SULLA EN GRÈCE
que les victoires faciles qu'il avait remportées en Asie-Mineure ne se répéteraient pas sur le sol delà Grèce, s'en retourna en attendant à Athènes et au Pirée, pour en faire la base de ses entreprises ultérieures*; la saison avancée (Tannée 87 av. J.-C. avait probablement commencé depuis quelques semaines déjà) invitait d'ailleurs les belligérants à suspendre provisoirement les hostilités*.
Dans ces circonstances, les affaires semblaient prendre une tournure très favorable pourBruttius, qui parait s'être avancé de nouveau jusqu'à la frontière de la Béotie* ; les Hellènes commençaient à comprendre qu'ils s'étaient un peu trop hâtés de se compromettre en faveur du Grand-Roi asiatique. La lutte n'avait pas encore recommencé lorsque Bruttius vit arriver, vers le printemps de l'année 87 av. J.-C., un officier romain, le légat (proquesteur) Lucius Lucullus, qui lui ordonna au nom de son général en chef à lui, du proconsul L. Cornélius SuUa, qui devait sous peu se charger de la direction des opérations militaires en Grèce et en Asie, de s'en retourner en Macédoine *. Et en effet, le puissant général de l'aristocratie Sulla arriva bientôt en Grèce avec son armée, des côtes de rillyrie et de TÉpirc où il avait débarqué ^ Immédiatement tout commença à changer de face. A peine, en effet, entenditon de nouveau retentir en Grèce le pas d*airain des légions romaines, que presque partout les Hellènes insurgés perdirent courage. Sulla put, en marchant sur les Thermopyles, tirer sans aucune difficulté des contrées de TÉtolie et de la Thessalie des subsides, des approvisionnements et des auxiliaires^. Puis il s'avança contre les cantons de la Béotie et de l'Attique, le foyer de l'insurrection en Grèce. Un combat heureux qu'il
SulL, cil, représente comme plus grands encore les succès que Brultius remporta à Chéronée. Ce que nous savons de la situation militaire dealers sur le théâtre de la guerre en Grèce ne nous permet pas de comprendre comment Appien, ibid,, 29, fin. peut affirmer que Brultius s'est retiré vers le Pirée devant Archélaos, et n*a été chassé de ce lieu que par la (lotte pontique.
') Appian. et Plut., loc. cit,
*) Cf. MoMMSEN, II. (i., vol. H, p. 292.
') Cf. Plut., Sm//., c. 11.
'•) Plut., loc. cit.
'•) Appian., Mithr., c. 30.
^) Appi.\n., Mithr.. c. 30.
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livra aux troupes des généraux Archélaos et Aristion*, rejeta derrière les remparts d'Athènes et les fortitications du Pirée l'armée du Pont et celle de TAttique ; partout les Grecs, sans en excepter l'arrogante Thèbes et la plupart des Béotiens, malgré leur fureur contre Rome, se hâtèrent de faire la paix avec le redoutable général romain*.
Sulla résolut alors de saisir le taureau par les cornas, et di» porter aux troupes de Mithradate un coup décisif en Attique, où la guerre se concentrait alors. Tandis que Tun de ses légats, Lucius Hortensius, occupait laThessalie\ et put ainsi tendre la main aux Komains serrés de pri's en Macédoine; tandis qu*un autre légat, Munatius, observait la division dr l'armée du Pont qui stationnait à ChaicisV Sulhi songt>ait à écraser, en leur portant quelques coups rapides avec le gros de son armée, les masses ennemies réunies derrière les remparts d'Athènes. Cependant Sulla, malgré la rapidité de ses premiers succès, se trouvait dans une situation très diflicile. A son arrivée dans la péninsule hellénique, il ne pouvait disposer que d'une armée d'un peu plus d<^ 30,000 hommes (cinq légions de faible effectif, quelques « cohortes surnuméraires » et quelques escadrons de cavalerie)*. 11 ne pouvait guère s'attendre à voir arriver des renforts considérabh»s de l'Italie, où de vastes territoires persévéraient encore dans rinsurnM:lion, où les alliés n'étaient qu'incomplètement soumis, et où, à Rome, une nouvelle révolution démocratique pouvait éclater à chaque Instant. Mais c'était surtout l'argent du Trésor public qui faisait défaut au général romain. Kt c'est dans cette situation qu'il devait attacher à sa personne, par la vicl(»ire rt h» butin, son armée, son unique appui dans la guerre qu(î se faisaient les partis; qu'il devait, tout eu ayant à coté de lui l'I
') Je vuis que Fausanias seul, 1, 20, o^ t'ait mention de ce cumbat; Je ne sais pas pourquoi Mommsen, i{. G., vol. Il, p. 'J93, dit ({ue ce combat l'ut livré près du monlTilphossion.
