SITUATION DU ROI PHILIPPE
ta^ndis que l'année syricane se trouvait déjà près d'Aulis, sur la. rive béotienne de l'F^uripo, ot que le général syrien Ménippos détruisait près de Délion un délarhemeut romain de 500 hommes (que Flamininus voulait également lancer de Corinlhe à Chaicis), et fournissait ainsi au Sénat un dernier motif pour déclarer la guerre * — força les partisans de Rome à s'enfuir de la ville et livra ensuite cette position importante au Séleucide. La garnison, composée d'Achéens et de Pergaméniens, s'était réfugiée à temps dans la ville béotienne de Salganée; mais elle dut bientôt livrer cette place à Ménippos, à la condition d'en sortir avec les honneurs de la guerre. Les villes de TËubée suivirent sans hésiter Texoniple de Chaicis*. Cet important succès d*Antiochus ne resta pourtant pas tout à fait sans effet immédiat; outre les Eléens et les Messéniens, qui, cette fois encore, suivirent tout simplement la politique étolienne ', les Béotiens se joignirent h lui sans réserve et, pour l'honorer tout particulièrement, lui élevèrent une statue dans le temple d^Athéné Itonia près de Coronée ; mais les Kpirotes, eux aussi, recherchaient dès ce moment son amitié pour parer à toutes les éventualités, sans toutefois rompre complètement avec les Romains *. 11 s'agissait maintenant d'aller de Démétrias en Thessalie avec les Etcdiens et les Alhamanes (dans l'hiver de Tannée 192 à 191 av. J.-C). Qunnt à Ilannibal, pour qui les Grecs — excepté peut-être les Etoliens et les Achéens — ne comptaient pas, il insista plus que jamais sur la nécessité de décid(»r le roi de Macédoine k pn»ndre part à la gu(»rre contre Rome, ajoutant que, si cela était impossible, il fallait l'occuper par d'autres troupes venues du côté de la Thrace, et transporter sans tarder le théâtre de la guerre en Italie avec le gros de l'armée syrienne, qu'il importait de faire venir d'Asie aussi rapidement que possible ^ Mais Antiochus ne sut tirer presque aucun profit de» ce conseil dicté par le bon sens. 11 est bien possible que le roi Philippe, qui ne supportait
*; Liv., XXXV, 51. ArpiAN., Syr., c. 15. Cf. Diod., XXIX, 1.
*) Liv., XXXV, .50 et 51. Appian., Sy'-. ti. 1-.
-) Liv., XXXVI, 5 et 'M inil. Polyb., XX, ^.
*i PoLYB., XX, 3 et 7. Liv., XXXVJ, 5. 0. 20. 35. Appian., Sy#'., c. 13.
^ Liv., XXXVI, 6-8. Cf. Appian., Syr., c. (7). 13. 14. Ji;sTi.f.,XXXI, 5.
118 l'IllLlPPE ALLIÉ DKS ROMAINS
(]U*avcc un profond chagrin son abaissement par la paix do Tannée 196, eut réprimé la colère qu'avait laissée au fond de son cœur contre le Grand-Roi la lenteur et l'irrésolution de ce dernier, son allié naturel dans la dernière guerre contre les Romains : qu'il se fût livré avec joie à Tespoîr de reconquérir avec le secours de la Syrie la position qu'il avait eue encore en 198, si seulement Antiochus avait su le traiter convenablement et lui inspirer quelque confiance par sa politique. Au lieu de cela, le firand-Roi s'était enrichi des débris de la puissance macédonienne en Asie-Mineure et en Thrace. Et maintenant que les Romains, dont Philippe avait appris à connaître etàcraindre suffisamment la puissance militaire et la décision, faisaient évidemment à TAntigonide les offres les plus séduisantes (entre autres choses, probablement la restitution de la côte de Thrace et la possession de toutes les villes et contrées que les Macédoniens pourraient reprendre aux Etoliens et h leurs partisans éventuels en Grèce*), Antiochus non seulement paraît en Europe avec des forces si peu considérables que Philippe, en se joignant au Séleucide, eût dû certainement supporter le choc des Romains à peu près seul ; mais il blesse profondément le roi Philippe en faisant espérer, dans le but de gagner l'insigniliant Amynandre (ci-dessus, p. 65), la couronne de Macédoine à Philippe, beau-frère de celui-ci, qui prétendait descendre d'Alexandre le Grand •• Si c'était une menace, elle ne produisit aucun effet sur le fier Antigonide. Il paraît cependant qu' Antiochus, sur l'avis d'Hannibal, avait entamé, de Démétrias, de sérieuses négociations avec Philippe ; mais ses tentatives échouèrent complètement. Ce que le Grand-Roi offrit à l'Antigonide comme prix de son alliance contre Rome n'est pas bien connu"; mais nous apprenons
*) Les propositions des Romains les plus séduisantes pour Philippe ne lontpas, il est vrai, sp^^cialement mentionnées par les historiens originaux; mais la suite entière des événements montre bien que la perspective certaine de reconquérir une partie de son ancienne puissance de la manière indiquée plus haut, comme allié des Romains, a dil être offerte à Philippe. Sur les négociations des Romains avec Philippe, cf. au moins encore Appian., Maced., c. 7, et notamment Liv., XXXVI, 35. XXXIX, 23-28.
