LES PIRATES
blissoment du pouvoir impérial ot achevèrent la ruine de ces malheureux pays, de grandes villes comme Samos et Ilalicarnasse étaient à moitié en ruines et presque complètement abandonnées par leurs habitants ^
Ce qui ajouta à l'effroyable misère des Hellènes pendant toute la période comprise .entre la fin de la première guerre contre Mithradate et Tannée 67 av. J.-C, ce fut unphénomène désastreux étroitement lié à la lutte que le roi de Pont soutenait contre Rome et dont l'histoire nous ramène en même temps à celle des Grecs d'Europe : c'est la piraterie de ces temps-là. Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer (p. 323) que Mithradate avait employé, comme auxiliaires contre les Romains, les pirates qui depuis longtemps infestaient la partie orientale de la Méditerranée. En face de la description classique qu'un historien moderne nous a faite de cet état de choses% nous n'essaierons pas de retracer en détail l'image de la piraterie; il suffira d'insister plus particulièrement sur les faits principaux, sur ceux qui ont exercé le plus d'influence sur l'histoire de la Grèce. A l'origine, le noyau des forces des pirates de la Méditerranée orientale était formé par les sauvages habitants des côtes incultes et irrégulières qui s'étendent au pied des pentes méridionales du Taurus en Asie-Mineure, et avant tout par ceux de la Cilicie occidentale (« au rude climat ») et des contrées voisines, à côté desquels les Cretois aussi jouaient un des rôles principaux dans ce métier aussi honteux que lucratif (p. 294). Ces pirates, depuis le commencement de la première guerre contre Mithradate, étaient devenus une véritable puissance politique indépendante ; la piraterie avait même dès lors, sous l'influence combinée de diverses circonstances, pris
*) de, Ad Quint, fr., I, 1, 8, 25. Il est probable que la crainte des pirates, dont nous allons parler, y a fortement contribué. D'après Cic, loc. cit., le frère du grand orateur, Quintus, proconsul d'Asie de 6t à 59 av. J.-C, aurait beaucoup fait pour soulager les misères dont on souffrait là et ailleurs (il est vrai que Suétone, Octav., c. 3,^n'est pas de cet avis), tandis que son prédécesseur L. Valerius Flaccus s'était fait une mauvaise réputation par ses exactions en 62 av. J.-G. Cf. Meier, Vergamen. Reic/i, p. 421. Dru- MANN, Gesch. Roms, vol. VI, p. 722 sq. et vol. V, p. 619 sqq. Pauly, R. E., v. VI, 2, p. 2235 et 2346.
-) MoMMSEN, R. 6r., vol. III, 3° édit., p. 38 sqq.; puis Drumann, Gescl . Roms, vol. IV, p. 392 et sqq.
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un développement inouï et un caractère tout nouveau. Après la paix que Milhradate, leur puissant patron et allié, avait conclue d'abord en 84, puis en 81 av. J.-C, avec la Rome de SuUa, les pirates, avides de combats et de butin, continuèrent à opérer pour leur propre compte, et tandis que, à n'en pas douter, de nombreux débris de l'armée dePonl, d'audacieux pirates ponliques et des mercenaires congédiés^ se joignirent à eux, les villes hellénistiques et helléniques de la province d'Asie leur envoyaient constamment des renforts considérables. Des centaines de Grecs, soit qu'ils fussent assez gravement compromis pour n'avoir rien à attendre de la clémence des Romains ou qu'ils no voulussent pas se soumettre aux autorités rétablies par Sulla et ses généraux, mais avant tout des troupes nombreuses de malheureux citoyens ruinés par la guerre, par les énormes contributions de guerre dont Sulla les avait accablés et par les terribles exactions des usuriers romains ; parfois aussi des hommes qui se trouvaient dans une position meilleure et qui ne jouaient que le rôle de hardis aventuriers, allèrent rejoindre les pirates dans les années qui suivirent la première et la seconde guerre contre Mithradale*; nous ne parlerons pas des démocrates romains et italiens de toute espèce qui cherchaient en pleine mer un asile contre les proscriptions sanglantes de Sulla en Italie. Dans ces circonstances, la piraterie avait pris peu à peu un caractère tout nouveau. L'élément grec y dominait; elle s'étendait maintenant su toute la Méditerranée ; pendant les années qui suivirent la victoire complète de Sulla en Orient et en Italie, elle prend le caractère d'une véritable guerre que les partis vaincus et écrasés sur le continent font par mer d'abord à Rome et aux optimales régnants, mais en même temps à tous les riches de toutes les nations de l'empire romain. Cette république de pirates, qui finit par disposer d'une Hotte de mille vaisseaux et de nombreuses places fortes', avec ses amiraux et ses nombreux points
') Cf. Appian., MUhr., c. 63. 92. 119. Plut., Pomp., c. 24. Dio Cass., XXXVI, 3 et 4. Zonar,, X, 3, init. Oros., VI, 4, init.
^) Sur le nombre de leurs vaisseaux, v. P lut. ^ Poinp., c. 24. Zonar., X, 3, init. Sur leurs points d'appui, cf, Appian., MUhr., c. 92. 93. 96, init. Plut., Pomp., c. 24. Le nombre de quatre cents villes, dont d'après Plut.. ibid , et Zonar,, ibid., -ils se sont emparés, se rapporte sans doute plutôt
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d'appui sur la côte méridionale de l'Asie-Mineure riche en ports et parsemée d'écueils, sur celle de la Syrie, sur les îles de Cypre et (notamment) de Crète, était devenue une puissance bien organisée, toujours prête à se battre. Mais cette puissance était devenue d'autant plus dangereuse pour Rome, pour le trafic maintenant de la Méditerranée tout entière et pour la prospérité des côtes et des îles de la Grèce, qu'il n'existait pas alors de marine organisée de façon à pouvoir se mesurer avec les pirates. Les Romains avaient depuis longtemps négligé la marine italienne; le gouvernement, qui depuis 91 av. J.-G. avait vu succéder une révolution à une autre, eut à s'occuper pendant des années, même après la victoire de Sulla sur ses adversaires, de graves désordres et de guerres, en Italie et en Espagne ; d'autre part, partout où s'étendait la domination de Rome en Orient, — la seule Rhodes peut-être exceptée — l'ancienne puissance maritime des villes et des États helléniques et hellénistiques avait disparu. Dans ces circonstances, ce furent surtout les côtes grecques qui souffrirent terriblement en Europe et en Asie. Les eaux de la Grèce, avec leurs ports innombrables, leurs îles, leurs retraites cachées de toute espèce, ont été de tout temps, depuis le commencement de l'histoire jusqu^à la fin de la guerre de l'indépendance des Grecs modernes contre les Ottomans, un des sièges favoris de la piraterie, chaque fois qu'un État possédant une forte marine — comme dans l'antiquité Athènes, par exemple, aux temps de sa prospérité, et plus tard Rhodes, avant que la guerre contre Persée eût ébranlé sa puissance — n'y exerçait pas une surveillance assidue et systématique. Il est naturel qu'à cette époque la nature particulière de cette mer favorisât à un haut degré les entreprises des pirates. Nous apprenons, en effet, que pendant l'année 84 av. J.-C., la même où Sulla avait conclu la paix en Asie avec Mithradate, les pirates ne se contentaient plus de la prise des vaisseaux porteurs de lettres ou de marchandises, mais attaquaient ouvertement et avec succès des ports et des villes fortifiées (plus tard même, à l'occasion^ des places assez éloignées des côtes). Les villes de lassos, Samos
celles qu'ils ont prises et pillées qu'à celles qu'ils ont occupées d'une manière durable.