*) Appian., MUhrid.j c. 30. Plut., Sali., c. iJ, inil. Mem.no.n, c. 32 (34). Pausan.. IX, 7, 4.
») Cf. Plut.. Sulla, c, 15.
*; Cf. Appian., MUhr,, c, 34.
\> Appiaw., Milhr j c. 'SO, init. Cf. Peilk, hesch. Hnms, vol. 11, p. lis. Mv»MMSE.N, K. (t., vol. II, p. 203.
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df^rriëre lui les (irecs à peine purifiés, romlmltre un ennemi formidable, ayant à sa disposition des ressources inépuisables el notnmnjent une ilolle puissante, qui faisait complètement défaut au général romain. Mais toutes ces difficultés, auxquelles l'ent autres auraient succombé, n'en rendaient Sulla que pins actif et plus audacieux; les Grecs infortunés durent larg^enient payer ses conibals et ses victoires.
On comprend donc que Sulla désinlL uieltre fin aussi rapidement que possible à la g^uerre en (irèce, en frappant quel- <|u<'s frrauds coups. Il se contenta donc, une fois eu face du système des forlilications d'Athènes, de faire observer par une partiiî de son armée la ville elle-même, qui était défendue par Aristion el qui, par suite de Tétai de délabrement où se trouvaient l<>s fameux « Lon^'^s Murs », n'était plus reliée qu'imparfailemi^nl aux poris'. Avec le gros de son armée, il se jeta sur le IMréc. i[ur défendait Arcbélaos avec la plus grande partie de s(»s forces, essaya sans tarder de le ])rendre d'assaut, mais fut repoussé apii»s un condjat acbarnéV Sulla se vit donc contraint de s«' soumettre aux longueurs d'un siège et il eût peutêtre fini par voii' toutes ses espérances ilécues, si Mithradate avait eu assez de bon sens pour laisser agir c<»mme il Teutendait Arcbélaos, son éminent général, et pour exploiter à son avantairi* la situation intérieure de la républiijue romaine, qui devenait de jour en jour plus désastreuse. Sulla se retira d'abord sur Eleusis, pour s'y procurer les moyens d'attaquer plus efficacement les muis gigantesques du Pirée*. A partir de c*» moment, la (Irèce ne cessa d'étn* épuisée par des réquisitions
'. L«> " Lori^s Murs » avaient été protiiiblcnuMil démolis déjà en plus duo eiidrnil |i:ii Antii^Ofie <ionatas, vers 2,") av. J.-C. ^d- I^R'JVSEx, llMtirc df ilhllriiismr, inul. Bourlié-Lecleirq, vol. Ml, p. Jin : lors»|ue (vers ia tiii de lan iOl) et un coniiniMicenient de l'an iW av. .I.-C, v. plus haut, p. (XV C)l)|e nii Philippe assié^^ea Athènes, les murs étaient, selon Tite-Iiive, XXXI. 20, srmintti. Aussi ne nous dil-on pas que Sulla ait été obligé d'enlever ces murs pendant le siè«re à Arehélaos ou a Arislion; dès le début, au contraire (AiMMAN., e. 30, fin.), les Rnmains se servent, sans être inquiétés, de ce r|ui reste de ces murs pour leurs constructions. (Ce que dit Strabon, IX, 1, 15, p. (ViC) {'.M)} est inexact). Pausanias(I, '^, 2)n*a plus vu que quelques ruines «les Longs .Murs.
-) AiMMA.N., MHhrûl., c. 30.
'; .\ppiA*N., ibid.