‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 23 sur 235 · PHILOPCEMEN VAINQUEUR DE NABIS · texte numérisé non relu

PHILOPCEMEN VAINQUEUR DE NABIS

Il est vrai que la tentative du vaillant général d'anéantir avec une petite escadre achéenne la nouvelle flotte du tyran destinée à bloquer Gytheion, dont la garnison se trouvait dans la plus grande détresse, échoua complètement. En revanche, il réussit bientôt après, en partant d'Argos, à pénétrer par mer en Laconic, près d'Acriœ, avec une troupe de guerriers légère ment armés, et de surprendre et d'anéantir complètement un fort détachement Spartiate qui campait près de Pléïae. Et alors (paraît-il), Philopœmen traversa en la pillant la Laconic, remonta vers Tégée et y concentra une grande armée confédérée,, pour contraindre Nabis, en attaquant Sparte, à lever le siège de Gytheion. Il est vrai que, pendant ce temps, cette ville tomba aux mains du tyran : en revanche, les Achéens réussirent à battre si complètement Nabis qui s'avançait rapidement vers le nord, près du mont Barbosthène, (un des avant-postes occidentaux de la chaîne du Parnon, près de Sellasie) et à le poursuivre ensuite si énergiquement qu'il ne ramena à Sparte que le quart de son armée et qu'il fut obligé d'assister, sans pouvoir l'empêcher et en se tenant renfermé dans sa ville, à un ravage de plusieurs semaines de la vallée de TEurotas^ Peutêtre eût-on dès ce moment-là pu détruire complètement Nabis ; mais, cette fois encore, Flamininus vint s'interposer en sa faveur. Philopœmen, dont les Achéens mettaient les hauts faits, au grand déplaisir de l'ambitieux et susceptible vainqueur do Cynoscéphales^ bien au-dessus des succès remportés par les Romains dans la dernière guerre, dut conclure un armistice avec Nabis et retirer son armée de la Laconic*.

En attendant, les diplomates romains et leurs adversaires faisaient les plus grands effortsdans toute la péninsule hellénique et à la cour de Syrie. L'Etolien Thoas de Trichonion s'était rendu en Asie-Mineure auprès d' Antiochus ^; de leur côté , Flam ininus et ses compagnons travaillaient énergiquement les Grecs confédérés, tandis que, selon toute apparence, on s'efforçait en

») Liv., XXXV, 25-30. P lut., Philop., c. 14, Pausan., VIII, 50, 5. Justin., XXXI, 3.

«) Cf. Plut., Flamin.,c. 13. Philop., c. 15, et PaûSan., ibid. y qui du reste, on le sait, ont le tort de confondre la guerre Spartiate de Tan 195 avec celle de l'an 192 ; vov. aussi Liv. XXXV, 30 s. fin. 47, et Schorn, p. 273*

') Liv., XXXV, 32 ; XXXVI, 7.

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même temps d'attirer dans le parti romain, par des offres séduisantes, le roi Philippe, dont l'attitude dans la guerre prochaine n'était nullement indifférente. Flamininus s'aperçut bientôt que le passage subit des Eubéens et des peuplades thessaliennes de la domination macédonienne sous le protectorat romain avait plus d'une fois causé de graves complication dans ces contrées. Ce fut d'abord chez les Magnètes, à Démétrias, que Flamininus trouva des dispositions inquiétantes. On y avait répandu le bruit, probablement fondé, que cette importante forteresse avait été promise par les Romains au roi Philippe, en vertu d'une convention secrète, comme prix de sa participation à la guerre contre Antiochus. Profondément irrités, la plupart des oligarques s'étaient rapprochés du parti syro-étolien ; la position de Flamininus n'était pas facile. Il est vrai que le magnétarque Eurylochos, qui s'était complètement brouillé avec l'homme d'État romain dans une discussion publique, crut devoir, en attendant, se rendre en Etolie; dans tous les cas, les Romains ne pouvaient plus compter sur la fidélité des Magnètes *. Les Étoliens, au contraire, ne craignirent pas de proférer ouvertement des menaces et de manifester leur haine. Le général Thoas était revenu de la cour de Syrie ; il avait avec lui Ménippos, un ambassadeur d'Antiochus; et ces deux hommes, par leurs pompeuses descriptions de la richesse et de la puissance du Grand-Roi, avaient tellement surexcité le peuple étolien qui allait^ dans une assemblée générale, se prononcer définitivement sur l'alliance avec Antiochus el la rupture ouverte avec Rome, que les chefs qui avaient conservé quelque modération ne purent plus exercer aucune influence. Ce fut en vain que les ambassadeurs des Athéniens^ que Flamininus avait envoyés à leurs vieux amis les Etoliens, s'efforcèrent de détourner ces derniers d'agir avec précipitation; et lorsque ensuite Flamininus lui-même se présenta devant l'assemblée étolienne, il eut le chagrin de voir qu'en sa présence on prit la résolution « d'appeler Antiochiis pour délivrer la Grèce et pour être l'arbitre entre les Romains et les Etoliens ». L'aveuglement du parti de la guerre chez

1) Liv., XXXV, 31 et 32 init. Cf. Plut., F/amm., c. 15.

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les Etoliens était si grand que le stratège Damocritos de Calydon répondit à Flamininus, qui lui demandait une communication écrite de cette décision : « qu'il avait pour le moment des affaires plus pressantes, mais que, sous peu, il lui ferait part de sa résolution en Italie, quand les troupes étoliennes camperaient sur les bords du Tibre* ! »

Dès lors les Etoliens ne s'efforcèrent pas seulement d'exciter dans toute la Grèce les démocrates, et en général tous les mécontents, contre Rome; ils tentèrent aussi, par la ruse et la violence, de s'emparer de Sparte, de Chalcis et de Démétrias, places importantes au point de vue stratégique*. Comme Nabis avait si peu réussi en prenant les armes, il avait, pendant l'armistice qu'on lui avait accordé, demandé à plusieurs reprises ' des secours aux Etoliens, Le général étolien Alexaménos, muni des instructions secrètes nécessaires, partit donc de Calydon pour la Laconic avec mille hommes et trente cavaliers. Il sut gagner complètement la confiance du tyran et trouva ainsi l'occasion, pendant que ce dernier assistait aux exercices des soldats devant la ville, de l'entourer subitement avec ses cavaliers, de le faire tomber de cheval et dele tuera coups de lance pour s'emparer ensuite du château royal. En face des mercenaires ahuris de Nabis, il eût été facile aux Etoliens, s'ils avaient eu quelque bon sens, de s'entendre avec les habitants de Sparte et de faire entrer la ville dans leur ligue. Au lieu de cela, Alexaménos et ses soldats s'abandonnèrent très mal à propos à leur penchant national, au vol e^ au brigandage ; ils commencèrent à piller le château et la ville, et excitèrent à tel point la colère des Spartiates que bourgeois et soldats se réunirent enfin en masse et massacrèrent l'audacieux pillard avec la plupart de ses compagnons. Dès que la nouvelle de ces massacres fut parvenue aux Achéens, Philopœmen, à la tête d'une troupe de guerriers réunie à la hâte, accourut sur les bords de l'Eurotas et décida d'autant plus facilement les Spartiates, qui se trouvaient dans le plus complet désarroi, par sa modération et sa conduite exempte de tout égoïsme à se joindre à la Ligue, que, vers la même époque,

1) Liv., XXXV, 32 et 33. Cf. XXKVI, 2i et Appian., Syr. c. 21. 2)Liv.,XXXV, 34init.

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