‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 110 sur 186 · EXACTIONS DR SCLLÂ EN GRÈCE · texte numérisé non relu

EXACTIONS DR SCLLÂ EN GRÈCE

vraiment colossales de toute espèce. iNous apprenons, entre autres choses, que Sulla, pendant qu'il atta(|uait le Pirée, faisait travailler journellement, pour mettre en mouvement ses machines de guerre et son artillerie, dix mille paires de mulets f|ui, par suite du traitement impitoyahle auquel on les soumettait, périrent en masse et durent être remplacés par d'autres qu*on amena de toutes les parties de la Grèce*. Des artisans et des ingénieurs militaires, des matériaux de construction et de guerre de toute espèce, ainsi que des machines de gros calibre, lui furent fournis par la ville de Thèhes, qu'il châtia avec une rigueur toute spéciale*. Et coujme le hois faisait peu à peu défaut pour construire les grandes machines de guerre et pour remplacer celles qui se trouvaient usées ou détruites par Tenuemi, Sulla n'hésita pas un instant à faire dévaster les lieux de prédilection des Athéniens, TAcadémie et le Lycée, ainsi que les bois sacrés dont les arbres (surtout les célèbres et magnifiques platanes de l'Académie) durent servir à ses desseins : les Athéniens éplorés virent se répéter les tristes scènes qu'ils avaient eues sous les yeux pendant la désastreuse époque du siège de leur ville parLysandre et par le roi Philippe (ci-dessus, pp. 60 64)'. Bien plus, cet homme dont la raison était si froide elle cœur bien plus froid encore, qui, pendant la tourmente révolutionnaire, avait osé le premier conduire contre Home une armée romaine et <« violer la paix sacrée de la ville », n'hésita pas non plus à se procurer les sommes dont il avait besoin en faisant des emprunts forcés aux temples helléniques. Sous la réserve d'un dédommagement futur, les sanctuaires les plus vénérés de la Grèce, notamment le temple d'Asclépios à Épidaure et celui de Zeus à Olympie, furent dépouillés de leurs trésors; les Amphictyons durent livrer les trésors sacrés de Delphes à un confident de Sulla et un de ses agents en Grèce, le Phocidien Caphis, qui ne se chargea que malgré lui de cette atîaire; un célèbre vase d'argent très grand et

') Plut., Sulla, c. 12.

=*) A p PIAN., Milhrid.y c. 30.

') Appian., ibid. Plut., Sulla, c. 12. Dio Cass., eH. Dindoif, vul. I, p. 142. (fragm., n* 121, éd. Reimar.). Cf. Vahii., De re rust., I, c. 37, (in. BuRsiAN, Geogr. von GriechenlawJ, vol. I, p. 321-324. Sur les arbres gigrantesques de l'Académie, voy. F*lin., Nat. Hist., XII, 1 (5), 9.

340 SlÈr.E Dl PIHEE

très lourd fui mis en pièces à celle occasion ^ LucuUus fut ensuile chargé de faire converlir en monnaie ces trésors', que Sulia salua par de frivoles plaisanteries'.

Cependant on poussait activement le siège d'Athènes et du Pirée. Athènes fut plutôt bloquée qu'assiégée, mais les efforts étaient dirigés contre le Pirée. Les restes des « Longs Murs » furent démolis pour fournir les matériaux d'un mur de circonvallalion, sur lequel on se proposait d'établir les tours de siège, les batteries et les machines d'attaque. Les machines de siège fonctionnaient nuit et jour, pour faciliter, en faisant des brèches, les assauts plusieurs fois tentés par Sulla, longtemps sans succès appréciable. Archélaos, de son côté, tentait, entre autres moyens d'une défense aussi vaillante qu'habile, d'énergiquesetfréquentes sorties, qui, il estvrai, se terminaient en général par la défaite des troupes de Mithradate, parce que Sulla, qui entretenait des intelligences dans le camp ennemi, était parfaitement instruit de toutes les entreprises de son adveisaire. Aussi longtemps qu(î Sulla n'avait pas de flotte, la mer restait complètement ouverte à Archélaos; il put donc, lorsque le danger devint plus pressant, faire venir par mer les troupes cantonnées à Chalcis et dans les îles voisines; avec elles elles matelots armés de sa Hotte, il réussit une nuit à détruire un grand nombre des machines de siège des Romains. L'arrivée d'un renfort considérable venu d'Asie sous Dromichaîtès décida enfin Archélaos à risquer sous les murs du Pirée une bataille régulière, qui se termina par la défaite complète de l'armée asiatique. Sur ces entrefaites arriva l'hiver de l'année 87/G av. J.-C. La mauvaise saison, qui décida le général romain à aller camper de nouveau à Eleusis, où les troupes du Pont eurent encore l'audace de venir l'inquiéter, n'interrompit que momentanément les opérations du siège. Dès que le temps le lui permit, Sulla renouvela ses attaques sur le Pirée avec plus d'énergie qu'auparavant, et peu à peu

*) Appixn., Mithrid., e. 54. Pi.ut., Sulla, c. 12. Palsa.n., IX, 7, 4. Dro Cass., fragm.y n«« 122, 123, éd. Reimar. Diodor., XXXVIII et XXX»X, 7. Sur Éjiiclaure, cf. ci-dessus, p. 264, 1, el Curtius, Pdoponnesox^ vol. H, p. 424. 573.

-; Plut., Dio Câss., Diudoh. ibid.^ II.

') Pll't., Lucull,, c, 2, init.

DISETTE A ATHÈNKS 34 i

le succès couronna ses efforts. Après une série de combats acharnés el des efforts réciproques de tonte espèce, les Romains réussirent enfin à faire une large brèche dans les murs gigantesques du Pirée ; mais, comme leur tentative de pénétrer immédiatement dans la ville échoua, Archélaos eut le temps d'élever derrière la brèche une section de mur en demi-lune que ne put emporter mAme un assaut général do Tarmée romaine. Sulla mit alors provisoirement un terme aux combats qu*il avait livrés jusque-là on cet endroit, se contenta de bloquer étroitement le Pirée, et se tourna avec tontes ses forces contre la ville d'Athènes, où des perspectives plus favorables venaient de s'ouvrir pour lui *.

