ÉTAT DES KSPRITS EN GRÈCE
accorder, dans leur miséricorde, l'oubli de la grandeur passée de la Grèce. Et certes, ce n'était pas facile. Chaque montagne, chaque vallée de ce pays était devenue sacrée par le souvenir d'un grand fait historique ; chaque page des livres des anciens historiens rappelait à ces tristes épigones Tancienne importance de la Grèce et de ses habitants. Et celui qui, découragé, se détournait des livres voyait apparaître à ses yeux les innombrables inscriptions commémoratives de Delphes et d*01ympie, les nombreux et magnifiques édifices dans toutes les parties du pays comme autant de témoins muets et pourtant bien éloquents d*un passé glorieux; mais les statues de marbre et d'airain de tous ces grands hommes, fils illustres de la Grèce — depuis Aristogilon etHarmodios jusqu'à Philopœmen, le dernier des héros, — semblaient jeter un regard ironique sur ces Hellènes soumis aux Romains et incapables de s'illustrer par des actions d'éclat. Mais, à cette époque, les Grecs ne pouvaient pas encore se résigner à regarder avec calme l'histoire de leurs ancêtres comme celle d'un peuple à jamais disparu de la scène du monde. Le fait que deux des chefs les plus passionnés de l'insurrection athénienne à l'époque de la guerre contre Mithradate ont été des savants grecs, n'est certainement pas l'effet du hasard. A mesure que s*effaçait le souvenir des défaites de Scarpheîa et de Leucopétra, et que ce peuple, toujours prêt à se faire illusion sur sa propre nullité et sur sa faiblesse, perdait de nouveau le sentiment de ce dont il était capable, on voyait renaître peu à peu chez les Hellènes le désir ardent de reprendre part à la politique générale. La destinée ennemie n'a pas refusé à cette malheureuse nation l'accomplissement de ce désir fatal. Quatre fois encore dans le cours du dernier siècle avant notre ère, la Grèce fut le théâtre d'événements d'une importance capitale, auxquels ses habitants prirent une part active. Il s'en fallait beaucoup que la mesure des maux que le destin réservait à cette nation infortunée fût épuisée par la ruine de Corinthe, et tous les malheurs que l'alliance d*abord, et puis la lutte avec Rome avaient causés à la Grèce furent bien surpassés par la désolation et les misères amenées par les combats que se livrèrent dèa lors les Romains sur le sol de
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ce pays si cruellemont éprouvé, d'abord pour leur existence même, et puis dans des lulles fratricides.
('ommo nous Tavons déjà dit plus haut, le laps de temps qui s'écoula de Tannée 145 à 89 av. J.-C. fut pour la Grèce, autant que nous sachions, une époque de calme k peine int(»rrompu par moments; les grands événements qui ébranlèrent profondément pendant ce temps une grande partie des pays voisins de la Grèce n'exercèrent sur Tantique pays des Hellènes aucune influence perceptible. La confiscation du royaume de Pergame — qui, comme Ton sait, devint une possession romaine en 133 av. J.-C, à la mort de son dernier roi AttalelII, en vertu d'un prétendu testament fait en faveur des Romains* — excita naturellement en Grèce aussi un puissant intérêt, à cause des nombreuses villes grecques de TAsie-Mineurc qui, dès lors, eurent à l'égard de Rome la même situation que les Grecs d'Europe. La guerre pénible que les Romains, soutenus par une série de villes grecques d'Asie, comme notamment Myndos, Samos, Colophon, Éphèse, — tandis que beaucoup d'autres, et parmi elle Phocée, étaient hostiles à Rome — durent faire pendant quatre ans (132-129) au vaillant prétendant Arislonicos, fils naturel d'Eumène II, avant de pouvoir organiser comme province d'Asie* la partie occidentale
^) Les modernos ne sont pas d'acconl sur ce testament. Ce sont notamment Meier, Ferfjainen, Reich, p. 414-416. Flathe, vol. II, p. 650 sqq. R. Be^c^iask^ de Asia Roman. 2)r(nincia, p. 13 sqq., qui déclarent que le testament est supposé et l'attribuent à une intrigue romaine. Peter aussi incline vers cette manière devoir; v. Sludien zur Riim, Geschichie, p. IW sqq. Gesch, RomSy vol. I, 2^ édit., p. 497. Nitzsch, par contre, Die Gracchen, p. 313, se prononce pour Tauthenticité du testament, de même que Mommsem, R. G., vol. II, p. 5i.
