‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 2)Chapitre 99 sur 235 · POLYBE ET LES ACHÉENS · texte numérisé non relu

POLYBE ET LES ACHÉENS

méconnaître les côtés fâcheux du caractère romain et les symptômes de la corruption romaine qui se manifestaient déjà de toutes parts, Polybe devint un véritable admirateur des Romains, dont, sans doute, il n'apprit à connaître de près que les représentants les plus nobles. Il trouva encore à Rome, en la comparant au monde oriental avec son manque de cohésion, son affaissement moral, social et politique, un fonds considérable de moralité publique et privée ; les scènes scandaleuses ou sanglantes dont se souillaient tous les jours les cours hellénistiques et de nombreuses cités grecques étaient alors encore inconnues à Rome; lapiété et une stricte honnêteté dans les relations publiques, privées ou commerciales étaient encore considérées comme une vertu du peuple romain ; une basse cupidité, la vénalité, la fourberie dans les affaires d^argent étaient encore méprisées à Rome et trouvaient encore leur châtiment ; le sérieux romain ne s'était pas encore changé en corruption ou en légèreté. L'affreuse dureté avec laquelle les fonctionnaires et les généraux romains foulaient aux pieds les nations étrangères faisait place, à Rome même, à l'impression que produisait la grandeur de la vie politique, au dévouement et à la discipline avec lesquels les hommes les plus puissants de la République servaient encore la patrie. La hardiesse, la virilité, l'énergie et la force de caractère de ces Romains, le calme plein de sérieux, la clarté et l'assurance, la sévère logique de la politique du Sénat, qui déjà dominait sur la moitié d'un monde, devaient imposer même à un ennemi implacable des Romains, s'il consentait à examiner de plusprès leur système politique et à ne point uniquement fixer ses regards sur les mauvais côtés de cet État et de ce peuple puissants ; et la nature grandiose de la vie politique intérieure des Romains, avec les problèmes immenses qui alors déjà se posaient aux hommes les plus éminents de la capitale du monde, faisait paraître bien mesquines les affaires des Grecs, même celles des Péloponnésiens avec la rage destructive de leurs partis politiques et leur horizon borné, leurs petitesses et leur situation désespérée. Polybe ne fut pas insensible à tout cela, surtout depuis que, par ses relations personnelles, il s'était assuré à Rome même une certaine influence et depuis qu'il

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