LE MOUVEMENT COMMERCIAL EX GRÈCE
de ce pays toujours encore habité par une population nombreuse et laborieuse, se relevait, flans l'espace de vingt ou trente ans, au point de passer, pendant les deux premiers siècles de l'Empire, pour une des provinces les plus riches et les plus florissantes de tout l'Orient % la plus grande partie de FAchaïe ne se relevait qu'avec une extrême lenteur, comme nous le verrons (vol. II) en retraçant le tableau de l'époque de Plutarque et de Dion Chrysostome. Les antiques cités et les vieux cantons ne purent regagner que lentement l'activité commerciale et industrielle qu'ils avaient perdue; le commerce qu'ils faisaient consistait en grande partie en produits du sol^ qui, pour la plupart, servaient à satisfaire la gourmandise et le luxe des riches Romains. La Thessalie, l'Étolie, l'Acarnanie, Argos et Épidaure fournissaient d'excellents chevaux*. L'huile de l'Attique conservait toujours son ancienne réputation; le miel de 1 Hymette et des Sporades ^ était recherché par les gourmets italiens, et, depuis le temps de LucuUus, tout le monde, à Rome, appréciait les vins de Lesbos, de Samos,' de Chios et d'autres lieux*; nous en dirons autant des poissons de mer rhodiens, des huîtres de Chios, des grues de Mélos, des paons de Samos ^ Les carrières de marbre de l'Hymette et du Pentélique^ du Ténare et du Taygète'', les magnifiques carrières de porphyre vert^ de Crocea; sur l'Eurotas inférieur (dans le voisinage de la moderne Levetzova), les carrières de marbre des îles de Paros^ Scyros et Carystos, ainsi que de Thasos, dont le précieux marbre blanc était très à la mode pendant l'époque impériale, contribuèrent puissamment à orner la capitale du monde romain'\ Mais, en somme, pendant
1) Cf. Friedlander, Sittengesch. Roms, II, p. -4, 3.
2) Cf. ci-dessus, p. 454, 4. 455, 3. Strab., VIII, 8, 1, p. 595 (388).
3) Strab., IX, 1. 23, p. 613 (399). X, 5, 19, p. 749 (489). Pun., N. H., XI, 13 ri3), 32.
*) Cf.^ Plin., JV. h., XIV, 14 (16 et 17), 95 à 97.
5) Cf. Gell., N. a., VI, 16, 5.
6) Strab., IX, 1, 23, p. 613 (399). Plin., N. H , XVII, 1 (1), 6. 1) Strab., VIII, 5,7, pag. 564 (367).
s) Paus., III, 21, 4. II, 3, 5. Plin., N. H., XXXVI, 7 (11), 55; cf. Ross, Griech. Kônigsreisen, vol. II, p. 240 sqq. Gurtius, Pelop., vol. I, 34. vol. II, p. 206. 266 sqq., 308. 322 sqq.
») Strab., IX, 5, 16, p. 667 (437). Pun., N. IL, XXXVl, 6 (5), 44. (7),
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bien des années encore, il fallut aller à Nicopolis, à Pairae et à Corinthe pour trouver en Achaïo une vie et une prospérité nouvelles. Parmi les \'illes anciennes, il n'y avait, en définitive, que Sparte et Argos, qui était maintenant le centre d^un petit synédrion local et le siège de l'assemblée des Panhellènes mentionnée plus haut, ainsi que Tégée' et Athènes, dont l'aspect ne fût pas complètement affligeant.