^) Nous n'avons pas à traiter ici en détail de cette guerre et de Torganisation de cette nouvelle province (cf. notamment Nitzsch, Die Gracchm, p. 313. 319. 33 î. 343. Meier, Pergamm. Reich, p. 416-422, 425. Beroma.xn, de Asia Roman, provincia, p. 14-30. Beckeh-Marvuardt, ROm, Alt, vol. III, 1, p. 130-145. 250. 268 et Kihx, Die stadt. Verfass., vol. If, p. 264-304. Pour atteindre le but que nous poursuivons ici , nous ne relèverons que quelques faits qui se rapportent à notre récit. Nous ferons donc observer que les possessions européennes des Attalides en Thrace, notamment la (^hersonnèse de Thrace, furent probablement réunies alors à la province de Macédoine; cf. p. 247. Mommsen, R. G., vol. II, p. 55. Becker-Marv^uardt. Rom.Alterth.f v. III, I, p. 119, 131. Beromann, op. cit., p. lô.Cic, In Fi^on.,
LA PROVINCE d'aSIE 318
du royaume qu'ils réunirent alors déjà ti leur empire, ne toucha en rien la Grèce d'Europe. Des mercenaires grecs peuvent bien être allés secourir Aristonicos, des auxiliaires grecs avoir été levés par les Romains; on parle en particulier du secours
35, 86- — La ville libre de Bysance [cf. plus haut, p. 'M\ et v. Cic, Dr Pror. cons.f 3,5 et6; 4, 7. In Pison.,25, 86 et pour plus tard Plin., N. H., 1\; 11 (18), 46. Dio Chrysost., vol. I, p. 622(343, 2), 625 (34i, 46 8qq.). 679 (377, 24) Reiske. Tacit., Annal., XII, 62, 63, où cependant la ville — 9, plus bas — paraît déjà tributaire (mais sans doute d'une façon transitoire) sous Claude, et Dio Cass., 74, 14; cf. Kuhn, StdcU, Verfass., vol. II. p. 27. 33. 50. 56] était dès lors, comme Athènes et d'autres villes libres grecques, soumise au gouverneur de la Macédoine; cf. Cic, ibid, et Pro Sest., 26, 56; 39, 84. Plus tard, c'est-à-dire depuis l'organisation de laprofince de Thrace (qui eut lieu sous Claude en ié ap. J.-C.)> il <^tait naturel que Byzance fût considérée comme ville libre dans cette province (cf. Plin., N. H., IV, li (18), 46. Dio Cass., ibid). Sur cette question et la dépendance ultérieure et momentanée de cette ville de la Bithynie (sous Trajan, cf. Plin., Epist, X, 52, 57), cf. Bkckbr-Marqiîardt, op.c.U,,p, 120, 153. — Les villes et les îles grecques de la nouvelle province d*Àsie (du moins en partie) eurent dès le début et conservèrent ou obtinrent dans différentes occasions la situation de villes libres dans la province ; cependant c*est précisément à ce sujet que nous manquent les renseignements exacts; cf. surtout Becker-Marquart, op. cit., p. Ii3. Si nous considérons chaque cité en particulier, nous voyons l'île d'Astypaléc unie à Rome par un xquum fœdus qui, renouvelé solennellement en 105 av. J.-C, 64î) U. C, était lu publiquement tous les ans dans Tile ; v. Buckh, C. L Gr., vol. II, n'* 2485 et p. 3^. KuHN, Stàdt, Verfass,, vol. II, p. 15, 16. Pauly, Realencyclop.y vol. I, 2* édit., p. 1944. Walter, Geschkhtc des romiscfien Rechts, t. 1, p. 357. Rem., 121. Becker-Marquardt, p. 143. 