‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 127 sur 186 · I.KS IMUVTKS VAINCrS l»AU PO.MPÉL · texte numérisé non relu

I.KS IMUVTKS VAINCrS l»AU PO.MPÉL

La eon([iitUe de lîle de Cièlc avait mis fin à Tindépendance do la dt»riiièrc tribu .orecque libre en Europe • : la réduction en province romaine de CiVrèno, qui, antérieurement déjà, était lombée entre les mains des Humains, probablement en 74 (7S) avant J.-C, et celle de l'île de Cypn^ en î>8 avant J.-C. *, termina à cette époque c;t pendant les années qui suivirent Tassujotlissement de la race «^i^recque des bords de la Méditerranée à la grande puissance» italique. La (in de la ^»^uerre contre les pirates et de la lutte contre les Cretois agit d'une façon différente sur les Hell(»nes du continent européen. L'excellente marine rhodienne "" avait n^ndu de bons services à Pompée dans la guerre qu'il fit aux pirates, mais nous ne savons guère ce qui se passait alors dans la Tirèce d'Europe. Nous avons déjà dit que le légat de Métellus, L. Flaccus, avait gouverné pendant un certain temps « TAcbaïe » : que plus tard le légat de Pompée, Sisenna, avait exercé le commandement sur les côtes orientales de? la Grèce (voir plus baut) ; parmi les collègues de Sisenna, Plotius et M. Terentius Varron avaient vers la même époque commandé dans les parages méridionaux de la mer Ionienne, dans les mers situées au sud et à Touest du Péloponnèse, et jusqu'à Délos; L. Lollius, sur les côtes orientales de la mer Egée jusqu'à l'ilellespont, et Gnœus Pison âans la Propontide *. Ce qui perpétua en Achaïe le souvenir

Appian., Sicil , c. 6. Dio Cass. , fr. 111, 5. Pour le reste, v. Flok,, H, 13,9. Appian., ibid. Dio Cass., ibid., et XXXVI, 2. Rltrop., VI, 16. Vbll., Il, ioc.'cit. et 3'i. RuF., Utid. — Les gôruTiiux crétois ornèrent le triomphe de Pompée en 61. Dio Cass.. XXXVI, 2. Vell., II, 40.

*) Cyrène avait été léguée aux Romains en 90 av. J.-C. par le roi Ptolémée Apion ; ces derniers avaient rendu c«» pays tributaire, mais lui avaient du reele laissé son autonomie jusqu'en 7'i (75) ou, ce qui est moins probable, en 67 av. J.-C , où il devint province romaine; cf. Beckeh-Marquardt, o;). cit., p. 222, et Zur Stadstik dcr rom. Provinzcn, p. 26. Mommse.v, h. G., vol. II. p. 268. vol. III, p. ôO. Khitz, Sallust. Uist, fragm., pag. 152.

•) Cf. BECKEH-MAn(jUAHDT, p. 172.

'•*) Flor., I, 40. Cf. Cic, Pro Injc MuniL, 18, 54. Llca.n , PharsaL, V, 51 ; V. ensuite Mommsen, H. G., vol. 111, p. 112.

*) En général; Cic. Pro kyr Manil., 12, 35: puis Appia>*., Mitkr., c, 95. Flor., I, 40. Varro, De re rust., II, prxf. cxtr. Plin.. N, i/., IIÏ, 11 (16), 101. VII, 30 (31), 115. XVI, 'ï (3), 7. Dhuman.n, vol. IV, p. 408 sqq. II, p. 90, et sur Varron, v. aussi E( khei., i>. JY., V, p. 322, sqq., 281. Riccio, Le moneie* etc., éd. 2, p. 220, n'* 15; cf. n» 16. Pauly, J?, E., vol, Vï, 2, p. 1688. Drumann, vol. IV, p. 408.

