DÉCADENCE MORALE DES GRECS
joignaient trop souvent des sentiments de colère qu'un rien faisait naître, qui rendaient toute r(^conciliation difficile et qui cependant, dans la plupart des cas (il y eut pourtant des exceptions), ne dépassaient pas un ardent mais impuissant désir de vengeance. Les Romains crûrent donc pouvoir constamment — même à une époque où ils étaient bien plus corrompus sous tous les rapports et plus vicieux que les Hellènes, et où les mœurs des Grecs en face de celles des Romains dégénérés paraissaient à leur tour non seulement pleines de mesure, mais même honnêtes — regarder lo monde hellénique avec un sourire dédaigneux et un mépris mêlé de pitié; et cela d'autant plus que les Romains, bien que dégénérés, n'avaient du moins jamais complètement perdu leurs puissantes passions, leur formidable énergie, leur activité, leur supériorité militaire et le sentiment profond de la grandeur nationale qui avait animé leurs ancêtres. Cette antipathie des Italiens pour les Grecs était si tenace que la rusticité romaine, même au temps de Néron, préférait aux jouissances délicates de Tart de la Grèce, à son théâtre, à ses jeux athlétiques, les plaisirs plus grossiers et plus barbares nés sur le sol de Tltalie; et que, plus tard encore, même chez des Romains d'un esprit cultivé, un étroit patriotisme ne s'abstenait nullement de dénigrer brutalement même les beaux côtés du caractère hellénique *.
Les Hellènes enfin qui, d'un caractère plus sérieux, avaient préféré, après la ruine de Corinthe, rester fidèles à leur antique patrie, pouvaient bien supplier leurs dieux de leur
*) Cf. Cic, In Verr,, act. II, lib. 1, 26, 06. Ad Quint, fratr., 1, 1, 16. De Republica, IV, 4 et 6. Sallust., Ord. republ., II, 9. Horat., Sat,y II, 2, H . QuiNTiLiAN., II, 4, 18. Plin., N. h., V, 1 (1), 4. XV, 4(5), 19. Lucan., PharsaLy VII, 271 sqq. et, plus tard, Tacit., Hisl,, III, 47. Juven., Ilï, 100. X, ilL SiL. Ital., Pun,, XIV, 136. Plin., Panegyr., c. 13. Epist. X, 49. Voy. HEHiiANN, Gr. Privatallerth., § 6, 15 sqq. Drumann, Gesch, RofnSy vol. VI, p. 652-657. Bernhardy, B. I., p. 53 sqq. Fjnlay, p. 59 sqq. MoMMSEN, R. Ér., vol. III, p. 612. Beckeu-Marquardt, R, a., IV, p. 481 sqq. Friedlaxder, Darstellungen aus dcr Sittengeschichle Roms^ t. Il, p. 143. 261 sqq., 268 sqq., 295 sqq., 303 sqq., 313 sqq., 319 sqq., et en particulier sur les athlètes à Rome, voy. M. Planck dans Pauly, ft. E., vol. I,2« édit., p. 2002 sqq. (V. quelques détails intéressants sur le Romain Gaius, vainqueur aux courses d'Olympie en 72 av. J.-C. Phlegont., Olymp, fr. [dans Westerma.nn, Script, mirab. Grxc. ex libb. incert., p. 209, XIIj.