La situation des Athéniens était alors épouvantable à tous les points de vue. L'ivresse dans laquelle avaient plongé le peuple le sentiment de sa liberté et son désir de se venger des aristocrates s'était dissipée depuis longtemps; lorsque les murailles d*airain des légions romaines entourèrent la ville, la plupart des Athéniens eussent été peut-être heureux de faire la paix avec Sulla*; mais ils ne pouvaient plus maintenant se débarrasser des troupes du Pont et de leur stratège, et c'est ainsi que ce peuple infortuné — qui depuis longtemps avait perdu Tha bitude de se battre, qui était toujours spirituel, mais immoral, servile et flatteur, et ne rappelait plus ses ancêtres que par sa

') Appian., MUhr.,c. 30-37, Plut,, Sii//a, c. 12, Vkll., II, 23. Gell., XV, 1. Flor,, I, 39. EuTROp., V, 6, Aur. Vict., Derir, illust.t c. 75. Oros., VI, 2. Obsequens, 116, Sur le siège du Pirée, voy, aussi Ross, Archœohg. Aufsatzey vol. I, p. 233. 238-241. D*apr^s Ross, Sylla dirigea ses attaques surtout sur la partie du mur « situoe entre la grande route d'A- Ihènes et la lagune marécageuse d*Halipédon ».

') Veliéius Paterculus, II, 23, raconte des merveilles sur rattachement des Athéniens pour Rome et croit que, si les Athéniens se sont battus contre Rome, c'est uniquement parce qu'ils y ont été contraints par les armées de Mitbradate : à Tentendre, pendant le siège « leurs corps seuls étaient dans la ville, mais leurs Ames étaient restées avec les Romains ». Les événement? racontés plus haut nous permettent d'alTirmer seulement de l'oligarchie athénienne qu'elle est restée constamment fidèle aux Romains; le démos ne se sera sans doute repenti de sa défection que pendant le siège (cf. Plut,, Sti//a, c. 12, init.). Il est probable que plus tard on prit à Athènes l'habitude de rejeter uniquement sur Aristion et sur la pression exercée par les armes du roi du Pont la défection dont on s'était rendu coupable à l'égard de Rome. Toutefois Tacite, Armnl.^ II, 55, nous prouve qu'à Rome on savait très bien à quoi s'en tenir.

'U2 DÉTRESSE d\tI1ÈNKS

vt'rsalilitiî ri sa faconde — se voyait forcé de faire face sérieusement aux Romains et de supporter toutes les suites de sa défection irréfléchie. Et Aristion faisait son possible pour l'ondn» plus dur le sort de ses compatriotes. Tant que la détresftf iravailpas att<»int son comble, il s'était complu à provoquer la haini' irréconciliable d<» Sulla en lançant en toute sécurité du haut des murs des insultes à l'adresse du général romain et de sa femme ^ F]n outre, il paraît même s'être brouillé comph'tement avec Archélaos*. Au début, le danger n'était pas très pressant ; mais bientôt les Athéniens se virent menacés d'un lerrible ennemi, de la faim : les approvisionnements diminuaient peu à peu ; le prix des vivres atteignit des proportions exorbitantes \ Sulla, qui alors s'occupait encore surtout du Pirée, fit entourer Athènes d'une série de forts, pour retenirdans la ville la foule désespérée et empêcher les défenseun d'Athènes d'être soula,?és par la fuite d'un grand nombre d< uon-comballants. Les Innlntives d'Archélaos pour ravitailler h ville échouèrent, en général, parce que Sulla était d'ordinaire*^averti k temps de ces entreprises par les partisans qu'il avaiU « dans le camp pontiqne *. Dans cette détresse, Aristion montraMS^' toute la bassesse df son caractère. Il est possible que les mal — J

heureux Athéniens aient dit de lui plus tard tout le mal imagi

nable, qu'ils aient exagéré bien des choses et fait de lui un por

trait plus odieux que la réalité ; dans tous les cas, cet homme, dont le terrorisme sanguinaire avait complètement mis dans l'omhre les crimes de Dia^os, fit preuve d'une brutalité et d'une friv(jlité que n'avait même pas montrées le trop fameux Lacharès. On l'accusa plus tard de n'avoir pas eu honte — dans un tenjps où, par sa faute^ les misères de l'époque de Lysandre et celles du siège qu'on avait soutenu sous Lacharès étaient venues s'abattre dix fois plus fortes sur Athènes, où le pauvre peuple assouvissait sa faim au moyen de misérables herbes et même de cuir bouilli, où l'afiFreuse famine finit même par pous-

*) Plut.. Sulla, c. 2, inii., c. 6, fin., c. 13, init., et De garruHtate, c. 1, Senec, ni, p. VM (éd. Haase), fta<jm,, 63.

') CVst oc qu'il faut conclure de Plut,, Sulla» c. 23,

^) Plut., S/(//^, c. 13. On payait alors entre autres mille drachmes (982 fp.) pour un boisseau de hit*.

*) Appiax., Mithr,, c» .3i, init., c. 35, init. et fin.

ATTITUDE CYNIQUE d'aRISTION 343

ser les infortunés à saler et à dévorer des cadavres humains — de passer son temps dans TAcropolo avec ses amis à fesliner copieusement, grâce à des provisions soigneusement entassées. Faute d'huile, la lampe sacrée d'Athéné Polias s'était éteinte; sans se soucier de ce mauvais présag-e, il eut Taudaco d'envoyer du poivre à la grande-prAlrossc d'Alhéné, qui Tavail supplié de lui donner une poignée de hié. Il fit disperser à coups de flèches les houleutes et les prêlres qui le suppliaient à genoux de livrer la ville aux Romîiins *. Mais la catastrophe approchait enfin.

Lorsque Sulla attaqua la ville avec toutes ses forces, il commença par l'entourer complètement d'un fossé^ Alors enfin Aristion consentit à traiter avec lui. Il va sans dire que ce misérable ne songeait pas à sauver ses concitoyens en se sacrifiant lui niAme. Il ne trouva rien de mieux à faire que d'envoyer dans le camp romain quelques-uns de ses compagnons de débauche : ceux-ci, au lieu de s'efi'orcer d'obtenir une capitulation acceptable, entretinrent le général romain de la gloire mythique de leur ville et des hauts faits des anciens Athéniens vainqueurs à Marathon et à Salamine. Sulla les interrompit enfin en disant ^ qu'il n'était pas venu à Athènes pour étudier l'histoire, mais pour châtier des rebelles», et les renvoya chez eux".

