‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 94 sur 235 · AMBASSADES DES PÉLOPONNÉSIENS A ROME · texte numérisé non relu

AMBASSADES DES PÉLOPONNÉSIENS A ROME

note 3), que les Romains apprenaient avec étonnement que les Achéens demandaient au Sénat de décider du sort de ces mêmes hommes que la confédération avait déjà condamnés* ! Cette réponse, qui fit comprendre enfin aux Achéens l'odieuse comédie que les envoyés de Rome et la coterie de Callicrate avaient jouée à leurs dépens et qui enflamma surtout leur colère contre l'oligarchie^, causa naturellement la plus grande stupéfaction. Mais les confédérés ne se lassèrent pas encore. En 164, une nouvelle ambassade, conduite par un certain Euréas, partit pour Rome. Euréas déclara au Sénat dans les termes les plus formels que les accusés en question n'avaient jamais été cités devant un tribunal et encore moins condamnés, et supplia encore une fois qu'on voulût bien statuer sur le sort des malheureux internés; il ajouta que, si le Sénat était en ce moment occupé d'autres aff'aires pressantes^ rien ne s'opposait à ce qu'on confiât à la commune fédérale la conduite du procès. Il est probable que des messages ou des plaintes semblables concernant les agissements du parti romain étaient parvenus à Rome encore d'autres parties de la Grèce ; dans tous les cas, la décision du Sénat s'adressait maintenant à tous les Hellènes. Le Sénat, qui prévoyait probablement que le résultat d'une pareille enquête serait insignifiant et que le renvoi pur et simple des prisonniers donnerait une force nouvelle à Topposition nationale en Grèce et rendrait intenable la position du parti romain, répondit en conséquence que le retour des internés en Grèce ne serait un bonheur ni pour Rome ni pour les Hellènes'. C'était en réalité condamner les prisonniers à un ■ exil indéfini. Toute la Grèce, le Péloponnèse surtout, s'abandonna à un immense désespoir; le parti romain, les Callicrate, les Charops et leurs satellites levèrent la tête avec plus d'audace et d'insolence que jamais \

Bientôt après, les Achéens eurent une nouvelle preuve de la dureté avec laquelle les hommes d'État de la majorité sénatoriale jugeaient à propos de traiter leur pays. Même en 183, les

') PoLYB., XXX, 20, i. XXXI, 8, 1 et 2. Cf. Freeman, p. 681. 2) PoLYB., XXX, 20, 1 et 2.

') PoLYB., XXXI, 8, 1-9.

M PoLYB., XXXT, 8, 10-12.

CALLTCRATE AU POUVOIR 217

vieilles querelles locales entre Sparte et Megalopolis n'avaient pas été entièrement vidées; les Spartiates, qui, selon toute apparence, aspiraient toujours encore à reprendre Belmina que Philopœmen (p, i4o) leur avait enlevé en 188, profitèrent de l'occasion qui se présentait pour se plaindre au Sénat. Les ambassadeurs envoyés en Asie (145 av. J.-C), Gains Sulpicius Gallus et M. Sergius, furent donc chargés d'inspecter aussi la Grèce et de mettre fin à ce différend. Les ambassadeurs s'en remirent à Callicrate qui^ selon toute apparence, prononça en faveur de Megalopolis'. Mais^ en revanche, tout porte à croire que Sulpicius, qui d'ailleurs afficha une arrogance blessante, s'est efforcé de semer dans la confédération de nouveaux germes de dissolution et de l'ébranler autant que possible ; en tout cas, il s'occupa activement de la ville étolienne de Fleuron (p. 134), qui le suppliait alors de la délivrer de toute communauté avec les Achéens. Suivant son conseil, les membres de cette commune, qui violaient, bien entendu, la loi de la confédération interdisant ces négociations particulières avecl'étranger. envoyèrent une ambassade spéciale au Sénat et obtinrent en effet (en 163) l'autorisation de se séparer delà Ligue '^ On comprend facilement que de pareils incidents ne firent qu'augmenter la haine du peuple contre les Romains. Complètement impuissants comme ils l'étaient en face de cette politique italique, les Achéens se dédommagèrent au moins par les marques de respect qu'ils donnèrent à Eumène II qu'ils avaient autrefois si gravement offensé, uniquement parce que ce roi se voyait maintenant, comme eux, maltraité par le Sénat'. Du reste, ils étaient plus heureux que lesÉtoliens et les Épirotes, parce que Callicrate, quelque bas que fiitson caractère, ne partageait pas du moins les penchants sanguinaires de Lyciscos et do Charops; peut-

