‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 206 sur 235 · DOLABELLA ET CASSIUS · texte numérisé non relu

DOLABELLA ET CASSIUS

le proconsul de cette province, Trébonius, comme meurtrier de César *, et épuisé les finances de cette province. Or, tandis que Brutus et Cassius faisaient de grands préparatifs dans toute la moitié orientale de l'empire romain, depuis l'Euphrate jusqu'à l'Adriatique, pour opposer une résistance énergique aux sanguinaires triumvirs; tandis que la malheureuse province d'Asie était si cruellement exploitée dans ce but qu'on extorqua à ses malheureux habitants (en 43 et en 42 avant J.-C.) une somme équivalente au total des impôts que l'Asie devait payer à Rome en dix ans ^ ; les deux généraux républicains s'efforçaient de réduire par la force quelques contrées qui leur étaient hostiles ou qui s'obstinaient dans leur neutralité. Les malheureux Rhodiens surtout furent cruellement frappés. Toujours prudents, les Rhodiens, depuis la bataille de Pharsale, étaient restés fidèles à César, qui, notamment depuis la guerre d'Alexandrie (p. 426, 4), les traitait avec beaucoup de bienveillance; même' après la mort de César, ils ne voulaient point changer légèrement de parti et avaient, en conséquence, soutenu en dernier lieu le partisan de César, Dolabella, contre Cassius ^ Pendant que celui-ci, vers la fin de l'automne de l'an 43, campait près de Myndos en Carie, ils essayèrent de s'entendre avec lui en se déclarant prêts à rendre au Sénat (avec lequel ils avaient renouvelé, en 51 av. J.-C, leur ancien traité [p. 196] ^) tous

') Appian., III, 26. IV, 58. 60. Dio Gass., XLVII, 29. Zonar., loc. cit. Strab.,X1V, 1, 37, p. 956 (646). Gic, PhiL, XI, 2. 3. 4. Liv., Epit. lib. CXIX. Vell., II, 69. Gros., VI, 18. On prétend que Dolabella acheta à Argos le cheval de Séius, qui, d'après la tradition, était issu des chevaux mythiques du Thrace Diomède, qu'Hercule avait, dit-on, après avoir tué ce dernier, conduits à Argos, et se distinguait par sa beauté, sa force, sa taille et d'autres qualités éminentes. On dit encore que tous les Romains qui le possédèrent moururent successivement de mort violente. M. Antoine avait éié la cause de la mort de son premier possesseur , le riche scribe Gnaeus Séius. Dolabella mourut en Syrie; Gassius, qui s'en empara ensuite, périt à Philippes, et M. Antoine, le dernier possesseur, en Egypte. Gell., N.A., III, 9, 1-6.

2) Appian.^ IV, 74. V, 5.

3) Appian., B C, IV, 60 et 61 init. et fin., 66. 69; cf. Gic, Adfam., XII, 14 et 15. Gf. plus haut, p. 426, 4.

*) Gic, Ad fam., Xîl, 15, 2, et ensuite avec le grand Gains Gésar. Appian., Bell. Civ,, IV, 68. 70.

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les services qu'il leur demanderait. Mais Cassius ne voulut pas les écouter. Il déclara — et, il faut bien le dire, avec raison, en face de la situation de l'Italie, où les sanguinaires triumvirs Antoine, Octavien et Lépidus exerçaient une terrible tyrannie depuis le mois d'octobre de l'an 43 — que le Sénat n'était pas libre, et que l'alliance des Rhodiens avec Dolabella rendait nul leur trailé avec Rome. Il demanda donc, malgré les tentatives de médiation de son vieux maître rhodien Archélaos (cf. p. 405), une soumission absolue. Mais le démos rhodien, à l'instigation du prytane Alexandre et du navarque Mnaséas, repoussa le projet de l'aristocratie de se soumettre à Cassius; il se rappelait mal à propos la guerre glorieuse qu'il avait faite à Démétrios Poliorcète et au féroce Mithradate, ainsi que les hauts faits qu'il avait accomplis récemment près d'Alexandrie sous la conduite de César, et vantait avec orgueil sa flotte excellente et l'habileté de ses marins. La lutte commença donc. Après deux batailles navales, près de Myndos et dans le détroit qui se trouve entre Rhodes et Loryma, dans lesquelles l'habileté et la tactique des Rhodiens succombèrent à la supériorité numérique et à la force massive des vaisseaux de guerre romains, les Romains débarquèrent dans l'île de Rhodes même. Après un siège assez court, la ville de Rhodes, probablement grâce à la coopération d'une partie des habitants eux-mêmes, fut prise par l'ennemi, pillée systématiquement par Cassius, qui insultait à son malheur, et ruinée pour de longues années. Cassius, il est vrai, avait défendu sévèrement à ses soldats de piller la ville, qui n'avait pas été prise d'assaut, mais seulement pour pouvoir d'autant mieux remplir sa caisse militaire. Car immédiatement après la prise de Rhodes, il fit exécuter cinquante de ses habitants les plus considérables; vingt-cinq autres furent bannis et leurs biens confisqués. « Les trésors du temple d'IIélios et des autres sanctuaires et édifices publics, tous les objets précieux, qu'ils fussent propriété publique ou privée, durent être livrés; en outre, il fallut payer une somme si considérable que le butin fut estimé à la somme de 8,S00 talents » (SI millions de francs). Enfin la petite république si cruellement maltraitée dut aussi livrer ses vaisseaux de guerre; une

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