SITUATION DE PERSÉE VIS-A-VIS DES ACHÉENS ET DES RHODIENS
Ce qui montre bien clairement la profondeur de la haine de Persée contre Rome, c'est qu'il ne craignait pas de la combattre elle et son parti en Grèce par de pareils moyens. Il avait toutefois assez d'intelligence pour chercher d'autres alliés encore. L'alliance conclue par Néon, Hippias etisménias avec la démocratie béotienne n'avait pas sans doute une grande valeur ^ ; il importait bien plus de gagner les puissants Achéens. Aussi Persée essaya-t-il très habilement, après son retour de Delphes en 174, de décider d'abord les confédérés à lever la défense de communiquer avec les Macédoniens qui subsistait toujours (p. 147). Les dispositions de la plupart des : Achéens étaient en effet si favorables au roi, qu'avec un peu d'habileté et plus de promptitude, d'.£xcellentes relations auraient pu s'établir alors entre la Macédoine et les Achéens : mais, pour son malheur, Persée ne sut pas profiter du moment, et en somme, manqua de tact à l'égard des confédérés ; et lorsque quelque temps après, une véritable ambassade macédonienne parut devant la Ligue, Callicrate avait déjà si bien pris ses mesures et insisté avec tant de succès sur la colère imminente des Romains, que la majorité des membres de l'assemblée confédérée n'osa plus écouter les offres du roi 2. Par contre, Persée dut se sentir puissamment encouragé en voyant que la sympathie pour sa cause et Fantipathie pour Eumène et les Romains augmentaient incontestablement sur la côte orientale de lamer Egée. Les villes deByzance et de Lampsaque se placèrent sous la protection de la Macédoine '\ Ce qui était plus important encore, c'est que les puissants Rhodiens commençaient à pencher du côté de la Macédoine. Leur sympathie pour Rome diminuait décidément. La protection que les Romains avaient accordée en 177 av. J.-C. aux Lyciens, placés d'une façon assez vague sous la domination rhodienne à la fin de la guerre de Syrie et depuis peu en révolte contre Rhodes ; plusieurs conflits avec le roi Eumène II, que Rome continuait
') Cf. PoLYB., XXVtl, 1, 11. Liv., XLII, 12. 38. 40. 42. 43 sq. Appian., Maced., c. 9, 1 et 3.
2) Liv., XLI, 22-24. Voy. aussi XLII, 6 init. 12.
3) Liv., XLII, 13. 40. 42. 46. XLUI, 6. Appian., Maced., c. 9, 1 et 3. MoMMSEN, Mm. Geschichte, I, p. 169. Sur d'autres relations de Persée avec les villes de l'Asie-mineure, voy. Liv., XLII, 25.
178 ATTITUDE HOSTILE DES ROMAINS A l' ÉGARD DE PERSÉE
à favoriser, peut-être aussi des craintes inspirées par les vastes projets des grands négociants de Rome et d'Italie, dont l'influence sur la politique romaine commence alors à se faire sentir assez fortement \ tout cela convainquit de plus en plus ce peuple de marchands intelligents qu'une Macédoine puissante était nécessaire à la prospérité et à l'indépendance de l'Orient. C'est pour cette raison qu'eux aussi avaient noué des relations d'amitié de diverse nature avec Persée^.
Cependant, Persée n'était pas homme à chercher avec impétuosité la guerre contre Rome qu'il avait préparée de longue main ; il a su attendre que Rome commençât elle-même les hostilités. Le Sénat suivait de trop près les préparatifs des Macédoniens, il avait trop de partisans en Grèce et en Asie un agent beaucoup trop zélé dans le roi Eumène, pour se laisser surprendre par Persée. Les ambassadeurs romains qui depuis 174 visitaient en grand nombre la Grèce et la Macédoine ^ (et ils ne le faisaient pas uniquement à cause des luttes acharnées qui ensanglantaient l'Étolie et les cantons thessaliens) avaient déjà pu s'apercevoir de ce qui se passait dans la péninsule gréco-macédonienne ; et Eumène, qui au commencement de Tannée 172 parut lui-même h Rome pour ses inté rets comme pour ceux de Rome, et qui, non content d'attaquer vivement Rhodes et le parti national du Péloponnèse, fit au Sénat une description exagérée des préparatifs militaires et politiques de Persée \ amena à maturité les résolutions du Sénat, au sein duquel l'emportait alors le parti de la guerre à tout prix. A Rome, on crut ne pas devoir assister sans agir aux progrès de la puissance macédonienne, si on ne voulait pas que la situation de Rome à l'est de l'Adriatique fût ébranlée de la façon la plus inquiétante, ou peut-être même anéantie. 11 s'agissait donc de préparer d'abord cette nouvelle guerre contre la Macédoine par voie diplomatique, d'isoler autant que
1) Cf. Liv., XLT, 6. PoLYB., XXVI, 7. Nissen, p. 230. 334. Meier, op. cit., p. 382 sqq. Nitzsch, Die GraccheUy p. 156.
2) Cf. Liv., XLII, 14. 26. 45. 46. Appian., Maced,, c. 9, 1, 2. Polyb., XXVll, 6. XXVI, 1, 7-10.
3) Cf. Ltv., XLI, 22. 25. XLII, 2. 5. 6. 17.
*) Liv., XLII, 6, 11-14. Appian-, Maced., c. 9, 1. Diod., XXIX, 33. Cf. Meier, p. 382-386.