POLYB., XXXII
220 LKS aché[<:ns internés sont mis en liberté
posa, de trancher l'affaire en faveur des Achéens et d'adoucir ia rigueur des mesures employées jusqu'alors. En effet, en face du parti qui opinait pour la mise en liberté des internés, il y avait deux groupes : l'un était d'avis qu'il ne fallait prendre aucune nouvelle mesure ; l'autre était prêt à voter la décharge des internés de toute enquête ultérieure, mais voulait qu'on les retînt encore quelques années en Italie. Au moment du vote décisif, Postumius ne mit pas aux voix l'une après l'autre les trois propositions, mais se contenta de demander : Faut-il, oui ou non, renvoyer les internés dans leur pays? Les deux derniers groupes firent alors cause commune; le parti le plus humain, qui déjà disposait de la majorité relative des voix, fut réduit au silence, et cette fois encore la situation des exilés ne fut pas plus modifiée ^ qu'elle ne le fut plus tardpar deux nouvelles ambassades achéennes qui parurent à Rome pendant les années suivantes '. Cependant le moment approchait où les souffrances de ces malheureuxdevaient avoir un terme. La seconde année de la CLYIP Olympiade (vers la fin de 151 ou au commencementdelSO av. J.-C), une nouvelle ambassade achéenne était probablement arrivée à Rome ; et cette fois Polybe, qui seul, parmi les exilés, avait eu un sort assez heureux en Italie (voy. ci-après) avait, par son ami Scipion Emilien alors déjà très considéré, gagné la voix puissante du vieux Caton pour le renvoi des i^chéens. Cette fois, l'influence de Caton l'emporta ; les paroles dures, mais frappantes du vieil homme d'État : « On dirait que nous n'avons rien de mieux à faire que de nous disputer du matin au soir pour savoir si quelques vieux Grecs décrépits doivent être enterrés par nos fossoyeurs ou par ceux des Achéens », termina au Sénat le long débat sur cette question; les exilés furent autorisés à s'en retourner en Grèce. Caton^ il est vrai, lorsque, quelque temps après, Polybe demanda au Sénat pour lui et ses compagnons de malheur la garantie formelle de leur réintégration dans les fonctions qu'ils avaient remplies autrefois dans le Péloponnèse et en parla préalablement au vieillard, ne lui épargna pas ce mordant sarcasme : « C'est comme si Ulysse avait eu l'idée de revenir
1) PoLYB., XXXIII, 1, 3-8; 2, 1. Cf. Schorn, p. 379. •2) POLYR., XXXIII, 2, 2-13.
RETOUR DES ACHÉENS INTERNÉS 22l
dans la caverne de Polyphème pour demander au Cyclope son chapeau et sa ceinture qu'il avait laissés dans sa caverne ^ ! »
Les malheureux exilés revinrent donc en etl'et en Grèce ; mais ce fut un triste retour*. Près de 17 ans on les avait retenus loin de leur chère patrie, et ce long espace de temps, la terrible pression morale qui avait pesé sur eux, enftn, comme nous l'avons dit, le suicide et l'épée du bourreau romain avaient réduit leur nombre à trois cents au plus ". Et pourtant il eût mieux valu pour eux et pour les confédérés que ces dernières victimes aussi eussent terminé leur vie en Italie. Le vieux Stratios et Polybe exceptés, ceux qui revinrent dans leur patrie n'étaient, ni par leurs capacités ni par leur caractère, un ornement pour la nation ; bien plus, tes rudes souffrances d'un exil de près de dix-sept ans n'avaient certes pas rendu ces hommes meilleurs ; elles avaient au contraire allumé dans le cœur de ces malheureux une haine implacable contre Rome, haine qui, peu d'années après leur retour, les poussa à prendre les armes contre la formidable puissance de Rome, pour leur propre perte et pour celle de la patrie. Ce furent précisément les meilleurs de ces hommes, Stratios et Polybe, qui ne trouvèrent plus, du moins pour le moment, dans leur patrie un terrain favorable au développement de leur activité. Stratios^ était incapable de marcher de front avec le sombre fanatisme de ses compagnons d'infortune. Quant à Polybe, il était devenu un autre homme en Italie, et son développement intellectuel avait été de nature à ne plus lui permettre de rentrer dans la vie politique qu'on lui avait si brusquement fermée en 167.
Il est possible que Polybe ait déjà personnellement connu en Grèce le grand Paul-Emile ; en tout cas, ce furent les fils de cet
') PoLYB., XXXV, 6, 1-4. Plut., Cat. maj. c. 9, et Apophthegm. Rom. Cat. 28. Cf. Lange, p. 291.
2) 11 est assez probable qu'on accorda alors aux exilés des autres cantons helléniques l'autorisation de rentrer dans leur pays : cf. l'expression un peu vague « àTioxatéci-T/iaav ol 'Pa)|xatot to'jç "EXXrjvas s'k "^V oixetav, xoù; sx ToO IlîpcrixoO TioXéfxou xaxamaôévxaç x. t. X. » chez PoLYB., III, 5, 4; nous avons déjà fait observer plus haut, p. 201, noie 1, qu'on ne pourrait guère tirer des conclusions certaines concernant l'Étolie du passage de Justin, XXXIII, 2 s. fin.
3) Cf. Pausan.. VII, 10, 2. ZoNAR., IX, 31, init. *) Cf. P0LYB.,'XXXVI11, 5, 4 sqq. XL, 4, 4.