ÉTAT POLITIQUE DE LA LIGUE
avait la conscience d'avoir contribué puissamment au développement moral du meilleur des Romains d'alors, de Scipion Emilien : on s'en aperçoit presque à chaque page de son grand ouvrage d'histoire dans lequel il dépeignit plus tard (voy. ciaprès), en se plaçant à un point de vue élevé et non pas en Grec vaincu et aigri par la défaite de sa nation, les événements formidables qui se succédèrent depuis le commencement de la seconde guerre punique jusqu'à la ruine de l'empire macédonien et des États grecs, et l'élévation de Rome depuis le moment oii elle était devenue la puissance prépondérante en Occident jusqu'à celui où elle gouvernait directement ou indirectement tout le monde connu ^
On comprend très bien qu'un Achéen se sentit déplacé dans sa patrie en revenant dans le Péloponnèse avec de pareilles idées. Polybe, en 150 av. J.-C, trouva les confédérés dans une situation très peu satisfaisante. Un éloignement de dixsept ans des meilleurs membres du parti démocratique et national avait eu les effets les plus fâcheux. Il nous est permis d'admettre que ces mille confédérés furent pour la plupart enlevés aux cantons qui formaient comme le noyau de la Ligue, c'est-à-dire à l'Achaïe, à FArcadie et aux communes du Nord- Ouest. Il était tout à fait impossible que ces petits cantons réparassent facilement la perte d'un si grand nombre d'hommes capables et intelligents ; dans ces exilés, on perdait tous les guides qui eussent pu conserver les bonnes traditions des derniers temps et élever moralement et politiquement la jeune génération ; et, en effet, à côté des chefs médiocres qui pouvaient bien être restés, aucunhomme de valeur ne surgit alors parmi les Achéens. Il arriva donc que la démocratie confédérée se corrompit complètement, surtout au point de vue politique. Sa haine ardente contre Rome et le parti oligarchique était l'unique mobile de ses actions ; cette haine était d'autant plus profonde qu'on ne pouvait pas la manifester par des actes et que Callicrate et ses amis tenaient les rênes d'une main toujours plus ferme, bien qu'ils ne pussent empêcher les am-
*) Cf. NiTzscH, Polybios, p. 55-59. Die Gracchen, p. 256. Mommsen,B6'î?î. Geschichle, vol. II, p. 456. La Roche, Chnrakteristik des Polylius, p, 3-6. 81-104. Markhauser, Polybius, p. 26.