Sur ces entrefaites, Sulla avait appris par hasard* que, non loin de « THeptachalcon » (une petite éminence entre la porte de Dipylonet celle du Pirée, sur laquelle passait le mur de la ville*), il y avait dans le mur d'enceinte un endroit d'un accès facile, qu'on pouvait escalader sans peine et qu'Arislion avait négligé de faire garder. On se prépara donc h un assaut général, et, la nuit suivante, ce point fut enlevé après un combat de courte durée ; malgré la faible résistance des défenseurs épuisés par la faim, on fit une large brèche, de telle sorte que, vers minuit, les colonnes romaines, avides de sang et de butin,

*) Plut., Sulla, c. 13. Numa, c. 9. Appian., Mithrid.^ c. 38. Flor., 1, 39. Dio Cass., fr., n» 12.i, éd. Reimar. ^) Appian., ihid.

^) Pli:t., Sulla, c. 13, fin.

♦) Plut., SulUi, c. H, inil. et D^ garrulitate, c. 7. ^) BuRSiAN, Geoijr. vnn Griechenfnnd, vol. I, p. 290.

344 PRISE D*ATIlf:NES

pureiil péiiélrer daus rintéricur do la ville au son des fanfares ol en poussant de formidables cris de guerre*. L*anlique ville de Cécrops eut alors à passer un terrible moment. Sulla avait permis à ses soldats de piller et de tuer sans pitié. Les malheureux Athéniens furent donc massacrés par niilliors, sans distinction d'Age ni de sexe; c'est dans Tagora et au (^ramique surtout que le carnage fut horrible: la longue rue de ce quartier (p. 328 sqq.) était littéralement inondée de sang: il s'échappait par la porte Dipylon pour se répandre dans le faubourg. Les Athéniens crurent que la ruine de leur ville était imminente; plusieurs se donnèrent la mort uniquement pour échapper aux bourreaux italiques et pour ne pas voir avant de mourir la destruction de leur magnifique cité. Enfin Sulla se décida, sur les instantes supplications de quelques aristocrates athéniens fugitifs qui se trouvaient dans sonramp, de Médeios i>u Midias ', de Calliphon et de plusieurs sénateurs romains, à arrêter le carnage. On annonça « qu'on ferait grAce à un grand nombre d'homm(»s pour l'amour d'un petit nombre d'autres, aux vivants à cause des hauts faits des morts »: les édifices de la ville — Sulla et ses amis attachèrent plus lard à ce fait une grande importance' — échappèrent également à la de,struction. D'autres chAtiments furent remis provisoirement à plus tard (voy. ci-après). Athènes était retombée au pouvoir des Romains lo 1" mars de Tannée 86 av. J.-C*. Pendant l(»s terribles massacres qui suivirent la prise d'A-

') lYiîT., Sm///(, c. li, et Dttyurnd.^ c. 7. Appun., Mithrid., c. 38.

*) Pout-étro un flescomiant de ce fameux Michas qui avait été autrefois l'adversairp noharné de Démosthène. Ce Midias est sans doute celui auquel, d'après (^on.x. Nkp. (éd. Nipperdey) AUk,, e. 3, 2, les Athéniens iVipèrenl plus tard des statues, sans doute pour le récompenser des efforts qu'il fit pour les sauver. A l'exemple de Bekgk (in hhein. Mus,^ XIX, p. 605), je considère actuellement Midias et Médeios comme étant le mémf personnage. — Le nom de Calliphon paraît encore dans des inscriptions d'une époque bien postérieure : cf. BOckh, C. 1. ttr., vol. I, n» 395 et 62l).

■*) Cf. Plut.. LttculL.c. tîK Apophthe(/tn, Bomnn.j n, Sylla, (i/orti//., voL I, p. 202 ♦*, Hij. Didôt).

*) PrjjT., Sulla, c. i\. De ijarndU., c. 7. Appiax., c. 38. Diod., XXXVllI et XXXIX, 6. Pausan., I, 20, 4. Dio Cass., éd. Dindorf, vol. I, p. 143, fr. 103. Strab , IX, 1, 15 et 20, p 606et 6i0{396et 398). Memnox,32.(34). Liv., EpH. lib. LXXXI. Vell., H, 23. Flor., I, 39. Eutrop., V. 6. Gros., VI, 2. At.R. Vict.. />«' riV. ///., c. 75. Obseoiens, c. 116.

PRiSK DE l'acropolk H43

ihèues, Arislion avait réussi, avec une partie des troupes et quelques-uns de ses concitoyens, à se réfugier dans la forteresse de TAcropole, qu'il résolut de défendre énergiquement. Il avait pu encore mettre le feu au célèbre Odéon de Périclès (situé un peu au nord-est du théâtre do Dionysos, au bas de la partie sud-est du rocher qui porlait la iMtadelle*), pour empêcher les Romains d'employer la charpente de cet édifie** à réparer leurs machines de siège-. Sulla n'attaqua pas luimême TAcropole; il se rendit en toute h;Ue au Pirée pour se jeter de nouveau sur Archélaos avec toutes ses forces : il laissa par contre k un petit détachement, sous le commandement de Gaius Scrihonius Curion, le soin de compléter sa victoire sur Aristion. Au bout d'un certain temps, cet officier réussit à empêcher le tyran de se servir de la célèbre source de Clepsy dra, creusée dans le roc^ ; Teau contenue dans les grandes citernes du fort finit par s'épuiser aussi, et la garnison de l'Acropole souffrit à tel point de la soif qu'elle fut obligée enfin de se rendre à Curion. Cependant Aristion, chargé de fers, avait à peine été conduit dans la ville, lorsqu'une forlo pluie vint remplir abondamment d'eau fraîche les citernes de la citadelle*. Les anciens virent dans ce fait un signe visible d»* rintervention de la Divinité, qu'ils croyaient irritée contre le sanguinaire despote; si cette pluie était tombée quelques heures plus t(\t, Aristion eut pu se défendre longtemps encore '\ Le dernier démagogue de l'antiquité dans la Grèce d'Europe avait donc joué son rôle; mais nous verrons que, deux fois encore après lui, surgirent en Grèce des hommes que les Hellènes mirent au nombre de leurs « tyrans » de l'ancien temps. Cependant Sulla redoublait d'efforts pour s'emparer du Pirée. Il est vrai qu'il n'avait toujours pas de flotte; son légal

') Blrsian, p. 2î>8. R. ScHiLLnACH, rphrrdaa Odpion des Hn'odesAffikns, p. 11 sqq.

