‹ Histoire de la Grèce sous la domination des Romains (volume 3)Chapitre 182 sur 186 · TROUBLES A ATHÈNES · texte numérisé non relu

TROUBLES A ATHÈNES

avoir également occasionné des troubles dans le reste de TAchaïe par ses violences et sa cupidité; dans ces circonstances, une deuxième plainte adressée à l'empereur (probablement vers la fin du règne d'Auguste) eut un résultat meilleur; l'orgueilleux personnage dut terminer sa vie dans Texil^ Nous ne savons pas si Todieux assassinat du Thessalien Pétraeos, autrefois parlisan de César (p. 422), sous le règne d'Auguste, eut des motifs analogues '.

Disons encore quelques mots du séjour du grand Agrippa à Lesbos, pendant les années 23 et 22 av. J.-C. % comme goiiverneur général des provinces grecques et asiatiques, séjour qui, comme Ton sait, ne fut pas étranger à la situation difficile d'Auguste avant la mort du jeune Marcellus; enfin, de la retraite,

Apophthegm, August.j c. 14, un des accusateurs d'Euryclès était un descendant de Brasidas.

*) D'après Joseph., Bell. Jud.f I, 26, 4. Ant,, XVI, 10, 1, fin., cf. Strabon, VIÎI, 5, 5, p. 562 (366); Bôckh, loc. cit, — On fait mention à plusieurs reprises de ses descendants; son fils (Strab., ibid.), Gaius Julius Laco, qui valait mieux que lui, était grand ami des Éleuthérolaconiens, qui, dans leurs inscriptions, l'appellent leur bienfaiteur; v. entre autres Bôckr, C. I. 6r., vol. I, no* 1389. 1390. Sous Hadrien vivait un autre Gaius Julius Laco, n** 1347. Ross considère Gaius Julius Spartiaticos, un des grands dignitaires du xoivbv des Panhellènes, comme un des membres de cette famille; son nom figure dans une inscription, Archâolog. Aufs,, vol. I, p. 123 sqq.

*) Cf. Plutarch., Prxc. reip, gerend,, c. 19 (Suétone, Tiber.y c. 8, init., fait peut-être allusion à cet incident).

') Dio Cass., un, 32. Joseph., Ant., XV, 10, 2. Sueton., Tiôer., c. 10. Octav,, c. 66. Tacit., Annaly XIV, 53. V. dans Bôckh, C. /. Gr,, les relations d'Agrippa avec les Hellènes, vol. II, n© 2176 (avec Milylène) ; vol. I, n* 1290 (avec Sparte), et vol. II, no 1878 (avec Corcyre). — Lorsque Agrippa fit un nouveau séjour de trois ans en Orient, depuis Tété de Tan 737 de Rome — 17 av. J.-C. — jusqu'en 13 av. J.-C, sa femme Julie, fille d'Auguste, fut en danger de mort en traversant, la nuit, vers la fin de Tannée 17 av. J.-C., le fleuve Scamandre, dont le niveau s'était rapidement élevé. Pour punir les habitants de leur prétendue négligence. Agrippa condamna llion, amie des Romains et « ville libre », à une amende de 100,000 drachmes. Si Agrippa, irrité, consentit à remettre aux habitants d'Ilion cette formidable amende, ce ne fut que grâce à la bienveillante intervention du roi de Judée, Hérode, et à celle de son ministre, Nicolas de Damas (16 av. J.-C). Nicol. Damascen., De vita sua, p. 6-8, éd. Orelli (C. MCller, Fr. Hist, Grœc, III, p. 350, 3). Cf. Joseph, Ant., XVI, 2, 2. Frandsen, Agrippa^ cap. 15, p. 90-91. — Il paraît aussi que l'île de Chios jouit de la faveur d'Hérode, qui, d'après Joseph., An^, XVï, 2, 2, entre autres riches présents, ««iéXy<re 8e Xtot; x% Tipb; toù; Kataapo; èiritpoTiou; x9'^\^°^'^^t '^*'' '^*»>^ etaçopwv 8ir,X>a(€ ».

Cf. ci-dessus p, 485.

moitié volontaire, moitié forcée, de Tibère dans l'Ile de Rhodes, retraite qui finit par ressembler à un exil, de 6 av. J.-C. à 2 après J.-C. S et fut suivie par celle de tant d'autres Romains de distinction qui vinrent habiter les tles devenues désertes de la mer Egée. Il ne nous reste plus qu'à faire mention du prétendu soulèvement des Athéniens pendant les dernières années d'Auguste, incident dont parlent seuls quelques historiens bien postérieurs et dont nous ne connaissons ni les causes ni les péripéties. Nous n'essaierons pas d'expliquer comment cet événement à moitié apocrjrphe, ce soulèvement bien vile étouffé — qui, du reste, abstraction faite du châtiment des principaux coupables, ne parait pas avoir eu de suites fâcheuses pour la ville d'Athènes — a fait dire aux chroniqueurs ignorants des siècles suivants que c'est à la suite de ce mouvement évidemment fort insignifiant que le temple de Janus fut ouvert, à une époque où les légions romaines campaient avec anxiété sur le Rhin pour le protéger contre les Germains vainqueurs de Varus ' !

