‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 148 sur 186 · ÉTUDIANTS ROMAINS A ATHÈNES · texte numérisé non relu

ÉTUDIANTS ROMAINS A ATHÈNES

J.-C, lorsque, chassé de Rome par P. Clodius, tremblant devant P. Autronius, un partisan de Catilina qui vivait dans l'exil en Achaïe, et d'autres ennemis de cette espèce qu'il avait en Achaïe, il dut séjourner comme fugitif, profondément humiIié,àThessaloniqueetàDyrrhachion(dont il était depuis longtemps Tami)*. Plus tard (51 et 50 av. J.-C), il reparut parmi les Hellènes comme proconsul de la Gilicie', puissant et fêté dans toute la Grèce et notamment à Athènes, aussi bien lorsqu'il se rendit dans sa province que lorsqu'il en revint. Enfin, en 49 et en 48 av. J.-C, nous le retrouvons, pendant la guerre civile, dans le camp de Pompée, à Dyrrhachion, dans Tîle de Corcyre', politique indécis et hésitant entre sa sympathie pour la République et la terreur que lui inspirait César. Un grand nombre de Romains, après avoir fait leurs études à Athènes, jouèrent ensuite un rôle considérable dans le monde politique ou occupèrent, comme écrivains, un rang élevé ; on peut suivre leurs traces jusqu'aux temps des guerres civiles qui mirent fin à la République. Les mêmes hommes qui, plus tard, prirent part à la lutte décisive dans la plaine de Philippes,M. Junius Brutus et Marcus Antonius, ont fait leurs études à Athènes, celui-là en 65, puis entre 58 et 51 av. J.-C. et après la bataille de Pliarsale*, celui-ci en 58". Au nombre de ces jeunes étudiants romains que (v. plus bas) M. Brutus, dans l'automne de Tan 44, fit entrer dans les rangs de l'armée républicaine, nous trouvons aussi le jeune Marcus Cicéron, le fils du grand orateur*, qui vivait à Athènes depuis l'année 45 av. J.-C., et le jeune poète Quintus Iloratius Flaccus^ qui s'y

«) Dio Cass., XXXVIII, 1830. Plut , Cic, c. 32. Cic, Ad AU., 111,2. 7, 1. 8, 1. 9-27. Ad fam., XIV, 1, 4 et 7. 2-4. Pm Plancio, c. 40. 41.

«) Plut., Cic., c. 36. Cic, Ad fam., XIV, 5. XIII, 1. II, 8. 17. XVI, 2-9. Brut., c. 1, 1. TuscuL, V, 8. Ad Ait., V, 9-14. VI, 7-9. VII, 1,2.

3) Plut., Cic.y c. 38 et 39. Cat. min., c. 55. Dio Cass , XLVI, 12. XLir, 10. Drumann, vol. VI, p. 231-238.

*) AuK. ViCT., l>e vir. i7/., 82 (Brut.), init. Cf. C. Zumpt, Ueber den Destand der philosopk. Schulen, p. 4i. Lotholz, op. cit., p. 10. Drlmann, vol. IV, p. 37 sqq. Blass, p. 97.

5) Plut., Anton., c. 2, fm. Drumann, vol. I, p. 65 sqq. Ellissen, p. 26.

•) Plut. Cw., c. 24 fin., c. 45. Brut., c. 24,26. Dio Cass.,XLV, 15. XLVI, 3. 18. Cf. Druman.n, vol. VI, p. 714-717. Lotholz, p. 8 sqq. cl ci-après.

') HoRAT., Epist , II, 2, 43 sqq. 81 sqq. Cf. W. E. Weber, Q. Horatius Flaccus, p. 21 sqq. Lotholz, p. 10 sqq.

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trouvait depuis Tannée 49 environ. Plus lard, le noble P. Virgilius Maro vil Athènes peu de temps avant sa mort ; et, dans la suite, des poètes comme Ovide, Properce et Lucain ne manquèrent pas d'aller voir cette splendide cité*.

