LA MACÉDOINE ET LES PROVINCES DU DANUBE
danien, les monts Scardos et le fleuve Drilon au nord, la mer Adriatique à l'ouest, et les frontières grecques au sud', devint alors une paisible province sénatoriale ^ Les Grecs d'Europe furent séparés de la Macédoine. A côté des Grecs de la province composée de Cyrène et de l'île de Crète, de ceux de Fîle de Cypre, de la Bithynie, de l'Asie avec ses îles, et à côté de l'île de Rhodes, restée libre, les Hellènes au sud de l'Olympe furent incorporés à la province d'Achaïe.
La province sénatoriale d'Achaïe 'comprenait, à cette époque,
Dacie transdanubienne, sont comme le rempart de l'Itaiie et de la Macédoine. L'illyrie dalmatique, qu'Octavien pensait avoir pacifiée complètement depuis l'an 34 av. J.-C, devint en 27 av. J.-G. province sénatoriale; miiis dès l'an 11 av. J.-C, Auguste dut s'en charger de nouveau; ici la guerre ne prit fin qu'en 9 après J.-C. Becker-Marquardt, R. A , III, p. 113 sqq. 235 et Zur Slatistik, p. 12. Kuhn, II, p. 223. Zumpt, Comm. Epigr., vol. II, p. 252. MoMMSEN, Mon. Ancyr.,\). 87. La Pannonie, où les Romains ne prirent pied qu'en 35 av. J.-C , ne fut probablement organisée définitivement en province qu'en 8 ou 10 ap. J.-C. -— La Mœsie, soumise par Licinius Crassus, dont il est fait mention plus haut (p. 468), ne fut réduite en province, d'après AppiAN.,J%r., c. 30, que par Tibère. D'après Zumpt, Comm. Epigr., vol. II, p. 254, la province de Mœsie aurait existé (Dio Cass., LV, 29) dès l'an 6 ap. J.-C. et aurait été formée probablement en 16 av. J.-C. Becker-Marquardt, E. A., III, 1, p. 105 sqq., attribue aussi, sans indiquer une année précise, la formation de cette province à Auguste. La Thrace enfin, déjà complètement dépendante des Romains sous Tibère, fut enfin réduite en province, en grande partie, par Claude, en 46 av. J.-C. Cf. Becker- Marquardt, p. 102-106. 119. 234 sqq. Rôsler, op. cit., p. 19-24. Mommsen, Monum. Ancyr., p. 70. Zumpt, p. 267. Kuhn, p. 223 sqq.
^) D'après les indications de Ptolem., III, 12, cf. 9 et 11 (sur les modifications de la frontière méridionale, du côté de l'Achaïe, v. vol. II). Toutefois, avant la formation de la province indépendante de Thrace, le gouvernement de Macédoine s'étendait, du moins d'après Strab,, VII, fragm. Palat. Vatican., 10, p. 507 ïin (329), 33 et 48, p. 511 (331), vers l'est jusqu'au cours inférieur de l'ilèbre (cf. p. 246, 5).
2) En Macédoine, le consul de l'an 30 (cf. ci-dessus, p. 468), M. Licinius Crassus (qui triompha en 27 av. J.-C), fut d'abord proconsul, ou légat, avec un pouvoir très étendu; cf. Zumpt, Comm. Epigr., vol. I, p. 45. Vol. II, p. 252. Plus tard, nous voyons conrime proconsul, en 23 av. J.-C, M. (Anlonius) Primus. Dio Cass , LIV, 3. Zumpt, vol. II, p. 253. Nous ne continuerons la série des gouverneurs de la Macédoine que dans le second volume, en traitant de l'empereur Tibère. Sur Yêre actiaque employée par plusieurs villes de Macédoine, comme Thessalonique. Bérœa, Édesse, cf. Bôckh, C. l. Gr., vol. II, n°^ 1970. 1971, p. 930-994.
