LES ÉTOLIENS OCCUPENT DÉMÉTRIAS
l'amiral romain Atilius avait enfin paru avec une flotte considérable devant Gytheion (avant la fin de l'été de Fan 192) et que, en face deces forces imposantes, les soldats Spartiates les plus arrogants n'eurent plus le courage de continuer la lutte ^ Vers le même temps, le général Tlioas de Trichonion ne fut pas plus heureux dans sa tentative de s'emparer par surprise de la ville de Clialcis avec l'aide d'un honorable citoyen banni par le parti romain et de ses partisans ; le plan fut connu trop tôt à Chalcis, et le parti romain reçut à temps d'Érétrie et de Carystos des renforts suffisants pour détourner Thoas d'une entreprise pour laquelle il ne se sentait maintenant plus assez fort*. Par contre, l'hipparque étolien Dioclès avait réussi — avec le secours du magnétarque Eurylochos (p. 112) et de son puissant parti — à surprendre la ville de Démétrias, où les chefs du parti adverse furent immédiatement assassinés'.
La prise de Démétrias par les Étoliens devint vraiment fatale à la Grèce. Car, peu après, le général Thoas se rendit de nouveau en Asie, et — par le récit qu'il fit de cette heureuse expédition, ainsi que par les mensonges qu'il débita sur les dispositions desHellènes qui, selonlui, attendaient avec impatience l'arrivée d'une armée syrienne — il décida le Grand-Roi (qui à cette époque guerroyait encore contre les villes de Smyrne, Alexandrie de Troade et Lampsaque\ et qui avait déjà fait un autre plan de campagne avec Hannibal), à passer en Grèce ^ On s'aperçut alors qu'Antiochus, qui pendant si longtemps avait caressé l'idée de faire la guerre à Rome, n'était pas encore bien prêt; qu'en somme, il n'était pas homme à mener abonne fin une pareille entreprise^ et qu'enfin il ne savait pas apprécier et encore moins mettre à profit la bonne fortune qui lui avait amené Hannibal comme conseiller et comme général. Car, sans avoir pris des mesures suffisantes pour faire suivre rapidement du renfort, Antiochus se mit en marche de l'Hellespont vers la Grèce et débarqua — en automne, vers le mois d'oc-
i)Liv., XXXV, 35-37. (Cf. XXXVIII, 34 et Polyb., XXIV, 4, 4). t'LUT. Philop., c. 15. Pausan,, VIII, 50,5, 51; 1. Zonar., IX, 19. 2) Liv., XXXV, 37 et 38.
3)Liv.,XXXV, 34.
») Cf. Liv.,XXXV, 42inU.
8) Liv., XXXV, 42. 43. Cf. Appian. S>r., c. 12.
ANTIOCHUS LI-: r.UANI) DIOHAUQIK EN (lUKCK llo
tobre de l'année 192 avant J.-C. — près de DémétriasaveclO,000 hommes seulement, 500 chevaux et 6 éléphants. Mais il devait bientôt s'apercevoir à quel point le parti de la guerre étolien l'avait trompé. S'il avait espéré trouver sous les armes de nombreux bataillons de Grecs valides, prêts à se joindre à lui, il dut s'apercevoir que les Hellènes mécontents s'étaient complètement fiés à ses propres forces; que du moins il eût fallu une armée syrienne beaucoup plus forte pour décider les mécontents en Grèce à se soulever sans hésiter. Tout d'abord, il est vrai, le roi fut reçu avec enthousiasme à Lamia (sur le golfe Maliaque), où les Étoliens se réunirent immédiatement en assemblée générale et le nommèrent commandant en chef, sur la proposition de Thoas\ après que le nouveau chef de leur ligue, Phœnéas, homme assez modéré, eut en vain émis de nouveau l'avis, très pratique, du reste, de se contenter de fairejuger parle Grand-Roi le différend entre Rome etl'Etolie. Il est vrai que les Romains, qui n'avaient encore jeté qu'une division de force moyenne dans Apollonie, sous le préteur M. Baibius, furent ainsi devancés préalablement en Grèce par