Athènes était maintenant devenue avant tout une ville universitaire. Les intérêts de ses grandes écoles, du succès et de la prospérité desquelles dépendait alors presque exclusivement la modeste fortune de ses habitants, sont tellement prépondérants, que nous voyons les autorités de la ville, TAréopage et le premier stratège, s'occuper avec zèle tant des affaires extérieures des écoles de philosophie que de Tentretien du personnel des professeurs ; on s'efforçait de réunir à Athènes des maîtres éminents (comme par exemple le célèbre péripatéticien Cratippe de Mitylène (en 45 ou en 46), à qui, pcu-aitil, une place avantageuse avait été offerte, peut-être à Rome *. La vie politique était presque éteinte ; le démos, surtout à partir de Tan 86, depuis que le parti aristocratique, sous la conduite de son chef Midias, dominait sans conteste, ne jouait plus qu'un rôle très secondaire'. An dehors cependant, r Aréopage surtout, dontrinfluence croissait visiblement^

*) Weber, p. 230 sqq. Lotholz, p. 12. Bernhardy, R, L,, p. 142, et cf. Friedlander, vol. II, p. 52. 5i sqq., 62. 103. Ovide semble avoir aussi visité Délos (Metam., XIII, 630. Herotd.^ 21, 95), dans un voyage qu'il iîl en Grèce et en Asie-Mineure {Fast.y VI, 417-423).

') Cf. ce qui est dit de Gains Memmius, p. 403, 4. Sur Cratippe (Cic, De dix^in,, I, 3), pour lequel Cicéron obtint de Gains César, le nouveau mailre de la République, les droits de citoyen romain (prot>ablement vers l'an 45), voy. Plut., Cîc, c. 24, et Zumvt y Ueberden Bestand der philosoph. Schuleny p. 48 , 71. Ei.lissex, p. 24; v. aussi Ahkens, op. cit., p. 37. 45.

3) Cornel. Nei». (éd. Nipperdey), AU., c. 3, 2.

*) A cette époque, Taréopage (ci-dessus, p. 290) joignait à rexercîce de ses hautes fonctions et au droit déjuger les plus grands criminels la direction suprême et la surveillance de Téducation et de Tinstruction, des hautes écoles, du culte et de tout ce qui 8*y rapportait; il était aussi chargé de la surveillance des bâtiments, du soin d'entretenir les édifices publics et enfin de la police des marchés; cf. AHREiNs, p. 35, 36, 37, 38. A côté du président de Tarcopage (cKtarâTT,;) et du premier stratège, le xr;pv| de Taréopage était maintenant à Athènes un des fonctionnaires les plus influents. Plut., An sent sit ger. respuhl.y c. 20. BocKH, C. /. Gr., vol. l, n" 180-182. 272. 283. 39d. 397. Vol. III, n» 3831. Ahrens, p. 38 sqq. Cf. Meier, Comm, Epigr,, I, n® 36, p. 38, et n« 43, p. 42, Herma.nn, Gr. StaatsaUerth.y § 176, 10, et § 109, 2. Voy. en général Wsstermann dans Pauly, il. E., vol. I, 2* édit., p. 1503 sqq. — D'après Westermann, loc. cU,, Taréopage, à cette époque, ne se recrutait

VIDE DE i/eXISTKM.E EN GWÈCE 415

coDservait une grande aulorilé ; si bien qu'un gouverneur romain de la province dWsie, Publius (ou Gnieus)' Dolabella (avant Tan 66) soumit au tribunal alhénien, depuis si longtemps célèbre, une aiïaire criminelle très compliquée '. Mais, en somme, Tinanité de la vie publique des Grecs de ce temps et des siècles suivants se manifeste de plus en plus. Ce qui le prouve pour Athènes, en particulier, c'est « l'importance exagérée qu'on attribue sur les monuments publics aux sociétés

de g}'mnastique des éphèbes et à leurs présidents ^ ». Eu général, on peut appliquer à la Grèce entière de celte époque et des époques suivantes ce que dit un savant moderne ^ de la gymnastique et des exercices athlétiques cultivés avec tant de prédilection et des Jeux olympiques, qu'on célébrait toujours avec enthousiasme : « Depuis que la vie avait perdu tout intérêt réel, on essayait d'en remplir le vide en jouant avec les ombres d'un passé glorieux. Avec une tendresse parfois touchante, ces épigones s'attachaient aux souvenirs d'autrefois et cherchaient à conserver les restes devenus presque méconnaissables des fondements de la civilisation et