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de celte guerre, c*osl que Pompée, qui établit sur divers points de l'empire les milliers de pirates qui s'étaient rendus à lui, assigna pour demeure à un grand nombre de ces pirates prisonniers, probablement Grecs d'origine pour la plupart, la ville achéenne de Dymé dans le Péloponnèse, alors presque entièrement déserle *. La cessation de la piraterie fut du reste un bienfait immense, précisément pour les Grecs d'Europe que les corsaires avaient tant fait souffrir; ce ne fut qu'alors que la Grèce jouit de quelque repos et qu'elle put tenter de reconstituer sa prospérité si profondément ébranlée .depuis le commencement de la première guerre contre Mithradate.

Depuis cette guerre, en effet, la plus grande partie de la Grèce présentait un fort triste aspect. Les scènes d'horreur de la guerre contre Mithradate avaient fait revivre la barbarie d'autrefois, notamment en Béotie. Plutarque nous en fournit une preuve caractéristique. Probablement pendant Thiver de 75 à 74 avant J.-C. , par conséquent au moment où la troisième guerre contre Mithradate allait éclater, une cohorte romaine avait pris ses quartiers d'hiver dans la ville de Chéronée. Le chef de ces guerriers s'enflamma d'une passion impure pour Damon Péripoltas , bel orphelin d'une famille très ancienne et renommée pour sa bravoure ; ne pouvant gagner l'amour du lier et honnête jeune homme, il Unit par lui faire comprendre qu'il était disposé à employer la force sïl devait

*) Cf. Sthab., VIII, 7, 5, p. 5'.)'i (388). XIV, 3, 3, p. 881 (6(>5). Plut., Pomp., c. 28, fin. Appian., Mithr., c. 96. Cic, Ad Attic, XVI, 1, 3. Serv., ad Virg. Gconj.^ IV, 127; v. aussi Curtius, Pelop., vol. I, p. 425. Zcmpt, Comm, Epigr., vol. I, p. 375 s(jq. Mommsex, h. (j., vol. III, p. 144. 11 paraît cependant que divers éléments asiatiques furent transplantés à Dymé ; en tout cas (V. aussi Sthabon, VIII, Inc. cit.). Pauly, Healencyclop,, V, 1, 2e édit. p. 2115, rapporte à cet établissement de pirates vaincus le culte d'Atys dans les temples de Gybèie à Dymé et à Patrœ, mentionnés par Pausanias, VII, 17, 5 et 20. 2. Cf. aussi Cl'rtius, Pelop., vol. I, p. 425.450. 444 et 455. — Cet établissement de pirates vaincus dans une ville achéenne montre bien que la Grèce, sans être devenue province romaine proprement dite, fut traitée de plus en plus comme telle (et cela dans le sens qu'attachait à ce mot, depuis Gains Gracchus, le parti populaire à Rome; cf. Momuse.**, R, G., vol. Il, p. 109. 120. 387. 394). Sans doute, il est possible aussi que, pour la punir du soulèvement de Tan 115, la cité de Dymé eût une situation politique moins avantageuse que d'autres et fût placée sur le mêmeTangqueles possessions romaines immédiates en Corinthie et en Béotie.