248. Plin., N. IL, IV, 12 (23), 71. L'île de Chios parvint aussi à sauvegarder son indépendance pendant la première guerre contre Mithradate. (Appiax., Mithrid.fC. 61, in.), indépendance qui fut plus tard confirmée en bonne forme par le Sénat en 674 U. C. 80 av. J.-C. (v. Bôckh, C, L Gr., vol. II, n** 2222, p. 206; v. aussi Plin., N. H.j V, 31 (37), 136. Beckbr-Marquahdt, p. 143. 251. Klhn, op, cit,, vol. II, p. 16, 33. Parmi les villes libres du temps de Cicéron, nous voyons Apollonis, Cic, Pro Flacc, c. 29, 71. Pline, N. H., V, 29 (29), 109, range dans cette catégorie Alabanda [immunis dans Eckhel, D. iV., II, p. 571), Caunos, V, 29 (29), 104, Cnide,V, 29(29), lOi, sans doute aussi immunis par César (Plut., Cass., c. 48), Stratonicée, Plin., ifnd., 109, Mylasa, V, 29 (29), 108, Bôgkii, C. L G/-., vol. 11, n° 2695 b, et Terme ra ibid,,i(n. Le casd'Halicarnasseest douteux: v. Becker-Marquardt, p. 143. On sait que quelques-unes lurent déclarées libres plus tard ; comme P h océe, parPompée(DioCAS8.,XLI,25. Lucan., Pharsal, V, 53; Aphrodisias (avec l'immunité), en xquum fœdus, par Marc-Antoine, entre 39-35 av. J.-C.; cf. BckiKH, C. L Gr., vol. II, n* 2737, pag. 49* sqq., 2845. Plin., iV. H., V, 29 (29), 109. Marquardt, R. A., p. 143, 248. Kuhn, p. 21. Paul^ , H. E., V, 1. 2« édit., p. 1948. Walter, loc, cit.^ et notamment Hle de Samos, à laquelle Tempereur Auguste octroya l'autonomie en 19 av. J.-C,
3i6 LA PROVINCK d'aSIE
que Byzance accorda alors aux Romains *. Et certes, les Grecs « d*Achaïc » pouvaient se considérer comme heureux en comparant leur sort à celui des peuples de « TAsie », en voyant la province de Pergame, sous Tinfluenco el par suite de l'activité révolutionnaire de (laius Gracchus', non seulement frappée *< d'impôts directs et indirects de toute espèce, et notamment de Timpôt foncier de la dîme », mais aussi «entièrement livrée, par la manière dont ces impôts étaient affermés, à la tyrannie et à l'exploitation brutale des riches capitalistes et puhlicains romains. Par contre, les formidables mouvements provoqués à Rome par les Gracques ne purent encore exciter un vif intérêt que chez les Grecs qui avaient un sens politique développé ; les rogations agraires formulées par les Gracques n'eurent pas de retentissement en
rjio Cass., LIV, 9; cf. Plin., N. H., V, 31 (37), 135 (d après Eusèbe, Ckron. ad 01. CXC, p. 76 Scaliger, cela n'aurait eu lieu que sous Tibère, v. Scet., Tiber,, c. 12), jusqu'au moment où Vospasien rendit Tîle à rempire(SuET., Vesp.y 0. 8. Ei:trop., VU, 19).Cos obtint l'immunité de l'empereur Claude en 53 ap. J.-C. Tacit., Aiinaly XII, 61. (SurMitylène etMagnésie, v. plus bas; et sur Éphèsc, cf. Mommsen, C. Imtcr, Latin, anti^juiss., p. 170). Il ion, auquel les Romains avaient procuré des faveurs spéciales déjà du temps du roi Séleucos II Gallinicos (Sueton , Claud., c. 25) conserva Findépendance et l'immunité qui lui avaient été accordées après la défaite d*Ântiocbus le Grand, pendant la première guerre contre Mithradatc (ArpiAN., MUhr,,c. 61, ioit.) ; sa situation privilégiée s'améliora constamment plus tard, de telle sorte que cette ville finit par être dispensée par l'empereur Claude de tx)ute obligation envers l'État. Strab,, XIlI, 1, 27, p. 888 sqq. (594. 