SUCCÈS DE BRUTUS EN GRÈCE ET EN MACÉDOINE
moment où la tournure inattendue que prirent les affaires en Gaule et en Italie, après la guerre de Modëne, et Talliance conclue principalement contre lui et Cassius à la suite de ces événemeiïts entre Lépidus, M. Antoine et Octavien (octobre 43), qui formèrent un « triumvirat », forcèrent Brutus à déployer une énergie plus grande. Dans l'automne de Tan 43, il se réunit à Smyrne avec Cassius, qui, au mois de mai de Tannée 43, avait été reconnu d*une façon analogue par le Sénat comme gouverneur de la Syrie et de la Macédoine, et avait non seulement réussi à soumettre une grande partie de la Syrie, mais combattu avec succès dans le nord de cette contrée et enfin complètement vaincu, en juillet de Fan 43, Tavenlureux Dolabella. Ce dernier, à la nouvelle du départ de Cassius pour la Syrie, avait quitté Tltalie dans son intérêt personnel (v. p. 432), en novembre de Tan 44, et traversé, non sans perles, la Grèce et la Macédoine (p. 434 sqq.); il était arrivé en Asie au commencement de Tan 43, avait fait périr dans les tourments, à Smyrne, au mois de février de Tan 43,
Epit. lib. CXXII. Ce n'est qu'en passant que nous rappellerons les guerres continuelles que les Barbares du Nord, profîlanl des troubles occasionnés dans l'empire par les guerres civiles, firent sans cesse aux Romains et aux provinciaux sur les frontières de Tlllyrie dalmatique et de la Macédoine, même au temps de César et plus tard (jusqu'aux grandes et décisives victoires d'Octave et de ses généraux avant et après la bataille d'Actium). Ontre les incursions des Pirustes (qui occupaient la vallée du Driion sur la frontière de la Macédoine, de rillyrie et de la Dalmalie) dans lillyrie dalmatique en 54 av. J.-C. (C^s., Bell, GalL, V. 1. Mommsen, R. G., vol. 11, p. 169 et vol. lïl, p. 287) et les luttes des Barbares contre César en Dalmatie (Appian., Ulyr., c. 12) et contre les lieutenants de César Gabinius, Cornificius et Vatinius (depuis 48 av. J.-C. Ces., Bell. Alex.^ c. 42-48. Appian., Illyr.t c. 13), il est fait mention surtout des Gètes et des Daces, qui, sous leur grand roi Bœrébislas (de 70 à 50 environ av. J.-C, à moins qu'il n'ait vécu plutôt ii l'époque d'Auguste, v. Mommsen, Res.gest.D. Augusti ex monum. Ancyr., p. 89), avaient fondé sur les deux rives du Danube, moyen et inférieur, un empire puissant et très redoutable aux Romains et qui, notamment à l'époque qui précède et suit immédiatement la mort de César, sont souvent mentionnés comme ennemis dangereux de la Macédoine. Cf. Vbll., II, 59. Appia.n., B. C, II, 110 init. et fin. 37. Illyr., c. 13. Sueton., Cœs,, c, 44. Octav,, c, 8. Sthab., VII, 3, 11, p. 465 (304). Liv., Epit. lib. CXVII, et v. Mommsen, R. 6., vol. III, p. 288 sqq., 485. E. RosLER, Dus vorrOmische Dacierif p. 3, et cf. Schôtensack, Ueber die Thraker als Stammvâler derGothen (Stendal, 186!), I" partie, p. 10 sqq. — Nous parlerons plus bas d'autres combats, en tant qu'ils nous sont connus, tantôt dans le texte, tantôt dans les notes, jusqu'à la fin du ch. y.
