‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 232 sur 235 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Cet événement termine pour longtemps la série des faits politiques proprement dits de l'histoire grecque des derniers siècles. La carrière que doivent parcourir les Grecs d'Europe pendant une série de siècles est ouverte. La Grèce, devenue province romaine, au sens strictement politique du mot, n'a plus d'histoire propre. Le nombre des événements politiques dont nous aurons à parler jusqu'à Justinien est peu considérable ; moins considérable encore est le nombre des événements auxquels les Hellènes ont pris une part assez grande pour modifier leur destinée. L^histoire de la Grèce sous les empereurs se confond donc en grande partie avec l'histoire de la civilisation.

La Grèce, au point de vue militaire, ne préoccupait plus que rarement les Romains; politiquement, elle n'intéressait plus que le Trésor public et les fonctionnaires de l'administration romaine; mais elle conservait toujours son importance pour les banquiers et les négociants romains, pour les marchands d'objets d'art et tous ceux qui spéculaient sur le luxe de la capitale. Toutefois elle avait conservé sa valeur aux yeux des jeunes gens les plus cultivés de l'Italie et du monde hellénistique, que l'amour des voyages et le désir de terminer leurs études à Athènes conduisaient en Grèce; de plus en plus la Grèce apparaît à ces générations de l'époque impériale comme un immense musée d'antiquités vénérables, y compris les descendants des anciens Hellènes avec leurs coutumes et les restes de leurs antiques constructions. Les Grecs eux-mêmes, ceux-là du moins qui ne s'étaient pas mis directement au service des Romains, les Hellènes restés en Grèce, cèdent de plus en plus à l'influence étrangère qui tend à faire d'eux des Romains. Ceux des habitants qui ne s'occupent pas uniquement de leurs intérêts matériels s'abandonnent de plus en plus au charme d'une vie calme et sans soucis. Ils s'attachent aux anciennes et aux nouvelles formes de la vie politique et religieuse avec un sérieux qui ne voile qu'imparfaitement le vide de l 'existence ; la fréquentation des assemblées religieuses et politiques, la célébration des anciennes et des nouvelles fêtes, la discussion de questions d'intérêt local et le soin avec lequel ils cultivent Tamitié des gouverneurs et des membres de

CONCLUSION 49 i

la dynastie régnante remplissent leur existence ; l'étude savante du passé, l'étude des sciences comme on l'entendait alors^ avec tous les intérêts personnels qui s'y rattachaient, complète le tableau de l'hellénisme pendant la période suivante. Aux années tourmentées des guerres civiles succède pour la Grèce une vie idyllique de plusieurs siècles, qui n'exclut pas cependant des scènes de brigandage aussi grotesques que romanesques. Bien des années plus tard, l'invasion des Goths commença cette série de migrations de peuples barbares qui amenèrent pour la Grèce aussi une période désastreuse de nouvelles dévastations et de miélanges avec des peuplades venues du Nord ; il fallut attendre bien plus longtemps encore avant que la nouvelle religion cosmopolite remportât une victoire complète sur les derniers défenseurs de cette dernière forteresse des dieux de l'Olympe et sur leur philosophie, avant que la croix byzantine resplendit triomphante au faîte des temples antiques l

Page 1