POLITIQUE DE CATON ET DE SON PARTI
longtemps défendue lui-même ^ ! Galon, malgré sa rudesse et sa sévérité, n'a jamais cherché, en somme, dans les questions intérieures, qu'à empêcher le mal; presque toujours il a combattu les « symptômes de maladie » dont l'État était affecté ; son attitude était la même en ce qui concerne les affaires de la Grèce. Appuyé par plusieurs hommes d'État éminents, qui en partie le soutenaient aussi dans sa politique intérieure, comme (à côté de Paul-Émile et plus tard de son glorieux fils P. Gornélius Scipion Émilien) le premier Tiberius Sempronius Gracchus, si noble, d'un esprit si cultivé et qui aimait tant la civilisation hellénique, il réussit, il est vrai, à mettre momentanément un frein à la politique de conquête qui poussait sans cesse à l'acquisition de nouvelles conquêtes au delà de la mer. Alors et plus tard, il réussit même plusieurs fois à faire échouer des plans particulièrement désastreux de ses adversaires (on n'a qu'à se rappeler la question rhodienne) : mais la Grèce n'en avait pas moins été accablée — il faut bien le dire, en grande partie par la faute des Hellènes eux-mêmes — par d'innombrables malheurs, et l'état de choses créé par les événements de 167 était bien plus instable encore et bien plus décourageant que ne l'avait été la création de Flamininus '.
Les hommes d'Etat romains qui s'opposaient à l'organisation de nouvelles provinces romaines à l'est de la mer Adriatique sentaient très bien qu'une extension continuelle des frontières romaines, qu'une accumulation constante de contrées soumises autour du noyau national et romain comparativement petit, devait réagir à la longue sur leur pays et sur sa constitution d'une façon très fâcheuse. Ils espéraient toujours encore pouvoir maintenir dans les pays situés entre l'Adriatique et l'Hellespont un système politique qui laissât aux peuples de cette péninsule nominalement et légalement leur
*) Même son opposition à la réduction de la Macédoine en province romaine^ Galon ne paraît pas l'avoir appuyée par des arguments d'une logique rigoureuse. Cf. Meyer, fr, oral, rom. éd. 2, pag. 102, et Nitzsch, Die GraccheUi p. 171 sqq.
2) Cf. en général, Nitzsch, Polybios, p. 46. 50. 54. 59 ; Die Gracchen^ p. 78. 90. 128. 136. 143. 147. 158. 170. 172; Lange, Mm. Alterth., II, p. 178-212. 219-231. 244. 253. 263. 268.
212 LA GRÈCE APRÈS LA GlIEURE COiNTRE PERSÉE
indépendance, mais qui permît en même temps à Rome d'exercer partout, toujours et sans obstacle sa souveraineté. Abstraction faite de l'influence que Facquisition constante de nouvelles provinces au delà de la mer devait exercer nécessairement, avec le temps, sur la vie intérieure de la République, les hommes de ce groupe sentaient sans doute fort bien que Rome, si elle étendait ses frontières jusqu'au liautplateau des Dardaniens et au fleuve Nestos et si la mer Egée baignait le territoire romain, franchissait la limite au delà de laquelle il n'était plus du tout au pouvoir du Sénat d'arrêter uniquement à son gré de nouvelles guerres ou de nouvelles conquêtes. Les pays entre le Ténare et le Nestos une fois devenus membres immédiats de l'empire romain, Rome, d'une part, était bien forcée de prendre part directement aux luttes interminables avec les nombreuses tribus barbares de la frontière macédonienne, luttes qui, en définitive, ne pouvaient se terminer qu'avec la conquête de la presqu'île du Danube tout entière, et d'autre part, il n'était pas possible de résister longtemps aux séductions qui attiraient vers les riches contrées de F Asie- Mineure par l'espoir d'un nouveau gain les armées romaines, les généraux, les fonctionnaires et les publicains.
Malheureusement, on avait créé dans la péninsule grécomacédonienne un état de choses dont le manque absolu de solidité se manifesta bientôt. Nous avons vu que la création d'un système d'États grecs complètement libres, après qu'on eut détaché les Grecs de la Macédoine, avait été une faute politique. La faiblesse de la plupart des États grecs, et la conviction que les intérêts de Rome dans la péninsule n'étaient pas suffisamment sauvegardés par le seul souvenir du service que les Romains avaient rendus aux Grecs en les délivrant de la domination des Antigonides, avaient conduit peu à peu la politique romaine à étouffer avec la violence la plus brutale tout ce qui restait de véritable indépendance dans la péninsule. Or la puissance macédonienne avait été complètement brisée, la ligue du Péloponnèse totalement paralysée ; dans le nord et dans le centre de la Grèce, on n'avait laissé partout que misère et ruines, et dans la Grèce entière on avait fondé le pouvoir d'un parti qui, profondément détesté dans le pays