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le proconsul de cette province, Trébonius, comme meurtrier de César *, et épuisé les finances de cette province. Or, tandis que Brutus et Cassius faisaient de grands préparatifs dans toute la moitié orientale de Tempire romain, depuis TËuphrate jusqu'à l'Adriatique, pour opposer une résistance énergique aux sanguinaires triumvirs; tandis* que la malheureuse province d'Asie était si cruellement exploitée dans ce but qu'on extorqua à ses malheureux habitants (en 43 et en 42 avant J.-C.) une somme équivalente au total des impôts que l'Asie devait payer à Rome en dix ans ' ; les deux généraux républicains s'efforçaient de réduire par la force quelques contrées qui leur étaient hostiles ou qui s'obstinaient dans leur neutralité. Les malheureux Rhodiens surtout furent cruellement frappés. Toujours prudents, les Rhodiens, depuis la bataille de Pharsale, étaient restés fidèles à César, qui, notamment depuis la guerre d'Alexandrie (p. 426, 4), les traitait avec beaucoup de bienveillance; mémo après la mort de César, ils ne voulaient point changer légèrement de parti et avaient, en conséquence, soutenu en dernier lieu le partisan de César, Dolabella, contre Cassius ^ Pendant que celui-ci, vers la fin de l'automne de Tan 43, campait près de Myndos en Carie, ils essayèrent de s'entendre avec lui en se déclarant prêts à rendre au Sénat (avec lequel ils avaient renouvelé, en 51 av. J.-C, leur ancien traité [p. 196]^) tous
*) Appian./ III, 26. IV, 58. 60. Dio Cass., XLVII, 29. Zonar., loc. cit. Strab.,XIV, 1, 37, p. 956 (646), Cic, Phil., XI, 2. 3. 4. Liv., Epit. lib. CXIX. Vell., II, 69. Oros., VI, 18. On prétend que Dolabella acheta à Argos le cheval de Séius, qui, d*après la tradition, était issu des chevaux mythiques du Thrace Diomède, qu*Hercule avait, dit-on, après avoir tué ce dernier, conduits à Argos, et se distinguait par sa beauté, sa force, sa taille et d'autres qualités éminenles. On dit encore que tous les Romains qui le possédèrent moururent successivement de mort violente. M. Antoine avait éié la cause de la mort de son premier possesseur , le riche scribe Gnœus Sèius. Dolabella mourut en Syrie; Cassius, qui s'en etnpara ensuite, périt à Philippes, et M. Antoine, le dernier possesseur, en Egypte. Gell., N. A., III, 9, 1-6.
*) Appian., JV, 74. V, 5.
') Appian., B. C, IV, 60 et 61 init. et fin., 66. 69; cf. Cic, Ad fam., XII, 14 et 15. Cf. plus haut, p. 426, 4.
*) Cic, Ad fam., XII, 15, 2, et ensuite avec le grand Gaius César. Appian., BelL Civ., IV, 68. 70.
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les services qu*il leur demanderait. Mais Cassius ne voulut pas les écouter. II déclara — et, il faut bien le dire, avec raison, en face de la situation de l'Italie, où les sanguinaires triumvirs Antoine, Octavien et Lépidus exerçaient une terrible tyrannie depuis le mois d'octobre de Tan 43 — que le Sénat n'était pas libre, et que Talliance dès Rhodiens avec Dolabella rendait nul leur traité avec Rome. Il demanda donc, malgré les tentatives de médiation de son vieux mattre rhodien Archélaos (cf. p. 405), une soumission absolue. Mais le démos rhodien, à l'instigation du prytanc Alexandre et du navarque Mnaséas, repoussa le projet de l'aristocratie de se soumettre à Cassius; il se rappelait mal à propos la guerre glorieuse qu'il avait faite à Démétrios Poliorcète et au féroce Mithradate, ainsi que les hauts faits qu'il avait accomplis récemment près d'Alexandrie sous la conduite de César, et vantait avec orgueil sa flotte excellente et l'habileté de ses marins. La lutte commença donc. Après deux batailles navales, près de Myndos et dans le détroit qui se trouve entre Rhodes et Loryma, dans lesquelles l'habileté et la tactique des Rhodiens succombèrent à la supériorité numérique et à la force massive des