«) Liv., XXXV, 47. XXXVI, 8. Afpian., Syr., c. 13.
*) Le seul passage qui parle d'une façon explicite des propositions d'Anliochus (Liv., X.XXIX, 2S) nous apprend que celui-ci avait offert au roi
l'hiver de 192-191 av, j.-c. 119
qu'Anlîochus, soit que les négociations eussent déjà échoué, soit même que Philippe hésitât encore, blessa cruellement le roi de Macédoine en faisant ensevelir magnifiquement, après avoir envahi pour tout de bon la Thessalie, les ossements des Macédoniens tombés sur le champ de bataille de Gynoscéphalçs qui blanchissaient encore sans sépulture. Profondément irrité, Philippe, trop passionné pour voir dès à présent avec le calme et rintelligence de Thomme d'État l'impossibilité morale d'une alliance loyale avec Rome et les suites nécessaires et pleines de dangers d'une semblable union pour la Macédoine, se jeta sans tarder entre les bras des Romains ; il devint dès lors le plus zélé champion de Rome contre Antiochus*.
Antiochus, qui, en somme, ne suivait pas les conseils d'Hannibal, avait donc envahi la Thessalie ; mais il y fut partout reçu en ennemi. La ville de Phérae ne se rendit qu'après une lutte opiniâtre à Antiochus et à ses alliés étoliens et athamanes ; et lorsque (tandis que Ménippos et un corps d'armée étolien parcourait la Perrhébie), après la soumission d'une grande partie de la Thessalie moyenne et méridionale par les différentes armées alliées, il parut devant Larissa et rencontra là aussi une résistance énergique, la nouvelle de l'approche d'un détachement romain de 2,000 hommes seulement sous Appius Claudius, envoyé d'ApoUonie et se disant l'avantgarde de l'armée romaine et macédonienne, le décida à se retirer promptement à Démétrias*. Pendant assez longtemps, les hostilités furent suspendues. Antiochus passa le reste de l'hiver (191 av. J.-C.) à Chalcis; mais, au Heu de se préparer avec ardeur à la campagne du printemps suivant, le roi, qui avait passé la cinquantaine^ tomba amoureux de la belle fille du riche Cléoptolème et célébra des noces splendides, tandis
Philippe comme prix de son alliance la somme de 3,000 talents, 50 gros vaisseaux de guerre et la restitution de ce qu'il avait autrefois possédé en Grèce. On ne sait si ce sont d'autres diffîcultés qui firent échouer les négociations ou si c'est seulement la maladresse que commit Antiochus en ordonnant les funérailles sur le champ de bataille de Cynoscéphales. Nissen enfin, p. 179 suiv., nous engage avec raison à ne pas nous appuyer sur le passage de Zonaras (IX, 19), pour bâtir des hypothèses relativement aux villes de la Xhrace
«) Liv., XXXVl, 8 et 4 init. Cf. XXXÏX, 28. Appian., Syr,, c. 16.
•) Liv., XXXVI, 9-11, init. Appian., Syi\, c. 16.