‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 113 sur 186 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HISTOIKE DE LA GRÈCE DEPUIS LA FLN DE LA PREMIÈRE GUERRE CONTRE MITHRADATE JUSQU'A LA BATAILLE D'ACTIUM

Décadence de la Grèce. — La troisième guerre contre Mithradate. — Les pirates. — Les Romains s'emparent de la Crète. — Victoires de Pompée sur les pirates. — Damon Pérlpoltas. — Triste situation de la Grèce. — Les gouverneurs romains en Macédoine : Verres; Pison. — Relations diverses entre les Romains et les Grecs. ^- Situation d'Athènes : Atticus; Cicéron. — La guerre entre César et Pompée. — Reconstruction de Corinthe. — La Grèce après la mort de César. — M. Brutus en Grèco, — Cassius s'empare de Rhodes. — Bataille de Philippes. — M. Antoine et les Hellènes. — La guerre entre Antoine et Octave : bataille d'Actium.

Les cinquante années qui s'écoulèrent depuis la fin de la première guerre contre Mithradate jusqu'aux victoires du Romain Octavien sur son dernier adversaire et à rétablissement solide de la monarchie universelle des Césars, sont les plus sombres de toutes celles que les Grecs d'Europe aient passées sous la domination romaine, excepté bien entendu la terrible époque de Gallien et celle qui commence par la domination du ministre Rufin dans Tempire d'Orient et les expéditions dévastatrices d'Alaric. C'est l'époque où la ruine de la Grèce, si violemment entreprise par Sulla et les généraux du Pont, fait des progrès effrayants et irrésistibles, grâce à Tinlluence combinée des circonstances les plus diverses. Les blessures terribles que la guerre contre Mithradate avait faites à la prospérité publique des Grecs d'Europe et des Grecs d'Asie étaient de toute façon très difficiles à guérir. Il aurait fallu avant tout que, d'une part, une paix durable permit aux populations cruellement éprouvées des contrées en question d'utiliser avec zèle et intelligence les ressources qui leur restaient, et de s'en créer de nouvelles. D'autre part, la situation des pays helléniques de l'empire romain exigeait que le gouvernement de ce puissant État, après avoir si cruellement châtié les Hellènes et leur avoir fait sentir sa main ven-

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geresse, leur donnât des soins tout partiriiliors, s*occupât de leurs intérêts, et remplit largement à leur égard les devoirs du mattre qu'il avait affirmés avec une si impitoyable énergie. Malheureusement^ à Texception de quelques rares moments plus heureux, l'histoire des Hellènes, pendant les cinq-uante années qui suivirent, présente un aspect tout différent. La situation économique de la plupart des llrecs d'Asie — qui, gr&ce à rheureuse situation géographique et commerciale de leur pays, à l'abri de toute atteinte^ pouvaient espérer, bien plus que les Grecs d'Europe, qui voyaient de plus en plus diminuer leur part au commerce du monde, reconquérir leur ancienne prospérité — avait cruellement souffert déjà pendant la guerre récemment terminée ; les amendes énormes dont fut frappée la malheureuse province d'Asie * (p. 356) en 84 av. J.-C, jointes aux impôts ordinaires qu*on exigeait de nouveau, eurent, pendant les années suivantes, un effet véritablement désastreux : le tableau de la situation économique et sociale de ce pays, environ quatorze ans après que Sulla eut quitté l'Asie, est vraiment horrible*. Or les Hellènes placés sous la domi-

') D'après Plut., Lmcu//.,c, 20, Mommsën, IL (i., vol. II, p. AOOetDnii- MAN.x, Ge$ch,IiomSy VI, p. 725. IV, p. 140 sq., les habiUints do la province d'Asie avaient déjà payé aux usuriers iO,000 talents au lieu de la somme primitiTe de 20,000; et Je total de leurs dettes s'était élevé à 120,(X)0 talents! (v. toutefois Meier, Pergam, Reich, p. 424, ({ui, note 89, remplace dans la passage de Plut., LuatlLj c. 20 : Oic'ex-tvwv ivr.yiiivov f,8r, toT; xôxot; sî; £w8£xx (i'jptâSiç TaXavxci)v » par el; o' cVsl-ù-dire TÉTTxpa; x. t. >..) .

•) Voy. ci-aprés rhorrible histoire de Pliilodamos de Lainpsaque, en 79 av. J,-C. On avait fait rentrer avec une rigueur impitoyable les sommes exigées par Sulla; L. Lucullus, qui resta en Asie après le départ de son chef el devait faire rentrer l'énorme contribution de guerre, était humain et honnête; mais en somme, et au point de vue pratique, ces qualités ne furent guère profitables aux Asiatiques. I^our se procurer la somme énorme qu'exigeait Sulla, un grand nombre <]e villes gœcques d'Asie durent contracter des dettes considérables à de gros intérêts ; elles devinrent donc plus que jamais Ja proie de la rapacité des fermiers et des banquiers romains et italiens (v. Cic, Ad Quint, fr. I, 1, 11, 33). Il arriva que non seulement un grand nombre de ces villes se virent forcées d'engager à leurs créanciers leurs théâtres, leurs gymnases, leurs ports et d'autres propriétés communales et de vendre leurs œuvres d'art et leurs bijoux; mais encore que, dans les années qui suivirent, par suite de l'impossibilité où elles se trouvaient souvent de payer même les intérêts et de l'habitude des Romains d*ajouter au capital les inténUs arriérés, d'une part, les dettes de ces villes atteignirent, jusqu'en 70 av. J.-C, un chiffre énorme, et que, de l'autre.