3) L'Achaïe (cf. Dio Cass., LUI, 12-15. Strab., XVII, 3, 25, p. 1197 sqq. [840]. Tacit., Annal., IV, 43), était administrée par un gouverneur sénatorial nommé tous les ans, c'est-à-dire, pir un proconsul aidé d'un légat et d'un questeur, Dio Cass., LV, 27; cf. LUI, 14 (ou plutôt par un ancien pré-
470 LA PROVINCE d'aCHAIE
le Péloponnèse, la terre ferme de la Grèce centrale, et en outre la Thessalie et FÉpire ; il faut y ajouter^ à l'ouest, les îles Ioniennes et, à l'est, l'Eubée;, avecla plupart des petites îles de la mer Egée qu'on a coutume de considérer comme faisant partie de l'Europe. Nous aurons plus d'une fois par la suite occasion de parler de la modification de ces frontières sous l'Empire ; il s'agira surtout de la séparation d'avec l'Achaïe *
teur qui , lorsque le sort le désignait pour être gouverneur de l'Achaïe, portait, selon la pratique établie depuis ce temps dans les provinces sénatoriales, le titre de proconsul). Ce proconsul (contrairement à la pratique mentionnée par Dio Cass., LUI, 13) est appelé dans Bôckh, C. I. Gr., Ill, n° 4033, li,^^ 19 et n° 4034, lig. 11 : àvôuTtaro; 'AxaiaçTtpbç ttévts pdtêSouc (^vec cinq faisceaux ou licteurs). Cf. vol. I, n° 1732. M ommsen, Jnscr. NeapoL, n" 4550, cf. n* 4033 et Act. Apost., 18, 12 (sur les gouverneurs d'un rang différent, V. ci-après, vol. II). On trouvera plus loin, vol. II, la liste des gouverneurs de l'Achaïe dont les noms nous ont été conservés. — Cf. Zumpt, op. cit., p. 256 sqq. Kuhn, II, p. 29. 71. Becker-Marquardt, H. A., Ill, 1, p. 128. Hermann, Gr. Staatsalt., § 190, 1 et 4.
*) Les renseignements que nous donne le contemporain le plus rapproché, StrahoM, XVII, 3, 25, p. 1198 (840), sur les limites primitives de l'Achaïe, sont, en ce qui concerne les frontières entre l'Épire et la Macédoine, peu clairs. Cependant il est évident (Tacit. Ann., II, 53 et Djo Cass., LUI, 12), que, comme la Thessalie (Strab., ibid.*), l'Épire était une partie de la nouvelle province d'Achaïe. Voy. dans Ptolem., Ill, 14, l'énumération des îles de la mer Egée qui semblent avoir appartenu à cette province. L'emploi du nom d'Achéens dans un sens plus restreint pour designer les Péloponnésiens ne cessa pas alors; v. Keu., Inscr. Boeot., n° 31, lig. 1, 22 et Plin., JV. H., notamment lib. IV, qui toutefois n'est pas très clair, ou tout au moins pas très exact, et qui donne successivement le nom d'Achaïe au vieux canton (1, 1\ au Péloponnèse (5 [6], 12. 6 [10], 22) et à la province (5 [6], 12. 6 [10]. 22 9 [16], 32. 11 [18], 51. \> [II], 53 et 54), puis (5 [6], 12) restreint à toit celte province au Péloponnèse; cl", aussi- Pompon. Mkla, 11,3,4, qui désigne par Achaïe la côte f-ei»t<'ntriorKile du Pélo[>onnèse, et enfla CuuTius, Pd/op., v>l. I, p. 76 sqq. Ill, 419. Wietemsheim, dans sps lecherches sur ia t^t'iiistiqiie des provinces romaines de ce temps-là. donne (dans sa Gesrhichfe der Vôlh'.rwanderunj, vol. I, p. 220sq<|.) ta la Macédoine et à l'A-'haïe réunies 3.232 mil.es carrés et trois millions d'habitants; à la province des îles, constituée plus tard (vol. llj, et à l'île de Crète, 714 milles carrés et 700,0J0 habitants.
* Je ronFi.lèrp le [J-l/pt 0îrTa).ta? de Sti-abon, ibid, (^contrairement à Beck-r-Maeqtîabdt, R i4., m. I, p 1 17) a»ec GhoesKUHD (vol III, p. 451) comme l'cquiva cnt de « y compris « ; IlieCK, Jiœta Gescfi., vol. i, f* partie, p. 376. considère égul-ment la Tlussiilie cainine luisant partie do l'Adiiie à celte épo |ue et peitilMnt celle qui siiivil. Voy au«si Chktius, /'e/o//., vol 1, p. 76. Ill; Klhn, vol II, p. 75 sq.j. Cf. Stiiau.. Vil, Fr. l'alat Vatican.. \t. 14. 15, p. Su8 f3:iO). Du reste, la Thesi^alie, qui de tout temps setait administrée e'ie-mème, n'avait fans dou<e pas des rap[iort.s bien intimes avec i'Acl'aïe et paraît iiotiimn ent n'avoir pas pris part à las-emblée provinciale ou Xûivbv d'Achaïe (ci-après, p. 474). Sur l'Epire, cf.' Bkckkr- MABQOARDr, III, 1, p. 1^7-128.