*) Appian., Mithrid.j c. 38. (Pausanias, I, 20, 3, n'est pas de cet avis ; d*après Topinion unanime des commentateurs, il a tort de rendre Sulla responsable de cette destruction).

^) Cf. C. BoTTiCHER, Ergànzungen zn d^n letzten Vntersvchungm auj der Akropolis von Athen. Abth. II. GroftmheUiglhum des Apollo undKlepsy^ dra. p. 73. (Philologiis, XXII [1864], 1*' fascic.)

'•) BÔTT1CH2R, op. cit.

^) Plitt., Huila, c. H. ApprAN.. Mithrid., c. 39, înit.

346 SIÈGE^ Di: PIRÉE

Lucullus, qu'il avait envoyé pendant l'hiver de Tannée 87/86 av. J.-C. dans les États hellénistiques amis situés sur les côtes du sud-est de la Méditerranée, pour équiper avec leur secours une flotte romaine, n'avait pu encore faire que peu de chose*. Malgré cela, SuUa — qui avait été destitué cl proscrit par les comices romains, après la lerrihle révolution démocratique qui avait éclalé en Italie pendant son ahsence en 87 av. J.-C. et que dirigeaient Mariuset Cinna,et se voyait menacé, du côté de l'Italie, d'une attaque du parti démocratique, et qui, d'autre part, avait appris rapproche d'une formidable armée asiatique venant de la Macédoine (v. plus bas) — continuait à attaquer le Pirée avec une telle fureur et une énergie si irrésistible, qu'Archélaos dut enfin renoncer à le défendre plus longtemps. Le général de Mithradate abandonna la plus grande partie de ses positions et se retira vers le point le plus fortifié du système de défense du Pirée (dans un fort situé au sud du port de Munichie, d'après l'indication spéciale de Plutarque"). Dans cette position, qu'on ne pouvait enlever sans le concours d'une flotte,Archélaos aurait pu se maintenir encore longtemps et empêcher les Romains, au moyen de sa flotte, de se ravitailler par mer ; de là, il eût pu voir bientôt une armée de démocrates romains venir attaquer son puissant adversaire, s'il n'avait été contraint — selon toute apparence, par un ordre formel de Mithradate — de renoncer à son plan de défense habilement calculé, pour s'exposer aux chances incertaines des grandes batailles en rase campagne.

La grande armée du prince Ariarathe (p. 333) avait à peu près achevé la conquête de la Macédoine en 87 av. J.-C. ; elle avait ensuite pénétré en Thessalie, pour porter secours aux troupes du Pont et à leurs alliés assiégés dans Athènes et au Pirée. Sur ces entrefaites, Ariarathe était mort en route près du promontoire Tisaeon, et cette mort avait provisoirement arrêté les progrès de son armée*. Cependant le général Taxile, qui le suivait avec de nouvelles forces, et qui antérieurement

*) Cf. Plut., Iwcu//., c. 2. Appian., Mithrid.^ c. 33. ^) Appian., c. 40. Plut., SuUa, c. 14, 45. Gell., XV, 1. Burbias, p. 265 sqq., 269 sqq. Ross, op, dt,, p. 241. '} Appian., c. 35. 41. Cr. Momhsbn» A. 6», vol. H, p. 205 et 296.

HBISE ET DKSTRrCTlON Dl PlKl^E 347

déjà avait mérité la reconnaissance de Mithradate en s'cmparant d'Amphipoiis *, avait pris le commandement suprême ; il chassa aussitôt de la Thessalie le Romain IIortensius(p. 337), et se dirigea avec tontes ses troupes vers la Grèce centrale. Instruit de l'approche de cdte armée, Archélaos évacua également Munichie (il est possible aussi que ce fort, auquel le départ d*Archélaos ne permit pas de se tléfendre plus longtemps, se soit rendu aussitôt après aux Romains*); et, tandis qu*il conduisait lui-même parmer son armée àChalcis, pour aller au devant de Taxile par la Béotie et la Phocide jusqu'aux Thermopyles et y concentrer toutes les troupes que Mithradate avait en Grèce', Sulla faisait raser les fortifications du Pirée et incendier le célèbre arsenal maritime, aménagé pour contenir les agrès de quatre cents vaisseaux (il avait été terminé en 330 av. J.-C, par Tarchilecle Philon), les chantiers et les docks, capables de recevoir des centaines de vaisseaux, et enfin la ville elle-même ^ 11 voulait évidemment, vu le petit nombre de ses troupes — qu'il ne pouvait pas affaiblir davantage en laissant çà et là des garnisons, -* empêcher, par cette mesure barbare, une nouvelle armée du Pont d'occuper le Pirée \

Puis il marcha rapidement sur la Thessalie, car il ne fallait pas qu'il se laissât enfermer dans FAttique, maintenant complètement épuisée par les niasses asiatiques. Autant que le lui permettaient encore les circonstances, il appela à lui des contingents grecs pour renforcer son armée ^ On peut admettre que le résultat fut médiocre; car déjà le flot des masses ennemies s'approchait de la Béotie par la Phocide, où Taxile avait inutilement attaqué Timportante Elatéo'. Sulla dut s'es-

• ) Memnon, c. 32 (al. 34).

*) Appian., c, 41. Plut., Su//., c. 15. Memnon, 32 (34). Pausan., I, 20,4.

*) Appian., Plut., ibid.

*) Plut., SmZ/<i, c. 14, fin. Appian., c. U; cf. Stkab., IX, 1, 15. p. 606 (395). ViTRuv., VII, praef. Plin., N. H., VII, 37, 38 (125), et Burwan, p. 266. BôcKH, Staatshaush, d. Ath., vol. III, p. 64 sq. ScuiEPBR, Demoi^ iheneg, vol. II, p. 288 sq., vol. III, p. 274. Th. Lau, Sulla, p. 236. Wachsmi:th, Die Stadt Athen, I, p. 598.

