AUGUSTE ET LES HELLÈNES
qu'en passant, comme ayant eu moins d influence sur le développement ultérieur de la Grèce'.
Cependant les dix ou douze années qui suivirent la bataille d'Âctium eurent, à un point de vue tout difl*érent^ une grande importance pour les Hellènes. Ce fut alors en effet que, d'un côté, les rapports politiques entre Rome et les Hellènes d'Europe-furent enfin clairement définis et établis d'une façon durable; de l'autre, Octavien — appelé Auguste depuis 27 av. J.-C. — en se basant sur les décrets que, bientôt après sa grande victoire, il avait publiés en divers lieux, prit une série de mesures qui réglèrent définitivement la situation d'un certain nombre de cités grecques; cela eut lieu notamment entre les années 22 et i 9 av. J.-C, pendant lesquelles Tempereur parcourut une grande partie des provinces orientales de l'empire et donna sa forme définitive au gouvernement provincial. Ces dispositions avaient évidemment pour base un système déterminé. Malheureusement nous ne connaissons la teneur et la date que d'un petit nombre d'entre elles. Il est probable que l'attitude des divers Etats de la Grèce pendant la lutte entre Antoine et Octavien n'eut d'influence sur les mesures que prit le vainqueur qu'immédiatement après la bataille d'Actium, et que, plus tard, elle ne fut guère prise en considération*. L'autonomie octroyée aux cités Cretoises de Cydonia et de Lampa (Lappa) dès 31 av. J.-C. ', et le châtiment de la cité de (^nossos, ennemie d'Octavien *, avec le territoire (ou les
siAN, tirco^r., I, p. 18. Sur les colons de Dyrrhachion, v. Dio Cass., LI, 4. Plin., m, 23 (26), i45; de Philippes. Strabo.v, VII, fr. Palat. Valic, 41, p. 511 (331). Dio Cass., ibid. Plin., IV, 11 (18), 42: de Cassandria, Plin., IV, 10 ^17), 36; de Pella, Plin., IV, 10 (17), 34; de Dion, I^lin., IV, 10 (17), 35; de Boullis, Plin., /6iVi., et v. en général Zlmpt, Comm. Epigr., vol. I, p. 376-378. Mommsen, Monum. Ancyr., p. 82. Beckeiv-Marquardt, R. A., IIÎ, 1, p. 118. 129. 336 sqq.
*) Mégare n'esl appelée colonia que par Pline, N. //., IV, 7 (11', 23.
«) Dio Cass., L1, 2. Pals.. IV, 31, 2.
S) Ce fut la récompense de leur appui conlre Antoine ; je ne sais si c'est au moven d'un soulèvement dans leur île ou en envoyant des renforts à Actium qu'elles s'étaient rendues utiles. La ville de Lampa, qui avait beaucoup souffert (à cette occasion ou seulement lorsqu'elle fut prise par Métellus, p. tte3, c'est ce que Dion Cassius ne dit pas), recrut d'Oclavien des sommes considérables pour se relever. Dio Cass., L1, 2.
*) Vbll., II, 81. Dio Cass , XLIX, 14. Strab.,X, 4, 9, p. 731 (477). Le
revenus) de laquelle il dédommagea les colons de Capoue (établis autrefois, eu 39, par César sur le domaine capouan, et lésés dans leurs intérêts par les faveurs récemment accordées aux vétérans), ne touchèrent pas de plus près les autres Grecs d'Europe. Les Spartiates, par contre (qui, en 40, avaient gagné les bonnes grâces du souverain en recevant chez eux Livie [p. 449, 4] laquelle, depuis, épousa Auguste*), obtinrent, en récompense de leur participation à la lutte contre Antoine, riionneur de la préséance aux nouveaux Jeux actiaques*. On crut que c'était pour punir les Messéniens de leurs sympathies pour Antoine qu'Auguste, qui se trouvait alors (probablement en 21 av. J.-C.) à Sparte dont il charmait les habitants en prenant part à leurs syssities*, sépara de la Messénie, pour les donner à Sparte*, les districts de Phérœ (d'Abia)et de Thuria (p. 277, 2), situés au sud-est entre le Taygète et le Pamisos inférieur. Les rapports redevenus, paraît-il, indécis depuis quelque temps) entre Sparle et les Éleuthérolaconiens, rapports qui, du reste, avaient perdu^ selon toute apparence, leur ancienne raideur, furent réglés définitivement de la manière suivante : Sparte obtint en Laconie ^ le port de Cardamyle, situé sur la frontière des districts messéniens nouvellement acquis, et en outre (p. 277, i) Tîle de Cythère, qui devint ou resta la propriété d'Euryclès.
