‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 169 sur 186 · OCTAVIKN BIENFAITEUR DES HELLÈNES 4S · texte numérisé non relu

OCTAVIKN BIENFAITEUR DES HELLÈNES 4S

pour ne point insister sur quelques erreurs de détail*, il ne faut sans doute pas prendre à la lettre ce qu'il nous dit de la destruction complète ou de la disparition d'un grand nombre de viHes. Dans bien des cas, il s'agit, sans doute, d'une dépopulation momentanée ou d'antiques et célèbres cités tombées au rang de simples villages *. La description détaillée faite par Pausanias de la situation de la Grèce pendant les vingt ou trente dernières années du u* siècle après J.-C, que nous examinerons plus tard en détail, nous montre bien clairement que la ténacité avec laquelle les Ilollènes repeuplaient sans cesse des villes saccagées ou détruites, avec laquelle ils s'attachaient aux vieilles traditions locales et aux droits acquis, n'était nullement éteinte même à celte époque de profonde décadence morale et matérielle et malgré une tendance très marquée vers l'émigration en Italie; que, par conséquent, le tableau très chargé de Strabon n'est exact que d'une manière transitoire et que, au contraire, à partir de cette époque, la Grèce commence à se relever peu à peu, bien que très lentement, de son profond abaissement.

Dans le deuxième volume de cet ouvrage, nous nous proposerons, entre autres choses, de suivre les traces de ce relèvement progressif de la Grèce sous la domination des Césars. Ici, nous avons, en somme, à faire avant tout le tableau du nouvel état de choses qui commença pour l'antique pays des Eellènes, par suite des événements décisifs qui eurent lieu sur les rivages du golfe d'Ambracie et sur la côte de l'Egypte.

La dernière guerre entre Antoine et Octavien, nous l'avons dit plus haut, avait achevé la ruine de la Grèce; si bien que même le froid Octavien en fut profondément ému. Peu après la grande victoire remportée à Actium, il parcourut la Grèce, ouvrit aux Hellènes allâmes et appauvris les magasins remplis par lui et par Antoine '\ prit partout les mesures que la situation rendait nécessaires, se fit initier à Athènes aux

*) NcHis avons déjà fait ressortir (ci-dessus, p. 455, 3) l'erreur relative à Mantinée.

') Voir les idées particulières de Strabon à cet égard, IX, .5, 12, p. 664 (434). Cf. les développements dans lesquels entrent Citrtius, Peloponnesos , voU I, p. 81-84 et KuHN, Stàdt. Verfass,^ vol. 11, p. 65 sqq., 76 sqq.

.*) Plut., Anton, j c. 68.

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mystères d'Eleusis*, et passa ensuite Thiver dans l'île de Samos '. Le voyage rapide, motivé par le soulèvement d'une partie de ses vétérans, qu'il fil de Samos en Italie dans Thiver de Tan 31 à 30 av. J.-C. et pendant lequel il fut deux fois surpris par la tempête — entre le Péloponnèse et TÉtolie et sur la côte parsemée d'écueils du nord de TEpire' — de même que le voyage que fit Octavien quelques semaines plus tard de Brindes en Syrie par Corinthc et Rhodes *, pour porter le dernier CQup à Antoine; enfin le retour du nouveau monarque et son passage en Grèce dans Tété de Tan 29 *, tout cela ne nous offre pas beaucoup d'intérêt. Et cependant les temps qui suivirent la bataille d'Actium eurent pour la Grèce une importance capitale, parce que — c'était un effet immédiat de la lutte pour l'empire — on vit naître alors des institutions nouvelles qui, pendant des siècles, exercèrent une inÛuence décisive sur le sort des Hellènes. On sait que, par suite des luttes intestines qui déchirèrent l'Italie depuis Tan 43, de grandes perturbations eurent lieu dans l'état de la propriété foncière; Octavien se vit forcé de distribuer des terres, tant à de nombreux Italiotes qui avaient perdu leurs biens depuis 43 et 42 qu'à des milliers de ses vélérans victorieux, à ceux-ci pour les récompenser de leurs longs services. C'est ainsi que, depuis sa victoire sur Antoine, le jeune César reprit, sur une vaste échelle, l'œuvre de son père adoptif ; c'est alors que commença rétablissement en masse de colons d'origine romaine et surtout de vétérans sur le sol de la péninsule grécomacédonienne, qui fut d'un si grand secours aux tendances

*) Dio Cass., LÎ, 4 init. 54, 9. (Cf. Plut., Ani.^ c. 68.) Sueton., Odavian,f C.93. Ce fut alors que le fameux (p. 439, i) Cassius de Parme fut exécuté comme meurtrier de César, Valer. Max., I, 7, 7. Drumann, vol. 111, p. 732. Vol. II, p. i63.