LA PROVINCE d'aCHAIE 474
de la Thessalie et de TEpire (avec laquelle on réunit TAcarnanie et les îles Ioniennes). Nous ne savons que peu de chose sur l'organisation de la province d'Achaïe. La capitale de la province était la Nouvelle-Corinthe, où résidait le proconsul romain*. Selon toute apparence, Auguste retira alors à la plupart des cités grecques leur a liberté » ou souveraineté nominale ^. La province d'Achaïe était maintenant administrée par un proconsul romain, qui était en même temps gouverneur militaire et chef de l'administration civile^ qui chargeait son questeur des affaires financières et prononçait, soit personnellement, soit par son légat, dans les affaires civiles et criminelles ^. Cependant, une partie au moins des
*) CoD. Theodos., IX, I, 2. Act. Apost., 18, I et 12. Bôckh, C. J. Gr,, vol. I, p. 571. n°s 1086 et 1186, el v. ci-après, vol. H.
^) La formation et l'organisation complète d'une p'rovince indépendante d'Achaïe suppose tout cela, à vrai dire : en outre, diverses circonstances nous prouvent qu'il en fut ainsi. Et d'abord, il est très intéressant de voir l'empereur, comme nous l'avons constaté plus haut, Jors de la fondation de Nicopolis et de la colonie de Palrae, disposer de la façon la plus arbitraire des biens des Hellènes (qui, au surplus, étaient ses adversaires vaincus dans la guerre et dont les villes, comme Patrse elle-même [p. 453], avaient été prises par la force des armes) et appliquer avec une rigueur impitoyable le principe du nouveau parti démocratique, d'après lequel « toute terre dans les provinces que le gouvernement n'avait pas cédée par un acte spécial à une commune ou à un particulier, était propriété de l'Etat, et d'après .lequel le propriétaire actuel n'était que toléré et pouvait en tout temps être privé de son héritage; théorie qui fut ensuite élevée au rang de principe fondamental du droit impérial » (Mommsen, Ji. Gr., vol. III, p. 535 sqq.). On voit disparaître alors les liberi pnpuU dont il est fait si souvent mention jusqu'aux derniers temps de k République. Nous voyons en outre dans Pausanias, VIII, 18, 5, que, de tous les Achéens (le mot prÎG dans son sens le plus restreint désigne ici sans doute les habitants du canton d'Acha'ïe), Auguste laissa aux habitants de Patrae seule « la liberté ». Ce qui le prouve (outre le passage de Dio Cass., LI, 2 init.), c'est que la « liberté » fut rendue plus taril à plusieurs villes péioponnésiennes situées dans des contrées qui avaient soutenu Antoine avec une énergie toute particulière, comme, par exemple, à la ville de Mothone en Messénie (Paus., IV, 35, 2), et à Pallantion en Arcadie (Pausan., Vlil, 43, 1). Il est tiès peu probable que Vespasien (vol. Il) ait le premier supprimé l'autonomie des diverses cités, en retirant aux Grecs d'Achaïe la liberté que Néron venait de leur oclroyer et en rétablissant l'administration provinciale; le peu de renseignements que nous avons sur cette mesure de Vespasien ne nous permet pas de nous pronon-^er.
^J Cf. Walter, Geschichte der r'omUchen Rechts, vol. I, p. 470. 347 sqq. VoiGT, Jus naturaky II, p. 521, opposé à Becker-Marquardt, III, 1, p. 252, et V. HôcK, R. G., I, 2, p. 192 sqq. Mo.vimsen, R. G., vol. II, p. 367,
472 LA PROVINCE d'aCHAIE
communes de la nouvelle province conserva son ancienne autonomie. Outre Athènes, libre et alliée, nous voyons pendant longtemps figurer comme villes libres dans cette province : Sparte, les villes des Éleuthérolaconiens, la ville sacrée de Delphes, Abse en Phocide, Élatée, également en Phocide (et jouissant du privilège de l'immunité); les villes béotiennes de Thespies et de Tanagra, Pharsale en Thessalie, ainsi que les îles d'Égine, Zacynthe et Céphallénie et la ville de Corcyre, — la ville locrienne d'Amphissa jouissait du droit d'immunité*, — à côté desquelles figurent les nouvelles colonies de Nicopolis et de Patrse (comblées de faveurs et également villes libres) et la ville de Corinlhe, qui toutes jouissaient de plusieurs des précieux privilèges (Corinthe en avait aussi les institutions) qui distinguaient les colonies romaines dans les provinces ^
III, 539. Sur les détails de la justice romaine dans les provinces, v. encore Bethmann-Hollweg, Der rômische Civilprocess, vol. II (Bonn, 1865), p. 33 sqq. Sur l'Achaïe, où les Hellènes avaient peut-être le droit de foire juger d'après les coutumes locales, par des jurés pris dans leur sein et sous la présidence du gouverneur ou de son légat, les différends ordinaires ou procès qu'ils avaient entre eux et dans lesquels l'accusé était un Grec, v. Phi- LOSTR., Vit. ApolL Tyan.; V,36. Le légat passe toujours, dans la hiérarchie, avant le questeur. Sous l'Empire, tous les questeurs provinciaux portent le titre de quœstor pro prxtore (CL Mommsen, \nllermes, II [1867], p. 115).
