NÉGOCIATIONS DES ÉTOLIENS AVEC LES SCIPIONS
mène P"", vaillamment secouru par les Achéens, s'efforcèrent de terminer le plus tôt possible cette guerre fatigante avec les Etoliens. Ils furent donc bien aises de voir que les Athéniens, ces vieux amis des Étoliens, crurent devoir se poser en médiateurs. Cependant, comme le consul Lucius Scipion ne voulait ou ne pouvait accorder d'autres conditions que celles faites par le Sénat, ces négociations aussi demeurèrent sans résultat. Mais, pour ne pas être arrêtés plus longtemps en Grèce, les Scipions accordèrent aux Étoliens au moins un nouvel armistice de six mois, afin de pouvoir encore une fois tenter la fortune à Rome; puis l'armée romaine se mit en marche pour la Thessalie, afin d'atteindre le plus tôt possible FHellespont^
Nous n'examinerons pas si les Etoliens, en se montrant plus tenaces, n'eussent pas pu arracher aux Scipions une paix avantageuse; dans tous les cas, ils ne gagnèrent pas beaucoup à cet armistice. Il est vrai qu'ils envoyèrent, vers la fin de l'été ou dans l'automne de l'an 190, une nouvelle ambassade à Rome; non seulement ces ambassadeurs ne cessèrent d'exaspérer le Sénat en insistant avec arrogance sur les services que les Étoliens avaient autrefois rendus à Rome et ne trouvèrent aucun moyen d'obtenir pour leur peuple de meilleures conditions : mais ce qui produisit à Rome la plus grande indignation, ce fut la nouvelle que les chefs imprudents de ce peuple (à ce qu'on disait, à cause du bruit, répandu à tort, de la défaite complète de l'armée de Scipion en Asie) avaient partout recommencé la guerre dans l'automne de l'année 190 et avaient non seulement chassé les garnisons macédoniennes du territoire des Athamanes, avec le secours d'Amynandre et celui de ce peuple qui s'était soulevé en faveur de son ancien maître, et fait subir de grandes pertes à Philippe lui-même, mais aussi inondé de leurs troupes, sur leurs frontières septentrionales, le territoire de Dolopia et celui d'Amphilochia et d'Aperantia, occupés également par les Macédoniens en 191 (voy. ci-après) et qui, avant cette époque, avaient appartenu aux Etoliens \ Sur l'avis d'Acilius, on ren-
*) Liv., XXXVII, 4-7. Appjan., Syr., c. 23. Polyb., XXI, 2 et 3, 6. ZONAR., IX, 20.
2) Cf. Liv., XXXVIII, 1-3. Polyb., XXII, 8, 1-7.
SOUMISSION DES ÉTOLtENS 129
voya chez eux les ambassadeurs étoliens, et on décida, dit-on, en même temps que dorénavant tout envoyé étolien qui viendrait à Rome sans l'assentiment du général commandant en Grèce et sans être accompagné d'un fonctionnaire romain, serait traité en ennemi K Le consul de l'année 189 av. J.-C, M. Fulvius Nobilior, reçut ensuite l'ordre de recommencer vigoureusement la guerre en Etoile *. Une ruine complète menaçait les Étoliens. Tandis qu'il savait déjà que lesScipions avaient complètement brisé la puissance d'Antiochus en x\sie, par la formidable bataille de Magnésie du Sipyle (vers la fin de l'automne de l'année 190 av. J.-C), ce peuple infortuné vit peu à peu tous ses ennemis se jeter sur lui avec impétuosité. Le roi Philippe envoya son fils Persée avec des forces considérables, pour reprendre aux Etoliens ses possessions perdues ^ Et, du côté de l'Épire, le consul M. Fulvius, qui avait débarqué à Apollonia, se jeta (au printemps de 189) avec les Épirotes sur Ambracie, le plus fort boulevard des Étoliens au nord-ouest (p. 80). Les habitants et la garnison étolienne d' Ambracie ne se défendirent pas moins vaillamment que naguère les héros d'Héraclée et de Naupacte.
Cependant le reste des Etoliens, dont le stratège fédéral, Nicandre de Trichonion, n'avait d'ailleurs que peu détalent militaire et de décision, étaient tellement accablés non seulement par les mouvements déjà mentionnés des Macédoniens, mais aussi par les attaques des Acarnaniens sur leurs frontières occidentales et celles d'une flotte illyrienne et achéenne sur leur côte, qu'ils sévirent hors d'état de débloquer Ambracie et aspirèrent enfin à la paix à tout prix. Après bien des difficultés (pendant qu'Amynandre, s'inclinant humblement devant les Romains, persuadait les Ambraciotes de se rendre à Fulvius), Phsenéas etDamotélès, appuyés tant par des ambassadeurs athé. niens et rhodiens que par Gaius Yalérius, demi-frère de Fulvius et fils de ce Laevinus qui (p. 35) avait conclu le premier traité de Rome avec les Étoliens, parvinrent enfin à conclure avec le
1) Liv., XXXVII, 48 et 49. Diod., XXIX, 9. Zonah., IX, 21. Cf., Nissen, p. 197 et suiv.
2) Liv., XXXVII, 50. XXXVIII,.3»
5) Liv., XXXVIII, 5.
' 130 SITUATION DE l'aSIE APRÈS LA DÉFAITE d'aNTIOCHUS
consul Fulvius une paix provisoire, que l'assemblée générale étolienne ratifia ensuite sans hésitera Alors enfin — tandis que Fulvius s'emparait à la suite de sanglants combats de l'île de Géphallénie, jusque-là alliée des Étoliens, et en prenait définitivement possession au nom de Rome * — une nouvelle ambassade étolienne, conduite par Valerius et accompagnée par les médiateurs rhodiens et athéniens, put aller à Rome, où le Sénat, après bien des lenteurs, fixa ainsi les conditions du traité de paix (été 189) : les Étoliens devaient reconnaître à l'avenir la suprématie et la suzeraineté du peuple romain; ils devaient avoir dorénavant les « mêmes amis et les mêmes ennemis » que le peuple romain, et, par conséquent, suivre les Romains à la guerre en toute circonstance lorsqu'ils l'exigeraient. Les prisonniers de guerre et les transfuges devaient être livrés, ainsi que 40 otages et oOO talents payés aux Romains à époques fixes. La ville d'Œniadae devait retourner aux Acarnaniens, et toutes les villes ou territoires qui avaient autrefois fait partie de la ligue étolienne et qui, depuis que l'Étolie avait déclaré la guerre aux Romains, s'étaient donnés librement aux Romains ou avaient été conquis par ces derniers, devaient être enlevés à jamais aux Étoliens; Géphallénie notamment devait ne plus faire partie de la Ligue et Œniadee être cédée aux Acarnaniens '. Ces conditions étaient encore moins dures que celles que le Sénat avait faites jusque-là aux Étoliens. Mais l'importance politique des Étoliens n'en avait pas moins cessé d'exister; ils avaient joué leur rôle en Grèce. Ils ne formaient plus qu'un misérable État, client de cette même grande puissance italique à laquelle la fatale politique des chefs étoliens avait ouvert le chemin de la Grèce. Réduite, en somme, aux anciennes provinces héréditaires, à la Locride ozolienne et à la partie supérieure de la vallée du Sperchios, l'Étolie dès lors, comme nous le verrons
1) Liv., XXXVIII, 3-9. 43 sqq. XXXIX, 4. 5. Polyb., XXII, 8, 8-13,