % qui attribue au roi du Pont une part dans les attaques furieuses « dirigées contre la Macédoine avec une violence et une constance surprenantes )), depuis 92 av. J.-C, par les tribus barbares de la frontière septentrionale et orientale de cette province, n'est sans doute pas dépourvue de fondement. Ce fut surtout en 90 et en 89 av. J.-C que les Barbares de la Thrace inondèrent non seulement la Macédoine, mais aussi la plus grande partie de l'Épire, et qu'ils pillèrent le temple de Dodone. Gaius Sentius Saturninus

') Mithradate était né à Sinope. Strabon, XII, 3, 11, p. 821 (545). Cette, • ville grecque^ qui avait autrefois résisté avec succès avec le secours des Rhodiens (vers l'an 220 av. J.-C. (Polyb., IV, 56) aux attaques du roi du Pont, Mithradate IV, avait fini par être conquise par le roi du Pont, Pharnace I, vers 182 av. J.-C. ; (Polyb., XXIV, 10, 2 et -3. Liv., XL, 2. Strabon, XII, ibid*, et p. 546; cf. Meier, Pergamen, Reich, p. 381. Glintox, Fast. Hellen.,\o\. III, p. 425. Streuber, Sinope, p. 81. Kuhn, Stàdt. Verf'., vol. II, p. 139). Sinope devint plus tard (Diod., XIV, 31, 2. Strabon, X, 4, 10, p. 731 (477) et XII, ibid.), sous Mithradate V Evergète, et surtout sous Mithradate VI Eupator, capitale du Pont.

2) MoMMSEN, jR. Gr., vol. II, p. 291; cf. Dio Cass. (éd. Dindorf), p. 140, fr. 101, 2. Drumann, Gesch. Roms, vol. II, p. 445*

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