‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 114 sur 186 · PROGRÈS DES ROMAINS EN ASIE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DES ROMAINS EN ASIE

triomphe sur Mithradate, il y fil perler les images de nombreuses villes grecques et asiatiques', et donna en même temps au public le spectacle de combats d'athlëtes sur une vaste échelle ; il avait fait venir à Rome, dans ce but^ un si grand nombre d'artistes grecs de ce genre, que « bientôt après il n'y eut pas de jeux à Olympie, en dehors des courses, faute de concurrents' ». .

Un autre épilogue de la première guerre contre Mithradate — la courte guerre que le légat de Sylla en Asie, Lucius Muréna, fit à Mithradate en 83 et en 82 avant J.-C, connue sous le nom de la deuxième guerre contre Mithradate — ayant eu exclusivement pour théâtre les contrées traversées par THalys, ne parait pas avoir exercé une influence sensible sur les villes grecques de TOccident. Mais un grand nombre de Grecs, surtout en Asie, eurent d'autant plus à souffrir des événements ultérieurs. On sait qu'en 75 avant J.-C, le royaume de Bithynie aussi^ c'est-à-dire cette partie de la côte de la Propontide et de la mer Noire qui s'étend du fleuve Rhyndacos jusqu'aux environs d'Héraclée, passa sous la domination romaine, avec ses antiques cités grecques et hellénistiques, par suite du testament du dernier roi de ce pays, Nicomède III '. Il s'ensuivit que le roi Mithradate, Tirréconciliable ennemi des Romains, qui voyait la grande puissance de l'Occident se rapprocher de plus des frontières de son royaume, déclara de nouveau la guerre aux Romains (dans Thiver de Tan 75 à 74 avant J.-C.)» et provoqua ainsi ce duel formidable (74 à 63 avant J.-C.) qui finit par rétablissement durable de la domination romaine sur

«) Valer. Maxim., II, 8, 7.

-) Apimax., Bell, civ.y I, Ol), fin. et L. Friedlandbr, DarsteUungtn aus der Sittengeschichte lioms, v. II, p. 303. Pauly, RealencycL, v. I, 2eéciit.. p. 2002. Comme, en outre, les vieux livres sibyllins avaient péri dans Tincendie du Capitole en 83 av. J.-C, on recueillit depuis, pour pouvoir les reconstituer, dans divers lieux et entre autres dans les villes grecques de Samos, d'Ilion et d'Erythra?, des oracles sibyllins. Cf. Tacit», AnnaL^ VI, 12. Drumann, Gesch. Roms, vol. III, p. 63 et 692, et les textes à l'appui dans Becker-Marquardt, ROm, AUerth., vol. IV, p. 298,

^) Cf. Drumann, G. -R., vol. IV, p. 125. Mommsen, R, G,, vol. III, p. 50. Becker-Marquardt, Rôm. Alterth,, vol. III, i'® partie, p. 146 sq. V. aussi KuHN, Dieslddt, Vcrf., vol, II, p. 153 sq., 258 sq. Parmi les anciennes villes grecques de cette contrée, Pline, iV. //. , V, 32 (43), 149 nous cite comme autonome Chalcédoine.

La troisième r.rERRE contre mithradate 367

tout rOrient, depuis la Méditerranée jusqu'à l'Euphrali». Les Grecs d'Europe aussi ressentirent de diverses façons les effets de cette guerre. Cette fois encore, Mithradale avait pris à sa solde un grand nombre de Barbares voisins de la Macédoine ; rinfluence de la politique du Pont sur la situation des Romains en Macédoine (voir plus bas) redevenait très sensible . précisément à cette époque. Cette fois encore, la Grèce fournit au roi plus d'un homme de valeur pour son armée et sa flotte; il prit notamment à son service les ingénieurs militaires Callimachos et le Thessalien Niconidas ^, tandis que d'autre part les Hellènes eurent beaucoup à souffrir du passage des troupes romaines et de leui^s réquisitions. Sur mer enlin, dans les lies et sur les côtes de la Grèce, la nouvelle guerre eut pour effet de multiplier les exploits des corsaires du Pont et d'augmenter la piraterie, alliée de Mithradatc et mal réprimée par les Romains, qui depuis la dernière guerre avait pris des proportions colossales. Mais la nouvelle guerre exerça une influence désastreuse et immédiate, surtout pendant les premières années, sur les Grecs d'Asie. Le soulèvement d'une partie des sujets bithyniens et asiatiques des Romains, suivi encore du massacre de nombreuses familles italiolos, lors de l'entrée de l'armée du Pont en Bithynic et en Asie, en 74 avant J.-C. •; les cruelles souffrances que Byzanre, la fidèle alliée de Rome (en 73) et quelques autres villes voisines plus petites, en Asie et en Europe^ eurent à endurer au commencement de la guerre', notamment la ville de Chalcédoine, où le consul AI. Aurélius Cotta fut assiégé par Mithradate en 74av. J.-C. ^ ; le siège et la brillante défense de la ville de Cyzique, fidèle amie des Romains, et de son vaillant stratège Pisistrate, attaqués par les forces pontiques en 74/73 avant J.-C. •; les heureuses

*) Plut., LuculL, c. iO. 19. 32.

