LES PIRATES
un développement inouï et un caraclère tout nouveau. Après la paix que Milhradale. leur puissant patron et allié, avait conclue d*al)orJ en 84, puis en 81 av. J.-C, avecla Rome de Sulla, les pirates, avides de combats et de bulin, continuèrent à opérer pour leur propre compte, et tandis que, à n'en pas douter, de nombreux débris de l'armée de Ponl, d'audacieux pirates ponliques et des mercenaires congédiés, se* joignirent à eux, les villes bellénistiquos et helléniques de la province d'Asie leur envoyaient constamment des renforts considérables. Des centaines de Grecs, soit qu'ils fussent assez gravement compromis pour n'avoir rien à attendre de la clémence des Romains ou qu'ils ne voulussent pas se soumettre aux autorités rétablies par Sulla et ses généraux, mais avant tout des troupes nombreuses de malheureux citoyens ruinés par la guerre, par les énormes contributions de guerre dont Sulla les avait accablés et par les terribles exactions des usuriers romains; parfois aussi des hommes qui se trouvaient dans une position meilleure et qui ne jouaient que le rôle de hardis aventuriers, allèrent rejoindre les pirates dans les années qui suivirent la première et la seconde guerre contre Mithradate*; nous no parlerons pas des démocrates romains et italiens de toute espèce qui cherchaient en pleine mer un asile contre les proscriptions sanglantes de Sulla en Italie. Dans ces circonstances, la piraterie avait pris peu à peu un caractère tout nouveau. L'élément grec y dominait ; elle s'étendait maintenant su toute la Méditerranée; pendant les années qui suivirent la victoire complète de Sulla en Orient et en Italie, elle prend le caractère d'une véritable guerre que les partis vaincus et écrasés sur le continent font par mer d'abord à Rome et aux optimales régnants, mais en même temps à tous les riches de toutes les nations de l'empire romain. Cette république de pirates, qui finit par disposer dune Hotte de mille vaisseaux et de nombreuses places fortes*, avec ses amiraux et ses nombreux points
*} Cf. Appjan., MUhr., c. 63. 92. 119. Plut., Fomp.^ c. 24. Dio Cass., XXX.V1, 3 et 4, ZoNAK,, X, 3, inil. Oiios,, VI, 4, init.
*) Sur le nombre de leurs vaisseaux, v. Plut., Pom;)., c. 24. Zo.nar., X, 3, iiiit. Sur leurs points d'apjiui, cf, Applvn., Milhr,, c. 92. 93. 96, luit. Plut., Pomp,, c. 24. Le nombre de quatre cents villes, dont d'après Plut.. ihUi , et Zo.NAR., ibiii.y ils se sont emparés, se rapporte sans doute plutôt
DÉVASTATION DE LA GRKCE PAH LKS 1>1RATKS 373
d'appui sur la côlo niéridionalo do l'Asic-Minourc richo en ports et parsemée d'écnoils, sur celle de la Syrie, sur les îles de Cypre et (notamment) de Crète, était devenue une puissance bien organisée, toujours prête à se battre. Mais celte puissance était devenue d'autant plus dangereuse pour Rome, pour le trafic maintenant de la Médilerrnnéo tout entière et pour la prospérité des côtes et des îles de la Grèce, qu'il n'existait pas alors de marine organisée de façon à pouvoir se mesurer avec les pirates. Les Romains avaient depuis longtemps négligé la marine ilvilienni»; le gouvernement, qui depuis 91 av. J.-C. avait vu succéder une révolution aune autre, eut à s'occuper pendant des années, même après la victoire de Sulla sur ses adversaires, de graves désordres et de guerres, en Italie et en Espagne ; d'autre part, partout où s'étendait la domination de Rome en Orient, — la seule Rhodes peut-être exceptée — l'ancienne puissance maritime des villes et des Etals helléniques et hellénistiques avait disparu. Dans ces circonstances, ce furent surtout les côtes grecques qui souffrirent terriblement en Europe et en Asie. Les eaux de la Grèce, avec leurs ports innombrables, leurs îles, leurs retraites cachées de toute espèce, ont été de tout temps, depuis le commencement de l'histoire jusqu^à la fin de la guerre de l'indépendance des Grecs modernes contre les Ottomans, un des sièges favoris d<î la piraterie, chaque fois qu'un État possédant une forte marino — comme dans Tantiquité Athènes, par exemple, aux temps de sa prospérité, et plus tard Rhodes, avant que la guerre contre Persée eût ébranlé sa puissance — n'y exerçait pas une surveillance assidue et systématique. Il est naturel qu'à cette époque la nature particulière de cette mer favorisait à un haut degré les entreprises des pirates. Nous apprenons, en eiïet, que pendant Tannée 84 av. J.-C, la même où Sulla avait conclu la paix en Asie avec Mithradate, les pirates ne se contentaient plus de la prise des vaisseaux porteurs de lettres ou de marchandises, mais attaquaient ouvertement et avec succès des ports et des villes fortifiées (plus tard même, à Toccasion, des places assez éloignées des côtes). Les villes de lassos, Samos
celles qu'ils ont prises et pillées qu'à celles qu'ils ont occupées d'une manière durable.