Antiochus. Mais on vit bientôt que, d'un côté, la plupart des Grecs ne songeaient pas sérieusement à s'aventurer dans une guerre contre les Romains, et que, de l'autre, Antiochus ne savait guère profiter de la faveur momentanée des circonstances*. Quant aux Grecs, il y avait partout parmi eux des hommes qui, se trouvant sans convictions politiques bien arrêtées et voyant leurs affaires en désordre, eussent volontiers échangé le calme fastidieux du protectorat romain contre de nouvelles agitations et eussent vu avec plaisir une série de « délivrances » telles que les avaient connues les générations antérieures du temps des Diadoques. Mais c'étaient précisément les puissances qui, dans la péninsule hellénique, avaient quelque importance à côté des Étoliens, la Macédoine et les Achéens, qui ne songèrent pas à se déclarer pour la Syrie. Philippe, sur lequel Hannibal voulait avec raison pouvoir compter dans la nouvelle guerre, ne paraissait même pas exister pour l'aveugle Grand- Roi, et chez les Achéens, au milieu desquels Flamininus com-
i) Liv., XXXV, 43-45. Appian., ibid.Zoyxw., IX, 19. S) Liv., XXXV, 20. 23. 24. XXXVI, 1, 8. Zonar., ibid.
116 SITUATIOlS des partis en GRÈCE
battait personnellement l'influence des ambassadeurs syriens et étoliens, il ne se trouva pas un bomme de quelque importance ^ qui fut bien disposé pour Antiochus ou même qui eût voté pour la neutralité. Flamininus put même décider les Achéens à déclarer la guerre aux Etoliens et à Antiochus et à lever aussitôt des troupes, d'un côté, pour occuper le Pirée et conserver ainsi à Rome ce point important (que la populace d'Athènes, excitée récemment par des démagogues payés, aurait bien voulu livrer au Séleucide),et de l'autre, pour protéger avec 500 guerriers de Pergame la ville si importante de Chalcis, dont le gouvernement, ami des Romains, s'était montré très froid à l'égard des premières tentatives faites par le Grand-Roi pour le gagner ^ Dans la Thessalie proprement dite, l'aristocratie régnante resta fidèle aux Romains ; et, dans les contrées de la Grèce centrale, Antiochus, sans parler des Etoliens, ne pouvait compter que sur la tiède sympathie des Béotiens et sur les Athamanes, dont le chef Amynandre, que les Romains n'avaient sans doute pas su contenter après l'humiliation de Philippe, était alors complètement dominé par sa famille, gagnée à la cause du roi de Syrie par de séduisantes promesses (voy. ci-après) ^ Dans ces circonstances, il fallait absolument qu' Antiochus, par quelques marches hardies que les Romains lui laissaient en attendant le temps de faire, imposât au moins à la masse de ceux qui, parmi les Grecs, ne s'étaient pas déjà déclarés sans réserve pour les Romains^ et qu'il attirât décidément dans son parti, par le prestige du succès, ceux qui hésitaient encore. Aussi le roi ne restat-il nullement inactif. De concert avec une division étotienne, il réussit en effet (probablement vers la fin de novembre de Fan 192), en faisant avancer toutes ses forces de terre et de mer sur Chalcis, à encourager tellement dans cette ville le parti hostile aux Romains^ que ce parti —
*) Philopœmen lui-même, sur la froideur duquel, à l'égard de Flaraininus, les Etoliens avaient beaucoup compté (Cf. Liv., XXXV, 47), insista dans l'assemblée d'^Egion avec une énergie toute particulière sur la nécessité de rester fidèle à l'alliance romaine et de déclarer la guerre à Antiochus et aux Etoliens. Cf. Polyb., XL^ 8, 6-8.
*) Liv., XXXV, 39. 46-50. Plut., Flamin., c. 17.
3) Liv., XXXV, 47. Appian., Syr., c. 13.