LA COLONIE DE NICOPOLIS
d'établir à Actium des colons romains * ; pour hâter le développement de la nouvelle ville, on obligea les habitants des villes et des campagnes voisines de s'établir en masse à Nîcopolis; Ambracie en Épire, Argos Ampliilochîcon, les villes acamaniennes de Leucas, d'Anactorion et de Thyréîon, Calydon et le reste de TÉtolie durent céder une grande partie des habitants qui leur restaient pour peupler la nouvelle colonie, où Télément grec domina ainsi dès le début'. Cette mesure arbitraire, à laquelle une grande partie des Étoliens ne parvint à échapper qu'en émigrant à Amphissa en Locride', fut si rigoureusement exécutée que les statues des dieux ot les objets d'art des villes ainsi dépeuplées furent emmenés à Nîcopolis. Le nouveau maître de l'empire agissait d'ailleurs avec tant d'arbitraire, qu'il donna à d'autres villes (v. plus bas) plus d'une de ces œuvres d'art, comme s'il les avait enlevées à l'ennemi *. Dans tons les cas, cette espèce de synœcisme n'élait pas sans danger. La fâcheuse expérience qu'on avait faite bien des années auparavant, lors de la fondation de Mégalo-
D'après Slrabon, loc. cit., les vaisseaux consacrés au pied du promontoire d'Actium avaient, à répo(|ue où il écrivait, été détruits par le feu : les jeux i< Actiaques » (Bocrh, (;. /. Gr., I, n"" 1008. 1720) étaient au fond le développement d'une ft^le qui existait déjà dans cette contrée (sur le sol acarnanien, près du temple d'Actium), Ils furent célébrés pour la premier»^ fo'is en 720 V. C, 28 av. J.-C, et le furent aussi à Rome. Pauly, il. E., vol. I, p. 2002. Becker-Marquardt, h. A. y vol. IV, p. 482. Prellf.b, Bôm. MylhoL, 2*édit.. p. 274. V. aussi Mummsen, Monum. Ahcyr., p. 26. Les jeux Actiaques à Nicopolis (sur la plus ancienne des deux fêtes, v. encore Stephan. Byz., s. v. "AxTia) furent placés par Auguste presque sur le même rang que les jeux Olympiques; on comptait par actiades, comme par olympiades; les vainqueurs auxjpux Actiaques s'appelaient actioniques et jouissaient d'honneurs semblables à ceux qu'on décernait aux olvmpioniques. Cf. Bc»CKn, C. ï. Gr.. vol. 111, n° 580i, p. 730 (et n» 4472).
*) La séparation primitive de l'élément romain de l'élément grec est indiquée par Plin., N. H., IV, 1 (2), 5. Zumpt, C. E., vol. I, p. 376. 473; cf. BuRSiAN, loc. cit.
*; Cf. Pausan., V, 23,2. VII, 18, 6, 21, I. X, 38, 2. Antipater, Anth, Palal»y IX, 553. Dio Cass., LI, 1. Strahon, Inc. cit., p. 501 (325). X, 2, 4, p. 691 (450).
•'*) Pausan., X, 38, 2. Nous lisons avec intérêt le nom d'un artiste élolieii, le peintre M. Ludius Helotas, qui vivait en Italie au temps d'Auguste et orna de différents paysages un temple à Ardée. Plin., N. H., XXXV, 10 (37), 115; cependant Sillio prouve que cette leçon est inadmissible.
*) Paus., VII, 18. 6, 21, 1.
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polis en Arcadie, se répéta ici, et cela sur uae plus vaste échelle; la concentration dans une grande ville d*une population disséminée au loin exerça incontestablement une influence fâcheuse sur la culture et la population des cantons voisins, et aura sans doute contribué pour beaucoup à donner aux cantons occidentaux do la Grèce centrale cet air de solitude dont Slrabon nous fait un si lugubre tableau (p. 453 sqq.). Et cependant, la fondation d*une grande ville, dans un endroit très favorable au trafic, surtout avec l'Occident, n'en était pas moins une idée heureuse. Les habitants de la Grèce occidentale, tombés peu à peu dans la misère, furent ainsi arrachés à l'existence obscure qu'ils menaient dans leurs villages et leurs villes à moitié ruinées, et réunis comme en urr faisceau avec les éléments de vie qu'ils possédaient encore; ils purent ainsi faire preuve une fois de plus de leur aptitude à fonder de nouvelles colonies. Nicopolis, dotée d'un territoire très étendu, qui comprenait notamment des parties assez considérables de TÂcarnanie, favorisée par Auguste au point de vue politique (v. plus bas), capitale de l'Acamanie et de TÉpire méridionale, se développa rapidement, comme nous le raconte Strabon, qui vécut à cette époque», et s'efforça d'éclipser les vieilles cités de la Grèce par la splendeur de ses édifices nouveaux, parmi lesquels on remarquait surtout deux théâtres — dont l'un, plus petit, était situé à l'ouest de l'acropole, et dontl'autre, plus grand, construit en grosses briques rouges, était au nord de la citadelle et adossé à la colline qui avait porté la tente d'Octavien — et un aqueduc qui d'une distance de six lieues amenait de Teau potable à la ville '. Le stade où l'on célébrait les jeux actiaques se trouvait, avec un gymnase, au pied de la colline mentionnée plus haut, dans un bois faisant partie du faubourg^.
Octavien agit d'une façon tout à fait analogue dans le Péloponnèse. L'Achaïe occidentale, qui était tombée si bas, lui parut particulièrement propre à la fondation d'une ville nouvelle ; il choisit pour cela l'antique Patraî, depuis longtemps presque
4) Strab., VII, 7, 6, p. 501 (325). Cf. X, 2,2, p. 691 (450). ') BuRSiAN, Geogr., vol. I, p. 33 sqq. 3) Strab., Vif, 7, 6, p. 501 (325).