595, init.). Sueto.n*., Claud. f c. 25. Tacit., Ann., XII, 58. Dm., De excusationibuSj XXVII, 1. 17, § 1. Plin., N. i/., V, 30 (33), 124. Bockh, C. L ar., vol. II, n* 3610, p. 898. Cf. KuHN, Die filàdt, Verf., vol. II, p. 19. 32. — La ville de Cyzique, qui précisément à l'époque des Épigones, comme amie des Âttales, avait joué le rôle brillant d'une république indépendante, était en très bons termes avec les Romains depuis l'annexion du royaume de Pergame (sans que ses rapports avec Rome eussent été légalement fixés); elle dut à son excellente attitude pendant la troisième guerre contre Mithradate de conserver son autonomie lorsque L. Lucullus et Pompée réglèrent les affaires de l'Asie- Mineure; cf. Strab., XII, 8, 11, p. 863 (576). Privée momentanément de son autonomie sous Auguste (20 ou 22-15 av. J.-C), Dio Cass., LIV, 7 et 23. ZoxAR., X, 34. Euseb., Chron,, p. 155. Scalig., elle la perdit définitivement sous Tibère, en 24 ap. J.-C. Dion. Cass., 57, 24. SrETON., Tiber., c. 37, et Tacit., AnnaLy IV, 36; cf. Mar«;iuaiidt, CyzicuSt p. 75. 81. Riim. Allerlh,, p. 143. Kuiin, p. 137. 19. 49.
*) Tacit., Anna/., XII, 62.
') Cf. les développements de Mommsen, R. Cf., vol. II, p. 113. 120. 269. 393 sqq.
DEPUIS LES GRACQUKS JUSQU'a SATURNINUS 317
Grèce, autant du moins que nous pouvons en juger par la tradition peu explicite qui nous en a été conservée, bien que l'état de la propriété dans ce pays ne prêtât que trop à des réformes analogues*. La tempête soulevée par l'invasion des Cinjbres se déchaîna trop loin des frontières de la Grèce pour faire naître de grandes appréhensions chez les Hellènes; cependant il nous est permis de supposer que la violence croissante des luttes qu'il fallut soutenir contre les Barbares des frontières de la Macédoine depuis 114 av. J.-C. (cf. p. 297), auxquels déjà, depuis 119 av. J.-C., on avait faiténergiquement la guerre, ne furent pas sans rapport avec la première apparition des Cimbres sur le Danube moyen et en Illyrie *. Les menées démagogiques, au contraire, de Gains Servilius Glaucia et de Lucius Appuleius Saturninus menaçaient (en 100 av. J.-C.) de troubler directement la Grèce; en effet, TAchaïe aussi, comme la Macédoine, faisait partie de ces contrées dans lesquelles, d'après une loi présentée alors par le second de ces deux hommes, des citoyens romains, surtout des vétérans du général démocrate Gains Marins, devaient être établis sur des propriétés de TÉtat ou des terres qu'il se proposait d'acheter. Cependant la ruine subite de ces démagogues et l'écroulement de la puissance politique de Gains Marins empêcha, comme on sait, l'exécution de cette loi'.