D'après une décision du prince, les autres villes considérables
territoire de Cnossos était (d'après Bockh, (.'. I. Gr., vol. 11, n^ 2597, p. 434) encore vers la fin da iv° siècle (en 383) après J.-C, entre les mains des habitants de Capoue. Cf. Beoker-Mahqiardt, 111, 1, p. 224. 336.
') Dio Cassils, LIV, 7.
•) Stiub., vu, 7, 6, p. 501 (325). En souvenir de son séjour à Apollonie (p. 405) et reconnaissant de l'attachement dont les habitants de cette ville avaient alors fait preuve pour sa personne, Auguste non seulement confirma leurs lil)ertés , mais leur accorda aussi Timmunité et d'autres faveurs. Nicol. Damasc. (ap. Mlller, Fr. H. Gr , 111, p. 430, n^ iOi), DevHa Cses., XVII, 3.
») Dio Cass.. LIV, 7.
*) Pals., IV (1, 1), 30, 2. 31,2; cf. Curtius, Pelop., v. H, p. 128.1(51-163. 286 sqq., qui croit que ce fut à cette occasion que les Thuriens durent abandonner leur antique ville située sur la hauteur pour s'établir dans la plaine (Paus., t6/(/.). Nous ferons voir (vol. 11) que celte nouvelle délimitation des frontières entre Sparte et la Messénie ne survécut pas à Tépoque d'Auguste.
5) Voy. sur Cardamyle, Paus., III, 26, 5. Cf. Curtius, Pelop., II, p. 214. 285. 287. Sur Cythère, v. Dio Cass., LIV, 7. Curtius, p. 302.
de la Laconie, alors encore au nombre de vingt-quatro, devaient former à Tavenir la confédération indépendante des Éleuthérolaconiens'. En Arcadie, où les habitants do Mantinée^ peutêtre avec le secours de Tenipereur, avaient bâti un temple à Aphrodite Symmachia en souvenir de leur participation à la bataille d'Aclium sous les aigles d*Octavîen, ce dernier punit les Tégéates en faisant enlever de leur temple d'Athéné Aléa une vieille statue de cette déesse, qu*il lit transporter à Rome, ainsi que les dents du sanglier mythique de Calydon, dont on conservait les restes en cet endroit*. Les Athéniens perdirent, en 21 av. J.-C, la ville d'Érétrie et Tile d'Égiue% qu'Antoine leur avait donnée (p. 441) en 41 av. J.-C, de sorte que le territoire d'Athènes ne comprenait plus, outre TAltique avec Salamine, que les districts d'Haliarte, d'Oropos *, et, outre Délos et quelques-unes des Cyclades et des Sporades, les anciennes possessions d'Imbros, de Lemnos et de Scyros*. En outre, Auguste, qui appréciait Thonneur d'être citoyen d'Athènes, interdit aux Athéniens la coutume peu
*) Dix-huit de ces villes subsistaient encore ù l'époque de Pausanias et des Antonius comme communes éleuthérolaconiennes; d'après Faisan., 111, 21, 6, c'étaient Gythéion, Teuthrone, Las, Pyrrhichos, Kainépolis, OKtylos, Leuctra, Thalamaj, Alagonia, Gérénia, Asopos, Acriit, Bœa.*, Zarar, Kpidauros Limera, Prasiir, Géronthras Marios : cf. aussi Curtus, Pelop., vol. I, p. 83. II, 214. Sur rhypulhcsc d'O. Miller (Die Df^'icr, vol. Il, p. 22 sqq.) concernant six autres villes qui auraient appartenu aux Éleuthérolaconiens, v. Curtils, op. cit., vol. II, p. 332; cï. en général G. Wkber, De GytheOt p. 32 sqq., et Hermann, Gricch. Stnatsalt,, g .50, 22 sqq , et sur leur confédération et leur constitution; ci-dessus, p. 286, 1. Werër et Herman.n, loc, cit., et cf. aussi Pai.s , III, 26, 6.
