IMMORALITÉ CROISSANTE DES GRECS
dant la guerre des alliés et les deux guerres romaines, avait été pillée et même écrasée avec une terrible régularité et une fureur toujours croissante par les armées des Etoliens, des Athamanes, des Romains et des Macédoniens. C'était là un état de choses d'autant plus triste que la suite ne fit qu'augmenter les misères sociales^ et que, par suite de la diminution croissante de Timportance politique et commerciale de la Grèce causée par la situation générale du monde et les roules depuis longtemps différentes que suivait le grand commerce, et plus encore de l'affaiblissement lent mais irrésistible dos forces vitales de ces Grecs d'Europe, ce furent précisément les moyens qui auraient pu remédier à cette détresse sociale on Grèce qu'on vit devenir do moins on moins nombreux.
Des infirmités morales marchaient côte h côte avec ces misères matérielles; je veux dire qu'à côté des côtés sombres déjà connus du caractère national des Grecs, ces temps tourmentés avaient fait apparaître d'autres taches encore dans le caractère moral et politique d'une grande partie des Hellènes de cette époque. Certaines mauvaises qualités avaient déjà, dans des temps meilleurs, défiguré les traits du peuple hellénique. Un égoïsme brutal, une ardente soif de vengeance, une cruauté féroce à l'égard des vaincus, soit dans le pays même, soit au delà des frontières cantonales, et, avant tout, une indomptable cupidité qui ne craignait aucun moyen de s'enrichir, ni tromperie ni escroquerie do toute espèce, ni détournement des deniers publics, la disposition à se laisser corrompre ; ce sont là des traits que nous rencontrons partout, dans la vie privée comme dans la vie publique des anciens Hellènes, sans compter la malédiction héréditaire des dissensions et des jalousies entre les diverses tribus. Toutes ces choses avaient empiré en Grèce pendant la longue et désastreuse période qui suivit la mort d'Épaminondas et l'horrible guerre phocidienne (connue sous le nom de Guerre sacrée) ; l'inlluonce fâcheuse qu'exerça sur les mœurs l'époque des Diadoques et des Épigones, la brillante corruption des États de l'Orient hellénistique, s'étaient fait aussi sentir très fortement en Grèce ; de nouveaux vices s'étaient ajoutes aux anciens. Outre les excellents Rhodiens, il n'y a
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plus à proprement parler, à l'ép«Mjue dont il s'ngil ici, parmi les grandes tribus, que les Achéeus sur lesquels le regard de l'investigateur puisse s'arrêter avec ([uelqun satisfaction; dans la plus grande partie de la (Irèc** do cette époque, notre œil irie rencontre qu'une succession variée d'images de décadence morale. Ce qu'il y a de caractéristique, c'est le contraste frappant entre une civilisation très avancée, brillante des plu^ riches couleurs, à laquelle même les rudes et belliqueuses 'tiribus des Étoliens ne sont nullement restées étrangères*, et xine effrayante dureté des cœurs qui (en (»xceptant toujours 1 es Achéens, et, ici égalem«»ut, les Athéniens et les Acarnaxiiens) se manifeste en toute occasion de la manière la plus S5ianglanle, et montre bien clairement que la valeur morale de la nation était sur son déclin. Tandis que le peuple athénien :Kravait guère sauvé de son ancienne splendeur qu'un goût délicat répandu dans tous les rangs d(» la société, l'amour des jouissances raffinées, une certaine désinvolture pleine de grâce et une spirituelle distinction, qualités auxquelles cependant, là comme dans beaucoup d'autres parties de la Grèce, s'étaient joints un fâcheux relâchement «les mœurs, la recherche dans les plaisirs, une profonde corruption ; tandis que, jour ce peuple, la gloire incomparable des grands hommes d'autrefois n'était plus depuis longtemps qu'un capital improductif, un thème brillant pour les discours d'apparat de ses rhéteurs et de ses démagogues bavards, tristes héritiers de Périclès et de Démosthène, et que les derniers restes de la vigueur athénienne s'épuisaient en pompeuses résolutions^ en tumultueuses vociférations contre les puissants ennemis de l'État (p. 66) et en llatleries aussi exagérées que recherchées à l'adresse de Rome et des princes protecteurs d'Athènes, maintenant surtout les Attalides * : nous avons vu Sparte, la plus ancienne des grandes puissances de la Grèce d'Kurope, dégénérer d^une autre façon. Sparte avait produit en Xabis
') Cf. PoLYB,, V,8 et 1). ScHnMXNN, (,'nr/7*/>rAc A//'WAwm'r (2'n<^ éilit ), Tol. H, p. 108 sqq. Rem. 5.
^) Cf. Liv., XXXI, i4, s. (in. « Atlnnirni^rs tiuidem lUteiis vvrbist^ur, quitus salis valent, hélium adversu!< Philippum gerrbant »>.
*) Cf. le tableau d'ensemble Iracé par Mkikr, Pcrgamenisches ReUhyp, 364-
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un homme qui surpassait en scélératesse et en cruauté les Alexandre de Phères et les Apollodore de Cassandria, et qui rivalisait en brutalité cynique avec le criminel amiral de Philippe, Héraclide de Tarente et le corsaire étolien Dicœarchos*. On sait assez que la vieille oligarchie Spartiate avait complètement dégénéré; mais le peuple lacédémonien tout entier était devenu presque aussi dépravé qu'une bande de brigands, par suite de la situation politique antérieure, du militaiùsme qui depuis des siècles dominait exclusivement k Sparte, du marché de soldats qui florissait au Ténare depuis les temps d'Alexandre et des révolutions périodiques des trente dernières années. L'assassinat en masse, comme le prouve le détail de Thistoire lacédémonienne, était à Tordre du jour, et le meurtre commis pour se défaire des adversaires politiques était entré de plus en plus dans les mœurs populaires. Mais^ malheureusement, la Laconie n'était pas le seul canton de la Grèce où le caractère du peuple se fût modifié d'une façon aussi effrayante. Sans doute, même avant Tépoque qui nous occupe, la fureur des partis n'éclata que trop souvent dans les colonies comme dans la mère-patrie : on n'a qu*à se rappeler les scènes d'horreur qui se passèrent à Corcyre pendant la guerre du Péloponnèse, aux exécutions sanglantes des Trente à Athènes, aux crimes des Décarchies oligarchiques de Lysandre, au scytalisme des Argiens. Mais les divers partis des cantons et des villes n'avaient commencé à s'exterminer et à s'écraser systématiquement et par principes que pendant et depuis l'époque des Diadoques; et, pour ne pas parler des Étoliens, les Athéniens, les Achéens (et les Acarnaniens) seuls avaient réussi à sortir de cette boue sanglante. Mais la férocité des partis augmentait à mesure que l'opposition qui régnait dans toute la Grèce entre les aristocrates ou oligarques et les démocrates se confondait, sous l'influence de l'appauvrissement et de l'endettement croissants des masses, avec l'opposition entre les riches ou ceux qui avaient quelques biens et les pauvres, à mesure que la propriété foncière et le capital s'accumulaient entre les mains d'un nombre relativement peu considérable de familles et que, dans bien des cantons, la ') PoLYB.,XlIl, 4;XV1II, 37.