') Pour" Sparte, v. Strab., VIII, 5, 5, p. 562 (365). Philostrat., Vit. Apoll. Tyan , IV, 33. PLiN.,iV. H., IV, 5 (8). 16 et ci-après, vol. II; sur les Éleuthérolaconiens, v. Plin., loc. cit.; sur Delphes, Pun,, N. H., IV, 3 (4), 7 ; sur Abae, Paus., X, 35, 2; sur Élatée, Paus., X, 34, 2; sur Thespies, Plin.,
IV, 7(12), 25; sur Tanagra, Pun., ibid., 26; sur Pharsale, Pun., IV, 8 (15), 29; sur Égine, Plin., JV. H., IV, 12(19), 57; cf. Ahrens, p. 61 ; sur Corcyre, Plin., i5id.,52; sur Céphallénie et Zacynthe, Plin., lôic?., 54; surAmphissa,
V, Plin., N. H., IV, 3 (4), 8. Pline, ibid., 7, appelle aussi les autres Locriens Ozoles immunes; ils n'étaient sans dou'e exempts que des tributs payables à l'empire et dépendaient pour le reste de la ville de Patrse, Paus., X, 38, 4 et 5). Sur Argos (cf. Julian., éd. Spanh. Epist. 35, p. 407), voy. les remarques de Becker -Marquardt, III, 1, p. 256. Nous aurons, du reste, à montrer, vol. II, que l'autonomie des « villes libres » fut constamment restreinte; cf. HôcK, n. G., 1, 2, p. 248 sqq. Mommsen, R. G., II, p. 367. KuHN, vol. II, p. 28 sqq. et surtout Voigt, Jus naturale, vol. II, p. 762-829. D'après Voigt, p. 770 sqq , la situation politique de ces villes se modifia aussi en principe depuis le commencement de l'Empire, en ce sens que les liberœ civitates de l'Empire n'étaient plus considérées et traitées comme souveraines pour la forme, mais seulement comme u immédiatement dépendantes » du gouvernement central.
*) Phne, N. H., IV, 1 (2), 5, appelle Nicopolis civitas libera : cf. Arrian.,
LA PROVINCE d'achate 473
Les autres condiLions de rexisLcace n'en furent point modifiées. En Achaïe aussi, il est vrai, le gouverneur romain se trouvait maintenant à la tête de la justice ; dans les cités grecques^ qui jusque-là avaient eu leurs lois particulières, les edits du gouverneur, et peu à peu aussi le droit romain^ prenaient une notable importance; les Grecs, en ce qui concernait l'applicalion de leurs lois particulières et le maintien de leurs institutions, étaient maintenant soumis aux ordres et à la surveillance de leur gouverneur^ : mais, en somme, on épargna les vieilles institutions juridiques des Hellènes, qui avaicmt une si haute culture intellectuelle, et les cités conservèrent au moins leurs constitutions municipales (p. 266, 1), leurs autorités librement élues, leurs assemblées populaires restreintes avec Tadministration de leur police (exposée souvent, il est vrai, aux empiétements du gouverneur), de leurs finances, et en général^ le droit assez étendu de faire leurs propres affaires ^. Antérieurement déjà nous avons montré que les anciennes confédérations, avec leurs fonctionnaires, continuèrent à
Diss. Epictet., IV, 1, 14. Bursian, Geotjr.,1, p. 32. Patrae est appelée ville libre par Palisan., VII, 18, 5; je ne sais si elles ont été aussi immunes; cf. Becker-Marquardt, R. A., Ili, i, p. 262. Sur le droit colonial, voir Walter, Geschichte d. R. R., vol. I, p. 477 à 485, dont l'opinion est surtout partagée par Hôck, R. G., vol. I, 2, p. 229-242; v. ensuite Becker- Marquardt, p. 261 sqq., 350 sqq. Parmi les villes nouvelles fondées en Grèce par les Romains, c'est Corinthe qui est le type le plus pur de la colonie romaine. La magistrature coloniale (que nous voyons aussi fonctionner à Bouthroton, à Dyrrhachion, à Philippes; cf. Zumpt, Comm. Epigr., vol. I, p. 376 sqq. ) existait aussi à Corinthe; cf. Hôck, op. cit., p. 230. EcKHEL, D. N., vol. Il, p. 240 sqq. Zumpt, op. cit., p. 146. 190. A Patrae, au contraire, où les Romains étaient beaucoup moins nombreux (nous ne parlerons pas de Ni(;opolis, où les colons romains, peu nombreux, paraissent s'être fondus avec la masse de la population hellénique, v. Zumpt, op. cit., p. 376, 473), nous ne voyons nulle trace de magistratures italiques; cf. Hôck, p. 230, EcKHEL, op. cit., p. 225 sqq., 255 sqq. Je ne vois pas non plus que l'une ou l'autre de ces colonies ait été dotée du jus Italicum que (Zumpt, p. 478. 489. 494) Dyrrhachion, Cassandria, Philippes et Dion possédaient certainement plus tard.
