‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 181 sur 186 · LE CULTE DES EMPEREURS EN GRÈCE · texte numérisé non relu

LE CULTE DES EMPEREURS EN GRÈCE

dont le lourd piédestal subsiste encore de nos jours'. Cest aussi probablement du temps d'Auguste qu'eut lieu une restauration des escaliers conduisant aux Propylées^. Cette flatterie odieuse et plus que servi le — par suite de la décadence profonde de Tancierme religion, elle devenait do plus en plus fréquente — qui faisait rendre de leur vivant aux empereurs et aux membres de leur famille des honneurs divins par les Athéniens et d*autres Grecs ^, décida les Athéniens à bâtir, en Thonncur du premier empereur de la famille des Jules, de son vivant et peu avant la naissance du Christ^ dans Tacropole, « sur la plate-forme à Test du Parlhénon », une rotonde dédiée (cf. p. 208) à la déesse Rome et à Auguste*. Auguste, en effet, n'avait autorisé la construction de

*) BôCRH, C, LGi\, vol. 1, II» 'SOd, V. BiRsiAN, ap. Fauly, lue, cil. Ross^ Archàolog» Aufsàtze^ vol. I, p. 97. Vol. II, p. 270. Cf. Otto Jah.n, Pansan. Descr. arc, Athen., éd. II*, p. 64, n®=* 149 et 150.

*) ViscHER, Erinnerunyen aus Ginechenlandy p. 124-131. Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 674 sqq.

•) Cf. en général Preller, Hôm. MyUud., 2* édit., p. 791 sqq. et plus bas, vol. H. C'est ainsi qu*à Corinlhe (Paus.an., II, 3, 1), sur la pente de rÂcrocorinthe, au-dessus du plateau où se trouvait le marché de la ville basse (Cuhtius^ Pelop,, vol. II, p. 532), un temple fut élevé ïi Octavie, sœur d'Auguste. — Sur le culte de César et le sanctuaire de la gens Julia à Corinthe, v. Prbller, op. cil,, p. 792. note 1. Sur le temple dédié à Tempereur à Asopos, en Laconie, v. f^Aus., Ill, 22, 7. Sur Tenclos sacré dédié à tous les empereurs romains à Sicyone, v. Paus., II, 8, 1. Curtius, p. 493. Statues d'empereurs romains dans le temple d'Artémis Soteira à Mégare, Paus., 1, 40, 2 ; près d'Argos, ci-dessus, p. 446, 4 et à Olympie, Paus. , V, 12, 5 sqq. 20, 5. VI, 19, 7. Curtius, Pelop., II, p. 66, 101 ; à Delphes. Paus., X; 8, 4. Inscription et statue du jeune Gains Cssar à Chalcis, de Tan 753/4 U. C. ap. Bocku, C. I. Gr., II, no 2148 (honoré à Athènes comme véo; "'Apr.c [p. 311]) ; de Lucius Cœsar à Delphes, hommage des Amphictyons, BocRH, n<* 1712. A ces honteuses aberrations du sentiment religieux correspondait, en Asie et en Achaïe, la décadence complète des vieux oracles sacrés; celui de Dodone était complètement abandonné (Strab., VII, 7,9, p. 504 [327]. Le sanctuaire lui-même, avec son célèbre chêne, subsistait encore, il est vrai, au temps de Pausanias, VIII, 23, 4; cf. VIÏ, 21, 1. 1, 17, 5. G. WoLFF, Deultima oraculomm aetate, p. 13; Toraclede Delphes, appauvri, ne retrouva que sous les empereurs une partie de son ancienne autorité, Cic, De divin., I, 19. II, 57, 117. Strabon, IX, 3, 4, p. 641 (419), 3, 8, p. 644 (420j. Becker-Marquardt, il. A., t. IV, p. 104.