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nation romaine ne purent même pas, pendant les quarantecinq ans qui suivirent la fin de la première guerre contre Mithradate, jouir d'une tranquillité extérieure comme ils rayaient fait pendant la période qui s'était écoulée de la prise de Corinthe et de la défaite d'Aristonicos au soulèvement de Mithradate contre Rome. Los Grecs d*Asie, pendant une longue série d*années, sont constamment inquiétés par les guerres désastreuses que fait renaître sans cesse la haine irréconciliable entre Rome et Mithradate, et les suites fâcheuses qu'eurent ces luttes en bien dos endroits se firent sentir an plus haut degré dans la Grèce d'Europe. Plus tard, ce sont les acteurs des gigantesques guerres civiles de Rome qui viennent livrer leurs batailles décisives sur le sol même de la Grèce d'Europe, non sans faire sentir cruellement les contre-coups de ces mouvements formidables aux pays helléniques de rAsie-Mineure. Enfin, il était tout à fait conforme au caractère de cette époque — où, d'abord, l'oligarchie romaine relevée par Sulla eut à soutenir de longues luttes pour son existence, tantôt les armes à la main en Italie et dans les provinces, tantôt au Forum et à la Curie de la villo aux sept collines; où, ensuite, les grandes questions relaies malheureux habitants, s'ils ne préféraient abandonner leurs demeures pour se faire brigands (v. plus bas), étaient soumis, s'ils ne voulaient ou ne pouvaient payer, aux plus odieuses violences par les usuriers romains, auxquels les autorités militaires prêtaient partout leur appui, ou bien se voyaient forcés, pour satisfaire l'exigence des usuriers, de vendre tous leurs biens, puis leurs enfants, et enfîn d*aliéner leur propre liberté au prolit de leurs créancit^rs. La situation ne devint meilleure que lorsque le généreux Lucullus, qui commandait en chef pendant la troisième guerre contre Mithradate en 70 av. J.-C, fut intervenu avec énergie en faveur de cette population malheureuse et qu'il eut rendu possible, en décrétant des réductions considérables, des diminutions d'intérêts et des délais aux débiteurs, le paiement plus rapide des dettes et la libération des bâtiments et des propriétés engagés. Cf. Aitian., Bfithr,, c. G3. init. 83 lin. Plut,, Lucull,, c, L 7. 20. et v. Meier, Pergamen. Reich, p. 424. Drl- MANN, vol. IV, p. 140 sq. MoMM$EN, li. d., v. III, p. 520 sq. L*opinion de MoMMSEN, vol, II, p. 351 sq. 388, d'après laquelle Sulla opéra un changement dans la manière dont la province d'Asie était imposée, changement qui aurait subsisté jusqu'en 70 av. J.-(]l. (vol. III, p. 95), est combattue par Walter, Gesch. des Rôm, HechtSy 3« édit., v. I, p. 353, note 81 (cf. 78), qui, d'après les sources, ne reconnaît que certaines mesures prises pour la répartition et la perception de l'amende imposée à la province d*Asie et mentionnée plusieurs fois déjà.

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livcs à la coustilulion politique do Tancieii monde et à ses futurs maîtres allaient être tranchées — que non seulement les devoirs du gouvernement fussent complètement négligés^ mais que les intérêts particuliers des provinces grecques souffrissent cruellement et que ces pays fussent systématiquement épuisés et presque complètement ruinés.

Après le départ de Sulla pour Tltalie, la guerre qu'il avait faite à Mithradate trouva son épilogue dans lo siège de la ville de Mytilène, qui, gravement compromise (p. 321), continuait à résister même après la conclusion de la paix entre Sulla et Mithradate; elle était probablement d'accord avec les démocrates, adversaires de Sulla en Italie. Le général Lucius LucuUus, qui, après que Sulla eut quitté TAsie, resta encore quelque temps dans ces contrées, livra à ces Grecs arrogants des combats opiniâtres et heureux, mais ne réussit pas à prendre la ville*. Ce ne fut que le propréteur d'Asie, M. Minucius Thermus (depuis 81 av. J.-C), qui put, avec le concours de la flotte de Bithynie, prendre d'assaut, en 79 av. J.-C, la ville de Mytilène, après Tavoir longtemps assiégée; elle souffrit terriblement à cette occasion, et, pour la punir de sa résistance opiniâtre, on lui enleva pour longtemps son indépendance ^ Le reste des Grecs ressentit d'une façon différente les effets des guerres de Sulla en Orient et en Italie. En effet, Sulla, vers la fin de la guerre qu'il faisait aux partisans de Marins en Italie^ avait, parce qu'il manquait d'argent, frappé les cités clientes et sujettes (sans excepter celles qui étaient confédérées et exemptes d'impôts) d'une imposition générale et extraordinaire^ qui, étant donnée la situation, devait surtout tomber sur les membres orientaux de rempire\ Lorsque, en 81 av. J.-C, il célébra avec splendeur son

*) Plut., Lucull., c. 4; cf. Drumann, Gt^sch, RomSy vol. IV, p. 123. MoMMSEN, R, 6r., vol. II, p. 338.

•) SuETOxN., Cœs., c, 2. Dio Cass., éd. Diudorf, fr. 97, 4. Liv., Epit.f lib. 89. Cf. Drumann, vol. III, p. 132 sq. Meier, Pergam. Hekh, p. 421. MoMMSEN , p. 339. — Les habitants de Mytilène qui avaient autrefois (p. 321) livré Manius Âquillius à Mithradate s'étaient réfugiés à temps à la cour du roi; bien des années après, lorsque Mithradate eut enfin succombé et que Pbarnace II, son fils, fit la paix avec les Romains (63 av. J.-C), il livra ces criminels à Pompée. Apiman., Mithr.t c, 113, init.

3) Appian., Bell, civ.y I, 102, init. Mommse.x, /(. (i., vol. II, p. 363 sq. 391.

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