*) Cf. ci-dessus, p. 471, 3 et Walter, Geschichte d. rom. Rechts, vol. I, p. 346 sqq., 469 sqq. Hôck, p. 219 sqq. Mommsen, R. G.., Ill, p. 455 et KuHN. vol, II, p. 37; cf. Philostrat., Vit. ApolL Tuan., Vil, 42.
2) Walter, p. 347 sqq., 470 sqq. Mommsen, vol. Il, p. 370. UocK,p. 167. Sur le système monétaire des cités grecques, voy, ci-dessus, p. 276 sqq. et Hultscii, MetroL, p. 162. Voigt, p. 768 sqq. Mommsen, R. G.. III, p. 5i9. Rom. Mùnzwesen, p. 727 sqq,, 731 sqq. et Eckhel, op. cit., p. 166.
474 LA DIÈTK PROVINCIALE d'aCHAIE
exister Iranquillement (p. 285 suiv.), et nous aurons encore à le faire voir plus d'une fois ; en ce qui concerne la Thessalie, des monnaies du temps d'Auguste nous prouvent l'existence de stratèges, et le y.civsv thessalien subsiste bien long, temps encore*. En outre, Auguste paraît avoir institué, pour la Grèce aussi, à côté des confédérations qui existaient depuis longtemps et de leurs assemblées ^ une de ces diètes générales accompagnées de cérémonies religieuses qui jouèrent sous l'Empire un si grand rôle dans d'autres provinces, surtout en' Asie, en Crète et en Macédoine. Cette assemblée générale, ce xo'.vGv, cette représentation de tous les cantons, au moins jusqu'aux Thermopyles et aux frontières d'Etolie, à côté de l'influence religieuse qu'elle exerçait et qu'elle finit par mettre surtout au service du culte des empereurs, n'avait qu'une compétence très limitée; cependant, outre la tâche qui lui incombait de faire parvenir des félicitations à l'empereur et de rédiger des adresses élogieuses de toute espèce, elle avait du moins le droit tant de voter les remerciements de la province au gouverneur sortant, que de présenter directement au souverain ses prières, ses plaintes et ses griefs. Le y.oivév des Panhellènes (ou « des-Achéens »), qui, en fait, n'encourageait que la manie des titres devenue de plus en plus générale parmi les Hellènes à mesure que s'éteignait la vie politique, avait son siège à Argos ^ En outre, Auguste ré-
*} Cf. ci-dessus, p. 422 sqq. Sur les stratèges thessnliens, v. Eckhel, D. N., H, p. 135 et sur le xotvbv (ci-après, note 3), cf. Kuhn, vol. II, p. 13. Hermann, Griech. StaafsiU , § 178, 24 el plus loin, vol. II. La politique romaine ne se proposait pas de détruire l.i vie cantonale dans les provinces. Les Romains (et ceci s'applique aussi à la Grèce) ne voulaient ni. eu prenant de pareilles mesures, provoquer inulilernetit le mécontenlement, ni faire naître de nouvelles forces en fondant ensemble des éléments séparés jusqu'alors, qui eussent pu (en Grèce, sans doute, cela n'était plus à craindre) devenir pour eux un danger, ou du moins, par suite d'une recrudescence du sentiment national, rester indifférents ou s'opposer aux efforts qu'on faisait pour les romaniser peu à peu. Nous ferons voir dans le 11° volume qu'en Grèce, du moins au ii' siècle ap. J.-C., les anciennes rivalités entre les divers cantons s'étaient considérablement affaiblies.
