‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 193 sur 235 · LES GRECS PARTISANS DE POMPÉE · texte numérisé non relu

LES GRECS PARTISANS DE POMPÉE

La Macédoine ne paraît pas avoir eu à cette époque un gouverneur spécial du parti de Pompée* ; par contre, le gouvernement des contrées qui en dépendaient était partagé entre divers légats : c'est ainsi que M. Pison ^ avait le commandement des îles, et que FAchaïe fut gouvernée d'abord par le consulaire Appius Claudius Pulcher (ci-dessus, p. 408, 4), et, après sa mort survenue en Eubée, par le préteur ou propréteur P. Rutilius Lupus ^ Tandis que Pompée — les combats que César livrait en Espagne et devant la ville grecque de Massalia lui en laissaient bien le temps — mettait en mouvement toutes les forces de l'Orient, en exigeant des habitants des approvisionnements considérables et de fortes sommes d'argent *, la population de la péninsule gréco-macédonienne fut sommée de prendre les armes en sa faveur. César, dès cette époque, a du avoir quelques partisans en Grèce; les Hellènes l'avaient connu, lui aussi, jeune encore ^; il leur avait rendu plus d'un service comme avocat et plus tard comme homme d'Etat ®. Mais tout cela était peu de chose en comparaison d^ l'impression profonde et durable produite autrefois dans tous les pays à l'est de TAdriatique par les victoires, la gloire militaire et la personnalité importante de Pompée \ Ce qui a, sans doute, exercé une influence décisive sur un grand nombre d'Hellènes, c'est que l'un de leurs compatriotes, Théophane de Mitylène (p. 370), qui devait au grand conquérant de rOrient les droits de citoyen romain, était l'ami intime et le confident de Pompée, avait une voix très influente dans le conseil privé du chef de l'aristocratie et occupait une position

/î*.,72, 6ap. MuLLER, Vragm. Hist. Grœc., t. IV, p. 564. Tafel, De Thessalon*, p. XXVI. Sur Berrhœa, v. Plut., Pomp., c. 64. En général, sur les diverses contrées de la Grèce, v. entre autres Eutrope, VI, 19.

^) Cf. ZuMPT, Comm, Epigr., vol. VII, p. 217 sqq. Fr. Hofmann, dans Kraner ad GiEs., Bell. civ. (3e édit.), p. 42, au bas, est d'un avis différent.

2) Joseph, Antiq., XIV, 10, 14.

3) Cf. Valer. Max., I, 8, iO.Lvcm,, Pharsal., Y, 68 sqq., 194 sqq., 224 sqq. Gros., VI, 15. G^s. (éd. Kraner), Bell, civ.. Ill, 55. Zumpt, p. 215 sqq.

*) Sur l'Asie et l'Achaïe, v. G^s., Bell, civ., III, 3. Cic, Ad Attic, IX, 9, 2, et ci-après, p. 427,3. Sur les quantités considérables de blé tirées de l'Asie, de la Crète, de la Thessalie, voy. G^s., ibid. III, 5, init., 42.

^) Cf. Drumann, vol. III, p. 132 sqq., 134 sqq.

«) Cf. ci-dessus, p. 395 et 401.

') Cf. aussi Cic, Tusc.,l, 35. •

TKOUPES GRI<:CQUES AUX ORDRKS DE t^OMPÉE 419

très importante dans son état-major \ Dans tous les cas, aucun Grec, avant que César eût passé l'Adriatique, ne pouvait songer à prendre les armes pour lui et contre les optimates, qui, en face de l'usurpateur César, représentaient toujours le « gouvernement légitime ». La masse des Hellènes suivit donc sans murmurer, beaucoup d'entre eux même avec enthousiasme, les étendards de Pompée. On nous apprend que non seulement les Romains et les citoyens romains qui vivaient en Grèce et en Macédoine et les vétérans établis en Macédoine et dans Tîle de Crète ^ furent. appelés aux armes, mais que Pompée employa les milices étoliennes, épirotes et thraces pour garderies côtes %• qu'il leva de nombreux guerriers en Macédoine, en Thessalie, enEpire, en Béotie, à Athènes et dans le Péloponnèse , tant pour compléter les légions dont il disposait et les mêler avec ses soldats d'Italie que pour en faire des corps indépendants '*; qu'enfin des troupes légères (notamment des archers et des frondeurs) furent levées ou enrôlées dans File de Crète (dont les excellents archers avaient déjà combattu en Gaule, sous César) et en Laconie ^ La cavalerie de Pompée (sans parler des escadrons enrôlés ou simplement levés en Thrace et en Dardanie) reçut aussi des renforts venus de la Macédoine et de la Thessalie ^ Sa flotte

') Plut., Cic, c. 38. Pomp., c. 49, fin. 76. G^s., B. G., III, 18, 3. Cic, VroArch., 10, 24. Ad AU., II, 12, 2. 17, 3. V, 11, 3. IX, 1, 3. 11, 3. Val. Max., VIII, 14, 3. Tacit., Ann., VI, 18, fin. Jul. Gapitolin., Max. et Balb., 7. Strabon, XI, 5, 1, p. 769 (503) el XIII, 2, 3, p. 918 (617). Cf. Cllnton, Fast. Hellen., Ill, p. 197 sqq. Drumann, voi. IV, p. 551 sqq. C. Muller, Fr. Hist. Gr., Ill, p. 312 sqq.