*) On connaît la part que prirent les archers crélois à la défaite de Gaius Gracchuset de ses amis en 121. Plut., Gaj. Gracch., c. 16.
■) Cf. ZuMPT, Comm, Epigraphe, vol. II, p. 171. Mommsen, R. G., vol. 11, p. 176. — Ce fut probablement en Tannée 114, où le consul Gaius Porcius Cato (p. 297) fut complètement battu par les Scordisques (v. Zumpt, p. 170 sqq.; Liv., Epit,, lib. 63. Eutrop., ïV, 2i. Flor., ï, 38), que les Barbares de la Thrace pénétrèrent jusqu'en Thessalie. Flor., ibid. Voy. dans Mommsen, R. (t., vol. II, p. 171 sqq., l'énumération des guerres qu'on fit depuis 135 environ av. J.-C. jusqu'à la guerre contre Mithradate, aux peuples établis entre le Danube, la Macédoine et l'Adriatique. — Je ne sais pas au juste à quel fait se rapporte la relation d'AppiAN., lllyr.j c. 5, d'après laquelle les Scordisques envahirent un jour ia Macédoine çt la Grèce avec des tribus thraces et illyriennes, et pillèrent le temple de Delphes (à moins qu'il n'ait songé peut-être à l'invasion des Celtes en 279; ce qui toutefois me parait très peu probable). Je ne vois pas pourquoi L. Contzen, Die Wamlerungen der Keltenj p. 205, place tout simplement en 114 av. J.-C. les faits rapportés dans cette notice.
') Cf. AuR. VicT., De vir. ill.y c. 73 (L. Appuki, Satum.). Becker-MarncARDT, Rom, AUerih.t vol. III, 1, p. 123, 328. Rudorff, Das Ackergesrtz
3i8 LA GUERRE SOCIALE EN ITALIE
(Cependant le temps approchait où la paix dont la Grèce jouissait depuis longtemps devait être troublée par une catastrophe sanglante. Avec une horreur profonde, peut-être aussi çà et là non sans une joie secrète, les Hellènes virent éclater en Italie, pendant l'automne de Tannée 91 av. J.-C cette terrible guerre civile dans le cours de laquelle les fils de ritalie, maîtresse du monde, se déchirèrent entre eux. Mais les Grecs étaient si profondément convaincus de la puissance invincible de Rome, que beaucoup d'entre eux se hâtèrent de mettre leurs forces et leur habileté à la disposition de la République, serrée de près par ses ennemis, lorsqu'elle sVfforça d'équiper une flotte capable de résister à ces derniers*.
Elles n'étaient plus loin ces journées néfastes et sanglantes où les Grecs allaient pouvoir satisfaire, pour leur malheur, le besoin d'action qui les dévorait, non plus en combattant côte à côtcî avec les Romains, mais en se révoltant contre eux avec fureur et en luttant avec acharnement contre les légions de rOccident. Depuis longtemps déjà, l'Orient tout entier s'agitait à la nouvelle des hauts faits et des brillants suc<^ès d'un grand prince asiatique ; d'un homme qui se distinguait avantageusement de ces potentats efl'éminés qui, depuis que les Ptolémées etles Séleucides avaient dégénéré, avaient offert au monde, pendant la durée de plusieurs générations^ un spectacle pitoyable sur tous les trônes de l'Orient hellénistique, à Texception de celui de Pergame. C'était Mithradate VI Eupator,
di.'s S/). T/iortM5 (Ztschrft. f. gesch. Rechtsvvias., X, 1), p. 140. Zumpt, Comm. Epigr., voI.I,p. 222-229.