^) PoLYB., XXX[, 9, 6 et 7. Pausan., VII, 11, 1. C'est avec raison qae ScHORN, p. 377 et Freeman, p. 685, en s'appuyant sur Polyb., loc. cit. y considèrent comme erronée l'opinion de Pausanias qu'il s'agissait alors d'un différend de frontières entre Sparte et Argos et rapportent ce qu'il dit à Megalopolis. De même, il est très probable qu'il faut considérer avec Schorn {ibid.) Belmina comme l'objet de la contestation; de ce que, lors de la dernière catastrophe (Pausan., VIT, 12. 2), ces discussions de frontières jouèrent encore un rôle, on peut conclure que Belmina resta alors à Megalopolis.

2) Pausan., VII, 11,1.

') Polyb., XXXI, 10a.

218 FIN DE CHAROPS

être aussi n'osait-il pas, en face de Tirritalion populaire, employer contre ses adversaires politiques d'autres armes que les vexations, les chicanes et les intrigues ouïe mépris de leurs plus chers souvenirs, qu'il témoigna, par exemple, en faisant enlever des places publiques les statues de Lycortas*. Au nord et au centre de la Grèce, les chefs du parti romain persévérèrent au contraire, depuis l'année 164, avec plus de fureur et de sécurité que jamais, dans leurs honteux agissements. Charops surtout abusait de plus en plus de son pouvoir et finit par accuser en masse les plus riches habitants d'être les adversaires des Romains, pour les faire expulser du pays sous ce prétexte et confisquer leurs biens et ceux de leurs femmes. Non content de voir l'assemblée du peuple réunie à Phœniké en Chaonie, alors la ville la plus importante de rÉpireet depuis longtemps le siège des autorités de la Ligue épirote *, condamner à mort, sous la pression exercée sur elle par lui et son parti, tous ces accusés, pour être d'autant plus sûre de leur faire quitter le pays, il se rendit enfin luimême (entre 164 et 160 av. J.-C.) à Rome, accompagné de Myrton, pour y obtenir en toutes formes l'approbation c^e ses crimes. Mais le Sénat ne consentit pas à aller jusque-là. Des hommes d'honneur, haut placés, comme le Grand-Pontife M. iEmilius Lépidus et surtout le vainqueur de Pydna, ne voulurent pas le recevoir, et le Sénat^ évidemment à l'instigation de Paul-Émile, refusa non seulement d'approuver ce que le jeune scélérat avait fait jusqu'alors, mais parla même d'envoyer une commission pour faire une enquête en Epire "'. L'époque la plus désastreuse pour ce pays était ainsi arrivée à sa fin. Et lorsque Charops, assez longtemps après la mort de Paul-Émile, survenue en 160, voulut encore une fois se rendre à Rome, il mourut en route à Brundisium (vers 157 av. J.-G.). Les Épirotes purent donc enfin, au prix des plus grands efforts et non sans le secours d'une commission romaine, se

*) POLYB., XXXVII, 1 g.

*) Cf. E. GuRTius sur l'inscription troyenne (de Cambridge) dans VArchaol. Zeitung àe Gerhard, 1855, n» 75, p. 34, 37, 46. Bursian, I, p. 17. VisGHER, JV. Schweiz. Mus., 1864, 4® fascic, p. 299.

») DioD. XXXI, 31, PoLYB., XXXII, 21, 11-14; 22, 1-9.

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