*) BocKH, C. I. Gr., vol. I, n» 478. Beulé, V Acropole d'Athènes, II, 200 sqq. Bursian, Geogr,, p. 314 et ap. Pauly, loc. cit., v. les indications de Ross, Archdolog, Aufsatze, vol. 1, p. 113 sqq., 272. Il y avait un culte analogue à Mégare; cf. K. Kkil, Philologus, vol. XXIII, fasc. II,

temples ea son honneur qu'à la condition de réunir ce culte nouveau à celui de Dea Roma. C'est ainsi qu'on avait élevé à Éphëse et à Nicée, en Thonneur de Jules (3ésar, son père adoptif divinisé, des temples dédiés à Divus Julius et à Dea Roma ; le prince, tant qu'il vécut, ne permit de lui élever des temples que s'ils étaient consacrés en même temps à la Dea Roma, comme il s'en trouvait non seulement à Sparte et à Athènes, où l'on voyait sur Tagora des temples de César et d'Auguste, mais encore à Pergame et à Nicomédie^ (et plus tard à Mylasa, à Nysa, à Kyme, à Cyzique, à Assos et en d'autres lieux*). Par contre, on ne parait pas s'être occupé sérieusement de réaliser le plan des rois vassaux de l'empire, mentionné par Suétone, qui consistait à terminer à leurs frais et à dédier au Génie d'Auguste le temple gigantesque de Zeus Olympien à Athènes, édifice qui, depuis Tépoque de Pisistrate et malgré les efforts d'Antiochus IV de Syrie (p. 170, 2) était encore inachevé'. Mais, d'autre part, plusieurs Grecs et Romains opulents et aussi quelques princes asiatiques — citons surtout le célèbre philhellène Hérode le Grand — suivirent l'exemple de la famille impériale et contribuèrent par de riches présents à Tembellissement de la ville d'Athènes \ Hérode cependant ne

1865, p. 231; chez les Maliens, ibid. ; sur Athènes, voy. p. 239. L'autel de Bea Roma à Astypalée (p. 337) était plus ancien; cf. Bôckji, C. /. Gr., vol. II, n» 2485. Inscriplion (et statue) en Thonneur d'Auguste à Délos, après l'an 29 av. J.-C, Bôckh, C. L Gr., Il, n" 2282. 2283. Addenda, n' 2283 b ; dans l'île d'Astypalée, de l'an 9 av. J.-C, n° 2493 ; Divus Augustusk Paros, no 2325.

*) Cf. SuETON., Octav., c. 52. 59. Dio Cass., Ll, 20 (le prince avait pris ces décisions après son retour d'Egypte en 29 av. J.-C). Tacit., Annal. , IV, 37. 55. NippERDEvad Tacit., T, 10. Bôckh, C. /. Gr., vol. II, n«" 2957. 2368. 2369; cf. n« 2442 sqq. et Addenda, vol. Il, p. 1081. K. Keil, PhiloL, op, cU.f p. 231 sqq. Sur les temples à Sparte, v. Pausan., III, 11, 4. CuRTius, Peloponn,, vol. Il, p. 229 et en général Becker-Marquardt, R. A., t. IV, p. 99. 423 sqq. Kuhn, vol. I, p. 112. Preller, Rôm. Mythol.,2^éd., p. 705 s. 773. 791 s. Sur le développement progressif de ce culte et les membres de la famille impériale des deux sexes mis au rang des dieux ou honorés comme tels de leur vivant, voy. ci-après, vol. II.

«) Cf. Bôckh, C. f. Gr„ n»" 2696.2943. 3524. 3569. Tacit., Ann., IV, 36. DioCass., LVII, 24.

•) SuETON., Octavian., c. 60, v. plus bas, vol. II, et cf. Bursun, Geogr., vol. I, p. 301. Waghsmuth, Die Sladt Alken, p. 673 sqq.