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éprouver une plus longue résistance. Profondément indigné, Damon, qui, lui aussi, était d'un caractère très violent, rassembla ses amis pour sauvegarder avec leur secours son honneur menacé et pour punir, en le tuant, roflicier romain de son odieuse conduite. Et en effet, le lendemain, à Taube, ces jeunes gens, au nombre de seize, après s'être noirci la figure de suie et s'être convenablement enivrés, se jetèrent sur le Romain au moment nii il dirigeait les sacrifices habituels sur le marché de la ville : le commandant et un grand nombre de ses compagnons furent taillés en pièces ; Damon et ses jeunes amis échappèrent à toute poursuite. On comprendra facilement que ce crime remplit de terreur les habitants de Chéronée ; pour donner immédiatement salisfaction aux troupes romaines irritées et prévenir les mesures violentes que les llomains eussent pu pnmdre à Tégard de la cité, le conseil n'hésita pas à condamner à mort par contumace les jeunes fugitifs. Damon connut bien vite cette décision, et sa fureur n'eut plus de bornes ; le soir même, il pénétra de nouveau dans sa ville natale avec ses amis et assassina les archontes réunis pour souper à riiotel de ville. Il alla plus loin encore : criminel et sans patrie, il constitua ses complices en bande de brigands, parcourut eu bandit les montagnes voisines, pilla les villages des environs, et devint, par ses rapines, le fléau de ses anciens concitoyens. Sur ces entrefaites, la garnison romaine avait quitté la ville avec le général Lucullus, qui, précisément à cette époque (au commentement de ran74), traversait le nord de la Grèce avec une légion pour se rendre en Asie-Mineure et ^' prendre le commandement de la guerre de nouveau déclarée à Mithradate, et qui, à la nouvelle des scènes sanglantes qui avaient lieu à Chéronée, était accouru pour se rendre compte de l'état des choses. La ville, pauvre et affaiblie comme elle l'était alors, surtout depuis la dernière guerre, n'avait ni troupes ni police pour réduire parla force ces jeunes malfaiteurs. Pour s'en défaire, on eut donc recours à une ruse vraiment grecque. On invita Damon, par un décret du peuple, à revenir avec honneur à Chéronée; puis, comme il fut assez insensé pour se présenter, on le nomma même président des gymnases de la ville : mais quel-

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ques jours après, pendant qu'il était au bain, ses concitoyens le firent surprendre et assassiner. Ces scènes odieuses furent suivies d'un nouveau scandale. Soit qu'une vieille haine existât entre les villes d'Orchomène cl de Chéronée, soit que les Orchomcniens, qui (p. 353) avaient si cruellement éprouvé la colère des Romains à Tépoque de Sulla, voulussent profiter de l'occasion pour gagner les bonnes grâces de ces derniers ; toujours est-il que les Orcboméniens, s'inspirant do leur haine contre leurs voisins, engagèrent un avocat romain à intenter un procès criminel à la ville de Chéronée auprès du gouverneur de la Macédoine, à cause de l'assassinat du commandant romain et de ses compagnons par Damon. La bassesse des habitants d'Orchomène fut dévoilée; ceux de Chéronée parurent facilement le coup qui devait les fr«ipper. Heureusement pour eux, le général Lucius Lucullus avait fait, comme nous l'avons vu, pendant son séjour dans leurs murs, une enquête minutieuse sur les scènes sanglantes qui avaient eu lieu. Lorsque les représentants de la ville se réclamèrent auprès du gouverneur de la Macédoine (c'était probablement Gaius Scribonius Curio, voy. ci-après, p. 391, 3) du témoignage de Lucullus, le célèbre général se hâta d'intervenir en faveur de la cité menacée en exposant dans une lettre ce qui, à sa connaissance, s'était passé. On pria donc les Orcboméniens de se tenir tranquilles ; et Chéronée, pour honorer son sauveur Lucullus, lui fit élever une statue de marbre sur sa place publique *.

Dans tous les cas, cette histoire — qui nous montre d'une façon vraiment grotesque l'arrogance des guerriers romains et la misérable condition politique des petits Ltats béotiens du temps, mais aussi le sentiment de la valeur personnelle (laquelle, dans le cas dont il s'agit, conduisit aux crimes les

*) Cette histoire se trouve dans Plut., Cimon, c. 1 et 2. Plutarque ajoute, d'une part, que l'on faisait descendre ce Damon du devin Péripoltas, qui, selon la tradition, accompagna le roi Opheltas (lequel, à l'époque de l'ancienne migration des Grecs, conduisit les Arnéens de Thessalie en Béotie); et, de l'autre, que, vers la fin du i" siècle ap. J.-C, quelques membres de la famille de Damon vivaient à Stiris en Phocide : en souvenir de ces meurtres, on les appelait o((76oXa)[i£vot, c'est-à-dire « barbouillés de suie». En général, cf. Heitz, De politico Graeciae statu, etc., p. 24 sqq.

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