^) Plut., SuUa, c. 15. Appian., c. il.

**) Appian., c. 41, fin.

^) Appian., c. 41. Sur Élatée, v. Pausan., I, 20, 4, et X, 34, 2.

348 SI'LLA EN PHOCIDK

limer heureux que son ami Caphis eût réussi à conduire de la Thcssalie méridionale au chAleau phocidien de Tilhora, en franchissant le Parnasse par des sentiers peu connus, le corps du général Ilortensius serré de près par les Asiatiques : c(* dernier, après un combat sanglant avec les troupes du Pont, put marcher pendant la nuit sur Patronis en Phocido et rejoindre son général en chef. Malgré cela, Tarmée romaine, à laquelle celle de Taxile et d'Archélaos était plus de trois fois supérieure*, était et resta numériquement bien plus faible que les forces imposantes dont disposaient maintenant les généraux du Pont. Taxile, à lui seul, selon Plutarque, conduisit aux Thermopyles 100,000 fantassins, 40,000 cavaliers et 90 chars h faux, et, d'après Appien, 420,000 guerriers environ de toute espèce se trouvèrent finalement en face des Romains". Sur les frontières de la Phocide et de la Béotie et dans le voisinage de la ville béotienne de Chéronée, Archélaos, qui, depuis sa réunion avec Taxile, se voyait poussé malgré lui k risquer une bataille et qui maintenant s'efforçait de se ménager au moins la retraite vers Chalcis et les plaines de la Béotie, et Sulla, qui au début eut quelque peine à soutenir le courage de ses soldats, s'observèrent pendant quelque temps. Sulla ne put empêcher des pillards pontiques de ravager brutalement, sous les yeux mêmes des Romains^, la ville phocidienne de Panope et Lébadée en Béotie, avec son sanctuaire de Trophonios; mais il en retira du moins cet avantage que les habitants de cette contrée se détournèrent complètement des Asiatiques, que Toracle de Trophonios prédit aux Romains de brillantes victoires", que notamment

' ; Put., Sî///a,c. i."). Memnon, c. 32; cf. Appian., 41, fin.BrRSiAN, p. 16t5 sqq. Patronis était peut-ôtre sur lo territoire de Daulis ; cf. Bursian, p. 169.

') Appian., Mithrid,, c. 41. fin. D'après Plut., Sulla, c, 16, înit., Sulla n'avait que 1,500 cavaliers et |."),000 fantassins.

*) Plj;t., Sulla, c. 15, init. Appian., ihid. Outre des soldats de toutes les tribus de l'Asie antérieure, un grand nombre de guerriers scythes et thraces conobattaient sous Taxile. <'f. Gros., VI* 2. Ei-thop., V, 6. Par contre, d'après Mbmnon, lov. rit.f les généraux du l^ont n'avaient que 60,000 combattants.

*) Après sa réunion avec Hortensius, Sulla s'arrêta d'abord sur le moni w Pliilobœotos » (auj. Parori), un contrefort du Parnasse qui forme avec le mont Hadyleion un défilé important dans la vallée du Cépbise. Bl'rsian, p. 157. 164. Plut., Sulla, c. 16.

*) Plut., Sulln, c. 16 et 17. Sur les rapports plus anciens de Poracle avec

BATAILLE hK CHKllO.NÉK 319

les Grecs de Chéronée s'unireiil à lui de la fa<;oii la plus étroite ', et lui procurèrent finalement les moyens d'exploiter de la façon la plus heureuse et au détriment des Asiatiques le terrain montagneux et difficile qui s'étendait dans le voisinage de leur ville*. La sanglante bataille de Chéronée (livrée peut-être encore au mois de mars de Tan 86 av. J.-C/), qui fournit une preuve éclatante de la supériorité des llomains sur les Asiatiques au point de vue de la stratégie et de la tactique, se termina par la défaite complète des Asiatiques ; ou dit qu*Archélaos, fuyant devant les Romains qui le serraient de près, parvint à se retirer à Chalcis avec 10,000 hommes au plus. Sulla, dont la marche se trouvait arrêtée par TEuripe el les retranchements de Chalcis, célébra à Thèbes la brillante victoire de Chéronée par des fêtes splendides; près de la t* source d'Œdipe * »>, on célébra des jeux pendant lesquels les habitants de différentes villes grecques remplirent le rôle de juges. Les Thébains seuls furent exclus de cet honneur; car, les Béotiens ayant été plus dépendants des Romains que les autres Grecs (ci-dessus, p. 267, 1), Sulla leur en voulait plus qu'à ces derniers de leur défection. Thèbes perdit même à r(»tte époque la moitié de son territoire: les revenus de cette contrée devaient servir à dédommager les temples de Delphes, d'Olympia et d'Épidaure des emprunts forcés qu'on leur avait faits Tannée précédente *.

les Romains, v. Ohse^uens, c. tlO, ad a. G59 11. C.,U5a. Chr. Cl. Boichf- Leclercq, Histoire de la Divination, vol. 111, p. '^0.

* ■ Pllt., ShIIUj c, 1G, fin.

*} Plut., Sulla, c. 17. 18. 19.

*) Le combat s'engagea sur le rnonl Tliuurion au sud de «ihèronée et eut burtjout pour Ihéïllre la plaine <lu <!!ép[nse, au nord et à Test de Chéronée, entre la ville et le camp de l'armée du Pont, situé au pied de l'Acontion (chaîne de montagnes qui s'»Hend, en face de la ville, sur la rive gauche du Céphise, du mont Hadyleiun vers Orchomène). F*uut., Sm//., c. 17-19. Bur- SL\.N, p. 206. Pour la chronologie, voy. Mummpen, H. (t., vol. II, p. 297-299.