^) G^s., Bell, civ., III, 4, 1. Cf. 102, 2. Joseph., Ant., XIV, 10, 14.

3) Ces., IH, U, 3. 61, 2. Cf. iMommsen, R. G., vol. Ill, p. 397 sqq.

*) C^s., III, 4, 2. 61, 2. Appian., Bell. civ. y II, 70. 75. Même après la bataille de Phai'sale, Pompée voulait faire prendre les armes aux citoyens romains et aux Grecs d'Amphipolis et des environs. C^s., Bell. Civ., Ill, 102, 2.

^) C^s., ibid.

6) c^g.^ m, 4, 3. 4, 6. - Appien, jB. C, II, 49 (cf. 51), énumère en général : des troupes auxiliaires d'Ionie, de Macédoine, de Béotie, d'Athènes et du Péloponnèse et des archers crétois; cf. .aussi c. 70 et 71, init., et 75; à la fin du ch. 70 se trouve, comme on sait, findication erronée d'après laquelle les Laconiens (Spartiates) se seraient joints à Pompée sous la conduite « de leurs propres rois » (yv:o toî; lôcotç pao-cXeOo-c). — Lucain , Pharsal, II, 646 sqq. et surtout III, 170-213 (cf. V, 51 sqq.), énumère emphatiquement et en détail les alliés grecs de Pompée : les guerriers d'Am-

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formidable, qui (depuis l'été de l'année 49) vint se former sous les ordres de M. Bibulus dans l'Adriatique, sur les côtes de l'île de Corcyre jusqu'à Dyrrhachion, était en g-rande partie composée des escadres de l'Orient. Aux grandes escadres de l'Ég-ypte et des provinces maritimes asiatiques de l'empire (avec Chios, Lesbos, Cos, Smyrne^, Milet) vinrent se joindre les navires des Rhodiens, commandés par Gains Marcellus et Gains Coponius^ et ceux des Cyclades, d'Athènes,, de l'île de Corcyre et des Hellènes d' « Achaïe » et de Byzance, qui, ainsi que les galères liburniennes, étaient sous le commandement de L. Scribonius Libo et de M. Octavius K La faible ville d'Athènes, dont les habitants étaient d'enthousiastes partisans de Pompée, n'avait pu équiper que trois vaisseaux ^

On sait que l'audacieux César, que n'avaient pu effrayer ni la formidable flotte de Pompée, ni la mauvaise saison, réussit, dans l'automne de l'année 49 av. J.-C. % après être parti de Brundisium, à débarquer une partie de ses forces à Palaeste (Paleassa), sur la côte la plus septentrionale (chaonienne) de l'Epire; puis il s'avança sans tarder sur le littoral le plus septentrional de l'Épire et le plus méridional (macédonien) de riUyrie, où eurent lieu bientôt les combats les plus acharnés. Par son débarquement, César avait pu momentanément surprendre son adversaire, qui n'avait d'abord que faiblement garni de troupes la côte de l'Adriatique, où lui aussi pensait établir son nouveau quartier général et se mesurer avec les Césariens, et qui avait échelonné son armée sur un vaste espace, depuis le nord de la Thessalie, le sud et l'ouest de la Macédoine, jusqu'au sud de l'Illyrie. César fut aussitôt reçu

phissa, de la Phocide, de la Béotie, d'Athènes, d'Elis, de l'Arcadie, de la Laconie; puis des Trachiniens, des Dryopes, les tribus épirotes, les Athamanes, les Thessaliens, les Cretois el les différentes tribus des Grecs de l'Asie-Mirieure. Cf. Flor., 11, 13, 5 et 6.

') C^s., JB. C. III, 3, 1 . 5. 26, 2. 27, 2. Cic, Ad Ait, IX, 9, 2. Divin., I, 32. Plut., Cic. y c, 38. Cat. min., c. 54; cf. Lucan.. V, 51 sqq. Appian., II, 71.

2) Lucan., III, 181 sqq. (Senec, Suasor., 1). — (Appien, II, 70, fin., prétend que César et Pompée firent offrir aux Athéniens, comme prêtres des Thesmophories, une neutralité complète, mais que ceux-ci ne voulurent pas en profiter.)

3) D'après Mommsen, R.G., vol. III, p. 400. Kraner ad Ces., III, 6, 2. p. 173. Peter, Gesch. Roms, vol. II, p. 347 (2° éd., p. 325).

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