DÉCADENCE DE LA GRÈCK
menaient les habitants de certains districts boisés et montagneux de l'Eubée *, et dont nous parle Dion Chrysostome, sera décrite plus tard. Mais nous ferons observer dès à présent que l'île de Gyaros, entre autres, était, d'après Strabon, si pauvre et si peu remplie, qu'en 29 av. J.-C, les habitants n'arrivaient pas tous ensemble à payer un tribut annuel de cent cinquante drachmes (environ autant de francs)*; cette population appauvrie n'avait même pas pu, à' un moment donné, se défendre des souris ^ D'autres îles, comme Icaria, près de Samos, n'étaient plus que des pâturages * ; sur la côte d'Asie, la ville de Myonte fut abandonnée par ses habitants à cause des moustiques qui en rendaient le séjour insupportable ^ Les renseignements fournis par d'autres écrivains anciens s'accordent avec ce lugubre tableau de la situation de la Grèce au commencement de l'époque impériale ^ Toutefois, nous pouvons admettre, d'autre part, que les renseignements fournis par Strabon — qui, en somme, n'a fait que passer en Grèce ^ et a dû, en grande partie, s'en rapporter aux indications de ses contemporains; qui, par conséquent^ n'a pu esquisser qu'à grands traits les tableaux qu'il nous fait de la misère du pays sans s'astreindre aux nuances — vont souvent trop loin et que.
et d'autres. Senec, Consol. ad Helviam, c. 6. Juven., Sat., I, 73. Tacit., Ann., II, 85. Ill, 68. 69. IV, 13. 21. 30. Plut., De exil., 7. 8. Ross, Archdol. Aufs., vol.- II, p. 485. Reisen auf den griech. Insein, I, p. 5, 5. 115, 24. II, p. 170. 0. MûLLER, Aeginet., p. 193. Délos (cf. p. 360 et 377) était, comme ron sait, presque entièrement déserte. D'autres îles se sont relevées, comme notamment Amorgos (vol. II). Nisyros était florissante du temps de Strabon (X, 5, 16, p. 748) (488), surtout grâce à son commerce de meules. Ténos était très fréquentée à cause de son temple de Poseidon et du charmant parc qui se trouvait auprès (il égalait pî-esque le célèbre parc du temple d'Apollon des Branchides à Milet). Strab , X, 5, 11, p. 747 (487). XIV, 1, 5, p. 941 (634).
*) Chalcis et Érétrie étaient, sous Auguste, dans une situation tolerable ; Strab., X, 1, 8, 11, p. (446). 685 et 688 (448).
2) Strab., X, 5, 3, p. 744 (485).
3) Cf. Antigon., Miraô , c. 21 et Plin., N. H., VIII, 29 (43), 104. *) Strab., XIV, 1, 19, pag. 947 (639). X, 5, 13, p. 747 (488).
5) Pausan., VII, 2, 7; cf. Strab., XIV, 1, 10, p. 943 (636).
^') Cf., outre les passages déjà indiqués de Pausanias, notamment Senec, Epist. 91. .
") Cf. Ross, Arch. Aufs,, vol. II, p. 442 sqq. Curtius, Pelop., v. I, p. 119 sqq.
OCTAVIKN BIENFAITKIIR DES HELLÈNES 457
pour ne point insister sur quelques erreurs de détail *, il ne faut sans doute pas prendre à la lettre ce qu'il nous dit de la destruction complète ou de la disparition d'un grand nombre de villes. Dans bien des cas, il s'agit, sans doute, d'une dépopulation momentanée ou d'antiques et célèbres cités tombées au rang de simples villages ^ La description détaillée faite par Pausanias de la situation de la Grèce pendant les vingt ou trente dernières années du u" siècle après J.-C, que nous examinerons plus tard en détail, nous montre bien clairement que la ténacité avec laquelle les Hellènes repeuplaient sans cesse des villes saccagées ou détruites, avec laquelle ils s'attachaient aux vieilles traditions locales et aux droits acquis, n'était nullement éteinte même à celte époque de profonde décadence morale et matérielle et malgré une tendance très marquée vers l'émigration en Italie; que, par conséquent, le tableau très chargé de Strabon n'est exact que d'une manière transitoire et que, au contraire, à partir de cette époque, la Grèce commence à se relever peu à peu, bien que très lentement, de son profond abaissement.
Dans le deuxième volume de cet ouvrage, nous nous proposerons, entre autres choses, de suivre les traces de ce relèvement progressif de la Grèce sous la domination des Césars. Ici, nous avonS;, en somme, à faire avant tout le tableau du nouvel état de choses qui commença pour l'antique pays des Hellènes, par suite des événements décisifs qui eurent lieu sur les rivages du golfe d'Ambracie et sur la côte de l'Egypte.
La dernière guerre entre Antoine et Octavien, nous l'avons dit plus haut, avait achevé la ruine de la Grèce; si bien que même le froid Octavien *en fut profondément ému. Peu après la grande victoire remportée à Actium, il parcourut la Grèce, ouvrit aux Hellènes atïamés et appauvris les magasins remplis par lui et par Antoine ^, prit partout les mesures que la situation rendait nécessaires, se fit initier à Athènes aux
*) Nous avons déjà fait ressortir (ci-dessus, p. 455, 3) Terreur relative à Mantinée.
2) Voir les idées particulières de Strabon à cet égard, IX, 5, 12, p. 664 (434). Cf. les développements dans lesquels entrent Ciirtius, Peloponnesos, vol. I, p. 81-84 et KuHN, Stâdt. Verfass., vol. Il, p. 65 sqq., 76 sqq.
3) Plut., Anton. , c. 68.