‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 165 sur 186 · LES GBIÎCS POUR ET CONTRE ANTOINE · texte numérisé non relu

LES GBIÎCS POUR ET CONTRE ANTOINE

8* étourdir au milieu des jouissances les plus raffinées. On vit alors Cléopàtre demander pour elle-même les honneurs que les Athéniens avaient décernés à la noble Octavie (dont Antoine, alors seulement, se sépara formellement). Les Athéniens, si bien dressés au servilisme, hésitèrent un instant; mais les présents de la reine et les ordres dAntoine écartèrent tous les obstacles. Une députation de la ville, à la tète de laquelle .se trouvait Antoine lui-même, comme citoyen athénien, alla porter à Cléopàtre le décret demandé, « et bientôt ou vit briller dans Tacropole, à côté de la statue dAntoine, celle de la princesse déifiée^ ».

JLa Grèce était le lieu de rendez-vous des immenses forces de terre et de mer levées par Antoine. Une formidable effervescence régnait parmi les Hellènes dAchaïe, au moment où le monde romain tout entier prenait parti pour ou contre Antoine. Et^ chose assez remarquable, tandis que les légions et les escadres dAntoine remplissaient la péninsule hellénique, plusieurs villes trouvèrent moyen, guidées, il est vrai, par des motifs ou des sentiments locaux, d'exprimer leurs sympathies pour Octavien. L'immense majorité des Hellènes, et Athènes en première ligne *, s'étaient naturellement déclarés pour Antoine. Mais en Arcadie, où l'influence de la ville de Tégée et la vieille haine contre les Spartiates, partisans d'Octavien, avaient armé le peuple entier en faveur dAntoine, Mantinée, s'inspirant de sa vieille hostilité contre sa voisine, refusa son contingent; on vit même des guerriers de Mantinée se battre à Actium pour Octavien \ Quant aux Lacédémoniens, depuis longtemps amis d'Octavien \ non seulement ils refusèrent de se battre pour Antoine, en faveur duquel leurs ennemis héré-

*) Plut., Anton.f c. 57. Dio Cass., L, 15; cf. Drumann, vol. I, p. 469.

«] Sur Athènes, voy. aussi Tacit., Ann., II, 55 cl Senec, Suasor.y 1.

3) Pausan., VIII, 8, 6. 9, 3. 46, 1.

*) Rappelons ici qu'au printemps de Tannée 40 av. J.-C, Livie (plus tard épouse d'Octavien et alors femme de Tib. Claudius Drusus Nero), après la fin, si désastreuse pour les adversaires d'Octavien, de la guerre dePérouse, dans laquelle Drusus s'était battu contre Octavien, traversa la Grèce pour se réfugier auprès d'Antoine, et qu'une nuit, en Laconie, un incendie qui s'était déclaré dans une forêt mit en danger ses jours ainsi que ceux de son mari et de son fils Tibère encore enfant. Sueto.v., Tiber,^ c. 6. Cf. Dio Cass., LIV, 7.

4S0 LA GRÈCE ÉPUISER PAR i/aRMÉE D^ANTOINE

dilaires, les Messéiiiens, faisaient d'énergiques préparatifs; mais un de leurs concitoyens, Tardent Euryclès*, dont Antoine avait fait décapiter le père, Lacliarës, comme pirate, amena même des vaisseaux et des troupes à Oclavien*. Nous ne savons pas si Antoine n'eut pas connaissance de ces faits, ou s'il pensa qu'il ne valait pas la peino de punir ceux qui le bravaient ainsi, ou enfin si les Péloponnésiens qui combattirent dans les rangs de l'armée d'Octavien ne passèrent dans son camp que sur les derrières de l'armée d'Antoine et après les premières victoires d'Agrippa (voy. ci-après).

Cependant Antoine, qui avait négligé d'attaquer a temps eu Italie son adversaire encore insuffisamment préparé, prit §es quartiers d'bivcr à Patrœ, dans les derniers jours de l'automne de Tannée 32, et distribua ses forces le long des côtes de la mer Ionienne \ La Grète, où, pour la troisième fois, allait se décider le sort du monde romain, où s'était rassemblée une armée de 100,000 fantassins et de 12,000 cavaliers, dans les ports de laquelle se trouvaient 800 vaisseaux (parmi lesquels 500 vaisseaux de guerre), souffrait affreusement sous le poids de ces masses. Il y a plus : le manque de matelots — leur nombre avait été réduit de près d'un tiers, pendant Tbiver de 32 à 31 av. J.-C, par la désertion, le besoin et les maladies — obligea Antoine, surtout en 31, de contraindre partout les jeunes Grecs à prendre du service sur ses vaisseaux*; les citoyens les plus considérables (entre autres Nicarque de Chéronée, bisaïeul de l'historien Plutarque) furent employés aux travaux les plus vulgaires; on allait jusqu à les frapper et à leur faire porter des sacs^ La Grèce était arrivée

«) Pausan., IV, 31,3.

*) Pli:t., Anton , c. G7. (Eckhel, D. iV., H, p. 283, fait mention d'un légat d'Antoine, L. Serapronius Atratinus, qui commandait en Laconie ou sur les côtes du Péloponnèse). Les Spartiates pour Octavien, Pals., VIII^ 8, 6. IV, 31, 2. Si Tacite, Ann., IV, 43, a raison de dire qu'Antoine, comme César avant lui, se prononça en faveur de Sparte dans son vieux différend avec la Messénie au sujet du district de Denthéliates (p. 440, 2), il le fit peut-être dès l'année 44, de sorte que la reconnaissance des Spartiates pouvait bien s'être affaiblie pendant ce laps de temps. (Sur les sympathies d'une partie des Cretois pour Octavien, voy. ci-après, p. 461, 3).