*) Cf. Bôckh, C. I. Gr,, vol. I, n»» 309. 311. 359-370. Joseph, BelL Jud., I, 21, 11. Ephem. AixhdoL, n" 3442.

se contenta pas de combler de présents Athènes seulement; d'autres villes grecques, comme Élis, Nicopolis, Sparte, Samos, Cos, Rhodes et Chios, eurent à se louer de sa générosité ^ Les nouvelles constructions n'étaient pas indignes de leurs splendides aînées. Il fallait être, il est vrai, un observateur bien superficiel pour ne pas voir que Nicopolis, Patrœ et Corinthe seules étaient réellement vivantes etque la splendeur des monuments d* Athènes n'était comparable, après tout, qu'au brillant sarcophage d'une grande race éteinte, au cénotaphe d'une grandeur à jamais perdue. Mais le touriste de passage pouvait s'y tromper, et plus d'autant facilement que l'éternelle beauté qui, sous l'azur profond du ciel del'Attique, caractérisait alors comme des siècles plus tard les monuments soigneusement entretenus du passé (lesquels respiraient, comme dit Plutarque, comme un parfum d'éternelle jeunesse et semblaient être doués d'une âme qui ne devait point vieillir') ne cachait que trop aux regards la misère et la pauvreté de la génération contemporaine '. Les Athéniens, nous le répétons, étaient très heureux de voir leur ville constamment dotée de nouveaux ornements. C'est précisément à cette époque que leur Université commença, pour une série d'années, à être moins florissante et moins fréquentée (cf. vol. II). Car, pour ne parler qu'en passant de l'antique et célèbre Alexandrie, de Tarse et de Rhodes, ainsi que de l'école de rhétorique de Mitylène, qui prenait alors un rapide essor, non seulement Rome était devenue elle-même un centre où l'on étudiait les sciences, la rhétorique et la philosophie, mais sur d'autres points encore, tant à l'ouest qu'à l'est do l'empire, à Tyr, à Antiochc, à Smyrne, àÉphèse, àByzance, àNaples, àMarseillo se fondaient des écoles destinées à faire une concurrence sérieuse à celles d'Athènes, lesquelles ne devaient arriver à l'apogée de leur gloire qu'au if siècle de notre ère \ Les Athéniens devaient donc s'estimer d'autant plus heureux que le charme incomparable de

i) Joseph., Bell. Jud., I, 21, 11 et 12. An^, XVI, 5, 3 et 2, 2. *) Plut., PericLy c. 13.

') Friedlander, Sittengesckichte Roms, II, p. 55. *) Cf. Blass, Griech. Beredlsamkeit, p. 70. 151. 164. C. Zumpt, Ueber denBestand der philos, Schulen, p. 19. 83 sqq., 90.

486 EURYCLÈ8

teur ville lui fût non seulemenl conservé, mais augmenté et rehaussé. Nous verrons qu'Athënes exerça ce charme pendant des siècles encore, et que même le fier Alaric n'y fut pas insensible. On peut même dire que Tabandon où se trouvait celte contrée, qui alors déjà avait perdu la riche parure de ses forêts florissantes et de ses vertes prairies ^, que ses montagnes nues^ mais de formes plastiques, qui empruntaient aux teintes ardentes du soleil leur plus bel ornement, ne rendaient pas TAltique moins attrayante. Ce pays, par sa beauté toute particulière, captivait des âmes sensibles, comme Ovide, — qui, il est vrai, adéjà presque les sentiments d'un moderne* — comme plus tard le rhéteur enthousiaste Aristide de Smyrne. « Partout, dit ce dernier, on se sentait envahi par la grâce, comme par un souffle caressant. L'aménité des campagnes et dès champs, le reflet brillant des montagnes et labeauté de leurs lignes avaient d'autant plus de charme que Tair était plus pur, et la lumière plus pleine et plus intense. Une promenade le long de ces côtes était comme un beau rêve; il semblait que Tftme eût besoin de se purifier et de s'élancer avant de contempler Athènes* ». Tels sont, en somme, les événements qui eurent lieu en Grèce et la situation de cette contrée après l'établissement définitif de la monarchie des Césars. Tout en nous hâtant d'arriver au terme de cette période, faisons ressortir encore quelques phénomènes du règne d'Auguste. Nous rencontrons d'abord à Crané, dans lîle de Céphallénîe, l'ami de l'empereur, Gains Proculéius, dans la situation seigneuriale qu'avait eue avant lui Gaius Autonius (p. 403). Puis, c'est le Spartiate Euryclès, dont nous avons parlé plusieurs fois déjà et qui joue, pendant les vingt ou trente années suivantes, un rôle tout parliculier. Riche et possesseur de l'île de Cythère \ il s'efforça de perpétuer sa mémoire en Grèce par les moyens qu'avaient

^) Cf. Ross, ArchâoL Aufs.y H, p. 133 sqq. Bursian, Geogr,, I, p. 6. OviD., Art. Am., 111, 687.