2) Walter, op. cit., p. 472, note 6L
^) Celle opinion repose surtout sur quelques inscriptions; v. Keil. Si/ll. Inscr. Boeot., p.- 116 sqq., n° 31 (v. surtout lig. 1. 10. 15. 22 sqq. 50. 61. 98. 100) et BocKH, G. 1. Gr., vol. I, n« 1625, p. 78S sqq (ci-dessus, p 286, 1). Les peuples dont Keil, ibid., lig. 1, 22 sqq. fait mention sont : les Achéens
forma complètement l'antique ligue des Amphictyons, qui avait depuis long-temps perdu toute influence \ et donna ainsi
(ici probablement = Péloponnésiens), les Béotiens, les Locriens, les Eubéens, les Phocidiens. Le nom de xotvov iwv IlaveXXTQvwv se trouve dans Keil, ibid., lig. 10. 61. 100. BôcKH, ibid., lig. 26; «ruvoSo; rcbv 'E>.Xr,va)v, lig. 15. Achéens désignant tous les Panhellènes provinciaux; Keil, lig. 50. 98 et Bôckh, n» 1318 et 1396. « Achéens et Panhellènes » : Bôckh, ibid., 1625, lig. 20. Keil, ibid., lig. 100 et Bockh, ibid., 1625, lig. 21 sqq., montrent que ce xoivov (appelé aussi y.otvôv xr,? 'A-/aiaç, voy. l'inscription dans les Archaol. Aufsdtze de Ross, vol. I, p. 123) avait son siège à Argos. Du passage de Bôckh, n° 1718, Kuhn conclut {Stddt. Verf., vol. II, p. 74) qu'un. àpxispeuç et 'EXXaSàpxrjÇ Twv ''Axa'.tbv nommé à vie présidait ce xoivov. Cf. n°slll4. 1318 et 1396. 1718. 4021, et Kuhn, vol. I, p. 108. 110. 111. — Cexoivov des Panhellènes ne doit pas être confondu avec la ligue des Panhellènes qui fut fondée plus tard par l'empereur Hadrien et s'élendit sur une grande partie de la Grèce d'Europe et de la Grèce d'Asie (vol. II) : c'est ce que prouve le fait que l'inscriplion cilée par Keil, /oc. ci/., appartient déjà au temps de l'empereur Caligula (Keil, p. 120 sqq.); rinscriplion dont parle Bôckh, n° 1625, est, d'après les explications de Keil, loc. cit. (cf. Kuhn, vol. II, p. 67. BuRsiAN, Geogr., vol. I, p. 213), plus récente de quelques années seulement que l'inscription n° 31 de Keil, op. cit» Je considère donc ce xotvov comme étant analogue aux associations incomparablement plus importantes de ce genre en Asie. C'est là un sujet traité d'une manière générale dans Becrer-Marquardt, R. A., I, p. 267-275. D'après cet auteur, les villes faisant partie de la ligue (et peut-être, en Hellade, les assemblées partielles) envoyaient à ces assemblées des députés, cruvsopot, lesquels avaient à élire, entre autres, Yarchiereus ou sacerdos provhiciœ (qui portait le nom de la province), choisi parmi les anciens fonctionnaires municipaux les plus considérés et les plus riches. Les fonctions d'archiereus n'étaient pas partout à vie ; elles passaient de l'un à l'autre dans la plupart des provinces; mais le titre restait, et les anciens prêtres de cette espèce formaient souvent une classe particulière. Sur l'Asie, v. Marquakdt, ibid., et p. 140 sqq. Kuhn, vol. I, p. 107 sqq. [P. Monceaux, De communi Asiœ provincide -y.oi^^y 'Aaîaç. Paris, 1885]; sur Tîle de Crète, avec son Crétarqiie, Bôckh, C. l. Gr., vol. II, n°^ 25-3. 2595 sqq., 2744. Mahquardt, p. 268 sqq., 270. Kuhn, vol. I, p. 113, et sur la Macédoine, Marquarot p. 268, 269, et lu ïhe^salie (Marquardt, p. 2()8, et plus bas, vol. Il); et. aussi Preller, Rom. Mylhol., p. 794 sqq. Walter, p. 471. 472. Curtius, Pelop., vol. II, p. 560.