plus, ou du moins plus uniquement, parmi les archontes sortants, mais peutêtre aussi (cf. BEaTLSR, op. cit,, p. 38) par des voles personnels (cooptation), de sorte que non seulement des Athéniens éminents. mais aussi des Romains furent admis dans ce collège vénérable après avoir obtenu le droit de cité à Athènes; nous voyons par Cic, Pro Balho, 12, 30, que les Romains recherchaient beaucoup cet honneur. Sur la haute considération dont jouissait Taréopage, V. aussi Cic, De ruU, dcnr.y 11,29,74. XdAU.. ï, 14,5. Deo/lfîc.,1,22. — Lrcs passages cités plus haut, p. 403, 4, et Plut., C/c, c. 24, montrent du reste très clairement que des Romains haut placés, comme Gaius Memmius et Cicéron, le célèbre philheliène, ont plus d'une fois exercé leur influence sur les décisions non judiciaires de l'aréopage. Quelquefois même Taréopage se montrait très indépendant, même à l'égard des hauts fonctionnaires romains, lorsque la superstition religieuse était enjeu; v. ci-après.

*) D*après Drumann, vol. 11, p. 5(>5.

*) A Smyrne, une femme avait empoisonné son mari et son fils, parce que ceux-ci lui avaient tué un fils né d'un mariage antérieur. L^aréopage, pas plus que Dolabella, ne voulut punir ce meurtre; il décida, en conséquence, que l'accusée et les accusateurs devaient se représenter devant son tribunal cent ans plus lard. Val. Max., VIII, 1. Am6., 2, fin. Gell., iV. A., XIl, 7, et Ammian. Marc, XXIX, 2, 19.

«) Cf. K. V. Hermann, Griech. Stautsalt,, § 176. 15. § 161-10. Ahrens, op, cit. y p. 53 sqq. Beutler, p. 31 sqq. Bockh, C. /. Gr,^ vol. I, no 251 sqq., p. 363 sqq., et ci-après, vol. IL

*) Frjedlander, op, cit. y vol. II, p. 319 sqq.

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de la gloire helléniques. La gymnastique figurait au premier rang, et les gymnases et les concoure prirent une importance d'autant plus grande que le cercle des intérêts plus nobles, et plus élevés était devenu plus restreint. En Grèce, non seulement on considérait comme honorables ces « arts d'agrément » *, mais les alhlètes les plus éminents représentaient,aux yeux debeaucoupd'hommescultivésj'idéal de ia virilité, de la force, du courage, de la beauté et de la chasteté ; ils les comparaient sans hésiter aux héros des anciens temps. Une victoire remportée à Olympie était toujours encore considérée même par les meilleurs comme très glorieuse, et les noms du petit nombre de ceux qui, comme Nicostrate, (01. cciv, 37 ap. J.-C.) avaient été vainqueurs à la lutte et au pancrace, étaient répétés avec admiration de père en fils dans la Grèce entière •. Cela n'empêchait pas, il est vrai, que précisément dans ces temps-là on n'eût plusieurs fois recours à Todieuse pratique de corrompre ses adversaires pour s'assurer la victoire'. C'est ainsi que, malgré la situation politique la plus difficile, bien que le pays fût cruellement opprimé et presque ruiné, la vie en Grèce prit peu à peu un caractère tout à fait idyllique; déjà commençait à se dessiner clairement le cadre étroit dans lequel allait être enfermée sous TEmpire, pendant près de trois cents ans, la vie du peuple hellénique. Cependant la Grèce, avantde jouir de cette existence tranquille, devait éprouver de nouvelles secousses; déjà s'annonçait une époque terrible, pleine de terreur et de commotion^ profondes ; l'œuvre de destruction devait être reprise encore une fois et accabler de nouveaux malheurs le pays des Hellènes, déjà si souvent et si cruellement éprouvé.

1) Tacit., DiaL de, ornL, 10.

*) Tacit., DiaL de orat., c. iO. Quintilian., If, 8. 14. Paus , V, 21,5. Voy. Krause, Olympia, p. 235. Pour la première année de la CLXXVIl^ 01., 72 av. J.-C, V. rintércssante liste des vain<^ucurs à Olympie dans Phle- GON, Olymp. fr, (Westerman.n, Script, rer, mirab, gi\ ex libb. inc, p. 209sqq.;XII). — Sur le célèbre contemporain de Cicéron, le boxeur et vainqueur aux jeux Olympiques Alyanas, un des principaux citoyens d'Adramyttion , et sur la considération dont il jouissait chez les Grecs, voy. Cic, Pro Flacco, 13, 31.

^) Pausanias, V, 21, 4. 5. 7, en donne des exemples, notamment pour 01., CLXXVIII (08 av. J.-C.) et CXCll (12 av. J.-C).

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