vaisseaux de guerre romains, les Romains débarquèrent dans l'île de Rhodes même. Après un siège assez court, la ville de Rhodes, probablement grâce à la coopération d'une partie des habitants eux-mêmes, fut prise par Tennemi, pillée systématiquement par Cassius, qui insultait à son malheur, et ruinée pour de longues années. Cassius, il est vrai, avait défendu sévèrement à ses soldats de piller la ville, qui n'avait pas été prise d'assaut, mais seulement pour pouvoir d'autant mieux remplir sa caisse militaire. Car immédiatement après la prise de Rhodes, il fit exécuter cinquante de ses habitants les plus considérables; vingt-cinq autres furent bannis et leurs biens confisqués. « Les trésors du temple d'Hélios et des autres sanctuaires et édifices publics, tous les objets précieux, qu'ils fussent propriété publique ou privée, durent être livrés; en outre, il fallut payer une somme si considérable que le butin fut estimé à la somme de 8,500 talents » (51 millions de francs). Enfin la petite république si cruellement maltraitée dut aussi li\Ter ses vaisseaux de guerre; une
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garnison de 3,000 hommes, sous L. Varus, resta dans Tîle *. Après ces actes de violence, Cassius alla rejoindre Brutus à Sardes au commencement de Tanuée 42 '. Assez longtemps après, vers la fin de Tété de Tan 42, les armées républicaines — après que les premières troupes des triumvirs (que Tescadre de L. Statius Murcus, d'abord envoyée au Ténare par Cassius, après la prise de Rhodes, pour surveiller les mers occidentales et pour lever des contributions dans le Péloponnèse % ne réussit pas h arrêter dans la mer Ionienne), venant de Brundisium et de Dyrrhachion, eurent déjà occupé les défilés sur la frontière thraco-macédonienne — marchèrent sur la Thrace par Sestos et. Abydos, probablement sans se hâter. Bientôt les deux armées ennemies se trouvèrent en face Tune de l'autre, les républicains s'appuyant sur Philippes et Thasos, les triumvirs Antoine et Octavien sur Amphipolis et Thessalonique ; une bataille décisive était imminente \ Dans le camp des républicains se trouvaient, paratt-il, comme autrefois auprès de Pompée, à côté des troupes auxiliaires de rOrient, de nombreux bataillons de guerriers grecs, sur le secours desquels — peut-être faut-il excepter l'excellente cavalerie des Thessaliens et des Parthiniens (près de Dyrrha-
*) Appian., IV, 6S-74. V, 2. Dio Cass., XLVII, 33-36. Plut., Brut, c. 30 et 32 fin. Dio Chrysost. Oral. XXXI, p. 331 b. Zonar., X, 18. Valer. Max., 1,5, 8. Vell., II, 69 fin. Oros., Vf, 18. (D'après Dio Cass., t6t(i., 33,JesRhocliens, fiers de leur marine, étaient si sûrs de la victoire, qu'avant la bataille de Myndos ils montraient aux Romains les chaînes dont ils espéraient charger les prisonniers). — Les exuclions continuèrent même après le départ de Cassius; à la nouvelle de la mort de ce général dans la première bataille de Philippes. un lieutenant des généraux républicains, Cassius de Parme, brûla la plus grande partie de la flotte rhodienne et emmena avec lui trente vaisseaux. Appian., V, 2.
•) Plut., Brut., c. 34 init.; cf. Liv,, Epit. /i6. CXXII, — En Asie, le rhéteur Théodotos de Chios (Plut., Pomp., c. 77. Brut.^ c. 33. Zonar., X, 9. JoANN. Antioch., fr. 72, 9) ou de Samos (Appian , II, 84), qui avait contribué à faire assassiner par la cour d'Egypte Pompée fugitif, tomba au pouvoir de Cassius (d'après Zonar., ibid. Plut., Brut.y c. 33 fin. Pomp., c. 80 fin., il tomba entre les mains de Brutus) et fut crucifié sur son ordre. Appian.. II, 90 init.
') Appian., B. C, IV, 74 fin., 82.
*) Appian., IV, 86-108. Plut., Brut.j c. 38 sqq. Anton.y c. 22. Dio Cass., XLVII, 35-41. Zonar., X, 19. Liv., Epit. lib, CXXIll sqq. Vell., II, 70. Eu- TROP., VII, 3. Fix)r., II, 17. Gros., VI, 18. Cf. Tafbl , De Thessalon., p. XXVI 1 sqq.