') J'emprunte au compte rendu de W. Vischer sur l'ouvrage de Freeman {N. Schweizer. Museum, Jahrg. IV, 4° fascic, 1864), p. 297, une communication intéressante sur le conseil aniphictyonique avant sa réforme par Auguste, elle repose sur un document trouvé à Delphes par Carl Wks^her en 1862, sur le contenu duquel Wescher a fait des communications verbales ou critiques et sur leqtiel il a écrit ensuite, dans la Revue Archéologique, nov. 1864, p. 407 sqq., 493 (que je n'ai malheureusement pas souslamam), une courte notice provisoire. A l'époque de ce document, sept peuplades avaient chacune deux voix, et dix une. par conséquent vingt-quatre. Les premières, qui avaient deux voix, étaient les habitants de Delphes, les
au peuple vieillissant des Hellènes un nouveau hochet pour qu'il pût s'abandonner de plus en plus, sous le sceptre toutpuissant de César, à la douce somnolence d'une vie insouciante, rêveuse et végétative, occupé de cérémonies, de fêtes et de distinctions honorifiques, et dépensant ses forces d'une façon aussi inoffensive que futile. Cette nouvelle organisation, qui, après les désordres amenés à plusieurs reprises par la guerre d'Etolie* et les dévastations des vingt ou trente dernières années, avait bien son prix, était, en somme, bien plus pratique et répondait bien mieux à la situation que celle qui avait existé depuis des siècles. On commença par changer complètement la proportion des voix telle qu'elle avait existé jusqu'alors, et l'on chercha h établir une certaine relation entre le nombre de votes qu'on devait accorder aux différents Etats et villes amphictyoniques et leur importance. On fixa donc à trente le nombre total des voix amphictyoniques. La Macédoine en eut six ; les petites tribus des Maliens, des iEnianes, des Magnètes, des Achéens phthioliques (ainsi que la peuplade des Dolopes, qui avait à peu près disparu pendant la détresse des trente dernières années [p. 402]), perdirent le droit de voter séparément; ils ne formèrent plus avec les Thessaliens qu'une curie à laquelle — ainsi qu'à Nicopolis, qui jouissait à un si haut degré de la faveur d'Auguste — ou
Thessaliens, les Phocidiens, les Béotiens, les Acliéens de la Phthiotide, les Mag-nètes et les iEnianes. Les autres étaient les Doriens du Parnasse et les Doriens du Péloponnèse, les Athénit'ns et les Eubéens, les Maliens, les OEtéens, les Dolopes, les Perrhèbes, les Locriens Hypocnémidiens et les Locriens occidentaux. Chez les Doriens, les Ioniens (Athéniens et Eubé:'ns) et les Locriens, on reconnaît distinctement la séparation en deux de membres qui ne formaient autrefois qu'un seul corps; le même fait paraît s'être produit chez les Maliens et les OEtéens; les Dolopes et les Perrhèbes, qui d'ordinaire figurent parmi les douze peuplades primitives, sont peut-être tombés au rang de « demi-États » lors de l'admission de Delphes. Ce dédoublement des douze tribus primitives et le partage de quelques-unes est analogue au procédé employé en Suisse lorsqu'on modifia la constitution ; au lieu de vingt-deux voix, on en donna quarante-quatre aux représentants des cantons ou Conseil fédéral, c'est-à-dire deux à chacun des cantons entiers, une à chacun des six demi-cantons d'Unterwalden, de Bale et d'Appenzell.
') ScHôMANN, Gr. Alterth., vol. II, p. 40. Droysen, Histoire de l'Hellénisme, trad. Bouché-Leclercq, IIÏ, pp. 428-429. 533. Pauly, R. E., vol. l, 2° édil., p. 896. 902. Hermann, Gr. Staatsalt., § 14, 17.
accorda six voix. Les Phocidiens, qui, depuis 279 av. J.-C, étaient redevenus membres de la ligne, disposaient de deux voix, ainsi que la ville de Delphes et les Béotiens. On accorda une voix à la Doride, contrée de peu d'étendue, aux Locriens Ozoliens, aux Locriens orientaux, aux Eubéens et à la ville d'Athènes. Le Péloponnèse fut traité avec une sévérité extraordinaire : les Doriens du Péloponnèse, parmi lesquels on est surpris de ne pas voir paraître les Spartiates dans cette circonstance, furent réunis en une curie qui (bien que comprenant les villes d'Argos, de Sicyone, de Corinthe et de Mégare) n'eut qu'une voix. Parmi tous ces cantons et ces villes, Nicopolis, Delphes et Athènes avaient ce qu'on appelait des voix individuelles, c'est-à-dire que leurs représentants paraissaient dans toutes les assemblées amphictyoniques; les autres voix étaient des voix cuîiates, c'est-à-dire que les différentes villes de chaque canton ou curie envoyaient à tour de rôle, dans un ordre déterminé et à époques fixes, un ou plusieurs représentants à ces assemblées* qui, avec leurs anciens et leurs nouveaux fonctionnaires^, recommencèrent à jouer un rôle très important dans la vie paisible du peuple grec sous la domination impériale et contribuèrent puissamment à l'exagération des titres honorifiques prodigués, dans la suite, aux empereurs dans les inscriptions qu'on leur dédiait.