*) Cf. Bl'hsia.n, p. 230. Sur le trojihée élevé à celle occasion, Sulla prit le titre (qu'il se donnait chaque fois qu*il écrivait aux Grecs) de Lucins Cornélius Sulla Epaphnulitns (Plut., De Rom. fort. \),

^) Appian., c. 45. Pll't., SulL, c. 19. Palsa.n., IX, 7, i (d'après ce pns- Mge, les Romains auraient rendu plus tard ce territoire aux Thébains), et 33, 4. Appian., c. 54 (qui permettrait peut-être d'admettre une nouvelle défection des Thébains en 86 av. J.-C), et Diodok., XXXVlll et XXXIX, 7. Sur les honneurs accord«'"s aux deux habitants de Chéronée, Homoloïchos »'t

.^SO CONSÉ<^UEN(.£S DE LA BATAILLE DE CriÉRONÉE

Cependant Sulla n'était pas encore en état de profiter largement do sa victoire au point de vue militaire. D'un côté, I»^ manque do vaisseaux do guerre lui interdisait tout mouvement important; il ne put même pas empêcher Archélaos de partir de Chalcis avec sa tlotte pour faire le tour du Péloponnèse, dont il pilla les côtes, et de tenter même une attaque contre l'île de Zacynthe *. D'autre part, un sérieux danger le menaçait du côté de Tllalie; en effet, le consul L. Valerius Flaccus, du parti démocratique, avait débarqué sur ces entrefaites en Epire avec deux légions, pour se charger de la guerre contre Mithradate, mais aussi pour enlever d'abord son armée au vainqueur de Chéronée proscrit à Rome. Lorsqu'il parut en Thessalie, Sulla aussi se porta vers cette contrée, et les deux armées se louchèrent près de la ville de Méliteia (sur les hauteurs au nord de rOthrvs). Mais aucune bataille n'eut lieu. Flaccus reconnut bien vile que, dans une rencontre avec Sulla, il aurait inévitablement le dessous, et jugea par conséquent qu'il était plus prudent de se replier bientôt vers le nord pour chercher l'ennemi, l'armée asiatique, en Macédoine, en Thrace, sur les rives de THellespont et du Bosphore*. Sulla, de son côté, n'était pas disposé non plus à se mesurer sans nécessité en rase campagne avec le général romain son adversaire, et cela, en face des Asiatiques qui l'épiaient. Il évita donc toute rencontre à main armée avec Flaccus et parait avoir passé ensuite l'hiver de 86 à 85, ou du moins une partie de ce temps, à Athènes % pour régler définitivement les affaires de cette ville. Malgré les nombreuses contradictions des documents qui restent, nous pouvons admettre du moins que Sulla ne considéra pas comme suffisamment expié, ni par les souffrances du siège et Talfreux massacre du 1*'' mars de Tannée 86 avant J.-C, ni par la destruction de leur spleu-

Anaxidamos, pour avoir servi de guides à rarmée romaine au moment décisif, V. Plut., Sm/Zc/, c. 17 et 19. Voy. aussi Pausax., IX, 40, 4.

♦) ApriAx., Mithrid., c. 45, fin. Cf. Gran. Liclnian., p. 33.

') Plut., Sm/Zû, c. 20, init. Appjan., c. 51.

3) C*esl Tavis de Mommsbn, R, G., vol. II, p. 298 et 299; notamment d'après Pausan., I, 20, 4, et Gran. Licinian. (éd. philol. Bonnens.}, p. 33 : Sulla Athenas reversus in principes sediiionis et noxios animadvertit riolentittëy necatis reliquis..., etc.

CHATIMENT DKS ATHÉNIENS .151

dide Pirée, lu crime dont les Athéniens s'étaient rendus coupables en embrassant la cause de Mithradate. En effet. d'une part, il prononça une série do condamnations capitales: outre le sanguinaire Aristion, les officiers de son entourage, les citoyens qui, pendant riusurrection, avaient rempli des fonctions publiques, en général, tous les hommes considérables qui avaient pris part au rrnversoment de Tordre de choses établi par les Romains dans la constitution dWthènes, périrent par la main du bourreau ^ D'autre part, on ne se contenta pas de faire, pour restreindre la démocratie, des arrangements durables, semblables à ceux qui avaient existé avant l'année 88; SuUa enleva encore aux Athéniens qui avaient porté les armes contre lui la qualité d'électeur (peut-être aussi d'éligible) et le droit de voter dans l'assemblée du peuple; la génération suivante seulement devait rentrer dans la pleine jouissance de ses droits civiques. Il va sans dire que ces mesures replacèrent de fait et complètement l'administration entre les mains des familles oligarchiques revenues à Athènes. Par contre, on ne modifia point et on ne rendit pas plus mauvaise systématiquement la situation d'Athènes au point de vue

'j Quant aux châtiments intligés aux Athéniens (châtiments auxquel^ semblent avoir contribué d'ailleurs p|<alempnl le désir de vengeance et la jalousie de difTérenls philosophes les uns à l'éfi^ard tles autres; voy. Zlmpi . Ueber den Bestand der philostiphiscfum Schuleny p. 88), c'est Pausanias qui nous en fait le tableau le plus saisissant; cet écrivain (dont ta description des événements qui concernent Athènes s'éloigne d'ailleurs p!us d'une fois de ce que nous rapportent d'autres historiens] dit que les habitants du Céramique (I, 20, 4) furent décimés, et que beaucoup d'Athéniens, pleins de terreur, s'enfuirent à Delphes. — D'après Appien, c, 38 {imméiiiatement après la prise de la ville), les esclaves furent vendus; nous ne savons si, peut-i^tre pour se procurer de l'argent, on vendit tous les esclaves des Athéniens, ou ceux-là seulement qu'Aristion avait annés. Voy. en outre Gran. Licin.» iov, cit. Plut., Sulla^ c. 23, et Appian., c. '.Vu. Quant au sort d*Aristion, Strabon dit simplement, IX, 1, 20, pag. 010 (398), qu'après la prise de TAcropole il fut puni de mort; c'est ce ({ue dit aussi Appien, i;. 39. D'après Pausanias (ibid,), le tyran avait été arraché de force du temple d'Athéné, où il avait cherehé un refuge. Mais d'après Plutarque, Aristion resta provisoirement prisonnier du général romain, qui, dit-on, ne se défit de Jui par le poison, pour plaire à Archélaos, qu'en 84, après la cessation des hostilités {Sulkt, c. 23; Dio Cass., fragm., n» 173, éd. Reimar,). Sur l'antipathie persistante des Athéniens pour les descendants d'Aristion, encore du temps de Plutarque, v. Plut., De sera num. vindict.t c. 13.