A coté de ces villes nouvelles, l'antique Athènes commençait aussi à se relever. Sans doute, il n'était guère possible qu'après les cruelles souff'rances et le complet épuisement des dernières générations, et tout particulièrement après les guerres qui se firent les prétendants à l'empire, le commerce et l'industrie des Athéniens reprît un rapide essor. Athènes^ à cet égard aussi, partageait le sort de la plupart des autres villes et contrées de l'Achaïe, mais Athènes n'en était et n'en restait pas moins de toutes les villes de la Grèce d'Europe celle qui — même abstraction faite de ses écoles philosophiques — grâce à son glorieux passé, à la place importante qu'elle tenait dans l'histoire de la plus noble civilisation de l'antiquité, grâce à ses splendides monuments de toute espèce, devait continuer d'attirer les regards de tout l'Orient hellénistique comme elle l'avait fait jusqu'alors, et provoquer dans ces premiers temps de l'Empire les vives sympathies des empereurs, d'un grand nombre de membres de la famille impériale, des hommes d'État les plus éminents,et^ en général, de tout ce qu'il y avait de plus distingué à. Rome, comme, au siècle précédent déjà, elle avait joui de celles des Romains
48, 8 (13), 62. (Les carrières de Carystos étaient impériales; cf. Becker- Marquardt, III, 2, p. 202, note 415. — Il ne faut pas oublier les coqs de combat qu'on faisait venir de Tanagra, de Rhodes, de Mélos et de Chalcis ; Varro, De re rustica, III, 9. Plin., X, 21 (24), 48, et notamment les beaux vêtements fabriqués en grande quantité à Cos, à Amorgos et à Céos ; cf. Plin., XI, 22 (26), 76. IV. 12 (20), 62. Hermann, Gr. PrivalalL, § 22, 17. 18.
*) Parmi les villes anciennes de la péninsule, nous voyons, au temps de Strabon, Sparte occuper le premier rang, Argosle second; v. Strabon, VIII, 6, 18, p. 578 (377). Curtius, Pelop., vol. II, p. 226. 349. Sur le petit synédrion d'Argos pendant l'Empire (ci-dessus, p. 286, 1 et ci-après, vol. II), V. Pausan., VI, 12, 3. VIII, 22, 1. 23, 1 el Curtius, Pelop., vol. I, p. 82 sqq. Vol. II, p. 349. 560. D'après Curtius, p. 508, les Néméennes étaient pour ce synédrion des Argiens le centre du culte.
les plus cultivés. Athènes était de plus en plus visitée, de préférence à toute autre ville, par les Romains considérables que des intérêts de diverse nature, personnels, scientifiques ou esthétiques, amenaient dans les pays helléniques ^ Il y a plus : la faveur des empereurs et d'un grand nombre de Romains haut placés resta acquise aux Athéniens à un degré eminent depuis cette époque jusqu'au temps d'Alaric; l'histoire ultérieure delà Grèce nous en fournira plus d'un exemple. Comme on ne pouvait, ni par décrets, ni par présents, rendre aux Athéniens leur prospérité d'autrefois et leur ancienne énergie, on voulut au moins leur fournir les moyens d'orner leur ville par de nouvelles et splendides constructions qui, en général, avaient également pour but de perpétuer la mémoire du philhellène auquel on devait ces embellissements nouveaux. On se remit donc alors à suivre les traces des Attales et d'autres princes hellénistiques (p. 407) : on considérait à juste titre la Grèce d'alors comme un immense musée d'objets d'art. Dans tous les cas, ce désir des Athéniens d'orner leur ville de somptueux édifices s^accordait parfaitement avec l'ostentation, la futilité et le vain formalisme des Grecs de ce temps-là; toutes ces splendeurs, en somme, abstraction faite du gain momentané que les industries du bâtiment, les artistes et autres gens de métier retiraient d'un travail bien rémunéré, ne procuraient d'autre avantage aux habitants d'Athènes que d'augmenter encore la force d'attraction que cette ville exerçait sur tout le monde civilisé de cette époque.
C'est ainsi qu'au siècle d'Auguste- la munificence de Jules
^) Cf. ci-dessus, p. 405 sqq.
