POLYBE ET LES ROMAINS
homme puissant, Scipion Emilienet Q. Fabius Maximus, qui, à l'arrivée des prisonniers confédérés en Italie, obtinrent pour lui la permission de demeurer à Rome. 11 habita depuis pendant plusieurs années la maison de Paul-Emile; après avoir été le maître vénéré des fils du vainqueur dePydna, qu'il familiarisa, sous les yeux de leur père, avec les sciences et les arts de la Grèce, il devint plus tard l'ami intime et le conseiller de l'illustre Scipion Emilien \ Cette situation a exercé sur toute sa vie ultérieure et les tendances de son esprit l'influence la plus décisive. Polybe était un homme auquel les Romains même ne pouvaient refuser leur estime. Sans doute, lui aussi n'était pas exempt de certaines faiblesses du caractère national grec; il avait l'incorrigible vanité qui caractérisait les Hellènes de son époque, même les meilleurs ; son amour de la patrie ne dépassait guère les frontières de la Ligue achéenne, et dans la guerre et les luttes entre les différents cantons — et nous ajouterions volontiers dans sa polémique littéraire — cet homme eminent ne sut pas s'affranchir de la dureté et des vues étroites de son temps. Par contre, il était, si on lui applique la mesure de son peuple et de son époque, sans contredit un des meilleurs citoyens de la Grèce d'alors. Polybe, doué d'un naturel énergique, moralement sain, vraiment arcadien, avait, en contemplant des modèles aussi parfaits que ceux que lui offraient Philopœmen et son propre père Lycortas, admirablement développé à pareille école ses hautes qualités natives. Bien qu'il fût parfaitement au courant de la science de son temps, il avait suivi de préférence une voie toute pratique. Grand amateur, comme Xénophon, auquel du reste il ressemble peu, de la chasse et de Féquitation,, Polybe voyait avant tout dans la position de l'homme d'Etat pratique et surtout du général le but le plus digne des efforts de l'homme ; il s'était donc appliqué surtout à devenir un homme d'Etat capable et un bon général. Un homme de cette espèce, qui, par son attitude tout entière, par son calme et son bon sens politique, se distinguait
1) PoLYB., XXXII, 9, 3-12; 10, 1-12. Diod., XXXI, 26, 5. Vell., 1, 13. Appian., Punie, c. 132. Plut., Symp. IV, proœm. init. et Apophth. Rom. Scipio min. 2. Ammian. Margellin., XXIV, 2, 16. Cf. Nitzsgh, Polybios,p, 29. 55 et 125. Lange, p. 285.