3S2 SLLLA E.N BÉOTIE

du druil internalional ^ Mais la situation matérielle des AthéuicDS était pour le moment vraiment horrible : ils purent s'estimer heureux d'être aidés, pour passer ces premiers terribles moments, par Thumanité d'un jeune et riche Romain, Titus Pomponius, qui, à cette époque, vint se lixer à Athènes *.

Cependant Mithradate avait réussi, en faisant un suprême etforl, à rassembler drs forces nouvelles et considérables. Au printemps de Tannée 83 avant J.-C, un autre de ses généraux hellénistiques, Tami de sa jeuness*», DoryJaos', put aborder en Eubée avec 80,000 hommi'S et si* joindre à Archélaos à Chalcis K Kempli du désir de se battre, il coutraig-nit le prudent Archélaos — qu'on coiumençait déjà, dans le Pont, à accuser de trahison, en insinuant que la bataille de Chéronée pouvait bien avoir été perdue par sa faute — à pénétrer aver impétuosité en Béotie *, où une grande partie dv la population, notamment dans les tlistricts de Test et du nord, se déclara aussitôt, librement ou non, i)our les généraux du Pont *. Sulla, qui, scdon toultî apparence, avait alors concentré ses forces sur les frontières cle la Thessalie et de la Grèce centrale ", se porta vivement au-devant des Asiatiques. L'ouest de la Béotie fut encore le théAtrc de la guerre. Tn combat malheureux a ■* pied du mont Tilphossion (situé au nord et à peu de distanc— de la chaine de Tllélicon, sur la rive méridionale du CopalH

r\ sur la roule d'Haliarte à Coronée) refroidit considérable

') AiMMA.N., r. 38, lin., c. 'Si), tin.; cf. Cuktius, AUisvhe Studieth \). 'i9 sqq. — Sur la coiitinuatiuii de la souverainelé nominale de TÉtat nieii, voy., outre Apiman., loc, cit., notamment Stkauon, IX, <, 20, p. (398). Plut., Comp. Lysnnd.v.Sull.j c. o. Liv., E/ji7., lib. LXXXl. Cf. He — / MANN, Giiech, Staatsalt,, § 170, 9. (On sait que Bookii a déclaré sans valet — 21 dans le vol. II du C. /. Gr., p. 2.7O, les hypothèses qu'il avait pu faire prédira demment dans le vol. I, page 337 sqq., en raison de la découverte récer» le de l'endroit exact où fun^nt trouvées les inscriptions n*»" 202-206, ait^^vtionnées dans le voL I, p. 336 et sqq.).

=*) CoHN. Nkp., AUic, c. 2, et ci-après.

^) Cf. aussi Sthau., X, i, 10, p. 7S2 (478). XII, 3, 33, p. «35(557/. HïH.K, Krel'if vol. III, p. 497 sqq.

'} Plut., SuHut c. 20. Api'Jan., c. 46, init. c. 49, init. Cf. Ohoa., Y1, -.

•JRAN. LlCINlAN , p. 33. EUTKOP., V, 6.

») Plut., Sulla, c 20 et 26. î

•'•) Plut., ibid. Appian., c. 51, init. Pai san., JX,33, 4. •; Cr. Pmt., Sm/A/, c. 20.

BATAILLE 1) OKCIIOMÈ.NE 353

ment l'ardeur belliqueuse de Dorylaos *. Op<»ndaut la plaine d'Orchomène paraissait aux généraux du Pont si favorable au déploiement de leurs nombreux escadrons de cavalerie, qu'ils n*hésitërent pas longtemps à risquer une nouvelle rencontre décisive; cette contrée fut donc bientôt le théâtre d'une nouvelle bataille meurtrière, dans laquelle les Romains, après une lutte longue et longtemps indécise, remportèrent la victoire la plus complète. D'innombrables Asiatiques avaient péri sur les bords du Mêlas, du Cépliise ou du Copaïs, et dans les rivières et les marais si nombreux dans cette contrée : encore deux cents ans plus tard, à Tépoque où vécut Plufarque, il n'était pas rare d y trouver dans la vase quantité d'armes asiatiques. Archélaos lui-même, après une fuile longue et aventureuse, arriva à Chalcis sans armée ^ La guerre, en (irèce, était terminée. Sulla parcourut encore une fois la Béotio, pour châtier les villes qui s'étaient déclarées pour Dorylaos en les faisant piller. Leur sort fut terrible : Orchoraène vit ses plus belles œuvres d'art, et notamment une statue de Dionysos, œuvre de Myron, placées par Sulla sur THélicon, dans un bois consacré aux Muses; d'autres, comme Anthédon elles antiques villes locriennes de Haliv et de Larymna, furent presque entièrement détruites'. Puis Sulla put se tourner vers le nord, pour chasser de la Macédoine les garnisons du Pont remplies de terreur *, et enfin faire équiper en Thessalie, où il passa l'hiver de 85 à 8^, la flotte qui lui était nécessaire pour continuer ses entreprises \

Le reste de la première guerre des Romains contre Mithvadate n'intéresse pas directement l'histoire des Grecs d'Europe. Mais les événements subséquents frappèrent d'autant plus durement les Grecs d'Asie, qui depuis longtemps avaient dû se convaincre qu'ils ne s'étaient rendus bien coupables aux yeux des Romains, eux et les autres habitants de la province d'Asie,

') Plut., Sulla, c. 20. Cf. Bursian, p. 23i.

*) Plut., c. 20-21. Appian., c. 49. 50. Gran. Licin., Gros, et Eutrop,. loc. cU. Cf. Bursian, p. 196 sqq.. 210 sqq.

3) Appian., c. 51, init. Plut., Sulla, c. 20. Pals., IX, 33, 4 et 30, 1. VIII, 33, 1. Bursian, p. 239 et 192.

*) Gran. Licin., p. 33.

••) Appian., c. 51, init.