C'est là, autant qu'il nous est permis d'en juger, la dernière des institutions nouvelles qui, sur le sol de la Grèce, doivent
f *) Voy. en particulier Pausan., X, 8, 2 et 3 (cL Philostrat., VU. Suph., II, 57. Strab., IX, 3, 4; 7, 8, p. 641 [419]. 642 sqq. [419 sqq.]. Cf. Schô- MANN,* op. cit. Pauly, op. Cit., p. 902 sqq. Hermann, op. cit., § 14, 18. BôcKH, G. I. Gr., vol. I, p. 560; no 1058, p. 578, v. n°« 1121. 1124. 1058, p. 559, p. 610. Freeman, History of federal government, vol. I, p. 136- 139. Les assemblées des Araphictyons à Delphes et aux Thermopyles sont mentionnées encore par Pausan., VII, 24, 3 (v. aussi vol. II).
'^) Parmi les nouveaux fonctionnaires , nous trouvons, par exemple, un £TT:t[ji,£>.-oTriç ToO xotvoO x&v 'A[jLcpixTu6va)v. Cf. Rh. Mus., II, p. 111 et Hermann, Gr. Staatsall., § 14, 18, et notamment le 'EXXaoap-/-/;; xtbv 'A[jL:ptxT'j6vcov ap. BocKH, G. I. Gr., vol. l, p. 580; ces dernières fonctions étaient exercées dans certaines circonstances par Ja personne qui était en même temps Helladarque et àpxtspsuç du xotvbv des Panhellènes (ci-dessus, p. 474, 3); v. Bôckh, ibid., p. 579, no 1124, lig-. 3 et 7, et p. 844. — Le irpôaxriîxa tîjç 'Aixsixxuovc'a; aurait été à vie d'après Plut., An senisit gerend. resp., c. 20; v. les objections de K. Keil dans le Philologus, XXHI (1865), 11° fasc, p. 245 sqq.
478 ÉPtJISEMENT DE LA GRÈCE
leur origine à rempereur Auguste. Il fallait bien, d'ailleurs, laisser aux Hellènes eux-mêmes le soin de se relever lentement sous le nouveau régime impérial. Et, il faut bien l'avouer, le nouveau gouvernement fut pour les Grecs d'Achaïe un bienfait à deux points de vue. D'une part, en effet, le gouvernement des Césars empêcha la nouvelle administration sénatoriale, bien qu'elle pesât assez lourdement sur le pays épuisé, de retomber dans cet arbitraire cruel et dans cette rapacité fiscale sous lesquelles les Hellènes avaient à plusieurs reprises si cruellement souffert depuis l'époque de Sulla. D'autre part, la guerre cessa pour longtemps de déchaîner ses tempêtes. Les luttes qu'on soutenait naguère contre les tribus barbares, au nord de la Macédoine, faisaient retentir maintenant les bords lointains de la Theiss et du Danube, de la Save et de la Drave ; à l'intérieur régnait le calme le plus profond. Éprouvées d'une manière passagère après un long intervalle de tranquillité par un voyage que fît en Grèce Néron, aussi avide d'objets d'art que'de jouissances artistiques, puis effleurées peut-être par les guerres civiles qui suivirent la mort de Néron et plus tard celle de Pertinax^ les contrées de l'Achaïe ne revirent les horreurs de la guerre que dans les temps néfastes de l'empereur Gallien et du chef de guerre germain Naulobat. Les Hellènes purent donc reprendre tranquillementpossession d'eux-mêmes. C'est alors seulement qu'on vit combien la Grèce était épuisée et le peuple grec usé; on put voir combien peu importait à la société d'alors l'antique pays des Hellènes. Tandis que la province d'Asie — qui avait si cruellement souffert et oii,« après la dernière guerre civile, avait eu lieu une banqueroute publique générale », dételle sorte qu^Auguste dut dispenser un grand nombre de débiteurs et de contribuables de payer leurs dettes — grâce à saposition géographique et commerciale, à son trafic considérable, à la fertilité inépuisable de ses plaines et de ses vallées et à Tabondance des autres sources de prospérité non encore taries
*) D'après Becker-Marquardt, R. A., III, i, p. 291, note 1992, qui s'appuie sur Dio Chrysost., I, p. 601 sqq. R. (éd. Emper., vol. 11, or. XXXI, 66 sqq.) ; il s'agissait sans doute principalement de la remise d'une masse de contributions arriérées.