*) Cf. Plut., LucuU., c. 7. Appian., Mithrid., c. 75. Memnon, c. 38. Flor., I, 39. MoMMSiN, R. (f., vol. IIF, p. 52.

») Cf. Paul. Diac, Hist. Mise, VI, 20. NIemnox, c. 40, fin. IiIutrop., VI, 6. Oro9., VI, 2. Cic, De provinc. coiisular,, c. 4, 6. Fidèle alliance des Byzantins (pendant la troisième guerre contre Mithradate et la guerre contre les pirates) avec LucuUus et Pompée : Tacit,, Anmi/., Xll, 62 â

*) Mem.non, c. 37. 39. 42, init. Appian., Mithr., c. 71. Plut., Lmc, c. 8. Liv , Epit. lib,, 93. Alh. Vict., De vir, i7/.,74. Eutrop., VI, 6. Gros., VI, 2.

•) Mejinon, c. 40. DiOD., fr. Scorial. lib» 30 sqq. N*» 33> dans Bekker,

368 LA TROISIÈME GUKRHE CONTRE MITHRADATE

batailles navales de L. Lucullus dans les parages nord-est de la mer Egée, en 73 et en 72 ; la surprise par Mithradate de la ville libre Iléracléc du Pont, alliée et amie de Rome depuis la guerre contre Antiochus le Grand, et plus tard <c confédérée » avec des droits égaux (en 73) * ; puis le siège et la prise finale, par Lucius Muréua et L. Lucullus (en 70)', de la ville d'Amisos, défendue par Callimachos et enlevée au milieu de scènes d*horreur'; les combats formidables (auxquels prit part la flotte rhodienne) qui eurent lieu pour la possession d'Héraclée, qui, au milieu de scènes atroces^, finit par tomber entre les mains des Romains en 70, aiiisi que Sinope * : ce sont là des épisodes très intéressants et en partie eiïrayants de rhistoire des Grecs d'Asie. Ce fut, dans tous les cas, un grand bonheur pour les Hellènes que les généraux romains qui avaient la haute direction de cette guerre contre Mithradate, d'abord L. Licinius Lucullus, ensuite (depuis 66 avant J. -G.) Gnaîus Pompeius, aient eu quelque sympathie pour les Grecs et les cités helléniques; que les circonstances ne les aient pas contraints à augmenter par des actes d'une vengeance impitoyable les misères inévitables de la guerre. Lucullus, dont nous avons déjà mentionné l'influence bienfaisante sur la situation financière en Asie (p. 363, 2), a non seulemeol

DiOD., liibl. T. IV, pag. 270. Apfian., c. 72-76. Pujt., Luc, c. 9. 10. 12. Strabox, XII, «, 1 1, p. 86*2 (575 sq.). Cic, Pro legc Manil., 8, 20. Pr. Arch.. c. 9, 21 . Pro Muren,t 15, 33. Salu:st. (fragm. éd. Kritz), Hût., lib. III, H. Il» 15, pag. 210; lib. IV, 8, n» 19, p. 321; lib. V, n« 10, p. 362. Liv.. Epit. lib., 95. Flor., 1, 39. Aur. Vict,, I, 1. Eijtroi>., VI, 8. Oros., VI, 2. Obsequenb, c. 121. Pai;l. Diac, Mise, HisL, VI, 16 sqq. Cf. Mar^uardî, Cyzicus, p. 7(5 sq.

*) Sur les rapports antérieurs d'Héraclée avec les Romains, v, Memno.n, c. 26. 29. 36, p. 340.KLHN, Stàdt, Verfass., vol. II, p. 140. Sur la surprise de la ville par Mithradate, v. Memnon, c. 38 et 42. V. aussi Strabox, XII, 3, 1 et 2, p. 815 sqq. (541).

. *) Memnon, c. 43.

»; Memnox, c. 45. Plut , LuculLy c 14. 15. 19. Appian., Mith ., c. 78. KuTROP., VI, 8. Strabon, XII, 3, 14, p. 823 (547). Cic, Pro lege ManiL, 8,21. Sallust., fraym. (Kritz), Ilist, lib., IV, n« 1 sqq., p. 302 sqq., lib, V, n*^ 10, p. 362. Phlegon, Olymp,, fr. (dans Westermann, Script, rer. mir. yr.)ex Ubb, tnc, p. 210, XII, fin.

*) Memnox, c. 47. 49. 50. 51. 52. 59 sq. Appian., c. 82, fin.

^) Memxox, c.54. Plut., LuculLy c. 23. Appian., c. 83. Cic, i6ici. Eutrop.» ibid. Oros, VI, 3.

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