33 i VIOLENCES DE MITHRADATE EN ASIE

que pour se charger d'un joug bien plus lourd. Mithradale n'avait pas tardé à laisser voir sa brutale nature de sultan ; il n'avait tenu aucune des brillantes promesses par lesquelles, au début (p. 321), il avait su charmer les Asiatiques. En ne cessant d'accabler les villes d'impôts et en imposant le service militaire à une grande partie de la jeunesse, il avait provoqué peu à peu un profond mécontentement. Pour briser la résistance qui, en plus d'un endroit, se manifestait ouvertement, le roi, entre autres actes arbitraires, avait employé lesmesures les plus radicales, les plus révolutionnaires : il avaiV' ^t octroyé (notamment en 8G av. J.-C.) « aux villes qui avaienV^ -il pris son parti, Tautonomie; aux étrangers, le droit de cité;^ ; aux débiteurs, la pleine rémission de leurs dettes; aux pauvres, -i, des terres; aux esclaves, la liberté* ». Tout cela, en plusîeuri=== s

endroits, donna lieu à des scènes de violence. Des villes con -

sidérables, comme Smyrne, Golophon, Traites, Éphëse eW ^l d'autres, se révoltèrent ouvertement contre le roi, et se décla — -*rèrent même de nouveau pour Rome" ; par contre, un fonc — tionnaire au service de Mithradate, le rhéteur et philosophci:^^^ académicien Diodore, « lit massacrer tout le conseil municipal ^ d' Adramy tlion ' ». L'île de Chios, depuis longtemps odieusc^::^^ et suspecte au roi, fut traitée de la taçon la plus honteuse, pro — ^" bablement vers la lin de Tannée 86, à cause de la sympathicH^e d'un grand nombre de ses habitants pour Rome et de Tentente^:^^ secrète de son oligarchie avec Sulla*. Et tandis que MilhradateïH:^^ s'aliénait ainsi complètement les Grecs d'Asie, qu'il tâchait^ ^ de maintenir dans l'obéissance par des actes d'une violenccs^=^ croissante, il se vil, dans le courant de l'année 85 avani J.-C, il ffe vit lui-même, sur divers points, vivement attaqué

*) Cf. Appian., Mithrid.j c. 48. 58. 01. 62. Plut., Sulla, c. 18. Momhse5^ il. G., vol. II, p. 300.

') Cf. Gros., VI, 2. Appian., c. 48. Mommse.v. p. 300 et la note*.

') Strabon, XIII, 1, G6, p. 913 (614). Cf. Mommsen,- p. 300. Blass-» Griech, Beredlsamkeity p. 69. C'est plus tard seulement que les Adramytté— niens vinrent à bout de régulariser à nouveau leurs atîaires intérieures, avec le secours d'arbitres pris à Antandros (Bockm, C. I. 6r., vol. Il, Addenda, n*» 2349 6, p. 1065 sqq.).

*) Appian., c. 25. 46. M, Bockh, C. J. Gr., vol. II, n« 2222, p. 206; cf, Memnon, c. 33 (al. 35). Fosidon. ap. Mùller, Fr, Hist. Grxc.^ lU, p. 265 sq., 39; p. 415,79. Nicol. Damasc, Ilist. e. lib. 103.

MITHRADATE BATTU PAU LUCl LIXS ET FI.MRRIA 3S5

par les Romains. Le généralLucullus (p. 316) avait, en 86 avant J.-C, non seulement renoué ses relations avec Tîle de Crète* ; il avait aussi réussi, avec le secours des villes maritimes de la Syrie, de la Phénicie, de Tile de Cypre, de la Pamphylie et des Rhodiens, à équiper une Hotte considérable ^ avec laquelle (en 86 et en 85) il put reprendre Cos et Cnide, s'emparer de Samos et chasser de Chios et de Colophon les lieutenants de Mithradale '. Mithradate se voyait aussi gravement menacé dans le nord. Le consul Flaccus, du parti démocratique, s'était avancé en 86 avant J.-C. de la Thessalie jusqu'au Bosphore, où la libre Byzance, amie des Romains, eut terriblement à souffrir de Tindiscipline de ses Iroupes*. Dans les quartiers d'hiver qu*il avait pris à Byzance et à Chalcédoine (de 86 à 83), Flaccus périt à la suite d'une révoltai de ses troupes ; son légat Gaius Flavius Fimbria, un homme de mœurs dissolues, qui avait amené sa chute et avait pris (en 83 avant J.-C.) le commandement des troupes, était un général capable, qui, il est vrai, se rendit coupable des crimes les plus odieux à Tégard des Hellènes de THellespont et de la Propontide, et notamment des villes de Cyzique etdllion, — villes libres toutes deux et amies des Romains, qui n'avaient sans doute pas pris part aux horribles massacres de Tannée 88% — mais qui, en même temps, fit tant de mal à Mithradate par ses succès militaires, que le roi fut même obligé d'évacuer Pergame et de se réfugier à Pilanc*. Ce fut uniquement grâce à la répugnance qu'éprouvait l'amiral LucuUus, du parti aristocratique, à venir en aide au démocrate Fimbria, qui assiégait Pitane, que le roi put se sauver à Mytilène'. Cependant Mithradate n'en fut pas moins

>) Plut., LuculL, c. 2.

*) Plut., LuculL, c. 3 : Appia.n., Mithr,y c, 56 •

'•*) Plut., ibid,

*) Cf. Memnon, c. 34 (al. 36). Dio Cass., (éd. Dind.) fr. 104, 1-3. (Byzance est plus tard amie de Sulla, Tacit., Annal. ^ XII, 62.)

5) Cf. Appian., Mithr,, e.53. Strabon, XIII, 1, 27, p. 887 sq. (594). Liv., £'p«.ft6.,LXXXIIetLXXXIII. DioD.,XXXVIlIetXXXIX,8,2-4. Dio Cass., fr. 104, 7. AuR. VicT,, De vir, î7/., 70. Ohseq., c. 116. Gros., VI, 2. Ilion en particulier fut traitée avec tant de dureté parce que cette ville voulait se rendre à SuUa et non à Fimbria, v. Appia.n., ibid, Marouardt, CyzkuSt p. 75 sq.

•) Appian., Mithr.y c. 52, fin. Plut., Luciill.j c. 3. Memnon, c. 34. Oros., 11*

') Plut., LuculLt c. 3. AppiAiN., c. 52, fin. Oros , VI, 2.

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