*) Il nous a été conservé (cf. Mommse.n, R. Gr., vol, II, p. 235, en note) un séimtus-consulte du 22 mai de Tannée 676 U. C. 78 av. J.-C, « qui accorde des honneurs et des avantages, lorsqu'on leur donna leur congé, à trois capitaines de vaisseau grecs de Carystos, de Clazomène et de Milet, pour les fidèles services qu'ils avaient rendus depuis le commencement de la guerre d'Italie (90 av. J.-C). » C'étaient Asclépîade de Clazomène, Folystrale de Carystos et Méniscos de Milet. Cf. Mommsrn, C. L Latin. Anliquiss.y p. 110 sqq., n*» 203, et Bôckii, 0. I. Gr., vol. III (éd. Frans), no 5879, p, 706 sq<j. — Memnon (éd. Orell.), c. 29 (al. 31) nous donne des détails analogues sur la ville confédérée d'Héraclée (voy. ci-après) sur la mer Noire. — Des mercenaires crétois (que les Romains employèrent aussi dans d'autres circonstances, Valer. Max., IX, 3, 7) se battaient alors pour Rome comme pour l'Italie; cf. Diod., XXXVII, !?•
MÎTHRADATE VI 319
roi du « Pont»», qui, d'un côté, depuis 114 environ avant J.-C, avait fait des conquêtes considérables en Colchide et dans les contrées grecques et barbares situées sur les bords de la mer Noire au nord-est et au nord, et, de Taulre, avait réussi à étendre sa puissance en Asie-Mineure par la ruse et par la force, aux dépens des princes de la Paphlagonie et de la Cappadoce. Peu à peu sa puissance devint également menaçante pour les intérêts de Rome en Orient ; du reste, le roi Mithradate VI avait toujours été, comme l'on sait, hostile aux Romains, parce que le Sénat, pendant sa minorité, avait de nouveau détaché du royaume de Pont cette partie de la Grande- Phrygie qu'avait reçue son père Milhradate V Évergète après la défaite d'Aristonicos (p. 314). Le Sénat surveillait donc avec inquiétude les progi'ès constants de ce prince audacieux; les empiétements du roi finirent par provoquer (d*abord en 92 av. J.-C), de la part des Romains, des démonstrations très sérieuses. Mithradate recula momentanément devant les menaces des Romains, mais bientôt il donna sur d'autres points des preuves de son ressentiment. Car l'hypothèse d'un savant moderne*, qui attribue au roi du Pont une part dans les attaques furieuses « dirigées contre la Macédoine avec une violence et une constance surprenantes », depuis 92 av. J,-C., par les tribus barbares de la frontière septentrionale et orientale de celte province, n'est sans doute pas dépourvue de fondement. Ce fut surtout en 90 et en 89 av. J.-C. que les Barbares de la Thrace inondèrent non seulement la Macédoine, mais aussi la plus grande partie de l'Ëpire, et qu'ils pillèrent le temple de Dodone. Gains Sentius Saturninus
') Mithradate était né à Sinope. Strabon, XII, 3, ii, p. 821 (545). Cette ville grecque, qui avait autrefois résisté avec succès avec le secours des Rhodiens (vers Tan 220 av. J.-C. (1*olyb., IV, 56) aux attaques du roi du Pont, Mithradate IV, avait fini par être conquise par le roi du Pont, Pharnace I, vers 182 av. J.-C. ; (Polyb., XXIV, 10, 2 et 3. Liv., XL, 2. Straboi», XII, ibid., et p. 546; cf. Meier, Peryamen. Rekhy p. 381. Clinton, Fast, Hellen.f vol. III, p. 425. Strkuuer, Smope, p. 81. Kuhn, Stàdt, Verf,, vol. II, p. 139). Sinope devint plus tard (Diod., XIV, 3^, 2. Strabon, X, 4, 10, p. 731 (477) et XII, ihid.), sous Mithradate V Evergète, et surtout sous Mithradate VI Ëupator, capitale du Pont.
^) MoMMSEN, B. tir., vol. II, p. 291*, cf. Dio Cass, (éd. Dindorf), p. 140, fr. 101, 2. Druma.nn, Qesch, RomSf vol. II, p. 445.