') SuETON., Octav.j c. 17.

^1 SuETON., ibid,

*) A cause des tempêtes d'hiver, on transporta Tescadre d'Oclavien de l'autre côté de l'isthme, par la route de terre, depuis longtemps connue sous le nom de Diolkos. Dio Cass., LI, 5. Zonar., X, 30. On exécuta alors par ordre d'Octave, dans l'île de Cos, un des meurtriers de César, P. Turullius, qui, pendant la guerre civile qui se termina par la bataille de Philippes, avait fait couper, pour construire des vaisseaux, le bois consacré à Asclépios, à Cos. Dio Cass , LI, 8. Valer. Max., l, 1, i9.

«) Dio Cass., LI, 21. Zonar., X, 31. Oros., VI, 19.

LA COLOMK DE MCOPOLIS 459

égalilaircs de Tempire dans ses contrées. La première et la plus célèbre de ces colonies nouvelles fut la ville de Nico* polis (appelée aussi Actia Nicopoiis) qui, en 30 av. J.-C/, fut fondée, en commémoration de la victoire d*Âctium, sur l'ancien emplacement du camp d'Octavicn. Le lieu élevé où s'était trouvée la tente d'Octavien fut pavé de pierres de taille ; on Torna d'un certain nombre de rostres provenant des vaisseaux d'Antoine, d'un temple d'Apollon, et enKn dés statues en bronze d'Eutychos et de Nicon — d'un conducteur d'âne et de sa bêle, qu'Octavien avait rencontrés le matin de la grande bataille, cette rencontre ayant été considérée comme un présage de victoire — qui devaient à leurs noms de bon augure l'honneur dé servir de symboles à la ville nouvelle. (Zonaras, bien des siècles après, vit ces statues dans un théâtre de Constantinople). Le port de Comaros et l'autre, plus rapproché (p. 451), devinrent les ports de Nicopoiis. Le temple d'Apollon, sur le promontoire d'Actium, fut considérablement agrandi; un certain nombre de vaisseaux de guerre qu'on avait pris à Antoine furent consacrés à la divinité, comme trophées de la victoire, dans les chantiers établis sur le rivage au pied du promontoire. Enfin Octavien institua, en l'honneur d'Apollon Actien et pour perpétuer le souvenir de sa grande victoire, de nouveaux jeux artistiques, nautiques et gymnasliques, avec courses de chars ; ces jeux, appelés i4c/ia, devaient être célébrés tous les cinq ans, probablement le jour anniversaire de la grande bataille, et s'ajouter comme cinquième fête aux quatre grandes solennités nationales de la Grèce*. Cependant Octavien ne se contenta pas

') ZuMPT, Comm. Epigr., vol. I, pag. 376. Blrsian, Geogr.^ I, p. 32 8qq. et 113. lli. Sur Tannée de la fondation, qui fut décrétée sans doute bientôt après la victoire, v. la chronique de Cassiodore, publiée par Mommsen, à l'an 724 U. C, p. 626. (Cf. Euseb,, Chron. édit. Aucher, vol. Il, p. 257, ad 01. CLXXXVIII. HiERO.NYM., ap. Roncall., I, p. 410 ad Oi. CLXXXVII); V. aussi Dio Cass., LI, 1. Joseph., Ant., XVI, 5, 3. Tacit., Ann., II, 53. V, 10. Pompon. Mel., II, 3, 10. Tabul. Peutinger. et Hesych. Miles., Hùt. Roman, fragm,, lib. V, 2, init. (dans C. Muller, F. H. Gr., t. IV, p. 145)» Syncell., Ckron., p. 308 (éd. Bonn., vol. I, 5g3).

2) Strab., VII, 7, 5 et 6, p. 500 sqq. (324 sqq.) Dio Cass., L, 12. 51, 1. SuETON., Octav,, c. 18 et 96. Zonar., X, 30, init. Plut., Anton. ^ c. 62, 65. Anthol. (éd. Jacobs), vol. II, p. 203. Eckhel, D, N,, II, p. 165 sqq.

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