‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 17 sur 186 · ROIDEUR DES ÉTOLIENS VIS-A-VIS DE ROME · texte numérisé non relu

ROIDEUR DES ÉTOLIENS VIS-A-VIS DE ROME

même temps d'attirer dans le parti romaia, par des offres séduisantes, le roi Philippe, dont l'attitude dans la guerre pro- «liaine n'était nullement indillérente. Flamininus s'aperçut bientôt que le passage subit des Kubéens et des peuplades Ihessaliennes de la domination macédonienne sous le protectorat romain avait plus d'une fois causé de graves compliealion dans ces contrées, (le fut d'abord chez les Magnétos, à Démétrias, que Flamininus trouva des dispositions inquiétantes. On y avait répandu le bruit, probablement fondé, que celte importante forteresse avait été promise par les Romains au roi Philippe, en vertu d'une convention secrète, comme prix de sa participation à la guerre contre Antiochus. Profondément irrités, la plupart des oligarques s'étaient rapprochés du parti syro-étolien ; la position de Flamininus n'était pas facile. Il est vrai que le magnétarque Eurylochos, qui s'était complètement brouillé avec l'homme d'État romain dans une discussion publique, crut devoir, en attendant, se rendre en Etolie; dans tous les cas, les Romains ne pouvaient plus compter sur la fidélité des Magnètes *. Les Ltoliens, au contraire, ne craignirent pas de proférer ouvertement des menaces et de manifester leur haine. Le général Thoas était revenu de la cour de Syrie; il avait avec lui Ménippos» un ambassadeur d'Anliochus; et ces deux hommes, par leurs pompeuses descriptions de la richesse et de la puissance du Grand-Roi, avaient tellement surexcité le peuple étolien qui allait, dans une assemblée générale, se prononcer définitivement sur l'alliance avec Antiochus et la rupture ouverte avec Rome, que les chefs qui avaient conservé quelque modération ne purent plus exercer aucune influence. Ce fut en vain que les ambassadeurs des Athéniens, que Flamininus avait envoyés à leurs vieux amis les Ëtoliens, s'efforcèrent de détourner ces derniers d'agir avec précipitation; et lorsque ensuite Flamininus lui-même se présenta devant l'assemblée étolienne, il eut le chagrin de voir qu'en sa présence on prit la résolution « d'appeler Antiochus pour délivrer la Grèce et pour être l'arbitre entre les Romains et les Ktoliens ». L'aveuglement du parti de la guerre chez

•) Liv., XXXV, 31 et 3? init. Cf. Plut., Flamin., c. 15.

cm TE I)K NABIS \ {*,]

lesÉtolîens était si grand que le stralèj^'-o Damocritos de Calyclon répondit à Fiamininus, qui lui demandait une communication écrite de cette décision : « qu'il avait [)our le moment des affaires plus pressantes, mais que, sous pou, il luiftM'ait part de sa résolution en Italie, quand les tr(Mip(\s étoiionuos camperaient sur les bords du Tibre* ! »

Dès lors les Etoliensne s'efforcèrent pas seulement (Tcwcilor dans toute la Grèce les démocrates, «*ten ^rnéral lous les mécontents, contre Rome; ils tentèrent aussi, par la ruse et la violence, de s'emparer de Sparte, de (ihalcis rt de Démétrias, places importantes au point de vue stralrgi<jue'. ('nmine Nabis avait si peu réussi en prenant les armes, il avait, pendant l'armistice qu'on lui avait accordé, demandé h plusieurs reprises des secours aux Etoliens, L(î ;L;vnéral éiolien Alexaménos, muni des instructions secrètes néct'ssaires, partit donc de Caiydon pour laLacunie avec milh* hommes et trente cavaliers. Il sut gagner complètement la confiance du tyran et trouva ainsi l'occasion, pendant que ce dernier assistait aux exercices des soldats devant la ville, de l'entourer subitement avec ses cavaliers, de le faire tomber de cheval et de le tuera coups de lance pour s'emparer ensuite du ch;\lrau royal. Kn face des mercenaires ahuris «le Nabis, il eût élé facile aux Etoliens, s'ils avaient eu quelque bon s<mis, de s'enlmdre avec les habitants de Sparte et de faire entrer la ville dans leur ligue. Au lieu de cela, Alexaménos et ses sohlats s'abandonnèrent très mal à propos h leur pmchant national, au vol e^ au brigandage ; ils commencèrent à piller le château et la ville, et excitèrent à tel point la colère des Spartiates que bourgeois et soldats se réunirent enfin eu masse et massacrèrent l'audacieux pillard avec la plupart de ses compagnons. Dès que la nouvelle de ces massacres fut parvenue aux Achéens, Philopœmen, à la tête d'une troupe de guerriers réunit» à la h;\te, accourut sur les bords de TEurotas et décida d'autant plus facilement les Spartiates, qui se trouvaient dans le plus complet désarroi, par sa modération et sa conduite exempte de tout égoïsme à se joindre à la Ligue, que, vers la même époque,

