PERSÉE ET LA DÉMOCRATIE SOCIALE DU NORD DE LA GBÈCE
du moins en grande partie, sous la domination macédonienne, avaient assassiné un fonctionnaire du roi avec la cruauté la plus raffinée. Pour se venger, Persée, bien qu'ils se fussent placés sans tarder sous la protection des Romains, envahit leur territoire et les vainquit complètement K Puis le roi, en apparence pour consulter Foracle, conduisit ses forces imposantes à Delphes et exposa ainsi aux yeux des Grecs la vigueur nouvelle des Macédoniens régénérés -. Les suites de cette démonstration ne se firent pas attendre; elles se firent sentir d'abord en Étoile, où se rallumèrent des guerres intestines, et par des mouvements tumultueux qui éclatèrent dans les pays situés entre l'Othrys et l'Olympe. Persée, pour son malheur, c'était peut-être une faute impardonnable, ne s'était pas contenté de tendre la main au parti purement national du nord de la Grèce où, surtout en Étoile, plusieurs hommes considérables se joignirent à lui sans hésiter ^, comme ce Nicandre (p. 125) que Philippe avait su traiter naguère avec tant d'habileté, mais il avait aussi tenté de mettre à profit l'effrayant désordre économique qui régnait notamment dans les districts étoliens et thessaliens et le mouvement particulièrement violent du parti social et démocratique de ces contrées. Bientôt après son avènement, le roi avait non. seulement, entre autres actes de clémence, renoncé aux impôts qui lui étaient dus en Macédoine, mais il avait fait afficher à Délos, à Larissa et dans le temple d'Athéné Itonia (près de Coronée en Béotie) des placards qui invitaient, en leur faisant les plus belles promesses, tous les Grecs que les discordes civiles, des condamnations judiciaires ou des dettes avaient forcés de quitter leur pays, à venir en Macédoine. Aussi, notamment dans le nord et dans le centre de la Grèce, « F homme du peuple » voyait partout dans Persée celui qui allait remplir en grand le rôle de Cléomène ou même celui de Nabis ; tous ceux auxquels des embarras pécuniaires ou quelque autre motif faisaient souhaiter une révolution se tournaient vers le
') PoLYB., XXII, 22 a, 4. Liv., XLI, 22. 23. 24. XLII, 13. 40. 41. Appian. Maced., c. 9, 3.
^) PoLYB., loc.cit. Liv., XLI, 22. XLII, 40.
3) Cf. POLYB.,XX, 11, 9.
176 SCÈNES d'horreur en ÉTOLIE
roi de Macédoine K Et lorsque l'armée macédonienne eut fait sa pacifique promenade militaire de la Dolopie a Delphes pour s'en retourner vers l'Olympe, la lutte sanglante des partis éclata avec une fureur nouvelle dans l'Etolie déjà presque épuisée ; on vit renaître la guerre civile avec toutes ses horreurs entre les débiteurs et les prolétaires d'un côté, les riches et les grands propriétaires de l'autre^ surtout chez les Perrhèbes et en Thessalie ^. Ce fut là que la diplomatie romaine s^opposa pour la première fois en Grèce avec une certaine fermeté à la politique macédonienne. En 174, les Étoliens avaient songé, dans leur épuisement, à faire la paix entre eux, et ils avaient prié les Romains de seconder leurs efforts. Or il arriva que 80 notables d'Hypata^ partisans d'un certain Proxénos (probablement du parti romain), invités par leur cité et par son premier magistrat Eupolémos à revenir dans leur patrie pour faire la paix avec leurs adversaires, furent surpris en entrant dans la ville et assassinés! Toute réconciliation était dès lors impossible. Les ambassadeurs du Sénat, arrivés en Grèce sur ces entrefaites, essayèrent, eux aussi, mais en vain, de mettre fin aux différends dans une assemblée àDelphes; le malheureux Proxénos lui-même, qui selon toute apparence avait obtenu l'intervention des ambassadeurs, fut immédiatement après assassiné par sa propre femme ^ La guerre avait donc continué avec une fureur nouvelle, augmentée encore par les agissements des Macédoniens^ et avait envahi les contrées de la Thessalie. Alors enfin le Sénat intervint avec vigueur. Appius Claudius Pulcher réussit en effet (173) à mettre un terme à la lutte sociale entre les Thessaliens et les Perrhèbes et à rétablir un accord équitable entre les créanciers et les débiteurs. Une tentative que fit à la même époque Marcellus, pour calmer les Étoliens, ne fit cesser que pendant très peu de temps leurs luttes acharnées *.
') PoLYB., XXVI, 5, 1-4. Liv. XLI, (2), XLII, 5. 30. Cf. Schorn, p. 333. MoMMSEN, Mm. Geschichie, I, p. 769 sqq.
«) Cf. Liv.,XLI,25. XLII, 5. 13. Diod., XXIX, 33. . 3) Liv., XLI, 25.
*) Liv., XLII, 2. 4. 5. 13. Appian., Macet^., 9, 1 et 3. Polyb., XXX,l-4, 14. Sur les relations de Persée avec les Étoliens, voy. aussi Liv, , XLII^ 12. 40 et 42.