*} Vell.. il, 99. Tacit,, Ann., I, 4. 53. Suetox., Tiber., c. 11 sqq. DioCass , LV, 9, il.

') Les rares renseignements que nous possédons sur cette sédition diffèrent entre eux au point de vue chronologique. Dans Eusse., Chronic. (éd. Âucher), vol. II, pag. 263, on lit simplement que, depuis 13 ap. J.-C, 01. CXCVllI, « Athenienses ab arrogantia res nwas moliendi cessarunt, aucloribus seditionis supplicio affectis, » Cf. Eusse. , Chronic. S. Hieronymo interprète (ap. Roncalli, Vet. latin, script, chronic, vol. I, p. 4l8.)ad 01., CXCVll, (depuis 9 ap. J.-C.) : « Athenienses res novas contra Romanos molientes opprimuntur, auctoribus seditionis occisis ». Orose, VI, 22, init., dit qu'Auguste avait fermé le temple de Janus pour la troisième fois en 752 de Rome, 2 av. J.-C. , qu'il resta fermé pendant environ douze ans et ne fut rouvert que plus tard, vers 11 ou 12 ap. J.-C, « Dacorum commotione et Atheniensium seditione ! n Dans Paul. Diac, Mise. Hist., Vil, 25, nous voyons Auguste fermer le temple de Janus également en 752; puis viennent douze années de paix, et ensuite les choses se passent comme dans Orose. EnOn, dans Syncell., Chronograph,, p. 318, nous lisons : « Ann. mtindt 5513. divin, incarn. ly'; 13 ap. J.-C. 'AOr,vaîoi <xTa<xtàC«v ap(a(AEvoi xoXaoôévTc; èiiau<yavTo ». Herma.nn, Griech, Staatsalterth. , § 176, 13, appelle ce mouvement « complètement apocryphe •, et Ahrens, p. 12, suppose que le renseignement en question repose sur une erreur ancienne. Le silence complet des contemporains donne, dans tous les cas, à rétléchir; ce qui est certain, c'est que l'incident fut si insignifiant que même le brutal légat Pison (18 ap. J.-C.) n'en fait pas mention dans la liste des délits qu*il reproche aux Athéniens (Tacit. , Ann.y II, 55).

Cet événement termine pour longtemps la série des faits politiques proprement dits de Thistoire grecque des derniers siècles. La carrière que doivent parcourir les Grecs d*Europe pendant une série de siècles est ouverte. La Grèce, devenue province romaine, au sons strictement politique du mot, n'a plus d^histoire propre. Le nombre des événements politiques dont nous aurons à parler jusqu'à Justinièn est peu considérable ; moins considérable encore est le nombre des événements auxquels les Hellènes ont pris une part assez grande pour modifier leur destinée. L'histoire de la Grèce sous les empereurs se confond donc en grande partie avec l'histoire de la civilisation.

La Grèce, au point de vue militaire, ne préoccupait plus que rarement les Romains; politiquement, elle n'intéressait plus que le Trésor public et les fonctionnaires de l'administration romaine; mais elle conservait toujours son importance pour les banquiers et les négociants romains, pour les marchands d'objets d*art et tous ceux qui spéculaient sur le luxe de la capitale. Toutefois elle avait conservé sa valeur aux yeux des jeunes gens les plus cultivés de l'Italie et du monde hellénistique, que l'amour des voyages et le désir de terminer leurs études à Athènes conduisaient en Grèce; de plus en plus la Grèce apparaît à ces générations de l'époque impériale comme un immense musée d*antiquités vénérables, y compris les descendants des anciens Hellènes avec leurs coutumes et les restes de leurs antiques constructions. Les Grecs eux-mêmes, ceux-là du moins qui ne s'étaient pas mis directement au service des Romains, les Hellènes restés en Grèce, cèdent de plus en plus à l'influence étrangère qui tend à faire d'eux des Romains. Ceux des habitants qui ne s'occupent pas uniquement de leurs intérêts matériels s'abandonnent de plus en plus au charme d'une vie calme et sans soucis. Ils s'attachent aux anciennes et aux nouvelles formes de la vie politique et religieuse avec un sérieux qui ne voile qu'imparfaitement le vide de l 'existence ; la fréquentation des assemblées religieuses et politiques, la célébration des anciennes et des nouvelles fêtes, la discussion de questions d'intérêt local et le soin avec lequel ils cultivent l'amitié des gouverneurs et des membres de

la dynastie régnante remplissent leur existence ; l'étude savante du passé, Tétude des sciences comme on l'entendait alors, avec tous les intérêts personnels qui s'y rattachaient, complète le tableau de l'hellénisme pendant la période suivante. Aux années tourmentées des guerres civiles succède pour la Grèce une vie idyllique de plusieurs siècles, qui n'exclut pas cependant des scènes de brigandage aussi grotesques que romanesques. Bien des années plus tard, l'invasion des Goths commença cette série de migrations de peuples barbares qui amenèrent pour la Grèce aussi une période désastreuse de nouvelles dévastations et de mélanges avec des peuplades venues du Nord ; il fallut attendre bien plus longtemps encore avant que la nouvelle religion cosmopolite remportât une victoire complète sur les derniers défenseurs de cette dernière forteresse des dieux de TOlympe et sur leur philosophie^ avant que la croix byzantine resplendit triomphante au faite des temples antiques I

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