«) Liv., XXXV, 32 et 33. Cf. XXXVl, 2Ï et Afpia.n., Syr. c. 21. «; Liv., XXXV, 34inil.

lit LKS ÉTOLIKNS (M.CIUPE.NT DÉMKIRIAS

raiiiiral romain Atilius avait enlin paru avec une tloUe considérable devant Gytheîon (avant la iin de Tété de l'an 192) et que, en face deces forces imposantes, les soldats Spartiates les plus arrogants n'eurent plus le courage de continuer la lutte \ Vers le même temps, le général Tlioas de Trichonion ne fut pas plus lieui*eux dans sa tentative de s'emparer par surprise de la ville de Clialcis avec Taide d'un honorable citoyen banni par le parti romain et de ses partisans ; le plan fut connu trop tôt à Chalcis, et le parti romain reçut à temps d'Érétrie et de Car}'stos des renforts suffisants pour détourner Thoas d*une entreprise pour laquelle il ne se sentait maintenant plus assez fort\ Par contre, Thipparque étolien Dioclès avait réussi — avec le secours du niagnétarque Ëurylochos (p. 112) et de son puissant parti — à surprendre la ville de Démétrias, où les chefs du parti adverse furent immédiatement assassinés'.

La prise de Démétrias par les Étoliens devint vraiment fatale à la Grèce. Car, peu après, le général Thoas se rendit de nouveau en Asie, et — par le récit qu'il fit de cette heureuse expédition, ainsi que parles mensonges qu'il débita sur les dispositionsdesllellènesqui, selonlui, attendaient avec impatience l'arrivée d'une armée syrienne — il décida le Grand-Roi (qui à cette époque guerroyait encore contre les villes de Smyme, Alexandrie de Troade et Lampsaque*, et qui avait déjà fait un autre plan de campagne avec Ilannibal), à passer en Grèce*. On s'aperçut alors qu'Antiochus, qui pendant si longtemps avait caressé l'idée de faire la guerre à Rome, n'était pas encore bien prêt; qu'en somme, il n'était pas homme à mener abonne fin une pareille entreprise, et qu'enfin il ne savait pas apprécier et encore moins mettre à profit la bonne fortune qui lui avait amené Hannibal comme conseiller et comme général. Car, sans avoir pris des mesures suffisantes pour faire suivre rapidement du renfort, Antiochus se mit en marche de l'IIellespont vers la Grèce et débarqua — en automne, vers le mois d'oc-

») Liv., XXXV, 35-37. (Cf* XXXVIH, 34 et Polyb., XXIV, 4, 4). Plut. Philop,, c. 15. Pausan., VIII, 50,5, 51; 1. Zo.nar., IX, 19. «) Liv., XXXV, 37 et 38.

5) Liv., XXXV, 3i.

*) Cf. Liv., XXXV, i2 init.

») Liv., XXXV, .i2. 43. Cf. Ai'iman. Syr., c. 12.

