‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 11 sur 186 · IMMORALITÉ CROISSANTE DES GRECS · texte numérisé non relu

IMMORALITÉ CROISSANTE DES GRECS

démocratie prenait, au lieu du caractère politique qui l'avait cJislinguée jusque-là, celte couleur qu'on a coutume d appeler démocratique et sociale ».Les luttes brutales entre oligarques i démocrates (ci-dessus, p. 34) qui eurent lieu en 213 avant .-C, au sein du peuple messénien, d'ordinaire pacifique et ;|)eu énergique (et dont le relèvement par Épaminondas n'avait fpoTié bonheur ni à cette tribu en particulier, ni aux Grecs en gésiéral), luttes pendant lesquelles environ 200 membres du parti oligarchique furent massacrés ^ produisent une impression liorrible. Pendant les quelques dizaines d*années qui suivront la délivrance de la Grèce, nous assisterons, dans les parties les j)liis diverses de la péninsule hellénique, à une foule de scènes atroces de ce genre; surtout depuis le moment où, par suite de l'antipathie croissante contre le protectorat romain, les jpartis divisés au point de vue social et politique se retrouvent en face l'un de l'autre comme parti romain et parti nalio- Tial : élément nouveau qui porta à son comble l'antipathie qui existait déjà. — Mais, même en dehors de tout cela, la situation de la Grèce dès le temps de Flamininus était des plus tristes, comme l'examen de l'état des affaires de la Grèce centrale et septentrionale nous le montrera. Les vigoureux Étoliens avaient du moins conservé un amour farouche de la liberté, une fermeté pleine d'audace, une vaillance à toute épreuve, une énergie toute militaire; mais (quoi que puissent dire en leur faveur de modernes panégyristes), la brutalité de ces rudes montagnards, la cupidité criminelle de ce peuple qui n'avait' pas encore pu se plier d*une façon durable aux doux travaux de la paix, chez lequel une foule de jeunes gens, malgré la situation pleine de difficulté où se trouvait leur propre patrie, cherchaient du service à l'étranger, l'indifférence sacrilège avec laquelle ils violaient tous les sanctuaires, enfin l'avidité insatiable et la déloyauté cynique de plusieurs de leurs chefs (par suite de laquelle Scopas, par exemple, périt honteusement en Egypte, en 496) : c'étaient là des qualU tés qui, pendant la période qui vient de commencer, devaient devenir fatales à cette tribu. La Béotie enfin et la Thessalien» présentent pas une image moins sombre. La rudesse barbare

') Plut. Arat,, c, 49, s. fin.

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(les Béotiens sVst niontréo à nous d'une façon assez repoussante lors de leur rencontre avec Flamininus (p. 77 et suiv.); mais d'autres relations nous apprennent des choses pires que celles-là sur Tétat de leurs nioîurs, sur la violence brutale, la rudesse, les odieux excès de table qui régnaient alors tout particulièrement dans les villes de la Béolie. Déjà vers la fin de la période des Diadoquoô, Dicéarque * avait dit dans ses écrits : « Les Béotiens énumèrent de la manière suivante les maux qui existent chez eux : à Oropos, on trouve le gain honteux; à Tanagra, Tenvie; à Thespies^ l'outrecuidance ; à Thèbes, la violence brutale; à Ânthédon, la cupidité; à Coronée, d'importunes offres de service; à Platée, les fanfaronnades; à Onchestos, la surexcitation fébrile: à Haliarte, la sottise; tous les maux de la Grèce se sont réunis dans les villes de la Béotie! » Si ces remarques malicieuses d'un peintre de mœurs satirique étaient seules, nous n'y attacherions pas beaucoup d'importance; mais quel tableau se déroule à nos yeux, lorsque Polybe, dont la jeunesse coïncide avec les premiers temps de Tindépendance de la Grèce, nous dit, en parlant de l'époque de Flamininus et de Philopœmen : « Les Béotiens étaient tellement adonnés à la débauche que les hommes sans enfants ne léguaient plus leur fortune à leurs plus proches parents, mais à ces sociétés de buveurs et de bons vivants très nombreuses précisément dans ce canton auxquelles appartenaient leurs amis survivants, et qui, du reste, avaient conservé très souvent des formes qui semblaient indiquer la poursuite d'un but intellectuel. Quelques-uns même, lorsqu'ils avaient des enfants, allaient jusqu'à ne leur laisser que la part obligatoire prescrite par la loi, en léguant le reste d(» leurs biens aux susdits cercles de buveurs. Aussi trouvait-on beaucoup d'hommes en Béolîe que sollicitaient dans le cours d'un mois plus de joyeux festins que le mois ne compte de jours*! » Bien plus : ces villes

*) Dans son « [iio; 'EUâôo; » : voy. Dicxarchi Mcssenii quaes uperswit, éd. M. Fuhr, pa;^. I'i5, v. aussi, p. I'â3; cf. \Vachsmi:th, Hellen. Aitert/iwnskunde, vol. I, p. J29, ot Duoysen, IHIénismey vol. Ht, p. 92.

2) PoLYB., XX, G, 5, sqq. Athes.j Dripnosoph. (éd. Schweighœuser), lib. X, c. /i (il), pag. il8 a et b. Cf. [Ibhmw.n, Gottesdv'nstl. AUeHh. (2® éd.), § 7, 0. ScHMMANN, Gn'ech, AUerth,, II, p. 510 sqq. Sur les sociétés de ce

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