*) Pals., VIII, 9, 3. 46, 1 et fin. Curtils, Pelop., vol. I, p. 255. — Sur d'autres points, le goût du prince pour les beaux-arts lui faisait accorder des faveurs; c'est ainsi qu'Auguste M'après Strar., XIV, 2, i9, p. 972 [657]) diminua, dit-on, de 100 talents le tribut de l'île de Cos, parce que les habitants lui cédèrent un tableau représentant Aphrodite Anadyomène, la mère mythique de la gens Julia, pour le consacrer à Rome à la mémoire de César.
») Dio Cass., LIV, 7 (Cf. 0. Miller, Aegim't,, p. 193. Buckh, C. I. Gv., Il, p. 177). Nous ne savons si les indications données par Plut., Apophth. Rom, apophth, Augxist,, 13, se rapportent à ce temps-là; cf. Ahre.ns, p. 12, n® 2,
♦) PAUSA.N., I, 34, 1. Strad., IX, 1, 22, p. 612 (399). Burs'ian, Geogi\, vul. I, p. 220.
^) Cf. Ahrens, p. 60 sqq., et Beltler, p. 40 sqq.; sur Délos, v. vol. II et ci-dessus, p. 360. Buckh, (\ L (ir., vol. Il, n© 2371, prouve que Céos notamment resta aux Athéniens; sur Sciathos, v. n<* 2153.
honorabir do vendre au preminr venu leur droit de cité'. Enfin, nous ne savons pas si l'on procéda alors à la fixation de la frontière méridionale de la Thessalie ', dont nous avons parlé plus haut, vers TŒta et les Thermopyles (p. 285 suiv.); car le privilège de Tautonomie, qui fut octroyé à Tile de Samos, en 19 av. J.-C, par le prince qui récemment y avait encore passé Thiver ^, concerne plutôt la province d'Asie.
Ce qui eul pour tous les Grecs d'Europe une importance capitale, ce fut la fixation de leur situation politique à Tégard de Home. On sait qu'Auguste, lors du remaniement complet de Tadminislralion de Tempire, en 27 av. J.-C, partagea avec le Sénat le gouvernement des provinces. Depuis cette époque, les divers pays de la péninsule gréco-macédonienne situés au sud du haut plateau dardanien nous apparaissent comme provinces sénatoriales. De la Macédoine, le proconsul M. Licinius Crassus avait, depuis 30 et 29 av. J.-C, avec autant d'énergie et de cruauté que de succès, fait la guerre aux Daces, qui, comme alliés de M. Antoine, avaient menacé eu 31 la Macédoine, et aux autres peuplades du Nord, notamment aux Bastarnes et aux Mœsiens, ainsi qu'à une partie des Thraces; il avait par là assuré enfin la sécurité des frontières macédoniennes*. La Macédoine, qui, dans son ensemble, comprenait toujours encore Tancien territoire bien connu situé entre le fleuve Nestos, à l'est', le haut pays dar-
*) Dio Cass., LIV, 7 et ci-après, vol. II. Cependant, le commerce du droit de cité paraît avoir repris bientôt de plus belle (Ellissen, p. 27 sqq.).
2) Dio Cass., LIV, 9 et cf. ci-dessus, p. 314, 2. Syncell., p, 313 P. c.
3) Sur les Athamanes, voy. ci-dessus, p. 454, 3; les Perrhèbes du temps de Slrabon avaient cessé, ou à peu près, de former une peuplade à part. Strab., IX, 5, 22, p. 675 (442).
*) Dio Cass., LI, 22-27. (Cf. Plut., Ant., c. 63.) Zonar , X, 32 inil. Flor , 11,26 Liv., Epit., CXXXIV sqq. Rosler, Das vovrômische hacicn^ p. 8-15. La guerre continua, il est vrai, pendant de longues années encore dans la Dalmatie, la Pannonie et toute la vallée du bas Danube ; il faut en dire autant du haut pays de Thrace; les combats qui y eurent lieu menacèrent plus d une fois la Macédoine voisine (en 23 av. J.-C, v. Dio Cass., LIV, 3; en j6 av. J.-C. Dio Cass., LIV, 20; en 11 av. J -C, v. Dio Cass.. LIV, 3i Liv , EpU.y CXXXVIII. Vell., II, 08. Flor., 11,27; en 6 ap. J.Ci Dio Cass., LV, 20 30. Vell., II, 110); ce n'est que pendant les dernières années du rè^rne d'.Auguste que la Macédoine jouit d'une complète sécurité.
^) Les combals livrés dans le bassin du Danube donnent lieu ensuite à la formation d'une série de provinces nouvelles qui, jusqu'à la conquête de la