3) Dio Cass., L, 9. Zonar., X, 28 fin. Put., Anton., c. 60.

*) Oros., VI. 19. Plut., Ant,, c. 62. 68.

^) Plut., Anton,^ c. 68.

LA GUERRE d'aCTIUM 45t

au comble de la misère et de l'appauvrissement. Athènes ellemême fut obligée, faute d'argent, de vendre ou d'engager à un créancier les revenus de Tîle de Salamine. C'est sous Auguste seulement que le riche Nicanor racheta Tilo à ses frais et la rendit à sa ville natale *.

Ce fut au commencement du printemps de l 'année 31 que com • mença la lulte. D'abord Agrippa, lo vaillant amiral d'Octavien, avec ses escadres légères, se faisait redoutcM' partout dans les mers et sur les côtes de la Grèce; il s'empara même de Méthone enMessénie*. Puis Octavien lui-même, qui ne disposait que de 80,000 hommes d'infanterie, de près de 12,000 cavaliers et de 250 vaisseaux de guerre, franchit sans encombre le détroit qui sépare Brindes de Corcyre, occupa d'abord le « port doux » près de Toryne en Épîre, et prit enfin position avec son armée de terre sur les hauteurs de l'étroite presqu'île qui sépare la partie nord-ouest du golfe d'Ambracie de la mer Ionienne. Sa flotte avait jeté l'ancre dans deux ports qui s'ouvraient sur cette mer, et dont l'un, le plus septentrional, du nom do Comaros, était éloigné de son camp de 60 stades (3 lieues), et Tautre de 12 stades (un peu plus d'une demi-lieue) \ Antoine se hâta alors de rassembler ses forces en Acarnanie et dans le voisinage. La position qu'une grande partie de son armée et de sa flotte occupait depuis un an * sur le promontoire d'Actium et dans les environs, et qui n'était séparée du camp ennemi que par l'étroit canal qui relie le golfe d'Ambracie à la mer Ionienne, devint le centre des opérations et le quartier général de l'armée de Vimpei^ator de l'Orient \ Or, tandis que les avant-postes des deux armées ennemies mesuraient leurs forces sur les rives du golfe d'Ambracie — sans parler de mouvements opérés par les deux adversaires vers l'intérieur du con-

*) Cf. ci-après, II, p. 200 sqq., et Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 605.

*) Dio CasSm L, il. ZoNAR., X, 29 init. Strabon, VIII, 4, 3, p. 551 (359). Oros., VI, 19.

') Dio Cass,, L, il et 12. Zonar., ibid. Plut., Antoji,^ c. G2 sqq. Strabon, VII, 7, 5, pag. 500 (324); cf. Flor., II, 21.

*) Oros., VI, 19. Dio Cass., L, 11, 12. Zonar., ibid.

*) Dio Cass., L, 13. Zon., ibid. Oros., ibid. Plut., Anton., c. 02 sqq. Dio Cass., L, 8. 15 et Plut., Anton. y c. 60, nous disent que cette bataille aussi fut'précédée de merveilleux présages; à Patrœ, entre autres, THéraciéion fut frappé par la foudre et brûla complètement. •

452 BATAILLE d'aCTIUM

tiiicnt gréco-macédonien et de Tagitation menaçante des Gëtes et Daces, alliés à Antoine contre Octavien — Agrippa continuait, sans se lasser, à courir les mers sur les derrières d'Antoine. La conquête de Tile de Leucade, une victoire navale à rentrée du golfe de Corinthe sur P. Nasidius, amiral d'Antoine, la prise de Palrœ et de la Nouvelle-Corinfhe *, tels furent les fruits de son incessante activité. Enfin la formidable bataille d'Actium (le 2 septembre de Tannée 31 av. J.-C), dontrissue doit être attribuée en grande partie à la conduite peu honorable d'Antoine et de Cléopâtre, décida des destinées de Tenipire romain. Ce drame émouvant fut suivi d'une petite scène qui jette une lumière étrange sur le caractère des Hellènes de cette époque. Quelques navires légers d-Oclavien poursuivaient en toute hàle Antoine, qui avait honteusement pris la fuite au moment décisif; le général fugitif accepta le combat avec son escadre et repoussa bientôt les vaisseaux ennemis. Une seule galère lacédémonienne, commandée par cet Euryclès dont nous avons parlé, tint bon, et le sauvage Spartiate, debout sur le pont, s'apprêtait à percer Antoine de son javelot. Et lorsque ce dernier, de la proue du vaisseau de Cléopâtre, lui demanda : « Qui es-tu, toi qui poursuis Antoine ? » Euryclès lui cria : « Je suis Euryclès, fils de Lacharès, et je veux, la fortune de César aidant, venger la mort de mon père. » Antoine s'attendait naturellement à un duel à outrance; mais, au dernier moment, le héros grec perdit courage et, n'osant pas attaquer le vieux lion lui-même, il se jeta sur quelques autres vaisseaux de Cléopâtre ; il en prit deux, en effet, dont Tun — probablement à la grande joie du fils du pirate Lacharès — était chargé de coupes précieuses et de vaisselle d'argent*.

Après avoir ainsi échappé à cette étrange tentative de vengeance, Antoine continua d'abord sa retraite vers le sud-est en passant par le Ténare^ La Grèce, épuisée et mourante, gisait aux pieds du vainqueur d'Actium.

*) Dio Cass., L, 13. 14. 30. Zonar., loc, cit. Flor., II, 21. Vell. Il, 84. A Corinthe commanda plus tard le procurateur Théophilos, affranchi d'Octavien. Plut., Ayiton.f c. 67 (in.

*) Plut., Anton., c. 67.

') ZoNAR., loc. cit. Dio Cass., LI, 5. Plut., Anton., c, 67.

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