ANTlOr.HUS LK «iRAND DKBAKOIK KN GRÈCK \\o

lobrede Tannée 192 avant J.-C. — près de Démétrias avec i 0,000 hommes seulement, 500 chevaux et 6 éléphants. Mais il devait bientôt s'apercevoir à quel point le parti de la guerre étolien l'avait trompé. S'il avait espéré trouver sous les armes de nombreux bataillons de Grecs valides, prêts à se joindre à lui, il dut s'apercevoir que les Hellènes mécontents s'étaient complètement fiés à stîs propres forces; que du moins il eut fallu une armée syrienne beaucoup plus forte pour décider les mécontents en Grèce à se soulever sans hésiter. Tout d'abord, il est vrai, le roi fut reçu avec enthousiasme à Lamia (sur le golfe Maliaque), où les Étoliens se réunirent immédiatement on assemblée générale et le nommèrent commandant en chef, sur la proposition de Thoas', après que le nouveau chef de leur ligue, Pha^néas, homme assez modéré, eut en vain émis de nouveau l'avis, très pratique, du reste, de se contenter de faire juger par le Grand-Roi le différend entre Rome et TÉlolie. Il est vrai que les Romains, qui n'avaient encore jeté qu'une division de force moyenne dans ApoUonie, sous le préteur M. Ba^bius, furent ainsi devancés préalablement en Grèce par Antiochus. Mais on vit bientôt que, d'un côté, la plupart des Grecs ne songeaient pas sérieusement à s'aventurer dans une guerre contre les Romains, et que, de l'autre, Antiochus ne savait guère profiter de la faveur momentanée des circonstances'. Quant aux Grecs, il y avait partout parmi eux des hommes qui, se trouvant sans convictions politiques bien arrêtées et voyant leurs affaires en désordre, eussent volontiers échangé le calme fastidieux du protectorat romain contre de nouvelles agitations et eussent vu avec plaisir une série de « délivrances >» telles que les avaient connues les générations antérieures du temps des Diadoques. Mais c'étaient précisément les puissances qui, dans la péninsule hellénique, avaient quelque importance à côté des Étoliens, la Macédoine et les Achéens, qui ne songèrent pas a se déclarer pour la Syrie. Philippe, sur lequel Hannibal voulait avec raison pouvoir compter dans la nouvelle guerre, ne paraissait même pas exister pour l'aveugle Grand- Roi, et chez les Achéens, au milieu desquels Flamininus com*

*) Lw., XXXV, 43-45. Appian., t6/(f.ZoNAR., IX, 19. «) Liv., XXXV, 20. 23. 24. XXXVI, 1, 8. Zonar., ibid.

Wii srn ATioN dks pautis un GHtr.E

ballail personiiellomiMil riiiilmMice des ambassaileurs syriens et éloliens, il ne se Irouva pas un homme de quelque importance* qui fut bien disposé pour Anliochus ou même qui eut volé pour la neutralité. Flamininus put même décider les Achéens à déclarer la guerre aux Éloliens et à Antiochus et à lever aussitôt des troupes, d'un cùlé, pour occuper le Pirée et conserver ainsi à Kome ce point important [que la populace d'Athènes, excilée récemment par des démagogues payés, aurait bien voulu livrer au Séleucide), et deTaulre, pourprotéger avec f)00 guerriers de Pergame la ville si importante de (ihalcis, d(mt le gouvernement, ami des Romains, s'était montré très froid à Tégard des premières tentatives faites par le (îrand-Roi pourle gagner*. Dans la Thessalie proprement dite, Taristocratie régnante resta fidèle aux Romains; et, dans les contrées de la Grèce centrale, Antiochus, sans parler des Kloliens, ne pouvait compter que sur la tiède sympathie des Béotiens et sur les Athamanes, dont le chef Amynandre, que les Romains n'avaient sans doute pas su contenter après Thumiliation de Philippe, était alors complètement dominé par sa famille, gagnée à la cause du roi de Syrie par de séduisantes promesses (voy. ci-après)'. Dans ces circonstances, il fallait absolument qu'Antiochus, par quelques marches hardies que les Romains lui laissaient eu attendant le temps de faire, imposât au moins à la masse de ceux qui, parmi les Grecs, ne s'étaient pas déjà déclarés sans réserve pour les Romains^ et qu'il attirât décidément dans son parti, par le prestige du succès, ceux qui hésitaient encore. Aussi le roi ne restat-il nullement inactif. De concert avec une division élolieune, il réussit en effet (probablement vers la fin de novembre de Tan 192), en faisant avancer toutes ses forces de terre et de mer sur Chalcis, à encourager tellement dans cette ville le parti hostile aux Romains, que ce parti —

*) Pliilopœmen lui-m(^me, sur la froideur duquel, à l'égard de Flaroinînus, les Éloliens avaient beaucoup compté (Cf. Liv., XXXV, 47), insista dans l'assemblée d'.'Egion avec une énergie toute particulière sur la nécessité de rester (idèle à l'alliance romaine et de déclarer la guerre à Antiochus et aux Éloliens. CI". Polym., XL, 8, 6-8.

«) Liv., XXXV, :VJ, -40-50. Plit., Flamin., c. 17.

^) Liv., XXXV, iT. Apfian,, S'y/*., c. 13.

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