VIOLENCES DE MITHRADATE EN ASIE
que pour se charger d'un joug bien plus lourd. Mithradate n'avait pas tardé à laisser voir sa brutale nature de sultan ; il n'avait tenu aucune des brillantes promesses par lesquelles, au début (p. 321), il avait su charmer les Asiatiques. En ne cessant d'accabler les villes d'impôts et en imposant le service militaire à une grande partie de la jeunesse, il avait provoqué peu à peu un profond mécontentement. Pour briser la résistance qui, en plus d'un endroit, se manifestait ouvertement, le roi, entre autres actes arbitraires, avait employé les mesures les plus radicales, les plus révolutionnaires : il avait octroyé (notamment en 86 av. J.-C.) « aux villes qui avaient pris son parti, l'autonomie; aux étrangers^ le droit de cité; aux débiteurs, la pleine rémission de leurs dettes ; aux pauvres, des terres; aux esclaves, la liberté^ ». Tout cela, en plusieurs endroits, donna lieu à des scènes de violence. Des villes considérables, comme Smyrne, Colophon, Traites, Ephèse et d'autres, se révoltèrent ouvertement contre le roi, et se déclarèrent même de nouveau pour Rome^ ; par contre, un fonctionnaire au service de Mithradate, le rhéteur et philosophe académicien Diodore, « fit massacrer tout le conseil municipal d' Adramyttion ^ ». L'Ile de Chios, depuis longtemps odieuse et suspecte au roi, fut traitée delà façon la plus honteuse, probablement vers la fin de l'année 86, à cause de la sympathie d'un grand nombre de ses habitants pour Rome et de l'entente secrète de son oligarchie avec Sulla^. Et tandis que Mithradate s'aliénait ainsi complètement les Grecs d'Asie, qu'il tâchait de maintenir dans l'obéissance par des actes d'une violence croissante, il se vit, dans le courant de l'année 85 avant J.-C, il se vit lui-même^ sur divers points^ vivement attaqué
1) Cf. Appian., Mîtkrid., c. 48. 58. 61. 62. Plut., Sulla, c. 18. Mommsen, B. (î.,vol. II, p. 300.
2) Cf. Oros., VI, 2. Appian., c. 48. Mommsen, p. 300 et la note*.
3) Strabon, XIII, 1, 66, p. 913 (614). Cf. Mommsen,- p. 300. Blass, Griech. Beredtsamkeit, p. 69. C'est plus tard seulement que les Adramytténiens vinrent à bout de régulariser à nouveau leurs affaires intérieures, avec le secours d'arbitres pris à Antandros (Bôckh, C. I. Gr., vol. II, Addenda, n°2349 6, p. 1065 sqq.).
*) Appian., c. 25. 46. 47. Bôckh, C. I. Gr., vol. II, n° 2222, p. 206; cf. Memnon, c. 33 (al. 35). Posidon. ap. Muller, Fr. Hist. Grœc, III, p. 265 sq., 39; p. 415, 79. Nicol. Damasc, Hist. e. lib. 103,
MITHRADATE BATTU PAR LUCULLUS ET FIMBRIA " 355
par les Romains. Le généralLucuUus (p. 346) avait, en 86 avant J.-C, non seulement renoué ses relations avec Fîle de Crète* ; il avait aussi réussi, avec le secours des villes maritimes de la Syrie^ de la Phénicie, de l'île de Cypre, de la Pamphylie et des Rhodiens, à équiper une Hotte considérable-, avec laquelle (en 86 et en 85) il put reprendre Cos et Cnide, s'emparer de Samos et chasser de Chios et de Colophon les lieutenants de Mithradate ^. Mithradate se voyait aussi gravement menacé dans le nord. Le consul Flaccus, du parti démocratique, s'était avancé en 86 avant J.-C. de la Thessalie jusqu'au Bosphore, où la libre Byzance, amie des Romains, eut terriblement à souffrir de l'indiscipline de ses troupes ^ Dans les quartiers d'hiver qu'il avait pris à Byzance et à Chalcédoine (de 86 à 85), Flaccus périt à la suite d'une révolte de ses troupes ; son légat Gains Flavius Fimbria, un homme de mœurs dissolues, qui avait amené sa chute et avait pris (en 85 avant J.-C.) le commandement des troupes, était un général capable, qui^ il est vrai, se rendit coupable des crimes les plus odieux à l'égard des Hellènes de l'IIellespont et de la Propontide, et notamment des villes de Cyzique etd'Ilion, — villes libres toutes deux et amies des Romains, qui n'avaient sans doute pas pris part aux horribles massacres de l'année 88% — mais qui, en même temps, fit tant de mal à Mithradate par ses succès militaires, que le roi fut même obligé d'évacuer Pergame et de se réfugier à Pitance Ce fut uniquement grâce à la répugnance qu'éprouvait l'amiral Lucullus, du parti aristocratique^ à venir en aide au démocrate Fimbria, qui assiégait Pitane, que le roi put se sauver à Mytilène''. Cependant Mithradate n'en fut pas moins
1) Plut., LuculL, c. 2.
^) Plut., LucuU., c. 3 : Appian., Mithr., c. 56.
^) Plut., ibid.
*) Cf. Memnon, c. 34 (al. 36). Dio Gass., (éd. Dind.) fr. 104, 1-3. (By* zance est plus tard amie de SuUa, Tacit., Annal., XII, 62.)
3) Cf. Appian., Mithr., c.53. Strabon,XIII, 1, 27, p. 887 sq. (594). Liv., Epit. lib., LXXXll etLXXXIII. Diod.,XXXVIII et XXXIX, 8, 2-4. Dio Gass., fr. 104, 7. AuR. ViCT., De vir. ill., 70. Obseq., c. 116. Oros., VI, 2. Ilion en particulier fut traitée avec tant de dureté parce que cette ville voulait se rendre à Sulla et non à Fimbria, v. Appian., ibid. Marquardt, Cyzicus, p. 75 sq.
^) Appian., Mithr., c. 52, fin. Plut., Liicidl., c. 3. Memnon, c. 34. Orgs., IL
'') Plut., LucuU. , c. 3. Appian., c. 52, fin. Oros., VI, 2.