') Cf. en général l'article Athenae de C. Bursian dans Pauly, RealencycL, vol. I, 2« édit, p. 1979 sqq.; Curtius, AU. Stud., II, p. 50 sqq. — L'opinion de Curtius, op. cit., p. 52 sqq, — d'après laquelle la ville d'Athènes fut alors rebâtie d'après des plans nouveaux, de nouveaux quartiers construits au nord de l'acropole, l'agora agrandie du côté de l'est, un « marché neuf y> établi, et un splendide Prytanée (p. 55) construit au nord de l'acropole (l'ancien aurait subsisté jusqu'à l'époque romaine près de l'ancienne agora, dans la partie méridionale de la ville) — est énergiquement combattue par Bursian, op. cit., p. 1972 et 1979, ainsi que dans la dissertation De foro Athenlensium disputatio. p. 13 sqq. (dans le Zûriçher Universitâtsprogrammy été 1865). Cf. aussi Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 669 sqq.
César (p. 428) et d'Auguste servirent à élever au nord-est de l'agora, en l'honneur d'Athéné Archégétis, un édifice dont la façade rappelait celle d'un temple dorien et qui servait de vestibule à une place entourée de murs; on y vendait diverses denrées (principalement de l'huile) ; elle était ornée des statues de divers membres de la famille impériale*. Ce fut également en l'honneur d'Athéné Archégélis et de la famille impériale qu'on construisit un aqueduc reposant sur des arcades, depuis la célèbre source de Clepsydra (récemment recouverte d'une maçonnerie), qui jaillissait de la partie nord-ouest du rocher de l'acropole, jusqu'à la tour d'Andronicos(p. 407, 1); la partie septentrionale de Taqueduc existe encore ^ L'illustre ami d'Auguste, le vainqueur d'Actium, M. Yipsanius Agrippa % construisit pour les Athéniens « un nouveau théâtre dans le Céramique, destiné sans doute à des exercices littéraires {recztationes) », qui porta le nom d'Agrippéion*. Les Athéniens, de leur côté, qui étaient passés maîtres dans l'art de flatter les potentats romains, — nous l'avons constaté plus d^me fois déjà — élevèrent à leur « bienfaiteur », à l'entrée du chemin qui menait à l'acropole, au-dessous de l'aile septentrionale des Propylées, une statue
t) BôcKH, C. I. Gr.. vol. I,no« 312.313.355. 477. Cf. Stu art, Alterth. von Athen, 1" livr., lab. 1 sqq. Botticher, Bericht ûber die Tinter suchung en aufder Akropolis, VII* section. Bursian, op. cit., p. 1979, et Geogr. von Griechenl., vol. I, p. 292 sqq. et Curtius, Att. Studien, II, p. 51. D'après BôcKH, ibid., p. 469 ad n» 312, la construction fut terminée avant l'année 755 de Rome, 2 ap. J.-C, et cela, sous l'archontat de Nicias et la stratégie d'Euclès [que nous avons placés (plus haut, p. 301) entre les années 12 et 1 av. ou 2 ap. J.-G.]; Euclès avait veillé à l'exécution des travaux commencés par son père Hérode [ancêtre du célèbre Hérode Atticus, v. plus bas, vol. II]. Cf. BÔCKH, p. 468 ad n^ 477. La dynastie accorda ses faveurs à d'autres villes de la Grèce; sur la fameuse offrande de l'impératrice Livie au temple de Delphes, v. Plut., TOp\ xoo El èv AeX^otç, c. 3; cf. Bursiân, Geogr., p. 175.
2) Cf. BôTTicHER, Philologus, XXII, p. 73. C. Wachsmuth, Archâolog. Zeitung, XXI, p. 125. et Die Stadt Athen, p. 669 sqq. Bursian, dans Pauly, p. 1979. Geogr., p. 293. Curtius, p. 52.
3) Cf. Frandsen, m. Vipsanius Agrippa, p. 174. Curtius, Att. Studien, II, p. 50. Archdol. Zeitung, 1854, pp. 202. 524, 8. Inscription d'Agrippa à Délos, dans Lenormant, Inscr. grsec. inédit, centur. 5-7, in Rhein. Museum, XXII [1867], p. 293, n° 285.
*) Philostrat. , Vit. Soph., II, 5, 3. 8, 2. Bursian, ap. Pauly, p. 1979. Geogr., vol. I, p. 292.