•) CF. OviD., McUim. , II, 795 sqq. Art, Amat., 687 sqq. et v. Frieo- LANDER, vol. Il, p. 54 sqq.

3) Cf. Ahistid , Orat., XHÎ, p. 187 pqq.. p. 100 «qq., p. 97. (Les paroles du texte sont cilées d'après Fîuedlander, p. 551).

*) Strab., VllI, 5, I, pag. 538 (363). Cf. Curtios, vol. I, p. 79. Il, p. 302. EcKHEL, D. N.f II, p. 281. Bursian, Geogr., II, p. 374 sqq.

EURTCLÈS 487

employés avant lui des Romains opulents, en faisant élever de somptueuses conslruclions; c'est ainsi qu'il orna la Nouvelle* Corinthe de bains splendides, remarquables surtout par le précieux porphyre vert de Crocéae en Laconie qu'on y avait employé à profusion *; de plus, il dota Sparte d'un beau Gymnase '. En outre^ cet homme vicieux^ remuant et intrigant, qui joignait à une astuce consommée, à une faconde incroyable, à des manières engageantes, à la souplesse d'un habile diplomate, le don de cacher son égoïsme et ses vices sous le masque de la franchise et de l'honnêteté, vécut assez longtemps à la cour de divers princes asiatiques, vassaux de l'empire; notamment à celle d'Archélaos de Cappadoce et à celle du terrible Hérode surnommé lé Grand, roi de Judée, le célèbre philhcllène de cette époque, où sa rapacité couronnée de succès et ses infâmes intrigues lui valurent une fâcheuse renommée*. Car c'est lui qu'on soupçonne d'avoir, par des rapports malveillants, une nise odieuse et de dangereuses équivoques, augmenté considérablement les malentendus qui existaient entre le roi Hérode, complètement épris de lui, et ses fils Alexandre et Aristobule, et d^avoir ainsi puissamment contribué à la perte des deux jeunes princes ^ A Sparte, cet homme hautain et de mœurs dissolues, qui se fiait, dans son arrogance, à la faveur de Fempereur et se croyait tout permis, se rendit si odieux à ses compatriotes par son ambition et le parti qu'il tirait de sa situation presque royale, qu'on le détestait comme un véritable tyran. Une première plainte adressée à l'empereur contre le puissant favori resta sanseiïet^ Cependant Euryclès parait

*) Padsan., II, 3, 5. CuRTius, Peloponn., vol. II, p. 267. 530 sqq.

') pAusAif., III, i4, 6. CiRTius, p. 234. Il fonda aussi à Sparte de nouveaux jeux artistiques et athlétiques, qu'on célébrait encore sous l'empereur Commode: cf. Bôckh, C. l Gr., vol. I, p. 670 et n*»» 1239. 1240. 1378. 1423. 1427. 1425.

•) Joseph., Bell. Jud., I, 26, 1. 4. 5. Ant, Jud., XVI, 10, 1. Zo.nar., V, 21 ; cf. KwALD, Gesch. des Volkes Israël^ vol. IV, p. 278. 503. Bockh, C. /. 6r., vol. I, p. 670.

*) Joseph., BelLJud., 1,26. 1,2-4. An/., XVI, 10, 1. Zonar., î^iUManso, Sparia, vol. III, 1, p. 445, place les crimes commis par Euryclès en Palestine dans Tannée 748 de Rome, 6 av. J.-C. : Ewald, op. ct7., le fait paraître en Asie environ quatre ou cinq ans avant la mort d*Hérode (qui eut lieu en Tan 4 av. J.-C.)

•) Cf. Joseph., Bell. Jud.y I, 26, 4. Plut., Apophthegm» Boman,

Page 1